‹ En canot: petit voyage au lac St-JeanChapitre 5 sur 22 · DB LA MALBAIE · texte numérisé non relu

DB LA MALBAIE

nos villes, nous voulions un peu d'isolement, une solitude à trois ou quatre au milieu des forêts, un tête-à-tête avec la nature et ses beautés immortelles.

La nature ! Qui ne Taime pas au moins de temps en temps, aux heures de lassitude et des aspirations vers Tidécil ? Qui ne la recherche pas, comme une consolatrice quand la vie multiplie ses désillusions et ses épreuves ?

A peine avions-nous fait un pas qu'elle nous récompensait déjà d'apprécier ses

beautés.

Une brise légère ridait à peine la surface de Teau, et le bateau y creusant un sillon profond, déployait à l'arrière une immense draperie de dentelle blanche, qui trainait bien loin sur l'eau et que la vague avait peine à submerger.

Quel beau fleuve que notre St- Laurent !

Et que Celui qui Ta fait est un grand auteur !

Certes, j'aime mes livres à la folie ; une tragédie de Corneille ou de Racine me charme ; une comédie de Molière, ou .

même de Sardou me délasse agréablement ; De Maistre et Veuillot m'enthousiasment. — Mais notre fleuve St-Laurent est un poème plus beau que les chefsd'œuvre de ces grands maitres. Je le parcours sans cesse et je ne m'en lasse jamais. — Je passe des heures entières sur ses rivages à regarder la même page, et elle me dit toujours quelque chose de neuf.

Il est des heures ou les grands écrivains me laissent insensible, et ne réussissent pas à dissiper mon ennui, — mais mon beau fleuve est plus éloquent qu'eux tous, et SCS chants trouvent toujours le chemin de

Il DE LA MALBAIE

mon cœur. Ils sont gais quand je me réjouis, triomphants quand un succès m'exalte, mélancoliques lorsque je pleure !

. O mon beau fleuve, je t'aime, et il me semble que tu me paies de retour ! merci.

La Pointe-au-Pic s'éloigne, et son joli village d'hôtels et de cottages se fait tout petit au pied des Laurentides. — La baie s'efïace, mais la coupe des montagnes où la rivière Malbaie a fait son lit s'accentue et se creuse. — Déjà ce n'est plus qu'une ravine profonde, inondée de lumière par les rayons du soleil qui baisse rapidement, et c'est à peine si la flèche de l'église se détache encore sur la verdure sombre des bois.

Tournons les yeux vers la côte sud.

Voici la Grosse- Ile, sentinelle avancée du groupe d'Iles de Kamouraska, avec son

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A TADOUSSAG 15

phare tournant, qui dans la nuit ressemble à l'œil d'un cyclope ; et là*bas sur la grève blanchissent les maisons d'un beau village.

Que de souvenirs me rappellent Kamouraska et ses ilets charmants ! Un* jour, j'y vins pauvre étudiant en droit,

et j'y plantai ma tente pardon, mon

bureau d'avocat ; et moins de douze ans après j'y avais assez défendu la veuve et l'orphelin pour devenir juge. Pauvres veuves et pauvres orphelins ! Je ne vous ai guère regrettés, et sans doute vous ne m'avez pas pleuré non plus. Il y a des consolations pour tous en ce monde, et si j'ai trouvé dans le Gouvernement du Canada un êlient qui paie mieux que vous, sans doute vous avez trouvé dans mes successeurs des avocats qui plaident mieux que moi ! Je vous souhaite seulement qu'ils

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