‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 195 sur 284 · LA GRANDE MURAILLE · texte numérisé non relu

LA GRANDE MURAILLE

radeau avec quelques planches, avec les portes de ce qui fut leur maison et ils vont à la grâce de Dieu et au gré du vent. Quelquefois les hommes ayant l'eau jusqu'à la ceinture et au-dessus, poussent cette lamentable embarcation si difficile à diriger et qu'il est nécessaire de défendre contre les corps flottants, et surtout contre les cercueils emportés par l'inondation. Vingt mille de ces pauvres gens, écrivait le P. de Becquevort, couvrent les murailles de Tien-tsin ; c'est pitié de les voir arriver sur de petits radeaux formés avec des tables, des portes... poussés par les hommes à la

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si~: iliL^iir^. C'fllcs-ci, lrii[) i.iiM-s sons 1 eiiiM'inc pression, souvent se roni'.H lit, soii\('ni ;;iissi siMii roin{)Mes sur un point (Mi sur un autre, ]\\v î.i m iivi iTi, mcf ilt -> p:i\ s.ms .ilarnies peur eux-mêmes et contents de lUlouriifr \ers leurs \oisni^ les îlots débordés. Ils sont d'.uitanl plus lerrililes cju'ils ont ele ulus l,m;;iem[is contenus. On les entend de loin, ils .u'rix'ent parfois comme des chevau.x lancés dans un L^alop t'in-ieux ou des chars (jui s\'iUreclio(]U(aU : parfois ils montent, ils montent irrésistioles. a\-ec un calme plus (îttrayant encore. 1 Vuis ces jours de douleur, les malédictions bibliques ont toute leur vcritc. Malheur à ceux qui s(M-tent de leur maison (;t malheur à ceux cjui n'en sortent pas. Les périls sont à l'intérieur comme à hextcrieur : //v.'a'.v i/ foi'is.

l'cril des vo\a'..:t'urs. \ou< voL^niions au til d'une onde trouble, écrit un missi(Minaire : l>i chaleur était accablante, les orales grondaient autour de nous, néanmoins la première journée n'olh'ait rien d'anormal et les Pères Hietlel et I)e\er furent déposés sans encombre à hauteur de b an-kia-kat;i, mais le lendemain nous \-imes avec le jour de sombres nuages cpai fermaietit l'horizon à !'( )uest ; nn eût dit un rideau noir. C ctcUt la pluie, une pluie cHluvienn(t dér(^bant le jour, nous immobilisant sur un bord sans possibilité d'a\"cUTcer d'un seul pas. Alors, d.iseiit d'autres relations , l'eau monte à vue d'ieil. Le ileuve dcborde, recouvre la campagne et souvent reiu'erse ses digues en mêlant ses eaux à celles qui descendent des montagnes ; ainsi ^onilé, il remplit soudain le lit desséché d'anciennes rivières, passe sous leurs \'ieux [jonts rompus et entraines dans. sa c(jurse : ou bien il se creuse un lit nouveau encore incapable de !<• contenir !ongtemi)S. Ihenti'jt l'on ne distingue plus les ri\aeres et le lleuve d'avec la [.■laine. C'est un immense lac boueux qui rejoint même la mer. On dirait cpie h- golfe du Tché-ly

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:i repris possession tle ses anciens domaines. ] )es îles (';inei"^f':nl. au militni île ce spectacle de clc\'aslaUon, elle-s en au:;"iiieiilei.L la uis- U;sse ; ce sotU les vill(,:s ou l(;s \-il]aL;'es élevés sur des remblais. \ )':- I)out sur cc;lle sorte lie rempart, l<^s habitants tra\aillent a les ni^iinleiiirouà les défendre. C'en serait fait de leurs demeurcrs si l'inondation en bai!j;;nait les muraill(;s laites en imTc-. Lorsque le reinlJai n'est pas assiiz S(jlide et que l'eau pénètre,-, la maison croule. .Xiors les malheureux ijui n'ont plus d'asiles construisent en toutf- hâte un

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radeau avec quelque.s planches, avec les portes de ce qui tut leur maison et ils vont à la grâce de Dieu et au grc du vent. Ouelqucfois les hommes ayant l'eau jusqu'à la ceinture et au-dessus, poussent cette lamentable embarcation si diftîcile à diriger et qu'il est nécessaire de défendre contre les corps llottants, et surtout contre l(?s cercueils emportés par l'inondation. \'iiigt mille de ces pauvres gens, écrivait le P. de l>eci|ue\"ort, couvrent les murailles de Tien-tsin ; c'est pitié de les voir arriver sur de petits radcau.v; formés avec des tables, des portes... poussés pjar les hommes à la

KN CHINE.

nage ; les femmes et les enfants sont trempés jusqu'aux os, demi morts de faim et de fraveur. »

On vit comme l'on peut... ou l'on meurt, pendant que l'eau envahit la région et qu'elle y séjourne, mais lorsqu'elle se retire lentement, comment revenir sur un sol marécageux où toutes les moissons ont péri ? Plus de demeure, les eaux l'ont emportée ; plus de bestiaux, on les a vendus à un prix dérisoire ; plus de semence, le grain est pourri ; pourries également les herbes des marais, sorte de tourbe légère, dont les gens de la campagne se servent pour allumer et entretenir le feu. Alors, l'émigration commence. Les routes se couvrent de familles qui s'exilent pour demander à une contrée voisine, moins ce qui est convenable à la vie, que ce qui est absolument nécessaire pour retarder la mort.

A la maison, à la résidence centrale, on se défend contre l'inondation et contre la pluie redoutable par sa violence et par son abondance. Tandis que les eaux du ciel menacent les toitures, les eaux de l'inondation assiègent les murailles. On peut vraiment les comparer à un ennemi dont il faut craindre à chaque instant les surprises. Des renforts lui arrivent avec les progrès de l'inondation. Xos Pères ont raconté — malheureusement ce récit s'est égaré — comment par un travail de jour et de nuit, ils ont défendu leurs murailles toujours sur le point de céder. Les messagers qui les abordent en ces jours en traversant les plaines inondées, n'apportent que des nouvelles de sinistres. Les Pères, dans leurs districts recouverts d'eau, annoncent tantôt que leurs chapelles sont ruinées, tantôt que leurs écoles sont tombées, presque toujours que leurs chrétiens sont dans une extrême misère... Et tous de tendre la main au nom de leurs fils spirituels.

Le récit de ces calamités provoquera certainement une objection. Comment un pays, dira-t-on, peut-il les traverser sans être anéanti ? Ceux que l'épéedes rebelles, que la famine, que la peste,

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