CHAPITRE
VERS LA MISSION
elles stipulent des réserves en faveur des nations vaincues ; mieux que d'autres, sous la lumière de l'Évangile, ces nations ont compris les devoirs de la conquête et, quelles que soient leurs fautes, elles ont moins péché contre la justice éternelle. D'ailleurs un homme qu'on cite volontiers parce qu'il est un de ceux qui savent le mieux entendre les leçons de l'histoire, M. de Rochechouart, pense que le Portugal, malgré sa chute complète, rapide, irrévocable, laissera encore des traces de son influence lorsque peut-être l'Europe aura disparu \
Ces considérations sur l'apostolat des nations catholiques ne sont pas étrangères aux religieux qui ressentent douloureusement leur impuissance. Ne rien faire, c'est « la rude épreuve du voyage ' ». — Les temps sont autres. — Jadis la traversée demandait des mois et des années. Le Bienheureux Charles Spinola, pendant six ans, fut ballotté sur toutes les mers avant de toucher la terre de son martyre. Certes c'était là un long Conmvmm,et au milieu d'épreuves communes, de maladies, de privations, de batailles quelquefois contre les pirates ou les négriers, les cœurs avaient le temps de s'ouvrir et les âmes de se mêler... Et puis les missionnaires étaient, sur les navires catholiques, les aumôniers de l'équipage. Aujourd'hui ils ne sont que des passagers, Tel ou tel peut se souvenir de leur caractère ; aux yeux de \ AdmiiiistratioJi, ce caractère n'est pas.
On a fait beaucoup sur les paquebots des messageries pour accélérer la vitesse, assurer le confort des voyageurs ; peut-être le temps a-t-il manqué jusqu'ici pour songer au service de Dieu ! Une traversée fut particulièrement pénible sous ce rapport ; il est permis de pressentir ces tristesses ; mais la charité des missionnaires s'est tue sur les noms et sur les dates. Un capitaine de navire se montrait formellement hostile à la religion ; il défendait à son équipage toute relation avec les Pères. Sur la fin du voyage, il tomba malade, ne