‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 266 sur 284 · I. D'après une lettre du P. VuiUaume, 26 mars · texte numérisé non relu

I. D'après une lettre du P. VuiUaume, 26 mars

CHAPITRK IX.

FRANCK KT CHINE

Le même missionnaire expose ensuite l'inutilité, l'impossibilité de la défense. Les paysans n'ont point d'armes, point de chefs, point dé plan d'attaque ou de défense. Les Impériaux ne s'assemblent que pour piller, voler, tuer, écraser le peuple ; souvent ils sont de connivence avec les rebelles et leur ouvrent les villes qu'ils sont chargés de défendre. — Changhai avec ses richesses incalculables excitait la convoitise des deux armées, les rebelles dans l'intention de l'affamer l'environnèrent d'abord d'un cercle de feu. Il était donc indispensable et urgent de s'organiser, une nécessité commune réunit dans une entente loyale Anglais et Français, les Anglais sous le commandement de l'amiral Hope, les Français sous le commandement de l'amiral Protêt. On reprit le dessein de l'amiral Laguerre : protéger le gouvernement impérial contre les rebelles et contre ses propres soldats presque aussi dangereux. Les positions de l'ennemi, attaquées vivement, cédaient les unes après les autres : après une canonnade qui durait une ou deux heures, les rebelles fuyaient parfois au nombre de looo, parfois au nombre de 2000. Ces victoires rapides furent contristées par un grand deuil. « Le 17 mai, les alliés assiégeaient Né-kio ; le canon tonnait à cinq heures et demie du soir ; à six heures la brèche était faite, et on donnait le signal de l'assaut ; une colonne anglaise, malgré sa solidité et sa vaillance, arrêtée devant un rempart hérissé d'artillerie, fut obligée de rebrousser chemin. Tandis que nos alliés essuyaient ce feu redoutable, les nôtres, non pas plus valeureux mais plus agiles, escaladaient la muraille et s'emparaient de la place. — Un cri de douleur et de colère interrompit les cris de victoire : l'amiral n'était plus. En disposant la dernière colonne d'assaut, frappé d'une balle en pleine poitrine, il tombait entre les bras de l'aumônier, et après quelques instants il exhalait le dernier soupir au soir d'une belle journée ; mais quelle morne tristesse succéda brusquement à la joie d'un combat heureux ! Les marins se disaient : « Notre père est mort, vengeons sa mort, » et ils se préci-

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KN CHINE.

pitaient sur les rangs des rebelles avec le courage de fils qui redemanderaient un père. Combien de victimes tombèrent sous les coups de cette douleur furieuse ! La perte de cet illustre marin pleurée par l'Église et par la France fut une calamité publique. » Pour lui aussi, de magnifiques funérailles auxquelles assistaient deux vice-rois ; seize consuls élevaient ou, suivant la méthode chinoise, faisaient retentir jusqu'au ciel l'expression de notre regret et l'aveu de notre néant. L'expédition arrêtait sa marche victorieuse ; les Anglais rappelaient leurs troupes, les Français se contentaient de protéger Changhai et sa banlieue. Que n'aurait point fait l'amiral si la mort lui eût laissé le loisir d'achever son œuvre ; déjà les indigènes, animés par son ardeur, entraient dans son armée, et, bien conduits, ils étaient en même temps braves et disciplinés. En outre, ils rendaient moins onéreux les sacrifices de la mère-patrie. Ce fut du reste toujours le secret des grands capitaines de créer des ressources sur place et de nourrir la guerre par elle-même. La statue de Protêt élevée à Changhai devant l'hôtel de son municipe, rappelle « que la France n'hésita pas à sacrifier, pour la défense de la civilisation en Chine, jusqu'au sang de ses plus illustres enfants '.

Les simples soldats partagèrent avec les chefs la gloire des jours de bataille et des jours de loisir ; comme ils se firent craindre pendant la guerre, ils se firent aimer pendant la paix. Ils se montrèrent alors ce qu'ils sont toujours, ce qu'ils deviennent si facilement lorsque l'autorité militaire comprend son devoir et l'exerce avec une mâle affection. Après avoir admiré leur bravoure sur les champs de bataille, nos missionnaires, la paix se négociant, admiraient leur simplicité, leur serviabilité, leur entrain, leur belle humeur, ce fonds de religion qui, remué par les événements dans le cœur de nos soldats, les rend, non pas pieux et dévots, mais simplement et sincèrement chrétiens. — Les deux troupes, sentant qu'elles servaient

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