I. Les visites du nouvel an. Corresp. de Jersey, mai 1S
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quelque résistance. Après quelques pas silencieux, on s'arrête, on se salue en grande révérence, les deux mains s'abaissant presque jusqu'à terre, et se relevant ensuite à la hauteur des yeux... Le moment de s'asseoir est venu : on prend place sur un lit couvert de tapis et de coussins rouges ; une petite table, très basse sur ses pieds, sépare les visiteurs ; le mandarin à droite et, à gauche, c'està-dire à la place d'honneur, le missionnaire '. A peine est-on assis qu'un domestique apporte le thé. Les cérémonies recommencent. Le mandarin, élevant la tasse que ses deux mains soutiennent, se dispose à la présenter ; le missionnaire, s'effaçant légèrement, proteste par toute son attitude qu'il n'est pas digne d'un si grand honneur. La conversation s'engage alors et se poursuit à travers la fumée ; car deux pipes sont présentées, l'une au mandarin par son laquais, l'autre au missionnaire par son catéchiste. Après quelques propos, le missionnaire juge-t-il que le temps de se retirer est venu, il prend sa tasse de thé et la porte à ses lèvres. A ce signal, la conversation cesse, mais non pas les salutations. Elles se continuent, au contraire, au seuil de chaque porte et se prolongent jusqu'au char où le mandarin reconduit son hôte.
Le lendemain se passe à recevoir ou à porter les présents. L'usage est pour celui qui offre d'en présenter huit ; pour celui qui reçoit, d'en accepter quatre ; d'anciennes et affectueuses relations permettent cependant de tout retenir. Les missionnaires envoient quelques objets achetés en Europe ; les mandarins répondent par des victuailles le plus ordinairement, et quelquefois par des fourrures de prix. Les domestiques, catéchistes, porteurs, se partagent les ligatures et les sapèques que leur abandonne la générosité des maîtres. Le plus clair profit des visites de la nouvelle année est certainement pour eux. En Chine, comme en France, très habituellement on ne reçoit pas et on n'est pas reçu, ce qui se
I. Quelquefois la disposition des lieux autorise une dérogation à cet usage général. Note du R. P. Alaquet.