CHAPITRE VI
CALAMITES ET DIFFICU LTHS.
clarté du soleil. C est peut-être grâce à cette obscurité que les voyageurs échappèrent au pillage, car des bandes d'cittamés, l)andits d'occasion ou de [)rofessi()n, tenaient la campagne, d'autant plus déterminés au vol qu'il était leur dernière espérance de vie. .Son oeuvre de charité accom[)lie, ses pères consolés et fortifiés, l'évecjue, <à bout de forces, comptait s'arrêter quelques jours lorsqu'on lui annonce qu'un de ses missionnaires atteint par le tléau se meurt dans la ville de Ou-kiao. j-iien que Mgr Dubar le sût entouré des
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soins de deux religieux de la Compagnie, il voulut immédiatement se mettre en ro ite. Ce furent ses derniers pas, et on est londé à croire (ju'il le sût grâce à un avertissement d'en haut. Le premier jour, il s'arrêta pour célébrer la Sainte M(;sse dans une chapelle fréquentée par les dévots pèlerins de St Joseph. C'est là <|ue, brisé de douleur à la vue des maux qui désolaient son peuple, il offrit à Dieu le sacrilice de sa vie. Le ioin^ même ou le lendemain cette prière, héroïque lorsqu'elle est sincère, était exaucée, et le mal se déclarait
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KN CHINE.
par ses premiers symptômes. Atteint de la terrible maladie, mais dissimulantledanger, il se rendit auprès du missionnaire que l'on croyait à toute extrémité. Il trouva pour le consoler des paroles que lui seul savait dire, mais il ne consentait pas à la mort de son compagnon. « Non, lui disait-il, vous ne mourrez pas, vous travaillerez longtemps encore au salut des chrétiens et des païens. Je vous apporte la bénédiction et la santé. » Le missionnaire, ému d'une affection si profonde et si tendre, refusait cette santé comme s'il la jugeait la récompense d'un sacrifice trop grand. Et cependant les paroles de Mgr Dubar se réalisaient, peut-être les avait-il prononcées dans une lumière prophétique. Le P. Maquet, ce missionnaire mourant qui aujourd'hui même, 2 août 1899, évoquait ces souvenirs devant moi, revenait à la santé et aux longs travaux, l'évêque touchait au terme de son exil. Il mourut en priant, en invoquant la Très Sainte Vierge, la grande douceur de sa vie, sans exhaler une plainte, en fixant sur le ciel, comme le disait l'un des assistants, le suprême regard d'une radieuse espérance. C'était le i^'' juin 1878. La Compagnie de Jésus perdait un religieux exemplaire qui ne se souvenait d'être évêque que pour être plus pauvre et plus exact à toutes les observances de la discipline. Il disait volontiers qu'il ne ferait aucune concession à la mitre, entendant par là qu'il ne se défendrait jamais par elle des moindres exigences de la règle. Et voici que sur son lit funèbre cette mitre se nimbait de l'auréole d'un martyre : celui de la charité fraternelle.
C'est ainsi que mouraient les missionnaires et c'est ainsi que travaillaient leurs survivants. Le P. Edel, en parlant simplement de ce qu'il faisait, de ce qu'il voyait, écrivit l'histoire de tous. Les soldats d'une même troupe supportent les mêmes fatigues guerrières ; pendant la campagne, après la campagne la plupart se taisent ; quelquefois l'un d'eux prend la plume et il raconte les travaux ou les périls de ses camarades en racontant les siens.
Cette remarque, opportune ici comme ailleurs dans tout ce livre,