I. Corresp. de Jersey, septembre iS88, page ^iT
CHAPITRK V.
L'ŒUVRE APOSTOLIQUE
uns sont des apostats, les autres sont des indifférents. Les apostats refusent de s'appeler ou d'être appelés chrétiens, foulent aux pieds la grâce du baptême, ils sont retournés au paganisme et leur condition est pire que celle des idolâtres. Ils sont bien rares. Avec eux, nous n'avons rien à faire et, pour ainsi dire, rien à espérer. Les indifférents se retirent insensiblement, non par hostilité, mais par tiédeur. Ils prétextent qu'ils sont trop pauvres, qu'ils ne peuvent pas sanctifier le Dimanche. Souvent un peu d'aigreur se mêle à leurs plaintes, ils pensent n'avoir point trouvé un appui suffisant dans l'un quelconque de leurs fréquents procès. Peut-être n'étaientils entrés dans la religion du Maître du Ciel que pour y trouver un secours et du crédit auprès du mandarin. Motif bien naturel, mais peu de néophytes en apportent de plus élevés à l'origine de leur conversion. Dans la suite, s'ils persévèrent, la lumière de la Foi grandit et ils découvrent en pleine clarté les raisons supérieures de croire, qu'ils ne voyaient pas dans le crépuscule. Il y a donc dans la vie de ces pauvres gens une heure intermédiaire et décisive, oii ils sont à une égale distance de la Foi et de l'incrédulité. Vienne alors une retraite, une sérieuse retraite, les chemins de l'apostasie sont coupés et la Foi reprendra sa marche ascendante. Les Exercices profitables à ces « débiles » dans la religion le sont plus encore aux chrétiens fervents ou qui doivent l'être, comme par une nécessité de profession, aux catéchistes, aux administrateurs de chrétientés. Bien souvent la retraite a ressemblé à ce festin de l'Evangile où les convives sont si divers : le mendiant à côté du riche, l'enfant voisin du vieillard.
Le P. Albert Weiterwald, en février 1897, donnait les Exercices à une centaine de retraitants. L'auditoire n'était guère homogène. On y voyait une quinzaine de catéchistes qui représentaient plus ou moins bien la section intelligente et la classe des lettrés, quelques chrétiens fervents mais peu instruits, des chrétiens en retard pour l'accomplissement du devoir pascal depuis deux, dix ou vingt
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KN CHINE.
ans, des fumeurs d'opium qui voudraient bien ne plus fumer l'opium, de bons vieux baptisés sur le tard de la vie, et qui se disposent à leur première Communion, quelques catéchumènes qui se préparent au baptême.
Les conditions matérielles et spirituelles n'ont rien de bien compliqué. Généralement on profite des grandes vacances de la nouvelle année, lorsque les écoliers sont chez leurs parents. Les exercices se font dans les classes ou à la chapelle ; chacun a dû se munir d'une natte ou d'une couverture qui le défend contre le froid pendant la nuit. On demande à chaque retraitant une ligature, petite somme de deux francs environ, que les pauvres gens ont parfois quelque peine à réunir ; mais on se garde de supprimer ce tribut ou cette aumône de la pauvreté. Suivant la loi générale de la nature humaine, nos Chinois s'attachent plus à un bien qu'ils ont acheté ; c'est un premier avantage, ce n'est pas le seul ; si modique que soit cette légère rétribution, elle écarte les parasites, les curieux, tous ceux qui viendraient à la retraite pour se distraire et n'en estimeraient que les repas.
L'œuvre puissante par elle-même perdrait toute son efficacité, et ces retraitants ruineraient la retraite.
Jusqu'aujourd'hui le temps s'est passé plutôt dans la prédication que dans la méditation. Pour le missionnaire le plus sûr moyen de ne pas trop demander à la bonne volonté de solitaires improvisés et d'obtenir le silence, c'est de parler lui-même. « Je donne cinq instructions par jour, disait le Père Wetterwald ; chaque instruction dure trois quarts d'heure au moins. Ensuite, on explique les commandements, on fait la préparation aux sacrements de Pénitence, d'Eucharistie, ou, comme on l'a vu plus haut, au sacrement de Baptême. Les exercices se suivent, très pressés, ne laissant aucune place à l'inaction. Un bon vieux dans ses quatre-vingts ans, malgré son désir de préparer ses comptes, ainsi qu'il disait, n'osait pas demander à faire sa retraite, il se jugeait lui-même trop bavard. Il