CHAPITRE I
VERS LA MISSION
savions bien que le baptême embellit notre pauvre race humaine et que l'Église catholique n'est laide nulle part ; mais on est heureux d'entendre des Protestants en convenir de bonne grâce à propos de ces Chinois qui cependant se rapprochent peu du type athénien.
Les barques qui circulent en tous sens sur des eaux boueuses, préviennent les passagers que le fleuve bleu mêle ses ondes à celles de la mer et que Changhai n'est pas loin. Au fond de sa crique marécageuse, élevant ses constructions au-dessus de la rive à l'aide de terrains rapportés, la ville, ou si l'on veut, les villes de Changhai, présentent à l'esprit bien des sujets de méditation. La France, l'Angleterre, l'Amérique, la Chine, l'Église elle-même (si nous ne séparons pas la ville de ses faubourgs) ont construit cette cité cosmopolite, chacune imprimant à son œuvre le caractère ou le signe de son tempérament. L'ensemble est laid, banal, vulgaire ; les somptueux palais des rois du commerce sont ceux que l'on a rencontrés partout. C'est joli comme un petit Paris, ou opulent et froid comme un quartier de Hyde-Park.
L'Anglais se trouvant partout chez lui s'est assis dans sa concession avec tout le confort qui est dans ses goûts et dans ses habitudes ; il a retrouvé ses sports favoris : les courses, les chasses, le théâtre, le club; sa barque de plaisance sillonne les artères fluviales, chargée de faisans, de cailles, de lièvres, de chevreuils et de gibier d'eau ', il achète au Mongol des poneys d'une race excellente qui soutiennent sur l'hippodrome la gloire de son écurie.
Mais comme il s'entend au plaisir, il s'entend aux affaires. Ce qu'on admire avec M. de Hubner ^ « c'est la hardiesse, la constance, l'activité riche d'expédients, élastique, infatigable du génie anglo-saxon. La différence entre le génie français et celui des fils de la vieille Angleterre s'impose ici. » L'initiative des particuliers a tout fait ; on demande au gouvernement d'être le moins possible.
1. M. de Rochechouart, De Hong-ko?ig à Pékin. 1. M. de Hubner, /^^. c//.
KN CHINE.
Sur la concession française, pendant longtemps, rien n'a été entrepris que par le gouvernement. Le palais du consul est vaste, trop vaste ! Pour la colonie, c'est une tête sans membres, toute la vie se concentre en elle et s'y ankylose. Le pouvoir du résident français esta peu près absolu sur la concession. Il est vrai qu'un conseil municipal, composé de quatre Français et de quatre étrangers, a la connaissance des principales affaires ' ; mais le consul compose et revise la liste électorale ; le consul convoque, préside l'assemblée ou la suspend ; le consul donne force de loi aux avis ou décisions; le consul nomme à tous les emplois, surveille la police et ne laisse à la charge du conseil que le soin de payer les agents. Telle était du moins la constitution publiée en [S68 ; le temps en a maintenant élargi les mailles trop étroites.
Les Américains ont simplement fusionné avec les Anglais. On ne trouvait guère que quelques tripots sur leur terrain.
Depuis, les Japonais, les Allemands, les Italiens sont venus. La Chine a jeté dans les faubourgs une foule d'émigrants descendus par une multitude de canaux des provinces de l'intérieur. La vieille cité toutefois est restée chez elle ; enfermée dans ses murailles, défiante, vieillie, s'enlaidissant chaque jour, traversée à la hâte par les étrangers qui en fuient les acres parfums.
Le lecteur trouvera peut-être que cette description du grand einptorium : « l'anneau fortement soudé "^ qui unit à l'Europe, à l'Amérique, à l'Australie, l'immense empire du Milieu », le présente sous des couleurs sombres, grisâtres comme le ciel de Changhai, glauques comme les eaux de son fleuve. On ne s'en défend pas. L'œuvre de la civilisation moderne n'a été bonne ni pour les âmes ni pour le peuple. Celui-ci plus riche peut-être est en réalité encore plus misérable. «J'ai parlé de la civilisation européenne <\\\\pénètre.