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LA VALLEE DU NIL

toutes les Indes ! Aussi la consternation fut grande, non seulement à Ceylan, mais encore dans les royaumes du voisinage, lorsque, après une suite de combats heureux, dom Constantin de Bragance, en imposant les conditions de paix au roi de Jaffna, l'obligea d'abord à livrer la célèbre relique. Elle fut transportée à Goa, siège du gouvernement. Le bruit de ces événements s'étant répandu, le roi de Birmanie envoya une solennelle ambassade à Dom Constantin avec mission de négocier le rachat d'un objet aussi saint et aussi puissant aux yeux de ses peuples. Il ouvrait ses fastueux trésors,

I. Le P. Van-der-Aa, Ile de Ceylati, la dent de Boied/ia, page 260.

trop bien dépensés pour une semblable acquisition. L'espoir du roi semblait d'autant mieux fondé que les circonstances étaient critiques pour le Portugal ; ses armes avaient subi plusieurs échecs, ses finances étaient compromises, les flottes hollandaises inquiétaient ses colonies ; on marchait vers la fatale journée d'Alcazar-Kébir dont ^( l'ancienne gloire du pays ne s'est pas encore relevée ' ». Néanmoins la réponse fut digne du roi très fidèle. Afin de décourager à tout jamais les propositions des idolâtres, en présence du clergé, des grands et du peuple, la dent de Boudha fut solennellement écrasée, réduite en poussière, brûlée... et les cendres en furent publiquement jetées dans les eaux.

Les bonzes, ces maîtres fourbes, ne se découragèrent pas... Après plusieurs escroqueries, ils publièrent que les cendres, jetées dans le lleuve, en descendant à la mer, s'étaient réfugiées dans un lotus qui leur ouvrait son calice. Là, elles reprirent leur premier état. Lorsque la restauration fut complète, la fleur, se détachant de sa tige, nagea vers Ceylan, chargée de son trésor. Aujourd'hui, enchâssée dans une légère monture d'or fin, sortant d'une fleur de lotus dessinée avec des pierreries, elle reçoit les hommages des sectateurs de Boudha... et leurs aumônes. Deux clés différentes ouvrent le précieux étui : l'une est chez le vénérable abbé de la bonzerie ; l'autre entre les mains de son Excellence le Lord Gouverneur Général de la colonie. Les dons des fanatiques pèlerins constituent un revenu énorme fraternellement partagé entre l'autorité religieuse et l'autorité politique, entre le vénérable abbé et le noble Lord -.

De telles remarques ont leur utilité et leur opportunité. Sans méconnaître en rien les grandes qualités du peuple anglais, si puissant par la sagesse de ses conseils et la patience de sa politique,

1. I'. E. de (juilhermy, Mi'noloi^e de Li Compagnie de Jésus. Assistance de Portugal. 13 février.

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