UNE EXTREME-ONCTION DANS LA PRISON DE HIEN-HIEN
Au printemps de 1898, quelqu'un vint nous avertir qu'un chrétien de Hoaî-tchenn, emprisonné à Hien-hien depuis bien des années, était gravement malade et demandait à se confesser. Comment ce chrétien était-il dans les fers? Il y a plus de dix ans, lui et son frère avaient été compromis dans une affaire de rapt et jetés en prison ; le frère fut décapité sans avoir pu être visité par le missionnaire ; lui au contraire était resté dans les prisons de Hien-hien, mais personne ne savait ce qu'il était devenu. L'avis qu'on nous donnait nous remettait soudain sur sa piste.
Mais comment arriver jusqu'à lui ? J'envoie ma carte au seu-ya, petit mandarin préposé aux prisons et je demande une entrevue pour le lendemain. Arrivé chez le mandarin, nous buvons une tasse de thé, tout en parlant de la pluie et du beau temps. Puis venant droit au but de ma visite : « Oserais-je, Monsieur, vous demander la grâce de dire un mot au prisonnier chrétien malade ? — Assurément, » répondit-il. Il appelle donc un satellite et, chose inouïe, lui ordonne de faire sortir de prison le malade, s'il en avait la force, et de l'amener devant nous au parloir. Le satellite, accompagné de mon catéchiste, se rend à la prison. Mais bientôt ils reviennent disant que le malade n'ayait plus la force de se lever. « Veuillez, Monsieur, dis-je alors au seu-ya, mettre le comble à vos bontés en me permettant de m'introduire auprès du prisonnier. » — « Selon votre désir, » répartit-il.
Comme j'étais revêtu des habits de cérémonie, je voulus, avant d'entrer dans le taudis- réservé aux malfaiteurs, enlever mon pardessus. « Gardez vos habits, me dit le mandarin, cela n'y fait rien, contentez-vous d'enlever le chapeau de cérémonie. » Puis il ordonne à un satellite d'aller chercher une de ses calottes. Le satellite en apporte deux, l'une assez propre et l'autre fort sale. Le mandarin s'adjuge celle-ci et met la plus neuve sur sa tête : « Comme
elle vous va bien, » s'écrie-t-il d'un air content. Lui-même échange le bonnet contre la calotte afin d'enlever à sa visite tout caractère officiel. Car si le mandarin se rend dans la prison en habit de cérémonie, le peuple et les prisonniers croient que c'est pour rendre une sentence de mort. Alors ce sont des hurlements à n'en point finir, soit pour étouffer les sanglots des intéressés, soit pour témoigner sa propre douleur, souvent même son mécontentement.
Nous voilà, le mandarin et moi, en marche vers la prison, avec notre suite. Les gens étaient intrigués de nous voir ainsi nous rendre à pied dans la prison. Arrivés là, les verrous tombent, et la prison s'ouvre. Je suis en présence de mon malade couché sur son lit en pisé. Il me reconnut aussitôt pour un prêtre et témoigna sa joie et son respect. Après quelques mots échangés, je songe à lui donner les derniers sacrements. Mais comment m'y prendre ? Impossibilité absolue de m'entretenir seul à seul avec lui. Voici donc comment je m'en tirai. Figurez- vous celte misérable chambre d'environ quatre travées de long sur deux de large. A l'extrémité ouest de la chambre se tiennent les autres prisonniers debout. A l'est se trouve le lit sur lequel est couché mon malade chrétien et auprès de lui sur le même lit un malade païen. Au milieu de la chambre le seu-ya est assis majestueusement entouré de ses gens. Pour moi, je suis debout à côté du malade.
Devant cette assistance si bigarrée, je rappelai d'abord au malade les principales vérités de la religion et je lui fis faire un acte de foi. Cela fait, je soulevai la question de la confession. « Ce n'est pas commode de se confesser ici, me fit remarquer le malade. — En effet, lui dis-je, ce n'est pas facile ; mais sois tranquille, nous nous en tirerons. » Alors je lui demandai simplement s'il avait commis telle ou telle faute (que je nommai, faute anodine que tout le monde commet et qu'il pouvait avouer sans risque, même devant son juge); il avoua que oui. Alors je lui fis faire l'accusation générale de toutes ses fautes. Mouvement d'attention dans l'auditoire, car tout cela
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