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CHAPITRE IX. — FRANCE ET CHINE

solidité que le lien politique, témoin notre clientèle catholique qui nous conserve dans le monde entier une fidélité séculaire.

Nous sommes à l'une de ces époques où les ambitions les plus vastes ne sont pas téméraires pourvu qu'elles soient d'accord avec les intentions de la Providence. Dieu qui mêle les hommes ou les événements comme les lettres d'un alphabet se prépare manifestement à écrire de nouveau dans le monde. Lorsque sa main puissante abaisse les barrières, eftace les distances, révèle l'univers à lui-même, le seul dessein digne de son infinie sagesse est de conduire les hommes vers l'Unité et d'exaucer la prière du Seigneur à la veille de la Passion. Or l'unité ne peut se faire que chez nous, dans le domaine de la vérité, sur le sein de son seul dépositaire : l'Église catholique. C'est pour réaliser ce plan, et non point pour ouvrir des comptoirs, que les hommes sont en marche, et, suivant l'énergique expression de de Maistre, « qu'ils entrent en fusion ». L'Océanie s'est réveillée de son long sommeil, l'Afrique, le continent noir s'ouvre à la lumière, l'hérésie protestante, le schisme grec s'étonnent d'entendre les paroles de la Papauté, et volontiers ils reconnaissent dans l'évêque de Rome le chef de la première confession chrétienne avant de saluer en lui le pasteur unique du troupeau unique.

Qui sait même si les violents efforts de l'enfer et l'assaut qui rassemble toutes ses puissances contre l'Église ne sont pas un pressentiment de sa défaite et de notre victoire?... Des saints l'ont pensé, des hommes de génie l'ont cru. Quelques-uns même ont dit que le progrès de la doctrine, les définitions de l'Immaculée Conception et de l'infaillibilité pontificale contenaient au moins le germe de ces espérances. Oh I que cette révolution, ou plutôt cette rénovation salutaire serait voisine de son accomplissement, si la Chine faisait un pas décisif vers cette religion qui, depuis trois siècles et plus, retentit à son oreille mais n'a pas encore ému son cœur I...

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GîJiïngue.

Le Révérend Père Joseph MANN '.

^ENDANT que ce livre s'imprimait, les lettres de ^ Chine nous apprenaient la mort presque soudaine d'un w- JC» 'J^ missionnaire du Pé-tché-Iy S.-E : le R. P. Joseph Mann. C'est une grande perte, c'est un grand deuil pour la mission. — Le bulletin Chine et Ceylan ^ consacre au souvenir de ce vrai religieux une page que nous en détachons pour l'édification de nos lecteurs. Ils y verront que les ouvriers qui se succèdent trop vite, hélas! font l'oeuvre de leurs devanciers avec le même courage et la même piété. L'histoire de la mission se continue ainsi qu'elle a commencé.

L'an dernier, au sanctuaire de Notre-Dame aux Trois Lpis en Alsace, se tenait une réunion jubilaire où plusieurs prêtres du diocèse de Strasbourg remerciaient Dieu des bienfaits de vingt-cinq ans de sacerdoce et ranimaient leur courage pour de nouveaux travaux. Parmi les noms des jubilaires absents, se trouvait celui du P. Joseph Mann, d'Obergheim, jésuite missionnaire en Chine. Dans sa mission du Tcheu-ly, le P. Mann n'oubliait pas se? confrères d'ordination et le diocèse auquel il avait consacré les prémices de son zèle.

1. Notice composée d'après les lettres du R.P. Maquet, des PP. A. Wetterwald et Gissinger, et du P. Mann lui-même.

2. Le bulletin Ckine et Ceylan publié par des Pères de la Compagnie de Jésus r st adressé aux bienfaiteurs et aux amis des missions confiées à la Province de Champagne. Les dates de sa publication sont déterminées par la correspondance des missionnaires. On ne s'abonne pas à ce bulletin, il suffit pour le recevoir d'en exprimer le désir

à M.Joseph Desmarquest, Ch:iussée Périgord, 38, Amiens ou h Til. V. Hamann, 6, rue des Chapelains, Reims.

KPILOGUE.

VOCATION A r.A COMPAGNIE ET AUX MISSIONS.

Ordonné prêtre en 1874, l'abbé Mann avait éié nommé vicaire d'Ammerschwihr en Haute-Alsace. L'année suivante, un Père d'Amiens venu à Ammerschwihr pour rendre visite à sa famille, recevait du curé cette confidence : « Mon Père, j'ai comme vicaire un vrai Louis de Gonzague; je le crois incliné à la vie religieuse, j'en suis même sûr, et je m'en réjouis ; montez donc chez lui. »

Entre le Père et l'abbé Mann, la conversation s'engagea pleine d'intimité. On parla de différents Ordres religieux, surtout de ceux qui envoient de leurs membres dans les missions. La Compagnie de Jésus, la mission de Chine, les noms de saint François- Xavier et de saint Louis de Gonzague, gagnèrent vite le cœur du jeune prêtre. Après un mois de réflexion, il venait à Amiens frapper à la porte du noviciat deSaint-Acheul.

Le nouveau novice se distingua bientôt parmi les plus fervents par sa piété et sa générosité. Après une année passée à Amiens, on l'envoya au collège de Reims où il fut surveillant, professeur et collaborateur d'un Père dans l'œuvre des Alsaciens- Lorrains. Trois années de vie religieuse suffirent pour faire apprécier la solidité de sa vertu et lui valoir la grâce tant désirée des Missions. Le 25 novembre 1878, ayant pour compagnons les PP. Becker et Jacquenet, il arrivait à Tchang kia tchouang.

TCHANG KIA-TCIIOUANG.

C'est dans ce village, situé à trois journées de Tien-tsin et à deux kilomètres de la sous-préfecture de Hien-hien qu'est bâti le principal établissement des missionnaires du Tcheu-li S-E.. Là se trouve le noviciat de la mission où les nouveaux venus apprennent la langue et les usages du pays ; l'évêque y a sa cathédrale, la mission son séminaire, ses écoles, un collège où deux cents élèves environ font leurs éludes chinoises et se préparent.

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s'ils le veulent, à conquérir le précieux bouton de bachelier, et surtout à devenir de zélés auxiliaires des missionnaires, soit comme administrateurs des chrétientés, soit comme catéchistes, soit même comme prêtres. Pour achever l'énumération, il faudrait citer les catéchuménats pour hommes et pour femmes, l'imprimerie de la mission, une pharmacie-dispensaire, l'école-noviciat de vierges apostoliques, etc..

Tchang-kia-tchouangfut presque l'unique résidence du P. Mann durant les vingt ans et demi qu'il passa en Chine : son savoir-faire, son zèle, sa sainteté lui acquirent bientôt une telle influence qu'il fut mis à la tête des oeuvres les plus importantes. Alui seul, il occupait les emplois de plusieurs Pères ; il était vice-supérieur de la résidence, du collège et du séminaire, procureur de la maison, curé de la paroisse, ministre du district de Hien-hien, directeur de l'école-noviciat des vierges apostoliques, chargé de la formation de nos frères coadjuteurs chinois.

Malgré ses nombreuses occupations, sa charité trouvait encore le temps de s'exercer de mille façons : chaque jour il faisait la lecture spirituelle au P. Ménestrel devenu presque aveugle ; il lisait luimême au réfectoire pendant les repas deux fois la semaine et il tenait à faire lui-même aux nouveaux missionnaires tous les honneurs de la maison.

Curé de la paroisse, il s'était réservé la derrière messe. Il prêchait tous les dimanches et les jours de fête. D'une voix douce et sympathique, il expliquait le mystère du jour avec une grande simplicité et le peuple goûtait fort sa prédication. Bon pasteur dans toute la force du terme, il remplissait à la perfection tous les offices de sa charge. Quelque temps avant sa mort, le P. Mann, sur les instances du P. A. Wetterwald, avait consenti à écrire la relation d'un ministère exercé par lui dans la prison de Hien-hien ; nous la transcrivons ici.

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ÉPlt-OGUE.

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