‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 135 sur 284 · CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DÉMON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DÉMON

rent que le Dieu des chrétiens était le véritable Dieu, et plus de trente se convertirent. Pour éterniser le souvenir d'une si insigne faveur, les nouveaux baptisés ont mis dans leur salle d'apparat une grande image de Notre-Seigneur ; au-dessus ils ont gravé cette inscription en gros caractères : En telle année et tel mois, cette famille fut affligée de tel mal. Les bonzes et les devins du pays furent inutilement employés. Les chrétiens vinrent, invoquèrent le vrai Dieu, à l'instant le mal cessa. C'est pour reconnaître ce bienfait que nous avons embrassé sa sainte loi ; et malheur à celui de nos descendants qui serait assez ingrat pour adorer d'autre dieu que le Dieu des chrétiens. »

Les manifestations du diable ont souvent la même conséquence. « Pour ma part, ajoute le P. Terrien, et dans ma seule section, certainement phis de mille chrétiens se sont convertis pour cet unique motif. »

Bien diverses sont les opérations du Méchant. Parfois il effraie, il épouvante, et cependant ce n'est pas alors qu'il est le plus redoutable. Les plaisirs qu'il présente sont plus à craindre mille fois que les tourments qu'il inflige. Assez souvent il invite ses victimes à voyager avec lui et les conduit dans une sorte de Babylone pleine de trouble et pleine de péchés. Que se passe-t-il alors ? la réponse est bien difficile. Une sorte de corps inerte est sous les yeux ; celui du possédé, mais l'âme est absente. Elle a émigré sans doute pour suivre le démon. Lorsqu'elle rentre chez elle, qu'elle reprend la vie normale, elle raconte les impressions de la route, les incidents de la fête. Si on présente des aliments à cette personne ', même après un jeûne prolongé, elle les refuse en prétextant qu'elle n'a point faim ou qu'elle a fait un meilleur repas ; il lui arrive de dire qu'une voiture l'attend et elle en fait une description très précise. Les assistants n'ont pas la même netteté de perception ou d'audition ; assez souvent ils ne voient rien, mais ils entendent

I. Corresp.de Jersey, avril F882. Le Diable convertisseur, p. 63

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des bruits plus ou moins confus qui témoignent de la présence d'êtres invisibles, mais bien réels. Le sujet lui-même, comme on dirait dans une expérience, offre assez ordinairement les mêmes symptômes d'épuisement ou de fatigue qu'on remarquerait ailleurs après un long voyage, un festin copieux, ou une nuit d'ivresse.

Il arrive assez souvent que les démons, au lieu d'inviter et de recevoir chez eux — si du moins ces mots ont une exactitude suffisante — s'invitent eux-mêmes et se livrent chez leur victime et leur complice à des fêtes criminelles. Je sais bien, disait un de ces malheureux, que je vais en mourir, mais je préfère plutôt mourir et être damné que d'opposer un refus aux invitations du diable.

Laissons ces horreurs pour voir encore d'autres scènes, écouter d'autres récits de possession ; mais la fin en sera plus consolante. Quelques paroles doctrinales empruntées au Père Hippolyte Leroy ' expliqueront les contradictions apparentes que présentent souvent des faits diaboliques, et feront toute la lumière possible sur ces manifestations.

Dans la possession, le démon fait deux choses : d'abord il soustrait à l'influence de l'âme le système nerveux, et par le système nerveux, les sens et les organes ; c'est la première opération ; ensuite, par la seconde opération, il se substitue à l'âme ainsi dépossédée et, sans animer le corps, il le meut. Quelquefois il fait ce que lé possédé pourrait faire lui-même, laissé à ses puissances naturelles ; quelquefois ce qu'il serait complètement incapable de faire ; par exemple se tenir en l'air, tourner rapidement sur luimême sans un appui suffisant, opposer une force d'inertie telle que dix hommes robustes pourraient à peine en triompher. Autres phénomènes : entrer en convulsions, hurler de douleur, crier qu'on est blessé, brûlé, lorsqu'on a été touché par l'eau bénite sans même la sentir. Autres encore : parler des langues inconnues, écrire ou lire, quand on ne sait ni lire ni écrire, répondre pertinemment sur des

I. Uémons et démoniaques, ICtiuics i-eli>^'., n" du 6 mai iSô/.

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