I. Corresp. de Jersey, mai
villages une ligue défensive et offensive. Ligue défiinsive : interdiction de prêter aux chrétiens quoi que ce soit, de leur rendre le moindre service, de les employer à un travail quelconque ; /igue offensive, recommandation instante de les tracasser, de les insulter, de leur susciter procès sur procès, sans jamais invoquer le prétexte de religion. Cette clause donnerait droit à l'intervention du missionnaire, l'affaire cessant dès lors de se juger «au civil ». — Qjelles seront les suites de ces injustes vexations ? se demande le P. Neveux ; affermiront-elles le courage des anciens catéchumènes, ne vont-elles pas ébranler celui des néophytes ? » Que ne peut, en de telles circonstances, pour l'avenir d'une chrétienté naissante, la faveur des puissants de ce monde ?
On conçoit toute l'importance des visites mandarinales. des visites officielles, et plus encore, des visites officieuses. Les premières ont leur époque déterminée, une étiquette invariable '. Le costume de cérémonie n'est pas sans ampleur et sans majesté : robe de dessous en soie bleu clair, robe fourrée en soie bleu foncé, col rabattu, grand manteau, bottes en satin noir, fourrures, chapeau avec touffe en soie rouge. En général, les mandarins vont en chaise, escortés de domestiques à pied et à cheval qui portent les insignes de leur dignité ; le missionnaire, précédé par un catéchiste achevai, monte dans un char attelé d'une seule mule conduite par un cochar qui marche à côté de sa bête. Au tribunal, on traverse deux premières cours avant d'arriver à la cour d'honneur. Là, l'équipage s'arrête, le catéchiste descend de cheval, prend la carte du Père, et la présente au portier-chef qui avertit le Grand Homme. Au bout de quelque temps, on crie : «Entrez. » Le missionnaire s'avance, majestueusement précédé par un introducteur, homme du prétoire, qui porte élevée à la hauteur de la tête la carte d'audience. Le mandarin lui-même sort de son salon dès qu'il aperçait le visiteur, le met à sa gauche et le prie d'entrer, ce que l'autre ne fait pas sans