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un peuple immense, vingt prêtres, deux évêques entouraient les cercueils des humbles héros. Un missionnaire, le P. Languillat, disait aux deux nations, unies dans le deuil, les paroles de la vie éternelle, en évoquant devant elles les souvenirs des Machabées et les enseignements consolateurs de notre Foi. On s'achemina vers le champ du repos en traversant- des rues dévastées et des ruines encore fumantes ; de loin, le canon mêlait sa grande voix au concert des harmonies guerrières ou religieuses, à la fanfare des équipages et au chant des psaumes. Tous se taisaient en suivant la croix escortée par nos sapeurs. Lorsque les dernières prières furent dites, l'amiral s'avança pour prononcer quelques paroles ; elles furent emportées dans un sanglot plus éloquent que tous les discours. Le commandant du Colbert, M. de Beaudeau, vaincu par la même émotion, fut obligé d'appuyer la tête contre un cercueil. Tout le monde n'aurait pas compris les suprêmes adieux prononcés dans une langue étrangère à la plupart ; tout le monde entendit cette voix d'une douleur plus grande que ces grandes âmes qui ne défaillaient que dans cet instant '.
Sept ans après, la révolution relevait la tête et une formidable insurrection mettait le pays à feu et à sang. Le P. Seckinger écrivait de Zi-ka-wei, le 29 mai 1862.,. «Au lieu des riches campagnes, des villes superbes, on ne découvre plus que des champs sans culture, des canaux détruits ou encombrés, des monceaux de ruines, des pans de murailles, un débri de toit sur un reste de maison qui n'a plus ni cloison, ni fenêtre, ni porte, dernier refuge des malheureux que les rebelles viennent à l'improviste égorger, mutiler ou réduire en servitude... Deux millions d'émigrés habitent sur le fleuve dans de misérables jonques. Depuis le mois de décembre jusqu'en février, l'administration de Changhai a fourni plusieurs fois plus de dix mille cercueils. On ne compte pas ceux qui sont morts sans sépulture. »