‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 134 sur 284 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'EMPIRE DU DEMON

d'un bâtonnet, il les laisse tomber sur le papier disposé comme on l'a dit et fermant le vase resté vide. Lorsque cette eau se congèle de manière à former un glaçon, c'est le signe que l'esprit est descendu. Ce remède magique est porté avec un grand respect au malade, qui souvent retrouve assez de santé pour vaquer à ses occupations.

Le catéchumène qui faisait ce récit au P. Bourdilleau ajoutait : c'est d'un vieux parent que je tiens le secret d'évoquer le démon sous cette forme d'eau congelée. Sur le point de mourir, il m'appela près de lui, et, par affection, disait-il, en m'enseignant son art, il me léguait un trésor, le moyen d'avoir toujours du riz à discrétion. Et, de fait, j'avais acquis une certaine célébrité ; on venait me chercher même de loin, je faisais chaque jour grande chère et je pouvais difficilement répondre à toutes les invitations qui m'étaient adressées '.

Dans les exemples qui précèdent et dans d'autres semblables, il ne sera guère possible de faire la part exacte de la vérité et de l'erreur. Où cesse la raison ?... où commence la folie .■*... Dans telle action complexe plusieurs causes interviennent, parmi ces causes, quelles sont celles qui sont évidemment diaboliques ? Quelles sont celles qui sont purement humaines ? Nos missionnaires ne se flattent pas de résoudre habituellement ces cas ou ces problèmes de troublante psychologie. Ils disent les choses certaines qui touchent à l'évidence, ils expliquent celles qui sont plausibles et répondent aux objections élevées contre la réalité ou la nature de certains phénomènes ; ils s'arrêtent devant les choses incertaines, heureux du résultat lorsqu'il est bon et que le diable, en hurlant et en grinçant des dents, a été cependant l'ouvrier de Dieu, le serviteur et le semeur de l'Evangile.

Tel est le sens des prudentes remarques faites par le P. C. Terrien

I. P. Bourdilleau, Corresp. de Laval, avril 1890. Suppl., p. X.

^onRnmiP

et communiquées à ses deux frères les PP. Jean-Baptiste et Jacques \

Mettre en doute l'existence des maladies diaboliques, ce serait s'écarter de l'opinion unanime des chrétiens et des païens comme aussi du sentiment des missionnaires de l'ancienne et de la nouvelle Compagnie. Le P. des Roberts écrivait en 1741 ces lignes encore actuelles : « Rien n'est plus vrai, mon Révérend Père, que la manière cruelle dont le démon traite ici ses esclaves... » Le P. Chavagnac en écrivant au P. Le Gobien, le 10 février 1703, fait un récit fort semblable à ceux qui se rencontrent si fréquemment dans nos annales. Il s'agit également d'une maison infestée, de sept personnes de la même famille « livrées à des accès de fureur si violents que si on n'avait pris la précaution de les lier, elles se seraient massacrées les unes les autres ; de tous les dieux du pays inutilement invoqués, de sacrifices très onéreux faits en pure perte et enfin d'un suprême recours au missionnaire. Celui-ci déclare qu'il n'y a rien à espérer du Dieu véritable si les symboles de la superstition ne disparaissent, Notre-Seigneur ne peut descendre chez son ennemi et il ne délivrera que ceux qui se feront instruire dans la religion et feront une promesse sincère de lui appartenir par le saint Baptême. Ces conditions acceptées, les chrétiens s'armant d'eau bénite, de chapelets, de médailles, de crucifix se rendent dans la famille persécutée. Là ils font mettre tout le monde à genoux. Beaucoup de païens accoururent, entre autres un bonze et ses partisans : ils furent bien surpris de voir « qu'autant de fois que les possédés étaient saisis de ces transports violents de fureur, autant de fois un peu d'eau bénite qu'on leur jetait, un signe de croix qu'on formait sur eux, le nom de Jésus qu'on leur faisait prononcer, les calmait sur l'heure, et les mettait dans une situation tranquille, et cela, non pas peu à peu, mais à l'instant... Ce prodige ferma la bouche aux bonzes et aux infidèles ; presque tous convin-

1. p. C. Terrien, — Coiresp. de Jersey, année 18S3, p. 30 et suiv.

Page 1