I. Lettres édifiantes et curieuses, t. XXVIII, p
CHAPITRK III.
RELIGIONS ET SUPERSTITIONS
sarcasmes. Lui a ordre de ne pas se défendre et même de ne pas lever les yeux. — Il ne peut manger aucune chose qui ait eu vie, ni même dormir sans être réveillé brutalement par un compagnon qui ne lui laisse aucun repos.
Après une année passée dans ces tourments, il est admis à faire
KONZES.
profession. Le jour de la Vêture, les bonzes du voisinage s'assemblent. Prosternés aux pieds de l'idole, un chapelet au cou, ils récitent des prières, comme s'ils psalmodiaient ; ils jouent de plusieurs clochettes pour accompagner leur chant ou leur récitation. Le nouveau profès, prosterné au seuil du temple, la face contre
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terre, attend que l'office soit terminé pour être recouvert d'une robe semblable par la forme, sinon par la couleur, à celles de nos moines. La fin de la cérémonie est moins édifiante. Le nouveau religieux, dit le P. Laureati, « régale ensuite tous les bonzes, et l'ivresse qui succède à ce repas », sert de clôture à la fête.
Le P. Rossi donnait d'autres détails sur l'émission de certains vœux qui, d'ailleurs, ne seraient point particuliers aux bonzeries ; ils sont tellement odieux et témoignent d'une si complète dépravation, qu'on refuse de croire à une pratique générale. On s'engage, par le vœu de pauvreté, à dépenser chaque jour tout l'argent qu'on aura reçu ; — par le vœu de chasteté, à détruire tous ses enfants ; — par le vœu d'obéissance, à faire les volontés du démon.
Laissons, pour le moment, au prince des ténèbres, ces mystères d'iniquité. — Les bonzes permettent assez volontiers aux profanes, et parfois même aux missionnaires, de visiter leurs maisons, sauf certaines retraites, et d'assister à quelques-uns de leurs exercices. Ge sont ceux d'une communauté. On y retrouve la prière du matin et du soir, le supérieur, les officiers du monastère, le chœur, l'encens, les cierges, la chape, la crosse de l'abbé, le chapelet, la tonsure, le jeûne, le Benedicite et les grâces '. »
Un de nos Pères, admis au réfectoire en qualité de visiteur, entendit le Benedicite, mais sans y mêler sa voix. Il ne comprenait pas la prière, et il ne savait pas, ou il savait trop ! à qui elle s'adressait.
Un bonze donna le signal du dîner en frappant avec un maillet sur un tronc d'arbre grossièrement taillé et représentant vaguement la forme d'un poisson. Les bonzes descendirent à ce signal revêtus d'un manteau de cérémonie de couleur jaune sale. Le supérieur présidait, assis sur une petite estrade. Il commença la prière que les bonzes disaient avec lui, les mains jointes sur la poitrine et la tête légèrement inclinée. En même temps on frappait d'un marteau
I. Cinq, lettres au R. P. Provincial. Corresp.de Jersey, loc. cit.