I. L. du Père Gotteland, 18 mars
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les lettres de nos missionnaires si pleines d'admiration pour son grand caractère et sa haute piété.
Tout lui manquait au début de son entreprise, mais il résolut de ne se manquer ni à lui-même, ni à la France dont il promenait les couleurs sur les mers de l'Extrême-Orient ; son but, hautement déclaré, était d'appuyer les armées impériales, tout en les contenant, et de réprimer l'insurrection au profit du gouvernement légitime. Il jugeait que c'était un devoir aussi facile qu'évident, commandé aux navires étrangers par le souci de l'humanité et par l'honneur du pavillon. Néanmoins Américains et Anglais refusèrent de s'engager dans une entreprise dont ils ne voyaient pas le profit immédiat et matériel. Les ressources de l'amiral étaient cependant fort limitées. En mer il ne comptait que sur le Colbert , vapeur de neuf canons et sur la. Jeanne d'Arc, frégate de 42. La Constantine et !a Sybille qu'il attendait n'avaient pas encore paru. A terre, la concession française n'était même pas protégée par une simple muraille ; elle ne comprenait guère à ce moment que des terrains vagues où les Rouges se rassemblaient et faisaient le trafic avec le fruit de leurs déprédations. Sans avoir encore recours aux armes, l'amiral Laguerre fit élever un mur qui délimitait notre possession plus qu'il ne la protégeait. Les Rouges, inquiétés pour l'avenir, pressentant nos desseins, avaient construit une batterie qui dominait et surveillait notre possession. Ordre leur fut donné de la démolir; comme ils ne se pressaient pas d'obtempérer à ce commandement, la Jeanne d Arc vint s'embosser devant la batterie, et a la faveur de la nuit une compagnie de débarquement pénétra dans le fortin ; toutes les pièces furent enclouées et tous leurs servants périrent sans qu'il en restât un seul homme. Par ce premier fait les hostilités étaient déclarées entre notre marine et les Rouges. L'amiral, bien décidé à n'agir qu'à coup sûr, ne se hâtait pas ; de temps à autre, pendant les jours suivants, la Jeanne d^ Arc saluait d'un coup de canon les bandits et témoignait de sa mauvaise
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FRANCE KT CHINE
humeur persistante à leur égard. Malgré l'intention bienveillante de leur Consul, les Anglais regardaient nos préparatifs avec une curiosité un peu ironique ; les Américains étaient heureux en voyant, en croyant voir l'Amiral embarrassé. I^e fait, la Conslanline et la Sybille n'arrivaient pas. On résolut d'agir sans les attendre. Les forces françaises suffisaient pour bloquer les Rouges et couper leurs communications soit avec le port, soit avec la campagne ; le ravitaillement était donc impossible. Le commandant français alors porta un coup décisif. Deux canons descendus du Colbert ouvrirent une brèche dans la ville en possession de l'ennemi, et nos soldats montèrent à l'assaut. Le feu des rebelles était bien nourri et bien dirigé. L'un de nos officiers tomba frappé de deux balles, l'une à la tête, l'autre au cœur. Il était visé, a-ton dit, par un Américain déguisé en Chinois. Au Nord de la cité, la résistance, relativement assez molle, n'arrêtait pas la marche de nos soldats, mais à l'Est la défense était mieux organisée ; les Rouges, protégés par de hautes murailles, envoyaient leurs balles à coup sûr et n'étaient pas atteints par les nôtres. Les impériaux, nos alliés, entrés à notre suite, à peine dans l'enceinte des murailles, plus pressés de piller que de combattre, se débandèrent, portant de tous côtés le désordre et le vol. La victoire était encore possible, mais l'amiral, avare du sang de ses soldats, pensa qu'elle coiàterait trop cher; il ordonna donc la retraite, elle se fit avec une discipline admirable; malheureusement nous laissions six des nôtres sur le champ de bataille, deux officiers et quatre matelots, six autres devaient encore périr des suites de leurs blessures. Ces glorieux trépas ne furent pas inutiles à notre cause ; ils excitèrent l'admiration des Chinois et jetèrent l'épouvante dans le camp ennemi. Les délestes, leurs mandarins ne tarissaient pas d'éloges sur la belle conduite de nos marins et l'appui déclaré que l'amiral prêtait à la paix publique ; ils croyaient enfin à de bienveillantes intentions cimentées par le sang des Français. D'autre part, les Rouges sentaient bien que si nos troupes s'étaient retirées
de leur propre mouvement, par un calcul de sagesse, elles reviendraient avec des renforts qui ne pouvaient plus tarder et vengeraient la mort de ceux qu'elles avaient perdus. La partie n'était plus tenable. Dans la nuit du 17 au 18 février, de huit à neuf heures du soir, les bandes de rebelles quittèrent précipitamment la ville, sans même essayer une dernière attaque. Les bandits fuyaient à travers la campagne dans le plus grand désordre. Les paysans qu'ils avaient exaspérés par les meurtres et les incendies poursuivaient leurs restes lamentables; tout révolté tombé entreleurs mains, par une prompte et cruelle justice, était jeté vivant dans une fosse. Lntrés dans la ville abandonnée, nous avions plus peur de nos alliés que de nos ennemis, et l'amiral que cet événement n'avait point surpris, défendait la cité reconquise contre le vol et contre le feu. On le voyait presque seul parcourir les rues, animer les mandarins, effrayer les malfaiteurs, éteindre les incendies et protéger la victoire contre des horreurs qui sont trop ordinaires à son ivresse. Ah ! ce fui un grand spectacle devant les nations païennes qui peut-être ne connurent jamais la modération dans le triomphe. La discipline et le désintéressement de nos soldats disaient aux Chinois, mieux encore que les discours des missionnaires, quelle était la douceur et la splendeur de la civilisation chrétienne. Un empereur de Chine s'entretenant au dix-huitième siècle avec le P. Benoist, ne comprenait pas que toute guerre ne fût pas une guerre d'extermination, il écoutait avec surprise le Jésuite lui apprendre les principes du vieux droit chxétàen 'passés alors dans les usages des guerres. Oui, disait le missionnaire répondant aux questions de son interlocuteur, nos souverains se font la guerre, mais aucun royaume ne voudrait détruire un autre royaume. Le respect mutuel que se doivent les têtes couronnées est trop grand ; tout au plus depuis que l'Europe a embrassé le Christianisme, un roi vaincu perdra-t-il quelques villes et un peu de pays '.