AVERTISSEMENT
Le présent volume est forme de quelques articles qui, depuis 1897, ont paru dans divers périodiques : Hevae des Deux Mondes, Revue de Paris, Annales des Sciences politiques, Reoue internationale de l'Enseignement, Journal des Débats. L'auteur a pensé qu'à l'heure où le problème chinois préoccupe la plus grande partie du globe, ces études présenteraient peut-être au public quelque intérêtet, s'éclairant les unes les autres, jetteraient quelque lumière sur la civilisation si mal connue du grand empire asiatique, sur ses rapports avec le reste du monde.
La Chine n'est pas une contrée comme la France ou l'Allemagne, mais un monde comme l'Europe; s'étendant de la zone torride aux steppes glacés de la Mongolie, peuplée de races diverses, dépourvue de centralisation, elle n'a d'unité que par sa civilisation; les grandes lignes de la société sont les
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sud au nord, mais avec une intiDité de de détail. Par là sont accrues les chances s difficultés d'appréciation. Une enquête I relative à la Chine* et à ses habitants ;i été faite que sur un petit nombre de drait-il donc attendre la fin d'une telle ir essayer de comprendre cette civilisali assigner une place parmi les civilissines ? Nous ne le pouvons pas, puisque ;s en relations avec la Chine; il faut conger, puisqu'il faut agir, rons donc grouper les faits connus, tûramenerà des formules simples qui nous leut-ètre à de nouvelles constatations :
is aussi être prêts à mettre de côté nos laque fois qu'elles se heurteront à une las oublier qu'une société n'est pas consle un théorème de géométrie, qu'elle est res sensitifs, incessamment variables ; mps, nousneperdrons jamais de vue que 5 une œuvre provisoire, commandée par inces, heureux si la future science des so- : trouver quelques matériaux à utiliser.
lai 1901.
DinliîHinvGoOglc
DE L UTILITÉ DES ËTUDES CIlINOISt^
A quoi servent les éludes chinoises ? Il y a une quinzaine d'années, à l'époque où M. CItavannes, aujourd'hui professeur au Collège de France, moi-même et deux condisciples aujourd'hui disparus, nous sommes rencontrés auv cours de l'Ëcole des Langues Orientales, on n'eâl pas songé àposer cette question, .apprendre le chinois, on l'admettait implicitement, ne pouvait être que la préparation professionnelle de quelques interprètes ; pour tout autre, c'était la marque d'un esprit au moins bizarre. U ne venait pas à l'idée que les Chinois, avec leurs formes sociales et leur histoire, sont dignes de l'atLention du penseur ; et le problème de l'exploitation de la Chine sous la direction de l'Occident apparaissait à peine à l'esprit de quelques hommes d'action. Aujourd'hui il suffit d'ouvrir un journal quotidien ou un catalogue de librairie pour lire le mot Chine à chaque page. Puisque des faits ont surgi qui ont tracé an nouveau cours à l'opinion, puisque des disciples Uaniice Courant. — En Cbine. 1
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plus nombreux, divers d'origine et de formation, 6'adonnent aux études cliinoises dirigées plus sérieusement, essayons, non pas d'énumérer tous les domaines de la pensée el de l'action où elles peuvent jeter quelque lumière, mais de préciser ^seulement, sur un petit nombre de points, ce que nous sommes en droit d'attendre d'elles.
Les immenses vallées du Yang-tseu et du fleuve Jaune, celles plus élroiles, vastes encore, de la rivière de Canton et du Pei-ho appartiennenrà la civilisation chinoise, trois cents millions d'hommes y sont i^çonnés par elle ; mais faire où domine son influence est plus que double de celle où elle règne sans conteste : le Japon, la Corée, l'Annam ont reçu son empreinte; son empire politique ou moral s'est affirmé, avec «ne énergie différente suivant les temps el les lieux, avec des succès variés, chez les peuples du nord, Tongouses, Mongols et Turks, dans l'Asie centrale jusqu'à la mer Caspienne et à la Perse, à travers le Tibet jusque dans l'Inde. Le développement social et intellectuel de la Chine ayant précédé celui de tous ses voisins, seuls les historiens chinois nous dévoilent à demi les origines des peuples de l'Asie orientale, des races qui occupent le nord de l'Himalaya et l'est du Pamir, les hautes vallées sibériennes et les déserts mongols, les îles asiatiques et malaises du Pacifique ainsi que les forêts de riudo-Chine. Les découvertes récentes des stèles de l'Orkhon, de Bodhgayii, d'autres encore nous ont fourni sur ifi^ lieux les preuves matérielles de l'extension des Chinois dans les siècles de notre moyen-âge ; nous y avons appi'is à conuatlre a puissance de peuples à peine entrevus jusqu'alors, nous y avons vu se préciser les rapports de la Chine et de l'Inde bouddhique. Mais, dans ce champ à peine exploré de l'archéologi», il reste à faire une moisson, dont nous ne
I ETUt>ËS CHINOISES 3
poavofls Biègie pas aoupçoDiier la riGhesae : et qui dire qu'il est sans intérêt d'étudier de plus près ces races turkes et moBjoles doDt les bordes aat plusieurs fois dévasté le uuwde dsve, latin et germanique, y ost laiisé des popnlaliens ealières comrae trace de Itiur passage? et conunent la p^rifl de Buraeuf serait-elle iadiSérente k l'histoire du boaddliisme, doat les œun-es chinoises ont déjà précisé, permettront peut-être de préciser encore davantage la cbrona|ogie?LaiBS<Hi8 maiBlenant les Toiuns de U Chine et Mirons d^s is Chine même : nous y trouvons une civilisation vieille de trente siècles, qui a eu avec l'Occideat plus dt rapports qu'on n'imagine d'habitude, mais qui a absorbé ses emprunts et Les a rendus méconnaissables par la force d'une conception originale, jamais asservie au modèle étranger ; un autre trait marquant de cette civilisaiionj c'est la continuité de son développement, non sans déviatioN Hi retour en arrière, mais sans rupture comparable à celles qu'ont été notre moyen-ûge, puis notre renaissance. Certes, il y a ta un ensemble de faits qui dnt retenir le regard de l'historien ; mais la persistance d'une société qui a si longtemps maintenu ses principes essentiels, culte des ancêtres e| forme de la famille, qui a su les adapter à des circonstances politiques aussi différentes que t'aatmioniie et l'asservissement ù des races étrangères, l'éparpillement de la féodalité et l'unité d'un graïul empue administratif, qui a traversé les régimes sociaux et écoiitHuiques les plus divers pour la liberté individuelle et la tenure des terres, pour l'institution militaire et l'organi^tion industrielle et conuserciale, cette persistance est sans doute en elle-même un fait qui mérite d'arrêter la réOeum et, si les sciences sociales n'y doiventpeut-êtrepas chercbsr d^s soEutions à préconiser, du moins elles y trou'
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veront matière à des comparaisons abondantes et instructives.
Pour pénétrer dans tout ce domaine, il nous faut des hommes qui sachent le chinois ; mais j'arrive à des considérations pratiques et immédiates, qui nous imposent également de connaître le chinois, langue universelle de l'EsIrème-Orient, comme le latin l'a été de l'Europe. Lt^s traités conclus depuis 1842, l'ouverture do canal de Suez et la construction du Iranssihérien, la vapeur, le télégraphe, rapprochent ces deux parties du monde, la chrétienne et la chinoise, séparées jadis par les mers et les steppes, par les mois de voyage ; quelles que soient les craintes de nos économistes, les méfiances et les violences des conservateurs chinois, on ne conçoit pas comment pourrait se briserrunîtéplus vaste quia été formée au xix' siècle. Jadis, les quelques Européens résidant en Chine n'avaient avec la mère-patrJe que des relations rares et irréguliëres ; aujourd'hui, un petit nombre de jours les sépare de nous, ils ne sont plus retranchés de notre monde, mais rattachés à lui par mille liens, ils continuent d'en faire partie par les intérêts et par les atTeclions. La France, spécialement, a dans l'Asie orientale des commerçants, trop peu Dombreui, faisant toutefois un chiffre d'affaires important et représentant une part considérable de la richesse, de l'activité nationales: elle doit en multiplier le nombre, faciliter leurs transactions et surloul les armer du mieux possible pour la lutte contre nos concurrents. Nous avons en Chine des missionnaires français et protégés : le protectorat exercé glorieusement dans l'Orient musulman n'a pas été pour nous sans profil ; puisque nous en avons assumé la charge dans le monde chinois, nous sommes tenus d'en remplir toutes les obligations et, bien que les circonstances écono-
DE l'utilité I>ER ÉTUDE,S CHINOISES 5
mîques De soient plus celles des siècles passés, nous pouvons trouver là, non seulement honneur, mais avantages de diTers genres. Un protectorat d'une autre espèce, ceini de l'Anoam, avec l'adminislration totale de la Cocbinchine et du Tonkin, nous met en contact immédiat et journalier avec les Chinois, nos voisins, et aussi avec une population fonnée par la civilisation chinoise et que nous nous sommes engagés à faire vivre en pais et prospérité. Pour traiter en Qiine et en Indo-Chine les atTaires de nos nationaux et de nos protégés, nous avons des fonctionnaires de divers ordres, administrateurs, ofiicîers. interprètes, diplomates. Personne ne me contredira, je pense, si je dis qu'à tous ces Français il faut, pour réussir dans leurs missions diverses, une connaissance approfondie du milieu où ils agissent, du monde où ils sont appelés à vivre et qui est si différent de celai d'où ils viennent.
Sans doute, je ne prétends pas que tous nos officiers en Indo-Chine, tous nos diplomates en Chine connaissent la langue du pays; ce but serait difficile à atteindre et il n'est pas à souhaiter qu'il soit atteint. Mais les résidents, les inteiprètes, en rapports quotidiens avec les indigènes, ne pravent s'acquitter de leurs fonctions qu'en pénétrant dans des formes de pensée étrangères, il leur faut savoir sérieusement la langue, il leur faut connaître aussi tout un système d'habitudes, de traditions, de condilions sociales dont l'analogue n'existe pas en ' France ; ce n'est pas assez, de posséder le vocabulaire et la grammaire, il faut se faire une éducation complète, djrai-je une 3me ? d'Asiatique, et cela sans laisser atteindre en soi l'éducation, l'esprit européens. Les langues de la Chine et de l'Indo-Chine sont professées, l'histoire, la géographie, les coutumes de ces nations sont exposées à Paris par des maîtres autorisés. Le
InterpPèlesi formé par ces études, a déjà rendu et utiles serTlces ù la diplomatie ; quoi qu'il ait m devra loi demander daTaniage encore ; et pour s'agira pas seuletnent de lui accorder laconsidé- [ il est digne, de l'employer de manière à lui faife plu^ possible de ses connaissances, à le mettre à n acquérir chaque jour de nouvelles ; il sera en outre de lui inculquer dès le premier jour, udiments de la langue et la méthode de travail, sance de l'histoire, des mœurs et de la pensée On le fait déjà, peut-être le pourra-t-on foire , Ainsi compris, le r6)e des interprètes est de mportance; par l'inlluence qu'ils peuvent acquérir igènes auprès desquels Ils sont les représentants européennes ; leur place doit d'ailleurs croître Itiplicatioa des grandes entreprises industrielles, ; des points de contact, comme aussi avec les itîons politiques qui s'annoncent. Hais ce râle ne oué, cette place ne peut être tenue que grâce à ion pratique dirigée par une méthode scientiiïqae
d'arriver à un autre point sur leqnel l'attention ^e depuis quelques années. La sinolt^ie a déj&
services à certaines industries ; 11 suffit de rapnotices et ouvrages de Stanislas Julien sur la porcelaine, les mûriers et Vers à soie ; mais elle lutre chose encore. Le commerce en Chine s'est ici au mojen de compradors, indigènes parlant !u l'anglais ou plutôt ce jargon mixte que l'on igin engiish, et servant d'intermédiaires obligés malsous européennes et les maisons chinoises -, ar un commerçant étranger qui lui donne habi-
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DE l'utiliti5 Ses étures chinoises , 7
. tuellement des appointements fixes et une commission sur les afi^lfea conclties, le compradar doit tous ses soins aui inléréis de son patron ; non seulement sa connaissance du marcbé lui permet de f^ire le commerce pour son propre compte, bien plus sa position moyenne entre deux parties incapables de s'entendre directement l'expose à de dangereuses tentations auxquelles il est loin de toujours résister ; majorations de prix, pots-deovin reçus, renseignements foamls à la partie adverse trouvent place, d'ailleurs, plus souvent au détriment de l'étranger que du commerçant chinois. Les maisons européennes ont donc intérêt à se passer d'intermédiaires toujours coûteux, parfois dangereux, et les maisons chinoises n'ont pas avantage à les maintenir, car à elles aussi ils sont onéreux. A l'époque où le commerce de Chine donnait aux prince s-marohanda des bénéfices considérables, on pouvait négliger ces détails ; il n'en est plus ainsi. Pourquoi les Français n'apprendraientils pas le chinois pour aller faire des affaires en Chine, comme on apprend l'anglais ou le russe pour aller en Kussie ou en Angleterre représenter des maisons de commerce ? Avec une intelligence moyenne et de l'application, un jeune homme peut, en nu petit nombre de mois, se mettre en mesure de rendre des services par sa connaissance de la langue : d'abord il sorveillera le compradar et le tiendra en bride, plus tard peut-être, il le rendra superflu ; si l'on sait s'y prendfe, le comprador disparaîtra, non pas en un jour, mais graduellement, et l'on entrera en rapports direct» atec les grandes malsons chinoises, ainsi que plus d'une le dêèire. D'ailleurs, totit est plus facile à celui qui parle le chinois, il trouve naturellement accès auprès desmandarins, sans passer par les interprètes indigènes qui ne forment pas encore une classe, à la diflérence des comprarfors : or toute
maison importante a sans cesse affaire avec les mandarins, soit poar des litiges on des questions de douane, soit pour des commandes officielles. Des Allemands oai les premiers compris l'amitage de parier directement aux Chinois ; il en est qui se sont mis cooragensenwnt an travail, malgré des circonstances rebntantes.el qui, pariant la lan^e, connaissant les hommes, ont pénétré jusqu'auprès des vice-rois ; des affaires lucratives, parfois des fortunes édifiées en quel ques années, ont récompensé leor initiative. Les yeux se sont déjà ouverts en France sur l'importance économique de la Chine et sur la place qu'y occupent nos concurrents: la Misùon lyonnaise dirigée par M. Rocher, )Hiis par M. Brenier, a rapporté des provinces qu'elle a parcourues une moisson de documents dont une partie a été publiée (1); ces publications, confirmant e[ précisant les vues que j'indique, insistent sur la nécessité en Chine de parler chinois. En Angleterre, en Allemagne on arrive aux mêmes conclusions. Ce n'est pas seulement au commerçant, c'est à l'industriel que ces conditions nouvelles s'imposent : la Chine a cessé d'être uniquement le marché du tbé et de la soie ; le traité de Simonoséki et le traité de commerce de 1896, dont toutes les Puissances sont appelées à profiter par la clause de la nation la plus favorisée, autorisent les étrangers à élever des manufactures sur le sol chinois ; gnlce au bon marché de la main-d'œuvre indigène et à l'incapacité de diriger qui caractérise les Chinois, ce sera une source de profits pour les industriels étrangers, mais ils devront avoir des collaborateurs parlant chinois. Diverses entreprises, anglaises, japonaises, ont été fondées ; il faut que l'industrie française
(I) Chambre de commerce de Ljod, la Mûiion lyonnaise itexploration commerciale en C^ine, 1895-1897, 1 ïol. iil-4, avec cartes er planches, Lyon, 1898.
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nE l'utilité des ÉTKKES CHINOISE!»
prp.am aussi là sa place. Parlerai-je des mines L'oncédées de tous côtés, des chemins de fer à l'élude ou en cons- Iniction, des postes impériales dout une coBvenlîon réserve ]'oi|^nisa(ion à la France (■'> avril 1838] ? tout cela exigera un personnel étranger parlant chinois ; et ce personnel sera requis en nombre de plus en plus grand, h mesure que les rapports économiques se développeront ; on ne saurait habituellement se faire entendre eu Chine en parlant turc, ainsi qu'il est arrivé récemment à un ingénieur français daas la province du Yun-nan ; les musulmans sont nom- Dreni en Chine, il est vrai, mais bien peu savent d'autre iftiome que leur langue maternelle.
Voilà en quelques mois quelle est l'utilité des études i!liiDoises. Ce que j'ai dit du chinois, je le dirais aussi, dans une certaine mesure, d'autres langues de l'Extrême- Orient; nous avons, par exemple, en Annam et au Japon, des intérêts de nature et d'importance diverses, qui ne doivent être négligés ni les uns ni les autres et qui gagneront à être défendus et représentés par des hommes connaissant bien la langue et les mœurs nationales. Il ne faut oublier d'ailleurs ni que .l'industrie étrangère n'a rien à Taire au Japon, en raison du grand développement économique du pays, ni que l'annamite est sans utilité en dehors de l'Indo-Chine orientale : en somme,* le chinois est toujours la langue principale de l'Extrême-Orient, parce que c'est la civilisation chinoise qui a modelé les peuples de toute celte région du globe.
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comme dans le Japon féodal, le marchand est un homme de classe inférieure, laillable à merci, vivant à distance respectueuse du ryang-pan ou blotti sous la protection onéreusedu daimyô ; l'état social trauve son expression dans le mode de construction, dans l'aspect de la ville. En Chine, au contraire, loin de se cacher, ie commerce s'étale ; quelques pas dans une rue montrent une suite contiuue de devantures et de comptoirs, et cette place en vue qu'ils occupenlaujourd'hui, il semble que les marchands l'aient depuis longtemps ; quelques siècles avant notre ère, le marché oii se réunissent et oii habitent les commerçants, est, d'après les rites, une partie essentielle de la capitale, au même litre que l'autel des dieux protecteurs, le temple des ancêtres et le palais du roi : culte, monarchie et commerce étaient dès loi-s les trois termes où se résumait la vie urbaine. Aujourd'hui, les boutiques se montrent plus que les yamens et que les bonzeries. Elles sont signalées pardes enseignes voyantes, il en est d'horizontales au-dessus de la porte, de verticales suspendues aux deux bouts de la devanture ou dressées sur des [liédestaux de pierre ; elles sont habituellement en bois, fond rouge ou fond d'or, avec le nom du magasin en grands caractères laqués noirs; il en est de parlantes, des bottes or et noir pour les bottiers, ' des ligatures de sapèques pour les banques, des panaches rouges pour les chapeliers. Certaines devantures servent tout entières d'enseignes ; celles des grands magasins de thé sont en bois sculpté, ajouré, une dentelle d'or représentant quelque montagne célèbre où des génies cueillent tes pousses parfumées et dégustent aux sons de ht musique le délicieux breuvage. Les restaurants ont souvent leur cuisine large ouverte, enseigne odorante et appétissante ; il faut la traverser pour arriver aui salles.
Il est des easeigoes qui se font discrètes : tel grand marchand d'antiquités a ses magasins dans une maison d'apparence bourgeoise, s'ouvrant sur la rue par une porte de dimensions et de forme ordinaires, en bois uni rehaussé d'or, de rouge, de vert ; si vous entrez, vous ne trouvez pas une boutique, mais des salons meublés de confortables fauteuils, ornés de jades, de cloisonnés, de porcelaines, que l'on vous montre avec complaisance et qne l'on vous cède pour un bon prix avec la plus grande politesse. Enfin beaucoup de magasins ne sont fermés que par des châssis en bois garnis de papier, ou s'ouvrent en plein, séparés de la rue par an simple comptoir où s'accoude le commis.
Si l'enseigne variée et brillante est de nature à attirer les chalands, l'étalage à la devanture est négligé et u'offre rien de comparable aux rues parisiennes. Le marchand chinois veut qu'on sache son existence, il ne dédaigne pas de montrer son capital dans les dorures et les ornements de son enseigne, il se rappelle au public par des aftiches grandiloquentes, mais il désire beaucoup moins d'exposer SH marcfaandîse,delafanerau soleil, delà livrer aux regards des imilaleurs et des mendiants. Aussi l'aspect intérieur est-il bien moins engageant que l'enseigne ; d'habitude la façade estéU-oite, le terrain s'étend en profondeur, de sorte qu'un plus grand nombre de boutiques donnent sur la rue; la construction à étages, qui ménagerait la place, n'est pas usitée, les croyances populaires s'opposant à ce qu'on mette plus d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.
Le magasin comprend donc quatre ou cinq pièces médiocrement éclairées, de forme rectangulaire, mais situées irrégulièrement les unes derrière les autres, réunies et séparées par des cours et des passages. De pareilles constructions seraient peu propres à l'habiution ; te Chinois,
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auqvel i) faut sa maison bifio close^ »\ëc ^a cour et son grand arbre, avec la pièce principale orientée m ^ud, ne s'y sentirait pa« à l'aise. Aussi ces constructions n' outilles d'aulve destination que le comnt^rce ; nen n' j est fttit pQur Je plaieir des ye)ix, (Jallage siipple, niurs tendus de papier commun, comptoirs et rayons de bois brunis par l'usage ; le mobilier se composa (je tables carrées en bois verni rouge, de fanteuils droit» à gauche et à droite des tables, de tabourets carrés ; quelques coussins, des théières et des lasses, ie» pi-thong poitr les pinceau*, des abaques complètent l'assortiment. Tout est propre, mais usé, noirci et poli de ¥étusté ; même chez les plus riches marchaptjs de soie ou de tbé, règne une simplicité qui, à nos yeu¥, touche à la pauvreté, Lesmarc|junili«'s sont soigneusement empaquetées par crainte de lu poussière, le grand fléau du nord ; lorsque le comoiia aveint un article, il époussette soigneusem^t le paquet avant de l'ouvrir. Tous les paquets sont rangés sur les rayons ou dans des coffres, munis d'éii^ quelles annonçant les articles et leur prif, étiquettes qui sont éerites ep signes abrégés, connus dos seqls marchands et variant d'un commerce à un autre ; gr^e à ce bon ordre, le commis trouve toujours ^aos tarder l'objet qu'on lui denumde. N'oublions pas de noter dans un coin une petite niche, au fond de laquelle est collée l'image du dieu de |a richesse ou de tout autre patron céleste ; matin et soir, on s'incline et on lui otfre une allumette d'encens ; les jours de fête, on lui sert un repas plus copieux.
C'esl dans ce magasin qu'évoluent les commis, assez nombreux; dans nue boutique de moyenne importance, il est rare d'en trouver moins d'une denii-dou«aine. lis sont tous semblables ; entre les patrons, commis, conriiers.
tES COMMERÇANTS ET LES CORPORATtONS |S
apprenti», porteurs, l'œil a peipe h saUir Hua «Jiffërence ; même dmililnde d'âne boutique à la voisine, d'un coiumères à nn antre. l\ n'y a pas de livrée comme celle des conuoissioDiiaires de nos grands magasins gu comme le cQStQoie spécial de plusieurs corporations japonaises. Le Cbinois, en effet, ne connaît 'd'autre costume disliaclir que l'uniforme oQciel ; le ptasdario dans la vie privée, le laboureur ou rartisaa endimanchés, le marcbaod, le doniesli(|ne ont toujoiirs vétemenia de même coupe, de couleurs analogues ; cbez les marcbands ordinaires, cbez les gens de moyenoe aisance, c'est toi)joiii'i> l't longue robe de toUsbleue, parfois presque noire, parfois blanche ou grise en été ; pardessus, on porte le khan-kiai-eul, sorte de caraco 8an:« manches, et enfin une pèlerine, le ma-koa-eul, que t'o:i met surtout en tenue de cércmonjc ou pour sortir eu hiver ; la petite calotte de satin noir à bouton rquge complète l'habillement, sauf pendant les dialenrs de l'été. L'uniformité du costume correspond à celle de la société, où il n'y a pas de castes et à peine de classes.
Les manières et le langage ne sont pas moins unis ; patrons et commis, commis entre eu$ s abordent avec ces inclinations peu acceutuées, ces saints de mains de la politesse quotidienne ; ils se parlent dans ce style semi-familier, semi- respectueux, habituel à toutes les conversations entre amis ou entre gens se connaissant à peine, pourvu que des relations rituelles ne soient pas en jeu, des rapports hiérarchiques pas en question. Pas de génuflexions, pas de ces formules d'une humilité excessive qui donnent l'idée du servage ou de la servilité. A l'égard de l'acheteur, on use de la même politesse moyenne ; encore faut-il ici faire quelques distinctions. L'acheteur sans importance, qui vieat en passant, est traité poliment, mais sans préve-
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nance ; on le reçoit dans la première pièce, on le sert et on l'expédie. Pour le client habituel, pour le personnage de marque, on use de déférence \ on l'introduit dans une des salles du fond, on le fait asseoira la place d'honneur auprès d'une table, on lui sert du tlié, on lui apporte du feu pour sa pipe ; un ou deux des premiers commis causent avec lui et n'oublient pas de débuter par ces formules d'urbanité qui sont dues même ù un inférieure qui l'on veut témoigner quelque estime ; ils s'informent de ses ordres et s'empressent de faire apporter ce qu'il désire ; ils deviennent prévenants, lui montrent les nouveautés ou les raretés que l'on a en magasin ; ils font l'article, ce qu'ils dédaignent avec l'acheteur de passage. Lorsque le lajen (1) s'en va, on le reconduit jusqu'à sa chaise, comme un homme bien élevé reconduit un visiteur, et on lui adresse les formules d'adieu qui conviennent à son rang, avec cette parfaite courtoisie, parfois un peu humble, où celui qui parle n'oublie cependant jamais qu'il est un homme comme son interlocuteur.
Ces patrons et ces commis, d'extérieur si semblable, sont unis par la communauté de la vie. II est de règle que tous soient nourris par la maison ; ù cet effet, toute maison de commerce a un cuisinier qui prépare les repas communs et sert, deux fois par jour, les vermicelles et macaroni, les cboux salés, la volaille ou le porc, qui forment le fond de la nourriture pour la classe moyenne dans le nord. Chacun mange sur le Coin d'une table, sur un comptoir, là où il se trouve, l'usage d'une pièce spéciale comme salle à manger étant inconnu en Extrême-Orient.
La plupart des commis couclient aussi dans le magasin; te
(1) Grand homme, litre d'un baul persooQage odiciel, Excellence.
lit chinois, en effet, secompose d'an oreiller et de quelques couvertures, le tout facile à empaqueter et à transporter ; le jour, tout cela se met dans un coin ; le soir\cnu, chacun déronle son couchage et l'étend où bon lui semble. Les gens mariés retournent rarement chez eux, leur habitation étant souvent située dans un quartier éloigné ou en province. Les chers de la maison partagent habituellemeiu la vie de leurs inrérieurs ; comme le commerce chinois n'emploie pas de femmes, bien des diffîcultés sont supprimées pour la vie et le logement. Ouvertes à quatre on cinq heures du matin, en été, les boutiques ont leur moment d'animation avant dix heures ; les affaires reprennent pour quelques heures quand la chaleur du jour est passée ; elles cessent en toute saison avec le coucher du soleil. Si le Chinois n'est pas noctambule, sans doute à cause de l'éclairage défectueux, les boutiquiers, comme le peuple de l*éking, aiment, pendant les soirs d'été, à chercher un peu de fraicheur sur le seuil des maisons. La rue est étroite, de rares piétons circulent; on cause entre voisins, on conte des histoires, ou se délecte à fumer la pipe, à jouer du hou-khin ou du ian-sien (1). Cette oisiveté pleine de bonhomie, après la journée accablante, rapproche patrons et commis; c'est là (jiie la simplicité de manières qui règne dans la classe commerçante apparaît le mieux. En hiver, la boutique ouvre plus tard, les affaires importantes se traitent le matin, mais le nat des visiteurs est pressé surtout aux heures que le so. leil attiédit. La veillée est vite terminée, car on ne se soucie pas d'user de lagraisse d'éclairage et du combustible; la vie chinoise, plus naturelle que la nôtre, suit d'assez près le CQursdu soleil.
(i) Sortes de violoD.et de guitare.
Maurice Courant, — En Chine. a
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Il nous fiiiit muiiiicnant entrer iluiis ce inoudc des eomiuîsdont noQS »Tons vu en gros l'existence quotidienne. C'est, ren dix oQ douze ans qu'un père amène à lu boutique un Jeune ^rçon pnur en faire un apprâoli. A cet ige, l'enfant sait écrire, il connaît la plupart des caractères des Quatre Lirres et des petits traités élémentaires, sans guère elt satoîr le sens; il sait des phrases apprises paf cœur et retenues au hasard, il n'l};:nore pas pratiquement les principes de morale, respect des supérieurs, observation des rites, qui sont la hase de la société chinoise; mais il n'a aucune notion de religion (cela ne s'ensF>igne qu'aux bonnes et aux lao-cki), ni de morale théorique ou d'histoire (c'est airaire aux lettrés), ni dedroît usuel (cela concerne les clercs des jamens), ni de géographie {personne ne s'en inquiète), ni même de calcul, ce qui est plus étonnant. Il est vrai que le jeune apprenti va s'habituer à manier l'abaque «t qu'il le fera avec dextérité. Mais, eu somme, c'est une âme neuve, que le milieu seul va Tormer complèlemeni. L'influence de la ramille disparaît, en effet, le jour oii commence l'apprentissage ; il n'est pas d'usage que le père, si! est lui-même un marchand, garde son lila dans sa boutique, peut-être par souvenir du précepte classique qui défend au père d'instruire lui-même son fils, plus probablement parce que le fils du patron, trop bien traité, n'apprendrait rien et serait BU milieu des autres apprentis, dans une situation à part, blessante pour l'instincl d'égalité si vif chez les Chinois de toute condition : le Chinois sent le besoin d'une sutïérïarité
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LES COMMEBÇANtf ET I.KS CORPORATIONS 1"»
hiérarclifqui; bien définie, il supporlediflicilcment la faveur même motiTëe que l'on témoigne à un égal. Un marchand plaœ donc son fils dans une maison avec lai|uelle II est en relations, faisantle même commerce ou un commerce différent. Si l'on voit souvent une maisoli transmise de père en 61s, il n'est pas exceptionnel qu'elle sorte bientôt de la famille qui Va fondée ; l'tiérédité des métiers, pour être fréqaeme, n'est cependant de règle que dans quelques industries où chaque famille gardejalou sèment ses secrets; non seulement le fils adopte une autre branche de négoce que te père, mais souvent un Tils artisan devient marchand. La distinction du négoce et de la fabrication, qui a constitué deux ckStes dans la Chine antique, n'est plus aujourd'hui pour chaque homme qu'un tttit personnel et transitoire; îl ne subsiste aucune barrièi-e entre artisans et marchands, et à peine davantage entre ces deux classes, que le langage lient encore pour inférieures, et les cultivateurs, lasecondc caste de jadis. Sans doute, la placidité naturelle auxpajsans chinois, les durs travaux qui les écrasent, leur enlèvent souvent le désir et le moyen de changer de condition ; mais le petit commerce de colportage se faiten Chine avec un si mince capital que bien des gens, paysans un jour, hommes de peine [coulis) au port ouvert l'hiver, pendant le chômage, achètent ensuite un éventaire, des paniers, quelques marchandises, lotit naturellement etsans y penser. Très souvent une Ihmille de cultivateurs aises envoie un ou deux de ses liis h l3 ville voisine en apprentissage. De même, les clercs de yanten, classe intermédiaire entre les mandarins et le peilple, copistes, secrétaires, garçons de bureau, sont journellement en rapports d'affaires avec les commettants et font volontiers apprendre le commerce à quelques-uns de leurs enfants. Seuls, les flls de fonctionnaires seraient dif-
ficiles à trouver dans les boutiques; c'est que réducation littéraire, purement phraséologique, les read impropres au maniement des affaires, bien plus ù toute sorte de vie pratique ; d'ailleurs le lettré (et est Icitré quiconque a été candidat aux examens ou a seulemeot étudié pour se présenter) doit dédaigner l'argent; on cite dans l'antiquité chinoise, aussi bien qu'en Corée, de beaux traits de désintéressement; je doute que les lettrés d'aujourd'hui soient unanimes dans le mépris du vil métal, ils ont du moins conservé le dédain du commerce et le tiennent pour uoe occupation dégradante. Mais c'est là une opinion mondaine (si je puis employer ce mot en parlantde la Chine, où la société mondaine n'existe pas) ; la loi, la coutume même sont plus équitables ; il n'est pas de promotion où le Dis de quelque marchand ne soit reçu bachelier pnur la valeur de ses compositions ; si parfois les lettrés de race lui font sentir son infériorité originelle, comme les journaux en relataient récemment un exemple au Ngian-Iou-fou (Hou-pei), le fait est rare et on le remarque. La classe commerçante, par ses origines et par ses issues, touche donc ù toutes les classes de la société et communique librement avec elles, elle n'est plus une caste, et depuis longtemps ; ce qui distingne les hommes en Chine, c'est le genre de vie, le métier, la fortune, ce n'est pas la naissance.
Le jeune apprenti, présenté par son père ou par des répondants, est désormais dans la maindu patron. Pendant ses trois ans d'apprentissage, habillé par sa famille qu'il voit rarement, il vit dans la boutique, y est nourri et y couche ; le patron doit le soigner s'il tombe malade, mais il a toute autorité sur lui, une autorité paternelle, avec presque autant d'étendue que celle même du père chinois : il n'est pas inquiété, si le jeune homme désobéissant meurt
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des Riiiies d'un châtiment trop rude. Aussi voit-on parfois se noyer des apprentis trop paresseux ou vraiment irop maltraités. A cette discipline purement commerciale, à cette vie sevrée de tout autre intérôt, le jeune homme ucqtiiert une tournure d'esprit spéciale, et c'est là ce qui coQtritme le plus à faire des marchands une classe stable, ayant ses tendances à part. Lorsque l'apprenti, au bout des iroisans, est reconnu capable, le père apporte un cadeau d'une valeur appropriée à ses moyens, le fils se prosterne devant le patron et lui exprime ses remerciements ; la cérémonie se termine par un banquet olTert par l'apprenli et où l'on convie quelques commerçants amis, quelques gens du métier ; il est rare qu'une circonstance solennelle ne soit pas accompagnée de réjouissances culinaires. Dès lors, le jeune homme est libre de travailler oii et comme il Icntend ; mais il n'est jamais délié de ses obligations envers son ancien patron : il doit lui marquer sa reconnaissance par des visites, par des cadeaux aux époques rituelles de l'année, il doit l'aider même de sa bourse, le soigner, assister à ses funérailles.
Désormais le nouveau compagnon s'engage libremenl, moyennant salaire, là où il trouve de l'emploi, chez son ancien patron ou cher, un autre, ou dans une autre ville. Selon ce qu'il a d'intelligence et de chance, il restera toulr sa vie dans cette position subalterne ou il s'élèvera plus liant. 1a chef des commis, celui qui commande dans la bonUque, porte le nom de Ickang-koei-ti, à peu près équivalent à caissier ; c'est lui, en effet, qui détient l'argent, comme faille patron dans les petites maisons de commerce françaises. Le Icbang-koei-ti est souvent patron, c'esl-àdire qu'il fait les affaires avec son capital et qu'il les dirige en personne. Mais un homme qui, ayant été longtemps
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commis, a des coDaaisBances techniques et de Ibabileté, trouve facilement un bailleur de fonds qui lui conlie de l'argent à faire valoir; il ne s'agit pas d'un prêt, mais d'une association oii chacun a sa pari des risques et des bénépccs. Celoi qui Tournit lecapitals'appellele maître, tong-kia ; celui qui, donnant sou travail et son expérience, est seul à diriger l'affaire, s'appella encore ichang-koei-U ; pour nous il est nu gérant ; chaque année, à la douzième lune. après les comptes et inveniaii'es annuels, te bénëGce qui ressort est partagé entre le maiire et te gérant. Outre ces deux cas simples, il s'en trouve naturellement de plus compliquait, combinaisons des premiers; plusieurs capitalistes peuvent fournir les fonds, plusieurs gérants diriger la maison de concert; un ou plusieurs des gérants peuvent concourir à former le capital. Mais toujours ceus qui ne sont que bailleurs de fonds s'abstiennent de s'immiscer dans la direction de la maison qui incombe aux seuls gérants; et toujours, à la lin de l'année ou à l'issue de périodes lisées par contrat, les bénéfices sont répartis en raison des capitaux et des services, suivant une proportion fixée par l'acte d'association .
Les bailleurs de Tonds ne sont pas des commerçants. Cette distinction n'a, du reste, pas d'importance juridique en t^ine, oti il n'eïiste pas de droit spécialement commercial ; elle n'a d'intérêt que pourla conetimUon de la classe commer(,'ante : un mandarin, qui croirait déroger en faisant du négoce, ne fait pas diiîiculté de fournir des capitaux à des afl'aires commerciales, pourvu qu'il en puisse tirer des bénéfices- Les gérants, au contndre, devant être bommes d'expérit:nce, sont toujours des hommes de boutique, qui ont été successivement apprentis et commis; entre le chef de la maison et le dernier venu des apprentis,
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il y 4 »ae différence de r^ng iiiérarcbique, mais pas de coadjlioD Bociaie. L'aristocratie des gérants sort, par In se* leciîoD du piéritâ, des rangs inférieurs de la populatioD marcbande; elle ne lui est pas étrangère, elle a même éducatJ0D,mémesh3bitudes,mën)e langage, même costume. La communauté du culte rendu à l'esprit protecteur de la bouUqne par les chefs et par les subalternes, tes banquets semi-rituels, que tous partagent plusieurs fois dans l'année, let étrennes qui sont dcmnées, sont autant d'expressions du lien d'union, bien pins fort qu'un simple contrat. L'autoritédesuns sur les autres est toujours tempérée par cette bonhomie, cette simplicité patriarcale qui règne partout en Chine entre gens de même classe, par cette modération des manières due à la pratique invétérée des rites, par ce souci de maintenir l'égalité entre gens de mi'me rang qui n'est pas tant inné au supérieur que bien plutôt imposé par un vif sentiment de justice de la part des inférieurs. Ains mitigée, l'aiitorité des chefs n'en est pas moins très grande : j'ai dit que sur les apprentis elle remplace et elle égale presque l'antorité paleraelle. Elle est moindre à l'égard des commis, qui sont engagés librement, habituellement pour une année, de douzième lune en douzième lune; elle est cependant réelle, car l'obligation du respect, de l'obéissance de l'inférieur au supérieur est, dans toutes les retatioQS sacia}its, admise avec une force inconnue en Europe.
Saufl^casde violences graves, de vol (et même alors pas toujours), jl n'est pas d'autorité qui s'interpose entre patrons et commis; la corporation des patrons n'inlervieul pas habi- Inellemeat dans les questions de personnel purement intérieures, propres k chaque maison ; les commis ne forment pas d'association, n'ont pas de lien entre eux; les rapports
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sont bien plusélroils entre un commis et son patron qu'entre les employés de deus maisons diSërentes. Toutefois le besoin d'égalité réelle entre gens de même classe et de même rang, le droit que chacun s'arroge de surveiller ce qui se passe chez le voisin, expression d'un profond sentiment de solidarilé, empêchent dans une même ville les inégalités flagrantes de traitement et de salaire, saur celles qui sont sanctionnées par un usage établi.
La stabilité de la classe marchande maintenue par son unité de formation et par le sentiment hiérarchique qui y domine, la longue durée des circonstances économiques et des conditions sociales, qui n'ont pas changé sensiblement depuis le xvi" siècle jusqu'au milieu du xix', ont permis à un grand nombre de maisons d'atteindre une longévité remarquable. On en cite, à Pékîng, qui ont sarvécu au bouleversement, passager d'ailleurs, qui a accompagné la chute des Mingfit l'avènement de la dynastie manichoue (1044) : de ce nombre est le Lou-pi-kiu, situé dans la ville chinoise, à l'est et à peu de distance deTshieu mcn(l), et dont l'enseigne est due à un calligraphe célèbre du xvi° siècle; celle maison est encore renommée pour les vins de riz et les friandises qu'elle importe du sud. Un beaucoup plus grand nombre datent du xvii" et du xvm" siècle : ainsi les magasins de thé de la famille Faug, du Kganhoei ; le Oen-mfitcbai faisant commerce d'horlogerie, très florissant avnnt l'ouverture des ports et qui appartient toujours à la famiflc chrétienne Yang ; ainsi le Phitsan-koug, magasin de pilules de la famille Phi, qui existe depuis plus de deux cents ans, le Nei-hing-long de la famille Sou, où tous les grands
(1) Principale porte taisant communiquer la ville tartare et la ville
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LES COMMERÇANTS ET LES CORPORATIONg 2.)
personnages, y compris l'Empereor, achetaient leurs bottes 3U xvui° Nècle et qui, il y a peu d'années, occupait encore plus de cent employés; ainsi, eofin les quatre grandes banques, Ren^-ho, Heng-li, Heng-yuen, Heng-hing, les plus importantes de la capilalf , fondées dans l'ère Khang-hi (1662-1722) par un nommé Fang de Ning-po, et qui pour la première fois ont fermé leurs caisses pendant les troubles de lété dernier. Péking n'a d'ailleurs pas la spécialité de ces vieilles et solides maisons, il s'en trouve dans chaque Tille importante, comme le Fan-yong-ho, magasin de loieries à Thien-tsin : comme le Tchhen-ho-tshi, pharmacie des Tcbhen à Canton. La plupart de ces maisons portent le DOm de la famille qui en est propriétaire : c'est, en efTet. qu'elles se transmettent de père en fils, que lesgendres y sont souvent associés h la direction et qu'elles ne sortent pas de la lignée du fondateur. De pareils exemples de stabilité sont à coup sûr rares en Europe, où les fortunes se Tont et se défont plus vite et où peu de gens restent dans la condition paternelle ; il existe ainsi une aristucratîe Je commerçants peu nombreux, qui joignent la fortune à la pratique héréditaire des affaires et dont les lils sont souvent entrés dans la carrière ofGcîelle; cette aristocratie est importante, surtout par son expérience commerciale, par sestraditionsd'honor3bilité,par l'iniluence d'exemple et de richesse qu'elle exerce sur tout le commerce chinois. L'organisation de pareilles maisons ne diffère pas de celle des maisons plus récentes; les apprentis, les commis y sont dans la même situation ; triés avec plus de soin, ils n'y sont que mieux traités et souvent ils y passent toute leur vie, deviennent associés, après avoir été hommes de confi:incc du père servent de conseillers au fils et assurent la perpétuité des traditions .
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Ce n'est pas «solemeal uux. cQQdiUoqe géoémles de lu sociéié ei| il celles qui Eont propres ^ la classe coRimerçante que tient la durée remarquable d'un aussi grand nombre de waisous; leur stabilité, leur bon renom ont aussi pour cause l'organisation spéciale qui les réunit par groupes- Il est faabituel, en effet, que toutes tes maisons ayant une même spécialité forment une association que j'appellerai corporation (Hong ou kong-so suivant les cas) ; je nie réserve d'indiquer quelques exceptions à ces règles. Les corporations, qui paraissent dater d'au moins trois siècles, sont difficiles à étudier; diverses de type, formées par les intéressés seuls, sans que l'État ait eu si à leur donner des règles ni à les autoriser, elles existent par la force de la coutume, et vivent conformément à leurs traditions ; bien que quelques-unes aient des règlements écrits et peut-être des archives, elles trouvent hafaituellennent inutile de communiquer les uns ou les autres au public. Celui qui est curieux de se faire une idée de ces corps, est à peu près réduit à démêler leurs principes parmi les exemples de. leur action qui parviennent à sa connaissance; sans ignorer ce qu'un semblable procédé a d'insuf^eaal, je dois donc me borner à donner des exemples et à en tirer des conclusions, forcément un peu vagues et un peu géaérales.
La corporation lixe pour cbaque denrée le prix miniowm de vente et veille par des agents secrets à ce qu'aucun magasin ne se contente d'un prix plus bas; elle arrête ainsi à