CHAPITRE IX
FRANCK ET CHINE
étions plutôt avec les Russes. Qu'on n'accuse pas en Chine une préférence injuste accordée aux vertus des Célestes sur les qualités supérieures de la race anglo-saxonne, mais nos marins et nos soldats avaient la claire vision de nos intérêts et de notre rôle. Les événements ont deux fois, en l'espace de quelques années, permis à nos armes d'intervenir dans les affaires du Céleste Empire et de protéger la Chine contre elle-même. 11 nous sera bon de relire cette page glorieuse peut-être oubliée de beaucoup et de voir comment la même action a été utile aux deux pays. Ce n'est qu'un souvenir. Puisse-t-il être aussi un présage!...
Au commencement de l'année 1855 la guerre civile sévissait à Changhai, malheureuse ville que se disputaient les rebelles, ordinairement appelés les rouges, et les impériaux. Les impériaux la pillaient, les rouges l'incendiaient en jetant du haut des murailles sur les maisons des pois remplis de matières incandescentes. En des circonstances ordinaires, les troupes impériales avaient eu raison des troupes de la rébellion, mais l'appui de l'étranger, la neutralité bienveillante des Anglais, le concours efficace des Américains fortifiaient singulièrement le parti de la révolution. De plus, tout ce que le pays comptait de malfaiteurs, tout ce qui désertait les marines étrangères, se retirait dans le camp des Rouges, certain d'y recevoir un accueil empressé. Aussi la terreur se répandait dans toute la région ; de la campagne on fuyait vers la ville, et les misérables qui espéraient y trouver un secours, augmentaient l'effroyable indigence du peuple.
Heureusement nos forces navales à Changhai se trouvaient sous le commandement de l'amiral Laguerre, « homme, dit le P. Gotieland ', consommé dans les affaires, qui dès les premiers jours avait gagné tous ceux qui l'approchaient par sa noble franchise et sa digne affabilité» ; du reste ses actes le loueront mieux encore que