RÉCIT DU PÈRE TSCHEPE
Les possessions se ressemblent souvent, souvent aussi elles diffèrent. Les crises sont plus ou moins fréquentes, plus ou moins prolongées, plus ou moins aiguës ; la guérison ou la délivrance est plus ou moins difficile, et Notre-Seigneur lui-même se trouva en face de démons plus furieux, et, semble-t-il, plus puissants. Ces différences tiennent au possesseur et au possédé. Au possesseur, parce que chez les anges déchus, comme chez les anges fidèles, il y a inégalité de vertus et de pouvoirs ; tel de ces esprits de l'abîme, abusant d'une grâce plus grande est descendu plus bas dans la perdition et dans la malédiction. Les possédés aussi n'offrent pas toujours la même résistance ; il en est qui se défendent mollement, qui retournent à leurs superstitions, regardent les dangereux spectacles, invisibles pour tous, mais visibles pour eux. D'autres — mais le péril est encore plus grave, — acceptent de toucher aux mets que le démon leur présente en disant qu'ils sont savoureux et d'un goût inexprimable; car, observe le P. Terrien qui confirme une remarque précédente : « Dans tous les cas constatés par les missionnaires, ou à peu près, le démon présente aux malades de ces mets délicieux, et c'est seulement lorsqu'ils ont mangé que l'ennemi en prend pleine possession ^ En outre, les prières qui invoquent la miséricorde et la puissance infinies sont, elles aussi, inégalement ferventes et confiantes. Dieu, enfin, pour des causes dont il laisse plus ou moins