LES DERNIERS COUPS D' AVIRONS
une petite anse. Au fond de l'anse une rivière sémillante accourt du Nord-Est et se précipite dans le Saguenay d'une hauteur de 80 pieds en brisant ses flots sur les arêtes de roches qui forment son lit.
Mais elle ne se suicide ainsi qu'après avoir fait une œuvre louable, en prêtant une partie de ses ondes à un moulin perché au sommet de la falaise, et une autre partie à une large dalle qui sert de glissoire aux billots de la maison Price.
Au bout de la pointe, commence le Grand Remous qui est la plus terrible convulsion du Saguenay. C'est l'endroit de son cours où son lit est le plus effroyablement bouleversé, et où ses ondes violentes, livrées à toutes les caprices de la fureur, bondissent de rochers en rochers comme des bacchantes échevelées.
Pendant notre diner, qui est soigné.
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nous avons donc pour orchestres d'un côté le Rapide avec ses harmonies puissantes et terribles, et de Tautre la cascade avec ses notes légères et ses accords suaves.
Pour la v^ingtième fois, nons nous disons : qu'il ferait bon vivre ici ! Quelle colonie heureuse nous y pourrions fonder!
Et nous recommençons à nommer toutes les personnes dont nous pourrions la composer. Il y a des français et des françaises, des canadiens et des canadiennes dont les oreilles ont dû tinter alors ! Car nous avons beaucoup parlé d'eux, et nous n'en avons dit que du bien, puisque nous voulions les avoir avec nous. Je ne les nommerai pas ici ; il y en a peut*-être qui ne voudraient pas nous suivre ?
Mais il est entendu que ce serait une colonie d'été, une villégiature.
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Le Grand Remotis a une longueur de six milles, et de la tête au pied du rapide s'étend sur la côte nord un excellent chemin qui serpente à travers le bois. Deux voitures sont à notre disposition, unecharette pour les canots et les bagages, et
un wagon pour nous. Mais nous nous en servons à peine, tant la promenade à pied nous paraît agréable !
Ah ! si la vie n'était pas si courte, comme il vaudrait bien mieux voyager à pied qu'en chemin de fer !
Le ciel est bleu, les bosquets sont verts, l'air frais et pur, et le chemin accidenté, coupé de paysages pittoresques ; on marche, on cause, on rit, on chante, et des deux côtés de la route s'allongent de véritables haies de framboisiers chargés de fruits mûrs. Un oiseau rare qui s'envole, un autre qui sautille de branche en
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branche en poussant des cris plaintifs ou
joyeux; un ruisseau qui gazouille sous un pont, un voyageur que l'on rencontre, u..e déchirure dans le rideau de feuillage qui nous découvre un vaste horizon ou une pièce d'eau, un champ de moisson qui s'épanouit au soleil, tout nous arrête^ attire nos regards et sert de thème à la méditation ou à la causerie.
Oh ! la charmante promenade que nous avons faite ce jour-là ! Et quel infatigable et intéressant causeur peut être un professeur d'économie politique!
En arrivant au pied du rapide la route gravit une montagne, et quand nous parvenons au sommet, un magnifique panorama se déroule sur nos yeux.
A quelques centaines de pieds plus bas, le Saguenay élargissant ses bords, et ra-
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lentissant sa course, déploie dans un cadre charmant mesurant six milles de longueur ses eaux polies comme un miroir et reflétant les teintes azurées du firmament.
Au loin, sur la rive droite, apparaît la ville naissante de Chicoutimi échelonnée en amphithéâtre et couronnée par son séminaire et sa belle cathédrale.
Dans le port plusieurs navires, dont la plupart portent le pavillon de Norvège, prennent leur chargement de madriers exportés par la maison Price.
Au pied de la montagne, sur la berge de la rivière, nous nous reposons à Tombre des peupliers en attendant nos bons montagnais. Nous pourrions bien continuer notre route en voiture, mais nous ne voulons nous séparer de nos canots qu'à la dernière étape. Nous y remontons