LE P. MAQUET
ennemis amèneront peut-être une persécution générale et la destruction de plusieurs églises. Les chrétiens, disent les Longs- Couteaux (tel est le nom des sectaires), appellent les étrangers à leur secours ; nos fidèles sont rendus responsables de l'intervention de l'Europe. Déjà les premiers chrétiens étaient dénoncés comme ennemis de l'Empire, et en France les catholiques sont dénoncés comme hos-
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tiles aux institutions de leur pays. Le tiiéâtre de la guerre peut bien changer ; la guerre est toujours faite avec les mêmes armes et à l'aide des mêmes perfidies.
Le R. P. Maquet ajoute un post-scriptum à la lettre du Père Isoré. « Notre chère mission est dans un besoin pressant de prières; nous sommes actuellement environnés d'ennemis et nous sommes gardés par des soldats païens. »
Dieu seul, disent encore les deux missionnaires, peut défendre les chrétiens contre leurs défenseurs. Le P. Isoré en cite une nouvelle preuve : J'ai vu dernièrement le P. Wang qui demeure à quelques lis. Il y eut chez lui une première bataille contre les Grands-Couteaux avec morts et blessés. Un poste de soldats fut établi dans le village, mais avec l'ordre de laisser faire si l'ennemi n'en voulait qu'aux chrétiens. Le vice-roi qui formulait un tel ordre était évidemment de connivence avec les rebelles. Heureusement il fut rappelé sur les réclamations énergiques du ministre de France aidé par ses collègues d'Angleterre et des États-Unis.
D'autres lettres signalent les mêmes périls engendrés par les mêmes causes. Les craintes sont vives et en même temps les espérances restent entières et magnifiques. A l'avenir de justifier les unes ou les autres et peut-être les unes après les autres. « Que Dieu nous garde, conclut le R. P. Maquet, » nous sommes entre ses mains. Ces dernières pages sont prophétiques. Les Longs- Cheveux se sont appelés Boxeurs et le P. Isoré est tombé victime de leur fureur.
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IjflpitiE Cinguiémt.
L'œuvre apostolique.
ou la Mission du Tché-ly S.-E.
Obstacles. — Le choix du roi David. — 30,0O0 conversions de 1854 à 1898. — Topographie du Tché-ly. — Caractère des habitants. — Divisions ecclésiastiques. — État de la mission à l'arrivée des Pères de la Compagnie de Jésus.
— Commencement difïicile. — Un premier voyage. — La main d'un voleur sous l'oreiller. — Grêle d'arguments. — Tristesse à l'arrivée. — Morts et mourants. — Plus près du ciel de 4.000 lieues. — Dénûment de l'Évêque. — Son intrépidité. — Conseils aux candidats. — Développer sa spécialité. — Avoir des yeux bien chinois. — Quelques paradoxes du Père Edel répondant aux objections usuelles : La Chine n'est point civilisée. — Ses usages sont ridicules. — Son peuple insulte les Missionnaires. — Défauts grands et petits chez les Chinois. — Il faut atteindre les grands-hommes. — Jalousie de la grâce divine. — Instruments de conversi.on. — Une première chrétienté. — Deux jeunes prédicateurs en déroute. — Après le cheval, le chien. — Une fille à marier. — Vœ soli. — Fan-kia-kata. — Son histoire. — L'âne laboureur. — Catéchisme appris ventre à terre. — Générosité pour les églises. — Sollicitude pour les mourants. — Repentir et pénitence à quatre. — Ignace AiVeï, le jeune prédestiné. — Le pieux aveugle Joseph. — Sa science..— Son zèle merveilleux. — Nuit pleine de beaux rêves. — Kxhortation à se faire canoniser. — Lettre du R. P. Supérieur. — Le personnel de la Mission. — Ensemble des œuvres. — Écoles, orphelinats, églises. — Merci aux bienfaiteurs.
— Retraite. — Auditoire peu homogène. — Bavards forcés de se taire. — Construire en briques. — Une paire de sapèques sur les yeux. — Le Sacré-Cœur !...
U milieu des récits, le chapitre qui commence occupe une place à part ; il ne s'agira que de nos missionnaires, ou plutôt de l'œuvre unique qui consume toutes les ardeurs de leur noble vie. Nous entrons sur ces champs de leur aposi-^Mw^^AWf*?Sfyww^i*iW3 tolat avec un respect ému par le souvenir de leurs travaux. la joie de leurs succès et de leurs espérances, letonnement devant les obstacles qu'ils ont surmontés : la guerre, la famine, les inondations, la sécheresse, des armées de pillards, et pour les réprimer, les armées impériales, encore plus dévastatrices.
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KN CHINE.
Moins heureux que le roi David, nos Pères n'ont pas eu à choisir pour leur mission et pour eux-mêmes entre les trois fléaux. Pendant longtemps leur histoire n'était faite que de calamités. Elles seront racontées dans le chapitre suivant ; nous n'y faisons ici qu'une brève allusion pour expliquer, pour éclairer l'œuvre de nos missionnaires. Un mot du P. Hœfifel résume ces innombrables difficultés. « Il semble, dit-il, qu'on ne puisse écrire de Chine sans parler de malheurs. Depuis dix ans que je suis dans ce pays, presque chaque année a vu sévir quelque fléau. Le typhus, le choléra, la sécheresse, les inondations, les tremblements de terre sont venus tour à tour affliger ces malheureuses populations du Tché-ly '. »
Et cependant, malgré la conjuration des éléments, la menace permanente d'une sanglante persécution, l'œuvre de la mission n'a cessé de grandir. Par un progrès qui s'est parfois ralenti sous la pression des événements extérieurs mais qui n'a jamais cessé, le chiffre des chrétiens s'est porté insensiblement de 9, 000 environ en 1854, à 19,000 en 1870; 43,736 en 1896; 47,086 au i^-" juillet 1898. Les résultats de la dernière année, inférieurs à ceux de l'année précédente, ont néanmoins dépassé toutes les espérances des missionnaires. Et le R. P. Supérieur en indique la raison, en même temps qu'il fait connaître les résultats de la campagne qui se termine : « Les difficultés ont été si grandes, cette année, les tracasseries des païens et des sociétés secrètes si persistantes, les menaces de mort et les placards incendiaires si multipliés, qu'il n'y a que la toute-puissance de Notré-Seigneur qui ait pu nous protéger et bénir nos travaux " ». Ajoutons que cette grâce puissante a trouvé et créé des auxiliaires. Sans donner aucune louange à ceux qui vivent, nous ne pouvons pas ne pas admirer ceux qui reposent dans le Seigneur, lorsque la mort, en déliant les langues, a permis aux successeurs de dire ce que furent leurs devanciers, comment,
1. Corresp. de Jersey, avril 1866, page 122. Lettre au P. Didierjean.