CHAPITRE VIII
MŒURS ET COUTUMES
« La semaine dernière, le i8 novembre 1856, en traversant un bourg, j'entendis parler d'infanticide. On disait qu'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans avait été tué par son père, mécontent de sa conduite. Je demandai alors si le mandarin n'avait pas connaissance de cet assassinat. — Il en a connaissance ; comment serait-il le seul à ignorer ce qui est au vu et au su de tout le monde? — Il va donc agir? — Il s'en gardera bien, il y perdrait sa place ! » Ce n'est pas la première fois que de tels cas se présentent; s'ils se multipliaient, les supérieurs, mécontents, reprocheraient à ce mandarin son incapacité, il serait notoire qu'il ne sait pas exhorter son peuple à la pratique de la vertu. »
Tirons un voile sur ces tristesses ; aux yeux de la foi, elles ne sont pas cependant sans consolation. A beaucoup de ces enfants, la mort temporelle a valu la vie éternelle avec la grâce du saint baptême. Ce fut la première pensée des missionnaires, en face d'un si grand malheur: sauver du moins lésâmes, lorsque le salut des corps esc impossible. A ne consulter qu'une froide raison, cette œuvre du baptême et de l'enfance susciterait peut-être des objections. On se dirait qu'elle est très onéreuse pour la mission, et que les aumônes des enfants de France et des pays catholiques sont sans résultat direct pour la conversion d'un peuple et la réforme du pays. A quoi bon ces jeunes élus qui remplissent la Jérusalem céleste, mais qui laissent toujours aussi pauvre et aussi indigente des richesses de la foi leur patrie terrestre ? Eh bien, une fois de plus, l'objection aurait tort. Elle serait condamnée par des voix diverses et ordinairement contraires : celles de l'enfer, du Ciel et de la terre.
Le P. Sentinier rapporte des paroles significatives du démon, dans la bouche des pythonisses ; sa lettre est du 18 mai 1868. « Un fils unique mourut ; avant sa mort, une vierge chrétienne lui avait donné le baptême ; sa mère, ignorante du fait, pour calmer
sa douleur, consultait une pythonisse sur le sort de son enfant. — Je ne puis répondre, fit la prophétesse de Satan, ton fils n'est pas chez ceux que je connais ; il est avec les chrétiens, dans le lieu de leur récompense. » La même réponse fut faite à de semblables questions, en des circonstances analogues. Avait-elle pour but de dénoncer les pieuses industries des chrétiens lorsqu'ils apportent aux petits moribonds la grâce du baptême, ou le démon était-il obligé de proclamer sa défaite devant l'eau qui régénère? Les deux hypothèses sont plausibles...
Ainsi que les anges de l'abîme, mais de tout autre manière, les Anges de la Bienheureuse Sion s'intéressent à ces jeunes âmes qui leur sont confiées. Dieu peut-être aussi récompense la dévotion de ceux qui invoquent les Anges Gardiens, et par un avertissement mystérieux il leur donne la grande joie d'ouvrir le ciel à ces petits enfants. Le P. d'Entrecolles en cite de pieux et curieux exemples: c'est un bon chrétien qui chemine en priant Dieu... il se sent soudain porté à changer de route, il consent à ce désir que, d'abord, il ne comprenait pas, mais qu'il s'explique bientôt en découvrant au milieu des roseaux un pauvre petit païen qui allait mourir. Un autre cède à la pensée d'ouvrir une caisse semblable à beaucoup d'autres caisses par l'extérieur, mais, à l'intérieur, un jeune prédestiné attendait le saint baptême, et la grâce divine prenait l'un de ses élus parmi ces restes sans nom que se disputent les animaux errants sur les chemins... de stercore erigens pauperem. »
Écoutons le P. P. Hœffel nous raconter un dernier trait '. « Trois catéchistes revenaient de la retraite annuelle ; arrivés non loin d'un village païen et fatigués de la route, ils s'assirent au bord d'une mare desséchée. Tandis qu'ils s'entretenaient, une fillette qu'ils n'avaient pas vue, se mit à crier à tue-tête : « Elle n'est pas morte, elle vit encore! » Nos catéchistes de lui dire: <i Oui n'est