‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 29 sur 284 · CHAPITRE 1". — VERS LA MISSION · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1". — VERS LA MISSION

terre et une par mer, nous nous trouvâmes tout d'un coup au lieu que nous cherchions. Nous aperçûmes une assez grande pierre debout, et, du moment que nous pûmes lire ces trois ou quatre mots Portugais : A qui soi sepultato Francisco Xavier, nous baisâmes plusieurs fois une terre aussi sainte ; quelques-uns l'arrosèrent de leurs larmes... Après les premiers transports de ferveur, nous examinâmes exactement ce monument; puis, avec des branches d'arbre et un morceau de voile, nous bâtîmes une pauvre tente qui ne représentait pas mal la cabane sous laquelle François-Xavier mourut. Enfin nous chantâmes le Te Detim avec les litanies du Saint, et nous entrâmes dans la plus belle et la plus charmante nuit que Ton puisse peut-être passer en ce monde. Que le plaisir que l'on goûte est pur lorsque, dans une occasion comme celle-ci, l'on se communique les uns aux autres tout ce qu'on pense, tout ce qu'on sent au fond de son cœur ! Nous commençons notre apostolat, disait l'un, dans le lieu où saint François-Xavier acheva le sien. Il mourut ici, disait un autre, épuisé de travaux, après avoir converti des nations entières ; aurons-nous le bonheur de mourir de même ? On chantait ensuite les litanies de la Sainte Vierge. Dans uneautre pause, on disait le chapelet, on revenait aux louanges du saint, et ces prières étaient mêlées d'entretiens qui valaient bien des prières. L'on parcourait les vertus de l'Apôtre de l'Orient. Quelqu'un se souvint de la nuit que saint Ignace passa tout entière dans l'église de Monserrat, devant l'image de la Sainte Vierge, lorsqu'il voulut se consacrer à Dieu. La veille que nous fîmes au tombeau du saint Apôtre nous parut assez semblable et nous la nommâmes notre nuit d'armes. »

Peu de missionnaires ont le loisir de faire le pèlerinage de Sancian ; la plupart du temps on va directement de Hong-kong à Changhai. Le vaisseau avance plus lentement sur une mer semée d'îles innombrables, quelquefois on longe de très près le rivage, c'est une occasion de faire une première connaissance avec le pays

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KN CHINE.

et ses habitants. « Ce sont, sur les bords, de grandes campagnes de riz, vertes comme de belles prairies qui s'étendent à perte de vue et qui sont entrecoupées de petits canaux, de sorte que les barques qu'on voit souvent aller et venir de loin, sans voir l'eau qui les porte, paraissent courir sur l'herbe \ » De fait, elles s'engagent souvent sur les champs inondés. Construites sans quille, plus semblables à nos radeaux qu'à nos vaisseaux qui exigent pour leur manœuvre un tirant d'eau considérable, légèrement arrondies à la jointure des membranes ^ elles remontent les rivières et les moindres cours à des distances incroyables, louvoient à l'aise sur les plaines que les pluies ont noyées ou que les fleuves ont recouvertes de leurs alluvions. Aux époques de sécheresse, elles s'engagent hardiment dans le lit des rivières impériales et tirent des bordées à perte de vue, tandis que les canots européens sont condamnés à l'inaction. Elles savent utiliser le vent aussi bien que l'eau , le moindre souffle enfle la voilure très développée en hauteur et en largeur, facilement ouverte ou repliée par un ingénieux système de bambous disposés horizontalement à 20 centimètres l'un de l'autre. Les bateliers paraissent de bonnes gens, et leur physionomie fait plaisir à voir. Les figures sont innocemment curieuses avec de bons yeux étonnés et tout ronds ^. Souvent les chrétiens pourraient se reconnaître à la seule figure ; elle a bien « la coupe du pays », mais l'expression est autre. Elle dit la confiance, le respect, la sérénité ; aucune trace du scepticisme, de l'indifférence qui se peignent généralement sur les traits des païens. Presque tous les étrangers, protestants et catholiques, qui ont visité les chrétientés de cet empire, sont frappés de l'influence que le christianisme exerce sur la physionomie et le maintien... Plusieurs auteurs anglais en parlent dans leurs relations de voyage ■•. Nous

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