CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DEMON
pendant que le misérable cherchait vainement de l'or et des parures au milieu de ces débris funèbres, sa main fut violemment saisie sans qu'il lui fût possible de la retirer. A la pointe du jour les habitants du village qui se rendaient au marché le virent incapable de tout mouvement et rivé au cercueil profané. On s'attroupe, mille personnes sont là bientôt. Tous les efforts sont inutiles, comme toutes les prières. La mère du malheureux conduit enfin une sorcière ; mais l'esprit delà tombe ne lâche le prisonnier que sur la promesse de recevoir comme rançon des lingots d'argent et d'or. Le jeune homme ne fut délivré qu'au moment oii brûlaient les papiers symboliques dorés ou argentés qui représentent aux yeux de l'esprit les sommes auxquelles il a droit. Le violateur des tombes fut attaché pendant trois jours à un poteau ; punition exemplaire et méritée ; mais elle accréditait le culte superstitieux de la mort et du démon.
Quelquefois Satan s'empare d'une âme que Dieu veut punir d'un commerce criminel. En d'autres circonstances la faute est bien moins grave ou même elle n'apparaît pas.
Un possédé demandant au Père Neveux ' à être reçu dans la religion chrétienne lui en exposait le motif. J'avais un débiteur qui me devait une dizaine de ligatures ; un jour, pour me témoigner, disait-il, sa bonne volonté, il m'offrit quelques melons qui d'abord avaient été déposés dans une pagode. Toute la famille en mangea. A peine la femme eut-elle mordu au fruit qu'elle se trouva saisie à la gorge et comme étranglée. Plusieurs fois les poignets du mari furent serrés par une main invisible et pressés l'un contre l'autre comme dans un étau. Puis vinrent les apparitions toujours diverses et toujours les mêmes. L'eau bénite mettait souvent les diables en fuite, alors ils allaient chercher des camarades ; ils se pressaient à la porte une cinquantaine environ, mais tous n'osaient entrer. L'un d'eux, plus fort ou plus courageux, ne quittait pas la place.