‹ En Chine: mœurs et institutions, hommes et faitsChapitre 2 sur 8 · I .i-.<i",G(H1^lc · texte numérisé non relu

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une ceruine limite l'effet de la concurrence el empêche la dépréciation des marchandises, auiiible à loote la corporalioD. Le public eit seul it souffrir deTesistence du minimum, mais il ne pai^it pas s'en apercevoir, et le gouvernement D'iatervlent que pour le prix des grains, en fixant un maxiffluin Bl rendant au besoin les grains tirés de ses greniers. C'est encore la corporation, pour les banques et les montsde-piëté, qui décide le taux des intérëls à payer ou à reeetoir, la nature des garanties ou des monnaies h accepter; en UB mot, elle fixe les règles générales des traosactions el défend les ioléréts communs de tous les associés. Si l'un d'eux est impliqué dans une affaire judiciaire d'iniérdt gé- Béral, la corporation le soutient souvent de son crédit et de ses fonds. Voici un fait qui se présente de temps en temps. Un pauvre diable, n'ayant plus rien à mettre au monl-depiété, se coupe le doigt, ou telle autre partie du corps, et vient pour l'engager ; lu mout-de-piété refuse le prêt, rhfHume se plaint de la dureté des prêteurs, ameute la foule, que la vue du sang excite, une bagarre est imminente, où le mont- de- piété risque d'étra pillé. L'auteur d'un pareil désordre doit être châtié, toute la corporation soutient celui chez, qui le fait s'est passé, et verse cent taëls (1) pour les fraisdu procès. La corporation prend aussi en main les ioléréts lésés de plusieurs associés. En 18R3, la corporation des marchands de thé de Hun-kheou, ayant eu à se plaindre des exigences de certaines maisons étrangères, relativement ù une bonification sur ies poids, leur demanda de désigner UD arbitre étranger qui serait chargé de surveiller les pesées; malgré l'évidente bonne foi de ia corporation et la modération de sa requéle, les étrangers refusèrent. Toutes

Il An cbaoKc nctael, moins d» 40n francs.

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les transactions farcit suspendues, l'aiitorité officielle déclara qu'elle ne pouvait obliger les marchands à vendre contre leur désir ; au bout de quelque temps, les maisons étrangères cédèrent une à une, malgré les retentissantes déclaraiiona qu'elles avaient d'abord faiies.

Comme elles défendent les intért^ts de leurs membres, les corporations surveillent aussi les agissements de ceuxci; elles s'opposent aux Traudesqui nuiraient au boni^nom de l'association; bien plus, les orfèvres en argent pur ne tolèrent pas que l'un d'eux vende des bijoux en alliage, même au su du client. Quelques corporations veillent à l'acquittement régulier des droits de production et d'octroi, et par là méritent les bonnes gnlces du fisc. A Changhai, celle des négociants en cotonnades étrangères, bien que les marchandises importées sur les concessions européennes ne doivent acquitter que les droits de douane, trouve prudent de payer aux bureaux du li-kln un abonnement (7.150 taèis) pour ce qu'elle venden Tille; ellepaicun autre abonnement (12.000 taëls) pour ce qu'elle envoie ù Sou-tcheou ; mais elle se rembourse de ses avances par des taxes pert^uessur tous lesmembres, quisont même astreints il présenter leurs livres aux chefs de la corporation. Unesîtuation analogue existe à Hong-kong, territoire anglais, au plus grand profit des li-kin de Canlon. Les autorités du Koang-tong, du Koang-sî, du Kiang-sou et d'autres provinces méridionales et centrales, ont, depuis quelques années, affermé à des corporations ou à des syndicats composés de membres des corporations, de compradors et de mandarins, le li-kin des cotonnades, des iîlés de coton, du pétrole pour telles ou telles préfectures; les corporations y gagnent, avec l'appui officiel, le moyen d'imposer et d'étendre leur monopole de fait, la facilité d'accroître leurs

ressources par les profits réalisés aux dépeos des conBommateurs el des négociaots non associés. Quelques corporations, pour mieux maintenir ta stabilité des maisons, dé- Tendent toutes ventes et tous achats ficlirs : la plus grande partie des opérations de bourse et bon nombre d'opérations commerciales, qui nous semblent toutes simples, ne seraient piis tolérées. II y a quelques années, l'usage de mai'chés à tenne s'était cependant introduit au marché à l'argent de Péting ; UD censeur, voyant là une forme de jeu, signala le Tnit, et ces opératious furent interdites par le gouvernement, exemple bien rare d'intervention officielle. C'est par suite des mêmes préoccupations que la corporation des banquiers s'enquiert du total des billets émis par ses membres ; iout banquier, tout changeur même est libre d'en émettre, et les précautions exigées par la loi, n'étant pas prises sérieusement, restent illusoires ; lacorporaiiou a, pour arrêter les émissions exagérées, un seul moyen qui est infaillible : si une maison se laisse entraîner et risquede compromellrc lebonrenom, surtout le capital des autres associés, un mot d'ordre est donné, tous les billets sont à la fois jetés dans le public, et la banque imprudente ne tarde pas à suspendre m paiements et à disparaître.

La corporation mainiienl encore sa réputation ctsesbous rapports avec les pouvoirs publics par des dé|)on$es de faste ou de charité. Chaque hiver, elle verse une somme pour l'onveriure de ces fourneaux oti l'on distribue aux pauvres de Péking une bouillie claire de riz ou de millet ; en cas de faonae, d'inondation, les cotisations des corporations ne se font pas attendre, ce qui n'empêche pas les commerçunls notables de contribuer laidement en leur propre nom. De même une corporation ou plusieurs réunies offrent une bannière avec Inscription louangeuse, ou un parasol d'hon-

neur, au mandari» qui a su se faire appréeier de ses administrés ; elles prennent part à la réfecllon de la route o(i doii passer un cortège Impérial ; elles font porter dm badnières ddns les processions et eérëinoilles religlfiuses populaires.

Un culte spécial est sinon l'une des misons d'être, du moins l'un des liens de la corporation. Chacune a son patron; pour l'une, c'est le dieu de la richesse, pour l'autre, Koan Yu, dieu de la guerre ; pour d'autres Un esprit de compétence plus limitée, tel que Lou Pan, mervelileuit mccanicien du temps de Confucius, aujourd'hui révéré par les charpentiers. Adoré dans chaque boutique par tous Ira patrons et commis, le génie protecteur a ses fêtes célébrées par toute la corporation à dates fixes. Pour les unes on olfre, dans chaque magasin, un sacrifice, c'est-à-dire des mets et de l'encens, après quoi un banquet, auquel l'esprit est censé avoir pris part, réunit les chefs et les employés; pour les autres, plus rares, le sacrifice, plus copieux, se fait dans un temple ; le banquet des patrons prend ptacedansune vaste salle, oii desacteurs leur jouent des pièces historiques entremêlées de scènes comiques contemporaines. La fête se prolonge tout le jour, quelquefois davantage; l'on s'j divertit, un boit, on parle aussi d'alfaires privées, et l'on agite les questions qui intéressent la corporation. Au sacrifice et au banquet, Sx la religion et aux réjouissances, la Chine joint habituellement lu représentation théiltrale et l'assemblée de dlscussioo. Cette religion ne comporte sdns doute rien que l'on puisse appeler de la foi, mais elle est toujours présente à l'esprit du Chinois, il pense qu'il est bon de se mettre en règle avec des personnages doués d'une puissance mystérieuse et que l'on contente non sans IVais, mais en s'amusaut soi-même.

Le ealendrierj ainsi pgactué par les fêtes spéciales de ia

LES COMMERÇANTS ET LES CORPOnATIONS 91

corporAlion, l'est encore par les grandes fêtes populaires où le culte général elle culte dki patron ont leur place marquée cDte k côte ; ce sont les fêtes du renoufellement de l'année, du S" jour de la B= lune, du iti" jour de la 8" lune. Od les appelle les trois termes, et ce sont en effet les dates d'échéance pour les marchands conime pour la population. Il n'est pas mile que j'insiste sur tout le moUTement des paiements et des recouvrements, sur tous les règlements de comptes et d'inventaires, i]ui les précèdent et font de la 12* lune particulièrement la période de grande activité commerciale. Le 30 de la 12" lune, dernierjour de l'année, tout est achevé, les boutiques ferment, et pendant quatre ou cinq jours on ne trouve plus à acheter même les victuailles les plus usuelles; le petit commerce reprend le premier, mais les vacances desgrandes maisons se prolongent jusque vers le lô. Pendant ce temps de repos, les premiers jours sont réservés aux cérémonies de famille ; le 3 ou le i, les commis se réunissent dans les magasins,' les patronsdans la salle de la corporation, et l'on festoie, Hans jamais oublier d'olfrir aux dieus des viandes et des gàteaus, avec des fruits, du vin, du thé et de l'encens.

Pour maintenir l'ordre autre les membres de la corporation, gens du même métier, sans cesse en rapports d'affaires, il faut aux syndics uo pouvoir d'arbitrage ; pour assurer le fonctionnement de la corporation même, il lui faut une caisse commune. Cette double conclusion découle nécessairement de tous les faits qui m'ont été rapportés; mais ce sont là des questions tout intérieures, propres nux marchands et qui n'arrivent guère à la connaissance du public. Aussi n'al-jepu avoir sur ces deux points que des afIil-matioQs trtis nettes, mais peu détaillées (1). Les chelH de

(1} I.a corporatiuD des iDarcbands de cotonnades élraagei'es.

la corporation iatervieDnent dans les litiges des membres, arrêtent les manœuvres malhonnêtes que l'un pourrait tenter contre l'autre ; sana véritable autorité judiciaire, ils agissent comme arbitres, ainsi qu'il arrive fréquemment en Chine. Quant à la caisse, elle est alimentée par des cotisations el par des amendes ; elle peut aussi contracter des emprunts, puisque les marchands de sel de Tiiien-tsîn sont encore tenus d'intérêts pour diverses dettes contractées par la corporation au xviii' siècle.

11 est d'ailleurs naturel que sur ces deux points, comme sur beaucoup d'autres, on rencontre entre les corporations de grandes différences; elles se sont constituées, je l'ai dit, à des époques diverses, indépendamment les unes des autres; il n'y a donc accord que sur les lignes essentielles. Après avoir indiqué les principes généraux, je vais noter maintenant quelques détails d'organisation, avec quelques exceptions aux règles communes. Le prix minimum fixé par l'assemblée n'est pas dans toutes les corporations également impératif; ainsi chez les marchands de fourrures, le prix, discuté au début de l'hiver, ne lie pas les membres. Les pharmaciens n'ontpasde coursde la corporation. Dans

(Cb3Dg-hai) exige de ses membres un droit aanuel qui tarie de 30 ^ 100 laéls; elle publie chaque semaine le cours qu'elle fixe pour les marchandises, Weeklg pièce goods prtce list {Ihe Blaekbarn China- MUdon, 1 Toi. iii-8. Blackburn, 1898. II, pp. 108 et 109). Droit d'en trée, droit anuuel, souscriptions diverses semblent être des conditions générales (id., Il, p. 3tO).

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presque toutes les branches da commerce, toutes les maisons font partie de la corporation snr on pied de qnaM-égaliié; sans doute les grandes banques l'emportent toujours sur les changeurs, mais il n'y a pas de dissimilitude d'affùres ni de situation. Pour le commerce des thés, il en est autr^nent : il existe à Péking deux ou trois magasins d'importation, tenus par les familles Fang el Oou du Ngan-hoei ; sealsits fixemlesprix, déterminent l'équivalence des poids (la UTre, pour le Uié, est de 4 onces au lieu de 16) et condaisent la corporation; en effet, les patrons des boutiques de v<»ite emploient tout leur capital à payer une devanture doréeet sculptée qui vaut parfois deux ou troismiileiaëls(l); les marchandises sont déposées entre leurs mains par l'on ou l'autre des importateurs, auquel la devanture sert de gage ; ainsi toute la corporation est dans la main des Fang et des Oou. C'est là une situation spéciale et qui n'a pas d'analogne, même pour les autres commerces d'imporlalioo de produits méridionaux, tels que la soie ou le riz. Si le commerce, y compris celui de la librairie et de la pharmacie, est presque indépendant de toute action odicielle, cq>endant les maisons d'équarrissage, les seules où Ton abatte bœufs, chevaux, chameaux, doivent être autorisées par te gouvernement. Il n'en existe que cinq h Péking : peat-étre y a-t-il h cela un motif religieux, le gros bétail étant réservé aux sacrifices impériaux ; de plus, & diverses époques, il a été interdit de donner la mort aux animaux et, encore aujourd'hui, en cas de sécheresse, la fermeture des abattoirs est ordonnée à titre de pénitence publique. Les monts-de-piéié ont également besoin d'une auiorisaiîoQ officielle, ils paient des droits sur leurs opérations

(t) Appraiimativement deS.OCN) à IS.OOO fraaes. Maurice Courant. >- En Chine.

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aux autdrilés locales et ils sont classés en trois catégories suivant l'importance (le leurs aiTaires. L'intervention de l'administration peut s'expliquer ici par diverses considérations. Les monts-de-piété de la première classe reçoivent en dépôt des autorités locales une somme variant de deux mille à dix mille taëls (i) sur laquelle ils paient des intérêts; en augmentant leur capital et leur permettant d'étendre leurs allalres, l'administration, toujours demeurée paternelle dans son langage et même dans ses actes, pense faire œuvre de philanthropie et venir en aide à la population. Le mont-de-piété, en effet, n'a rien du prêteur sur gages qui ne songe qu'à dépouiller ses victimes ; il est une institution de crédit à laquelle non seulement le Chinois pauvre, mais celui de la classe moyenne, ont constamment recours; aux uns, il donne de quoi vivre deux ou trois jours, attendre un gain inespéré; aux autres, il fournit le moyen de subvenir aux frais d'un enterrement, de monter un petit commerce ; il sert de lieu de dépôt pour un objet difficile à garder: quelques personnes y mettent leurs fourrures pendant l'été el font fructifier l'argent qui leur est prêté en échange. Péhing a une vingtaine de monts-de-piété fondés au xviii* siècle par l'Intendance de la Cour et demandant un intérêt réduit ; il en a un très grand nombre d'autres appartenant à des particuliers : un homme du Chau-si en possède jusqu'il cinquante, beaucoup de capitalistes en ouvrent fa la fois trois ou quatre. 11 en est de même dans tout l'Empire, et il n'est pas de bourgade qui ne compte un ou deux établissements decegeUt^. Parleur nombre, par ta modicité des intérêts (3) (1 à 3 p. 100 par mois, suivant là valeur du gage

a sa nature), par la durée des prâis (trots ans), par les fncilités do rachat possible à tout momenl sans délai cootre reslitution de ta somme prêtée et des intérêts (encore en calcalant ceux-ci néglige-i-on toute fraction de mois de mqjours et ail-dessous), par la réduction des intérêts ét\im pour les retraits opérés à la dou/ièmo lune (par là ondonne rucilité aux pauvres gens d'avoir leurs meilleurs vêtements, leurs parures pour les fêles de la nouvelltt .innée^par ic taux élevé du remljoursemeutcncasdeperte (lu gage (double de l'estimatiOD), ces instilulîons de crédit ri^ndeot les plus grands services au peuple chinois ; elles soDt nécessaires à sa vie, et l'on s'explique que, par une dérogation à ses habitudes, l'administration les survcilleet lesfavorise. La corporation reste, d'ailleurs, maîtresse che^ elle, sauf sur les deux ou trois points indiqut'^s; elle fixe, suivant ses intérêts, les conditions des transactions et rc^tirt, en temps de crise, pour forcer la inain aux manilirios, aux mêmes moyens que toutes les autres associalions : nous verrons tout à l'heure quels ils sont.

La Chine a, d'autre part, à l'usage des capilalisles, gros M petits, de uombreux établissements de crédit qui se rapprochent beaucoup plus des nAtres ; on peut les ramener à trois types principaux, boutiques de change, banques, banques de traites. Ces dernières se trouvent à Péking et dans les grandes villes commerçantes, oj elles se sont beaucoup développées depuis une cinquantaine d'années : presque toutes sont aux mains d'hommes du Chan-si, la province oîi se recrute surtout l'armée de la banque chinoise ; elles font (i'abord le commerce des traites pour toute

.certes; exacts pour Péking il y a quelques années, ils sont suscep- Ubles de beaucoup de \:

la Chine et pour quelques-unes de ses dépendances, sans en avoir le monopole, puisque plusieurs grandes banques générales et les commerçants les plus importants faisaient déjà les mdmes opérations ; mais elles ont r^ularisé cetie branche de la banque, l'ont étendue à un plus grand nombre ■■ de localités et ont presque complètement supprimé les i transports d'argent en nature entre les centres de la Chine propre (1). Leur chiffre d'affaires, considérable, leur per- j met d'apporter dans leurs transactions beaucoup de lar- ' geur et de traiter leurs clients avec magnificence. Outre la I vente des traites, elles font des avances, sur caution personnelle seulement, aux maisons solides de la place, le taux variant d'habitude cuire 7 et 12 p. 100 par an ; elles n'ac- i ceptem de dépôts que des mandarins [3 ou 6 p. 100 d'intérêt par an) et seulement par obligeance, pour entretenir avec eux de bonnes relations; pour la même raison, elles font des avances aux mandarins en titre ou en expectative et sontchargées de toucher les appointements sur lesquels elles opèrent une retenue; elles font aussi quelques opérations pour le gouvernement. Tout le personnel est originaire du Chan-si, autant que possible du même district, du même village que les chefs de la maison. Quand nu employé est envoyé dans une succursale, habituellement pour trois ans, il est défrayé de tout par la maison, mais ne reçoit pendant celte période aucun salaire ; il laisse au village sa femme et ses enfants sous la main des chefs de ta banque qui les entretiennent, il ne correspond avec sa famille qac par l'intermédiaire de ces derniers ; sa mission

(1) Féking, Thien-isin, Chang-hai, Oon-hou, HsD-kheou, Cba-chi. TchboDK-khing, Tchhcag-Iou, Siu-lcheou, TchbaDg-cha, MaD-tcbbang, Kuei-ïang, Yun-oaD, Canton. D'iprès U noie de M. L. Ehtnlfort {Mission lyonnaite, II, p, 417}.

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achevée, il rentre à la maison-mère, rend ses comptes et est on laidement récompensé ou condamné à une amendt; ; eo ce dernier cas, sa famille n'est relâchée qu'après paiemmt intégral ; s'il ne paie pas, les chers de son clan le ront,dit-on,enterrervir et remboursent; faute de quoi leurs propriétés sont confisquées et ils sont chassés du district (I).

Les changeurs, dans un cercle d'opérations restreint, foDt des affaires plus variées : sur le change de l'argent en sapèqnes et sur l'opération inverse, ils prennent en général 2 p. lOO, qui ne sont pas calculés, mais pesés, en ajoQtant dans l'un ou l'autre plateau de légers poids additionnels. Ils émettent des billets, sans aucune surveillance, comme je l'ai dit, et prêtent à 2 p. 100 par mois en temps normal, l'encaisse qui doit garantir ces billets, faisant ainsi double bénéfice, mais s'exposant à ne pouvoir rembourser à vue ; aussi est-il bon de ne pas conserver longtemps des billets de banque. En province, une maison n'accepte d'habitude que ses propres billets ; à Tchhong-khing, on n'enémet pas; àPéking, quelques signatures connues sont reçues partout, après examen d'un expert, qui appose son sceau sur le billet déclaré bon, touche une rétribution pour chaque vérification et csi pécuniairement responsable de ses erreurs. Un bénétice uioins honnOte est réalisé par l'achat des petites sapèques, c'est-à-dire de pièces fausses que l'on mélange dans les ligatures de sapèques officielles ; on en tolère 5 ou 6 sur iOO. Si, d'ailleurs, le client se plaint, le changeur feint l'ignorance et rend de la bonne

|1) Il y a par exemple àTchtioag-khing 16 ou 17 banques du Cbaiili et une aiial<^iie apparteuanl à un homme au Yun-nan [îhe Blackftam Ch. Mitêion,n, p. 246, etc.; Miêtion lyonnaUe, II, p. 417).

monnaie en place de la mauvaise. Les grandes banques s'interdisent de tels profits, mais, bien que maîtresses de la corporation, elles ferment les yeux sur ces pratiques des changeurs. Au change, à l'émission, elles joignent les prêts garantis par caution, par dépôt de titres fonciers et sur lesquels elles ne prennent souvent que 1 ou i 1/2 p. 100 par mois; 1 p. 100 est le taux habituel pour les empruats des administrations; en temps de crise, létaux monte jusqu'ù 10 p. 100 par mois.Eniin les banques reçoivent des dépôts, ponant intérêt généralement à 1 p . lOO, vendent des traites et spéculent sur le cours de l'argent.

Les grandes banques, en acceptant ou refusant les billets de telle maison, en précipitant surle marché l'argent ou les sapèques (1), rè^'nent dans la corporation el ont dans leurs mains tout le sort du marché ; les quatre Heng, que j'ai cités, par la masse de leur encaisse, la solidité de leur crédit, le nombre de leurs succursales ou correspondants, n'ont pas d'égaux, au moins dans la Chine du Nord. Toutes les opérations de bourse se font au marché à l'argent, (|ui se tient chaque jour dans la partie sud-ouest de la ville chinoise, en pleine rue, auprès d'un temple taoïste ; la réunion a lieu de bon matin, en été tout est fini à six heures ; les >-alcurs à vendre, billets ou Iraites, argent, or, ou sapèques, sont étalées sur le sol, toutes les opérations étant réelles. Chacunedes maisons de Péking est repréS[eDlée, et personne n'a garde de manquer, de peur qu'on le croie eu Alite. Dès que le cours est fixé, les unsletélégraphieni à leurs correspondants de province, les autres lâchent un pigeon qui va le porter à la maison principale dans la villf

(t) bans (lueUjues localités, le numéraire esi très rare ; à Kieoutchoang, la plupart des affaires se soldeni par cbèque» el sont ivglées par des viremeots de comptea.

Uftare. De plus, les courriers de la corporation, au nombre de sept ou huit, le répandent chez les changeurs et les banquiers ; ces courriers sont en même temps des ^nts à la dévotion des syndics, ils connaissent le chiffre d'émission de chaque maison, savent si tel patron est vraiment malade ou se dissimule, et, par leurs rapports, décident des boycottages et des déconfitures. Tout se passe, d'ailleurs, en pleine liberté, sans surveillance de l'État, sans impôt sar les transactions, sans autre ingérence que luterdiction des marchés fictifs. Les corporations des banques provinciales ont des règles semblables : assemblées régulières où chaciin doit assister, dépAt par chaque maison d'une somme Rxée dans les caisses de la corporation, délerminatioa des taux, monnaies, délais de paiement, amendes imposées «uc contrevenants, encouragements pécuniaires à la délation (1).

Le commerce des grains est organisé d'une manière analogue ; la bourse est de même le domaine presque exclusif de la corporation des marchands, l'État n'intervenant qu'en cas de famine dans la région ; elle est d'ailleurs moins importante que celle des valeurs, les coups ne sont fixés que les 3 et 16 de chaque mois, et c'est seulement à la deuxième Cl à la liuilième lune qu'ont lieu les variations considérables: c'est, en effet, au priolemps et à l'automne que les fonctionnaires, recevant leurs bons d'appointements en grains, les négocient sans tarder ; du nombre des bons négociés, des stocks disponibles, ainsi que des prévisions de l'année, dépendent la hausse et la baisse.

Outre les corporations marchandes, il existe aussi des corporations d'artisans; les brodeurs et les fabricants de

(1) The BlackOiait C&init Mitsion, II, p. Ul.

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cloisonnés, les' tanneurs et les charpentiers ont les leurs ; il est vrai que ces métiers touchent au commerce de détail autantqu'à l'industrie. Comme exemple de corporation industrielle importante, on peut citer celle des tisseurs de soie de TchheDg-tou dont les règlements irès exclusïrs datent du xvu' siècle ; elle se réserve la fabrication de tous les tissus riches ; toute tentative d'établir dans un uuire district un atelier tissant ces produits de monopole est immédiatement arrêtée par refus de travail de la part des TabricaDls ; le propriétaire de deux métiers peut former un apprenti, celui qui a quatre métiers peut prendre deux apprends ; jamais il n'est possible d'en employer plus de deux ; l'apprenti se loue pour trois ans, mais le contrat n'étant pas réciproque, il peut être renvoyé sans indemnité à la 6n de la première année, si le patron trouve ses aptitudes insuffisantes. On voit à quel point ces règles favorisent les petits chefs d'ateliers auxquels les fabricants plus importants font des commandes. Le tissage des soieries ordinaires n'est pas monopolisé et procure un supplément de gains à beaucoup de paysans et de citadins, qui travaillent en famille.

Les voituriers et les bateliers qui, jusqu'à l'ouverture du chemin de fer, avaient le monopole des transports entre Péliing et la province, sans former une association régulière, se réunissent dans des auberges, les uns près de Tshien men, les autres hors de Tong-pien men (1), ils établissent des règles dont on s'écarte peu pour les prix ii demander, les charges à admettre par béte ou par véhicule ; il en est de même à Thong-icbeou pour les bateliers du Pei-ho. Les barbiers de Péking n'imt pas non plus une

(I) PeUlc porte du norïl-egl de ta ville chinoise.

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corporatiOTi, mais ils rorment tme société, qaî se réanit cbaqneaimée pour un sacrifice et un banquet ; à Oen-tcheou, les barbiers s'éiant syndiqués ont obtenu d'être désormais admis aux examens (1). Les porteurs de cliaise ne sont pu syndiqués à Péking ; à Thien-lsin , sur la concession française, ils ont au contraire une association, qui maintient les prix avec un soin jaloux et ne permet pas qu'aucun membre soit em[ïloyé hors de son tour ; les tralnenrs de '-inrikcha à Chang-hai, les maçons à Ning-po, sans être cDDBlitnés r^uliëremenl, ont, en 1898, révélé leur bonne «nienie par des troubles. Chaque ville a ainsi ses corporalions, ses associations, qui ne sont pas semblables h celles de la ville voisine.

Certains marchands, faisant un commerce régulier, n'ont pas Tormé d'association ; ainsi, à Péking, les marchands de Tolallles, de poteries, de porcelaines ; au contraire, si les paysans, qui viennent vendre leurs légumes, trafiquent isolément du mieux qu'ils peuvent, lorsqu'ils portent leurs Truits au marché, ils acceptent une organisation dont on u oublié l'origi ne : chaque année, àl'apparition de chaque sorte dcrraiis,leA:i/i9-&i du marchéfd'accord avec les marchands, en fixe pour la saison le prix minimum ; c'est aussi le kingki qui Tait la police du marché ; la charge de king-ki est la propriété de celui qui l'exerce, il l'a achetée de son prédécesseur et il la vendra à son successeur par contrat privé ; c'est une situation de Tait que personne ne conteste ; au marché aux azeroles, la charge est héréditaire. Souvent le monopole de la corporation se complique

(1)A. Hauchecarac, la Classe marchande et le Commerce indigène «1 Chine (Balletin de la Société de géographie commerciale du Havre, 1901).

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d'une question de provincialisme ; on sait que le Chinois tient pour un étranger tout homme qui est né dans un autre district, à plus forte raiBon dans une autre province; ceux, au contraire, qui sont de même origine, se soutiennent toujours ; ainsi certains commerces ont été monopolisés par les gens d'une province ; la plupart des banquiers sont origmaîres du Chan-sî, tous leâ grands marchands de thé à Péking viennent duNgan-hoei;Ie8gens du Chan-tong ont à Pékiug trois spécialités : ils sont les seuls à saigner les porcs et à eu débiter la viande ; ils sont aussi seuls porteurs d'eau, chacun a son paiis sur la voie publique, son abreuvoir pour chevaux et mules, son quartier où il vend l'eau sans permettre aux habitants de se fournir ailleurs. Ce sont là des privilèges consacres par l'usage, défendus ardemment par leurs détenteurs et que l'autorité fait respecter au besoin.

Des associations sont formées même par les coulis qui manipulent les marchandises sur les quais des ports ouvci'ls, population flottante, miséiable, souvent divisée en groupes qui se réservent chacun une portion d'un quai ; même par les mendiants, et les corporations de ceux-ci ne sont peut-être ni les moins curieuses ni les moins puissantes, mai^ elles touchentde trop loin au commerce pj>ur que j'en parle ici.

Ces détails montrent par quelle variété de formes les corporations assurent toutes le même résultat, l'organisation du travail; l'on voit aussi combien elles s'étendeiu au delà

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tES COMMERÇANTS ET LES CORPORATIONS 43

da commeFce, combien elles sont mêlées à la vie de la population et combien sont putssanteft les tendances qui les ont produites et les maintiennent. Le Chinois, en effet, est essentiellement sociable; la naissance le met dans une famille étroitement unie, seule agissante et dont il n'est qu'au fragment; la terre qu'il possède le fait membre d'une commune rurale ; l'émigration le jette dans une association de compatriotes, nés dans la même province, souTent dans le même district; l'empreinte dont le manjue l'apprentissage en Tait le membre d'une classe et, s'il est patron, dune corporation, non pas un bomme vivant par soi et pour soi. il n'a pas l'habitude de Undépendance, il n'en a pas l'idée. Isolé, il ne vit qu'à demi ; une aflinilé puissante le soude à ses semblables, comme l'adinîté cbimique soude les molécules de l'oxygène et deiliydrogène; doué de pins de passivité que d'énergie, il vit, il pense en groupes. Aussi rantoritédcla corporation, loind'étre étrange pour le commerçant, est un besoin pour lui. Et par une conséquence de ce consentement universel, la corporation a le droit de requérir l'obéissaDcc de ses membres, de contraindre ceu\ qui, par hasard, seraient récalcitrants à entrer dans son sein. Pour vaincre leura résistances, elle n'a qu'à les laisser livrés à eux-mêmes; sevrés de tous rapports avec les autres maisoDS semblables, ils sont abandonnés à leurs propres farces en face du public, c'est-à-dire des associations de nature différente qui forment la société chinoise; il faudrait pour résister à celte mise à l'index une énergie remarquable et des circonstances particulièrement favorables. Le boycottage est également employé contre un membre que l'on veut chasserde la corporationet faire disparaître de la place; un autre moyen moins extrême usité contre les délinquants ordinaires, c'est de les inviter dans une maison de thé et de

les y garder à vue jusqu'à soumission ; en fail, personne ne trouve commanément avantage à entamer de pareilles luttes. Parfois le commerçant fait preuve d'une grande énergie contre la corporation; mais c'est alors ponr en forcer l'entrée, pour se soumettre à la règle habituelle; pareil cas se présente lorsqu'un homme d'une province se trouve en face de gens d'une autre province détenant le monopole du même négoce qu'il veut établir ; alors la lutte est vive, elle va jusqu'aux rixes, au bris de devantures, an pillage de marchandises; peut-être, bien rarement d'ailleurs, l'isolé hnîra-t-îl, à force de patience, d'adresse, et pourvu qu'il ne manque pas de ressources, par se faire sa place. Il est soutenu, dans ce cas, par le respect même de la règle à laquelle il veut se soumettre, et aussi par les défauts intimes communs à presque toutes les associations chinoises.

Gelles-ci, en effet, par suite de leur origine populaire, instinctive et traditionnelle, n'ont pas une constitution précise. On y délibère, mais le vote où les vois, se comptent n'y est pas connu : il n'est donc pas question de minorité ou de majorité; pour qu'une décision soit prise, il faut la quasi- unanimité. On arrive h la réunir plus facilement qu'on ne pourrait croire, car il y a toujours un petit nombre de personnages inlluents, qui se mettent d'accordàl'avance et qui entraînent tous les autres; mais il va de soi que pour des questioas personnelles, pour repousser l'adhésion d'un nouveau membre désireux de se soumettre aux coutumes, l'accord est plus difficile à obtenir. Le désaccord finit par profiter à l'étranger, car il ne s'agit pas de voter son admission en forme, mais de tolérer son commerce; les rapports d'affaires s'établissent peu à peu, et finalement, il est membre associé par habitude, par prescription, pourrait-

LES C0HHEBÇ.U1TS ET LES CORPOKATIONR M

on dire; la patience sans égale dn Chioois est une qualité de premier ordre pour ce mode d'acquisition. Le même manque de précision dans les règles se fait sentir quand il s'agit des chefs de corporation. Toute corporation a les ^ens, ils ne sont pas élus, puisqu'on ne sait ce qu'est le vote, ils sont désignt^s par une sorte d'unanimité parmi les membres les plus riches, les plus âgés, les plus influents. L'inâuence peut tenir à bien des causes, souvent elle dépend, en Chine comme ailleurs, de la facilité d'éloculion; on sait, d'autre part, quel respect les Chinois ont pour la neillesse ; et quant k la richesse, outre qu'elle est considérée en tous pays, elle est particulièrement requise pour un chef de corporation, qui doit souvent dépenser de ses deniers personnels pour l'utilité et l'amusement de ses associés. Il va pi-esquetoujourspInsieurscherSiCar il est plus facile de s'entendre sur plusieurs noms à la fois que sur un seul; d'ailleurs,la direction n'est presque jamais unique en Chine, pasplusdans les ministères ou dans les magasins que dans les associations d'aucun genre. Ces syndics ont le maniement des fonds ; ils sont appelés à agir pour les associés loi'squ'il s'agit d'exercer le pouvoir de juridiction, d'intervention dont J'ai parlé ; mais leur autorité est singulièrement vague, ils n'ont même pas les pouvoirs d'un président d'assemblée qui donne la parole, dirige la discussion, clôt la séance; ils sont en réalité les hommes d'affaires Cn l'association, les représentants officieux des membres influents.

11 faut d'ailleurs noter que ces vices constitutifs sont moins sensibles dans la plupart des corporations que dans les autres associations ; les patrons sont, en général, gens avisés, cotmaissaut leurs intérêts ; ils forment dans le commerce une aristocratie d'intelligence, au milieu de laquelle

se déiaclient les cher» héréditaires de grandes maisons ancieiiDes, des quatre Heng, par exemple, parmi les banquiers de Péking ; on est assez disposé à les suivre, et il serait parfois difficile de faire autrement. Aussi voit-on que les corporations sont capables d'action suivie; la multiplicité des questions qu'elles tranchent, fixation du prix des denrées, du tau\ de l'intérêt, surveillance des émissions de billets, action commune dans les procès, emprunts, suppose qu'après avoir discuté, elles savent adopter vn avis unique. Pour écarter tous les gens d'autres provinces, comme l'ont certaines d'entre elles, pour maintenir les petits marchands de ihé dans la dépendance des grands, il faut plus qu'une résolution éphémère, il faut de la suite dans les idées ; des affaires comme celle des marchands de thé de Han-kheou contre les Européens (et on en pourrait citer d'autres analogues et plus récenies!iHong-koag,Soatao et ailleurs), comme celle encore des commerçants de Soa-tao et de la douane en 1881 (celle-ci oITre des caractères si spéciaux que j'y reviendrai tout à l'heure) décèlent des vues très nettes, une véritable politique.

La corporation, par ses attributions complexes, tient lieu de nos associations syndicales, de nos chambres de commerce, de nos tribunaux commerciaux. Sa juridiction, qui reste toujours commerciale, pour n'être ni officielle ni obligatoire, n'en a pas moins de forceet d'étendue, qu'il s'agisse de régler un différend, de surveiller une liquidation pour cause de mauvaises affaires ou de diriger un partage d'actif en proportion des dettes, après quoi le débiteur est tenu pour libéré. II est bien rare que son arbitrage ne soit pas accepté, car la justice des mandarins est fort coûteuse et, comme la loi écrite, elle a un caractère pénal; l'on n'y a recours que faute de tout autre moyen. Ainsi la corpora-

tiOD assure le rônctionncment de plusieurs services rela* lifs au commerce et qui, en Europe, sont confies à l'Élat ou surveitlés par lui ; les dépenses qui lui incombent de ce chef sont payées par les cotisations des membres. L'Élat, ainfli déchargé de tous soins spéciaux au sujet des commerçants, ne devrait, semble-t-il. leur réclamer aucun impôt spécial ; de fait, il leur demande peu directement. M faut, ponr ouvrir boutique, une autorisation délivrée par la sous- préfecture en province, à Péking par les Censeurs ou par la Maréchaussée : un droit proportionnel au capital ei^gé dans l'affaire est alors perçu une fois pour toutes. Il existe aussi quelques obligations spéciales des marchands envers l'autorité. A Thien-tsîn, les charbonniers fournissent le combustible au sous-préfet à un prix sensiblement inférieur au cours ; à Péking, l'Intendance de la Cour a des contrats plus ou moins formels avec certaines maisons; en général, les fournitures officielles ne se font pas sans de nombreux pots-de-vin donnés aux employés Subalternes, et parfois, dit-on, à des personnages plus importants. Mais ces avantages faits à l'admiulstration sont librement consentis; et, d'ailleurs, ils ne sauraient s'élever bien haut sans qu'il y eût protestation des intéressés ; alors la corporation prend l'atTaîre en main, les boutiques ferment, c'est une grève ; il s'en est encore présenté des exemples, il y a deux ans, chez les banquiers de Tsi-nan, mécontenu d'une décision du préfet qui prétendait régler te taux du change< dans les moms-de-piété deCanton, qui avaient à se plaindre de violences de la part de la garnison manlchoue et qui furent autorisés à faire saisir par leurs commis et ii envoyer enchaîné an yamen quiconque les molesterait. 11 s'en faut qu'en pareil cas force reste toujours à l'autorité. A part ce 1res léger droilde patente et ces obligations qui

sque de complaisance, l'État et les mandarins ne ;nt rien aux marchands ; il a existé jadis contre la luuerçante des impôts spéciaux et vexatoires ; deides siècles, ils sont supprimés. Il n'y a même pas hui de patentes annuelles, et les troubles qui ont ,u commencement de 1898, dans différentes villes, pour origine la prétention de certains gouverintendants d'exiger le paiement de patentes pour

aide à l'État obéré ; les administrateurs avisés se avance refusés à lever celte taxe qu'ils savaient lire. Aucune surveillance spéciale ne s'exerce ni braires, ni sur les pharmaciens, ni sur les industries ïs; aucune autorité ne s'interpose entre le patron mmis ou apprentis ; aucune taxe n'est perçue sur d'un fonds de commerce, qui se fait par acte sous ivé non revêtu des sceaux officiels. Eu on mot, le d paie, comme tout autre, l'impôt foncier, les ocs droits de li-kin et de production ; il est jusli- )inme tout autre, du sous-préfet pour les crimes

qu'il commet; il est exactement soumis au droit : le fait commercial, en tant que commercial, aria loi, est du ressort du seul droit coutumier.

marchands résistent ouvertement à l'autorité, celle-ci montre des exigences exagérées et quand )its, leur sécurité sont violés, il n'est pas rare que m, dépassant ces hmites raisonnables, empiète sur ; de l'État ; ainsi quand les boutiquiers d'une ville 1 y a une dizaine d'années, firent cause commune population et suspendirent les affaires, le sousrait, en effet, interdit de laisser vaguer les porcs mes de la ville, il fut forcé de retirer son ordona fermeture des boutiques, la suspension de toute

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vie commerciale, is grève, c'est la grande ressource des corporations contre les mandarins, comme le boycottage est le moyen inraiilîble contre les associés indisciplinés. La grève trouble la vie normale de la population, les émeutes en naissent naturellement, le mandarin qui dispose de forces insuffisantes, dont le premier devoir est d'administrer paisiblement. Sans causer d'ennuis à ses supérieurs, aime mieux d'habitude céder par quelque voie détournée que compromettre sa situation. Un acte de sangfroid réussit parfois à arrêter les troubles dès l'origine : les maçons de Ning-po viennent en troupe, avec des cris et des injures, réclamer un des leurs qui a été emprisonné ; le sous-préfet, revêtu de son costume officiel, fait ouvrir toutes grandes les portes de la salle d'audience ; quand une vingtaine de mutins y ont pénétré, tandis que les autres sont dans la cour, les valets du yamea fennent brusquement les portes, saisissent ceux qui se trouvent ià, les bétonnent, après quoi le mandarin leur dit qu'il leur lait grâce pour cette fois d'un châtiment plus sévère, et les fait reL'kcher ; l'ordre est immédiatement rétabli. Mais il arrive que les grèves menacent d'avoir des conséquences plus graves ; à l'époque de la guerre anglo-française, de la rébellion des Thai-phing et du soulèvement des musulmans au Yun-nan, Péking se trouvant dépourvu de cuivre, on mit en circulatitm des sapèques de fer, que la population vit Immédiatement avec méfiance et qu'elle refusa bientôt tout k fait ; les banques, les monts-de-piété, dans l'état d'incertitude du marché, fermèrent leurs portes, aggravant ainsi la crise et les embarras d'une population besoigneuse et surexcitée ; les monts-de- piété de Hai-tien, petite localité au nord de Péking, flairant une afiaire, choisirent des correspondants dans la capitale et y étendirent Maurice Coubatit. — En Cfaine. 4

leurs Iransactîons, mais il s'en rallaît de beaucoup que le remèâe fût suffisant. Le gouvernement prévoyait des désordres graves ; il lui répugnaii de contraindre les montsde-piëté à rouvrir, peut-être ne se seniait-il pas en état de l'exiger. II se trouva un homme riche, Ming-chan, l'un des directeurs de l'Intendance de la Cour, qui consacra ua capilal important à ouvrir dix moots-de-piété, où l'on prit un intérêt peu élevé (i p. 100) et oii l'on ne montra coulant sur la qualité de la monnaie. Celle intervention opportune fil cesser la grève : la corporation céda, reprit les afiaires et diminua ses prétentions ; les monts-de-piélé de Ming-chan existent encore aujourd'hui. Mais on voit que, le gouvernement désarmé, la sédition fut évitée seulement par la haute situation, la fortune et le sang-froid d'un particulier.

Dans d'autres circonstances, on a vu la grève s'étendre et prendre un caractère menaçant pour l'administration. Eu 1881, l'une des corporations de Soa-iao eut us différend avec la douane à propos de la vérification de certaines marchandises', peut-être les fonctionnaires de la douane usèrent-ils d'une raideur exagérée, bref toutes les corporations de la ville s'en mêlèrent, les affaires furent suspendues. Itientût les associations de Soa-tao écrivirent ù celles des autres ports, une vaste eutenle se forma contre la douane et toutes les corporations d'une région étendue en appelèrent à Péking. Les détails de l'affaire sont mal connus,il ne semble pas que l'union des corporations ait persisté ; le préfet de Tchhao-tcheou (1), chargé dune enquête, parvint à trouver des irrégularités dans la gestion des trois syndics de la coiporation qui avait soulevé l'atTaire; Il les

(1) PtéCeçiiue d'oii dépend Soa.-tM.

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destitua, les condamna à de fortes amendes, et le mouvemeat s'apaî.ia de lui-même. 11 est à remarquer que le gouvernement n'attaqua pas de front l'unioa des commerçants, et il est non moins à noter, à titre de symptâme, que des c<HDmerçant8 ont pu lutter ouvertement contre une administration officielle et qu'entre corporations différenles, entre villes diverses, ils ont pu s'unir pour une action cummuae. C'est surtout dans le sud, à Canton et ù Soa-tao, à Chang-hai aussi, que l'organisation corporative est assez, puissante pour résister aux mandarins, tyranniser les petits associes el les mm associée, sortir de son rôle normal d'arbitrage et de défense.

Sans chercher d'autres exemples exceptionnels, il nous suflît de revenir à la vie de chaque jour pour voir les plus simples travailleurs, comme les maisons les plus importantes, en eonAit déclaré avec les lois, sans que personne y trouve à redire. Les veilleurs de nuit, ces hmnbles serviteurs qui font la ronde autour des habitations et des magasins pour avoir l'œil aux commencements d'incendie et aux voleurs, versent, dit-on, à ces derniers une portion de leurs gages aGn d'écarter toute tentative. Les nionls-de-piété se prêtent à servir d'i»lermédiaires entre le voleur et le pi'opriétaire, si celui-ci désire recouvrer l'objet volé même. 11 existe des compagnies qui assurent, moyennant un tant pour cent, l'arrivée exacte à destination de valeurs expédiées en nature ; en certaines localités retirées, rares en Chine, nombreuses en Mongolie et dans les autres dépendances, il' ne se trouve ni banques ni commerçants imporlanU; i^ute de pouvoir envoyer des traites, ou est réduit à expédier l'argent en lingots, avec de grands risques de la part des voleurs. Ces compagnies d'assurances, piao-lien, versent aux bandes de voleurs un tant pour cent sur leurs

opérations ; elles délivrent à l'assuré un signe de reconnaissance, un petit drapeau, qu'emporte le conducteur du convoi et qui fait connaître aux brigands qu'il n'y a rien à réclamer; elles donnent pour escorte quelques hommes résolus chargés de la défense contre les voleurs non classés. Avec ces précautions, l'argent arrive à destioation et, en cas de perte, la compagnie rembourse intégralement. Les mandarins comme les particuliers ont recours à ces assurances ; l'État ne s'en sert pas et ses convois sont souvent pillés. Ainsi il est admis que la police est insuffisante, l'autorité înefQcace; que des commerçants se chargent à forfait de défendre l'ordre; que, pour le faire utilement, ils s'entendent avec d'autres industriels, les voleurs.

On sent là non la manifestation d'un concept différent de l'Ëlat, mais un signe de la perversion de toute notion d'Ëlat et de société ; le peuple et les fonctionnaires pactisent ouvertement avec les voleurs, ennemis de la société organisée. De pareils faits ne tiennent pas à la constitution de la classe des marchands que nous avons tenté d'esquisser ; ils viennent de l'insufTisance de l'État même, de l'insuffisance des mandarins qui le dirigent et l'incarnent depuis des siècles. On peut se demander alors si les mandarins venant à faire défaut, il y aurait quelque organisme social capable (!e remplacer cette classe vieillie : la brève élude que nous achevons permet de répondre qu'il s'en trouve peut-être un. En effet, la classe ^es marchands, plus jeune que celle des mandarins, est plus qu'elle mêlée à la vie pratique ; tenue à l'action, elle a moins le fétichisme de la forme et du passé, elle sait merveilleusement s'adapter à toutes les conditions de la vie quotidienne. Sortie de toutes les fractions du peuple, renouvelée par un afflua incessant d'hommes nouveaux, elle n'est étrangère ni aux artisans, ni aux culti-

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valeurs, ni même aux lettrés; douée par l'apprenlissage traditionnel d'une solide unité, elle est organisée en groupes oatarels, les métiers, ayant chacun une élite de patrons formés en corporations ; il ae lui manque même pas, dans les chefs des maisons anciennes, les éléments d'une haule aristocratie héréditaire. Elle a l'usage de la vie pratique, la stabilité, l'uDité organique : j'ai signalé son principal vice, le manque d'une constilution claire et d'une discipline forte. Il faut ajouter que les marchands ont acquis cette situation ea se tenant toujours dans leur commerce, que leur éducation ne les prépare ii rien d'autre. Comment feraient-ils face aux exigences de la situation nouvelle que je suppose? 11 n'est pas possible de résoudre ce problème ;'il est permis du moins de le poser et il peut être utile, surtout à l'heure actuelle, de faire connaître quelques éléments de solution.

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:a en chine

taie il y a dis siècles, est depuis le xvir siècle héréditaire dans plusieurs familles auxquelles les autorités urbaines ont partagé les quartiers de la ville et qui, grâce aux aboDnements, ont leur subsistance largement assurée ; elles sont d'ailleurs tenues pour viles et exclues des examens. L'une de ces familles, celle des Tchao, qui ré»de dans le quartier oriental de la ville lartare, a amassé une fortune considérable et \it dans le luxe, avec de nombreux serviteui*s. Dans les villes de province, l'orgamsation est analogue, et un journal de Chang-hai en citait récemment une aux portes de laquelle le chef des mendiauts vieat de faire bfltir une élégante maison de plaisance. Quelle aide ces troupes déguenillées, avec leurs cadres tout pré^s, peuvent fournir aux fauteurs de désordre, on l'a vu, ou craint de le voir, en 1860, en 1893, en 1900, et je n'ai pas à y insister; elles ne sont pas, d'ailleurs, eonemies quand même de l'ordre et ne demandent qu'à mendier honnêtement leur nourriture. Ce ne sont ni l'armée ni la police qui pourraPent supprimer ces bandes misérables produit d'un état social vicieux, puisqu'elles ue suffisent pas non plus contre un autre fléau, les associations de maraudeurs et voleurs de tous noms et de toutes méthodes, Barbes rouges {bong-hou- Iseu), Associés du sabre tranchant (khan-iao-hoei). Anes saulniers [yen-liu-tseu], simples pickpockets, qui dérobent de nuit ou de, jour, ou prennent ouvertement, ou cherchent querelle aux voyageurs, aux marchands et profitent de lu bagarre pour piller boutiques et greniers à sel. Ces gens ont leur patron céleste, filou renommé, ou célèbre ministre de l'antiquité, comme Koan Tchong (mort en 64S a. C), divinité fêtée par les Anes saulniers. Us trouvent aussi sur * terre des protecteurs ; les pickpockets ont soin d'avertir respectueusonx^nt un notable dief de famille de la région

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que, si quelqu'un de ses amis on quelque voyageur d'importance vient à se plaindre d'avoir étë volé, ou, ponr parler plus boonétement, d'avoir pei-du ses ellets, il n'y aura qu'à faire signe à leur dief; les objets perdus seront rendus moyennant une récompense appropriée ; mais celte condition même est sous-entendue, selon les rites ; cet arrangement s'établit et fODCtionne, le notable y gogne d'être à l'abri de ses dtents indiscrets, ceux-ci d'organiser régulièrement leur entreprise et les volés de ne pas avoir affaire à la poliee des yamens qui fait payer des frais, ne recherche pas les voleurs et garde le produit du vol s'il tombe dans ses mains (1). Je vois encore une preuve de l'existence ordonnée de sociétés de voleurs dans l'honnêteté de leurs rapports avec les compagnies d'assurance, pi'ao-fien, pour le transport de l'argent, qui versent aux bandes classées tant pour cent sur leurs opérations et auxquelles tout le inonde a recours.

Je ne sais si l'Occident connaît aujourd'hui une organisation aussi savante et aussi répandue des malandrins; de même on y voit rarement à l'heure actuelle des bandes dont le chef est connu, ménagé ouvertement par les plus hautes autorités, tenir la campagne, piller quelqnes-uns des babïtanls, proléger les autres, surtout contre les mandarins, rentrer ensuite tranquillement dans leurs foyers pour recommencer à la saison suivante, et cela pendant des années. C'est ce qui s'est récemment passé au Seutchiioan sous la direction de Yu Man-tseu, ce qui se voit en Mantchourie comme an Koang-si. Ces brigands, poussés par la faim ou l'amour du pillage, touchent par bien des

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points aux associalions de voleurs dont je pariais, ei sont aussi sur la limite de la rébellion : l'attitude d'un mandarin, énergique, mais mal soutenu, suffit à les y jeter. Lorsque, presque chaque hiver, on voit reparaiire en Mantchourie les voleursàcheva1,ma-?se(,loPsqueronenlend parler sur la frontière du Tonkin de ces malfôiteurs que nos journaux coloniaux qualifient de pirates, il est impossible de savoir auxquels on a affaire: c'est qu'en réalité ils sont, suivant l'occasion ou (oui à la fois, l'un et l'autre. Si l'on tflche de démêler dans on de ces allenlats dirigés trop souvent contre des Européens, et parfois contre des mandarins, quelle est la part des voleurs, des déclassés, mendiants et autres, et quelle est la part des sociétés secrètes. il est presque aussi difficile d'atteindre une solution pri cise. Ces sociétés, fort nombreuses, sont encore une man Testation de l'esprit d'association; mais, en raison mCme de leur caractère occulte, la plupart des indigènes ne les connaissent que de nom; ceux qui sont plus intimes avec elles, n'ont garde d'en parler, et les Européens les ignorent bien davantage. Toutefois des missionnaires, en contact immédiat avec la population, ont recueilli quelques renseignements pri^cis. La Société du Ciel et delà Terre, thienli-hoei, la Triade, san-ho-hoei, sont puissantes dans le sud ; le Lotus blanc, pai-lien-fciao, qui a changé de nom bien souvent, reinonterait au début du xix° siècle ; en 1813 ses sectateurs occupèrent un moment le Palais impérial, en 18S0 ils firent cause commune avec les Tchhang-mao {Ihai-phing) ; recrutés d'abord au Ho-naa,ilsse sont étendus dans toutes les provinces voisines; les adeptes prêtent un serment terrible, sont soumis à de longues ' épreuves avant d'arriver aux grades ; encore les litres, même les plus humbles, sont d'accès difficile aux lettrés, suspects de

pactiser avec le gouveroemeiiL. La société a une hiérarchie complète depuis les simples initiés jusqu'au chef de la province que ron appelle roi et qui est élu par ses suballeraes ; ceux-ci achètent leur onice ; tous les inrérieurs doivent des cadeaux à leurs supérieurs aux époques rituelles de l'année, et le poste deroi donne le moyen de Taire Tortune. Des enfants volés par la société, élevés par les fidèles, arriveot aux plus hautes dignités. Les femmes sont admises, moHtrent géoéralement une grande ardeur, el si par hasard dans un ménage les deux époux soni sectateurs, la date d'admission confère au plus nncien les dioits de chef de la maison, sans tenir compte du sexe; chaînées souvent de missions de confiance, les femmes ne peuvent toutefois arriver aux emplois. Un culte rendu ù la Meille Mère sans origine, Ooa ckenglao mou, des cérémonies, un corps d'illuminés, ming-jen, des promesses pour la vie future complètent cette secte qui est bien vue d'une partie delà population. Les Tsai-li (confrérie de la Raison), dont les Ta-tao (Grands Couteaux) semblent n'être qu'une branche, ont pris naissance à Thien-tsin, peut-être au xviii^ siècle, et ont d'abord compté dans leurs rangs beaucoup de musulmans ; depuis trente ans ils se sont multipliés et étendus; l'on affirme que beaucoup de clercs de yamen, des mandarins même, y sont afRIiés el, dans le peuple comme panni les voleurs de grand chemin, on rencontre fréquemment la ceinture blanche qui sert de signe de reconnaissance. Formée d'hommes résolus, cette société semble des plus redoutables et, h la différence des frères du Lotus blanc, marque souvent une antipathie violente contre les étrangers; l'absUuence du vin, du tabac, de certaines viandes, la confection par les chefs d'un aliment mystérieux vendu au poids de l'or et tenu pour un talisman,

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donnent à cette secte un caractère mystique. Les sectateurs de la Drogue d'immortalité (kin-tan), les Ko-iao, les Végétariens coupables du massacre de plusieurs Occidentaux à Kou-tchheDg en lS9o, ont des observances analogues et sont peut-être d'autres noms de ces secles ou de quelques-unes de leurs branches: car les noms, les règles, le but poursuivi se transforment, tant sous l'influence des chers qui modèlent à leur idée des doctrines peu précises, que pour échapper à la surveillance trop directe des autorités. Celles-ci pourtant, parfois de connivence, souvent indifTérentes, ne montrent d'indiscrétion que si quelque affaire grave les y force, et ne tardent pas à rentrer dans leur somnolence.

L'on voit combien, dans ces associations, les idées Jes plus difTérentes se touchent, les manifestations les plus opposées s'enchaînent. Des vulgaires bandes de mendiants ou de voleurs, nous arrivons par une transition insensible à des sectes semi religieuses, et partout nous voyons ou nous soupçonnons des organismes analogues, issus du même besoin de cohésion . Les gens paisibles s'associent pour défendre leurs moissons contreles maraudeurs (Ishingmiao-hoei), pour se soutenir dans les procès injustes par lesquels certains lettrés ou notables tyrannisent leur voisinage {koan-seu-koei) ; il y a des sociétés de pompiers (on les accuse d'allumer parfois des Incendies), de sauvete'jrs qui repéchentles noyés et leur donnent une sépulture décente, d'hommes qui prennent charge d'entretenir les tombeaux abandonnés ; il y a même des confréries uniquement féminines, dont les membres se réunissent pour brûler de l'encens, pour chanter en l'honneur des divinités, vont isolément ou par groupe visiter les malades, faire les prières de la huitaine ou de l'anniversaire pour les morts

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Dans toutes ces associations multifonnes on trouve quelques principes comiunns : des cotisations sonvent minimes, des assemblées suivies de réjouissances, des patrons célestes nationaus ou étrangers, bommes célèbres ou inconnus, héros ou malfaiteurs, Oen-oang (1) ou Tj-isang phou-sa l'Kchitigarbba bodhisattva] (2), Soeo Oou (3) ou le Dieu du Foyer (4), Lin Pou-oei (^), Si-men Pao (6) ou Meug Tchbaag'kiun (7).

On comprend que Ja psychologie on peu courte, sans doute â dessein, du gouvernement chinois ait confondu avec les réunions des sociétés celles des fidèles des diverses religions de l'Empire, celles même des letti-és. Ceux-ci, sous la dynastie actuelle, ne peuvent s'assembler dans les collèges, jadis centres de vie intellectuelle, pour y commenter des textes et y discuter des points de morale ; ils doivent se borner h écrire des compositions el à se préparer par lu aux examens ; sur les revenus du collège, on décerne des prix de quelques tai'^ls aux meilleurs ouvrages : c'est Ij nn resle des associations de letlrés, auxquelles la politique impériale a su enlever toule existence active et publique. Les cérémonies des cultes taoïste et bouddhique, du moment qu'elles ont lieu dans l'intérieur du temple, sont mal vues, tandis que les processions publiques sont partout tolérées ; les prédications aux iidèles bouddhiques sont interdites pour la même raison, de crainte que les temples

(i) Ancien souveraia chinois (I23l-li35).

lu DÎTinité bouddhique.

(3) Auteur d'un ouvrage sur l'an militaire («i'= s. a. C). |4) Divinité Uiolate.

(5) Conseiller du rojiume de Tsbiu [mort en 235 a. C.]. (61 Mandarin célèbre par sa perspicacité et son énergie (v* s. a. C). (7] Courtisan antique, renommé pour son adresse i, se tirer des mauvais pas (mort en 279 a. C.).

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m EN CHINE

ne devieDoent des «entres, le» boases el le» iao-chi des chefs pour les mouyemeaitts populaires ; et on a su si bien énenier et abrutir le clergé de ces deux religions, lui retirer toute action sur le peuple, que pareille crainte semble cbioiérique aujourd'hui.

C'est là aussi qu'il faut chercher l'un des moUrs de l'animadversion constante montrée par le gouvernement contre les chrétiens : ceuit-ci, en eiïet, »ie réunissent entre eux pour célébrer des cérémonies qu'ils n'aiment pas à exposer aux yeux des païens, pour écouter des exhortations conformes à la morale chinoise sur certains points, singulièrement opposées sur d'autres ; ce serait assez pour les rendre suspects, n'y eùt-il même pas te sentiment antiétranger et la présence des femmes aux assemblées. Malgré l'opposition dissimulée ou violente du gouvernement et d'une partie du peuple, les chrétiens, soutenus par le zèle des missionnaires étrangers, se sont multipliés ; ils ont trouvépourleurs églises une forme toute prête, celle delà plu- - part des associations. Les chrétiens de chaque village forment ane communauté désignée par un nom chinois, qui s'applique à beaucoup d'autres sociétés purement chieoises, et parmi celles-ci, à un grand nombre ayant pour but déclaré de venir en aide à leurs membres et de les encourager au bien ; les communautés chrétiennes, tout en se conformant à leur morale religieuse, peuvent ne pas s'écarter des principes nationaux. Les chrétiens se réunissent dans la maison de l'un deux ou dans l'église, comme les autres sociétés s'assemblent pour leurs fêtes privées et leur cirite spécial ; ils ont à leur tête quelques notables, pan-cki-jen, et un pi-ésident, hoei-lchang, dont le nom est presque semblable à celui des syndics de corporation, haei-cheou ; dans les attributions de ces notables, aussi bleu que dans

celles du prêtre qui visite de temps en temps chaque communauté, l'idée occidentale de disciplioe apparaît : leur pouvoir de conseil, d'admoiiestatioD, de direction semble bien mieuiL admis que celui des chefs dans les associations indigènes. Enfin, l'Église est même propriétaire de biensfouds où sont construites les ulles pour le culte, l'école, la pharmacie, la résidence ; la propriété de ces biens est établie par des titres en règle, dre^s au nom de la communauté chrétienne, coDrormément aux coutumes et aux traités. Ces jeunes Églises chrétiennes ont su entrer dans le moule chinois, comme l'ont fait les communautés nestoriennes à des époques de plus grande tolérance, comme l'ont fait aussi les communautés musulmanes qui se répandent et se dévelop[y&nl sans entraves. Si ces dernières jouissent d'une pareille liberté, malgré l'opposition marquée qui existe entre l'esprit de l'Islam et l'essence même du gouvernement chinois, si au contraire les communautés chréliennes sont aussi souvent en butte aux tracasseries, aux violences, il faut doue que la cause eu soit l'intervention fréquente, l'inspection du prêtre qui veille à la pureté delà doctrine, qui arrête l'intrusion des idées el des pratiques chinoises : c'est dire que dans le christianisme le Chinois redoute et hait l'influence étrangère.

Ouoi qu'il en soit, la tolérance accordée à des communau tés non chinoises, telles que celles des musulmans et même des bouddhistes, n'a pas laissé de soulever plus d'une protestation de la part des défenseurs zélés du système soiûal chinois ; il y a eu des tracasseries, des persécutions. C'est que la Chine tient surtout aux préceptes que ses sages lui ont inculqués, c'est que le gouvernement s'est presque toujours fait, et surtout dans les temps modernes, le défenseur du système coufucianiste et qu'il l'a pria pour base.

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Aussi laisse-t-ii les associations prendre tout leur développement, vivre à leur guise, pourvu qu'elles ne s'occupent pas de principes sociaux ou moraux et qu'elles bornent leur activité à la vie pratique et quotidienne ; il redoute bien moins les faits accomplis, fussent-ils des empiétements sur ses droits, que les idées et les théories. Nous allons vérifier l'exactitude de cette assertion, en étudiant de plus près les plus importantes des formes d'association.

Lorsque les Français, les Anglais et les autres Européens installèrent leurs factoreries à Canton, â partir du commencement du xvni° siècle, ils trouvèrent en face d'eux non des individus isolés, mais une corporation. Tous rapports avec les indigènes leur furent, en effet, interdits par une autorité méfiante ; parqués dans l'étroit espace des treize factoreries, ils n'en pouvaient sortir qu'accompagnés d'un interprète indigène, trois fois par mois, à Jours fixes; aussitôt que le thé était embarqué, ils devaient quitter la ville; ils n'étaient pas autorisés à engager des maîtres pour apprendre la langue du pays, ils recevaient leurs serviteurs et leurs employés de la main des marchands hannisles. C'est le nom que porta en français la corporation à qui fut donné le privilège du commerce avec les barbares; te nombre de ces marchands varia de un à quatorze, ils retirèrent donc de gros profits de leur monopole. Cependant ces avantages étaient compensés par de lourdes obligations ; placés sous la présidence du hoppo

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(ainsi les Européens nommèrent le directeur des douanes de Canton, fonctionaaire envoyé de Péking par l'Intendance de la Cour), soumis à des règles sévères, DiSponsables auprès des aulorités de tous les faits et gostes des étrangers, les hannisles étaient sans cesse en butte aux exigences pécuniaires du hoppo; l'exporlation n'atteignant pas le total de l'importatioa, surtout à partir de rinlroducUon de l'opium, ■Is contractèrent ù l'égard des étrangers une dette toujours accrue qui créa un malaise toujours grandissant. Des mesures violentes prescrites par le hoppo à diverses reprises, augmentation des droits, suspension du commerce, mise h mort de Chinois devant les facioreries, détention et exécution de plusieurs étrangers, le manque détente règle constante pour les rapports et les transactions, enSn la raillite des An/iniâ/es, la destruction des caisses d'opium, amenèrent laguerreditede l'opium, l'ouverture des cinq ports (Changliai, Ning-po, E-moui, Soa-tao, Canton) et la suppression de toute corporation privilégiée pour le commerce avec les Européens.

C'était là pour les Cbiaois revenir au droit commun . La Chine, en elTet, si elle afferme la perception de certains impôts, droits de li-kin, taxes sur les jeux, ne connaît pas de monopoles commerciaux, à la seule exception près de celui des marchands de sel, dont Je privilège est grevé de lourdes charges e1' assure, sous une forme ou sous une autre, depuis l'époque des Song (lOiS), la rentrée de l'un des plus Tructueux impôts de l'Empire; les termes de la gabelle cl celles du commerce étranger, étroitement unies, avaient constitué jusqu'au xiv" siècle deux sources importantes de revenus et ce sont sans doute ces souvenirs, auunt que le sentiment anti-étranger si vif depuis la domination mongole, qui avait en 1702 Tait créer le monopole Maarice Courant. — En Chine. 5

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des « marchands de TEmpereur ». Mais, d'ailleurs, les marchands jouissent à l'yard de l'Ëtat d'one grande indëpeodauce : en dehors des droits d'octroi et de prodnctioD qui atteit^nent non le marchand, mais la marchandise, le commerçant ne paie pas d'impôt; pas de patente annuelle, un droit une fois payé pour l'ouTertni'e de la boutique, quelques contrats favorables h l'administration, quelques pols-de-vîn distribués, et rien de plus. Pas d'ingérence d'une autorité quelconque dans le prix des denrées, dansles contrats entre patrons el ouvriers, pas de juridiction commerciale ol&cielle, aucune protection, aucune entrave; fi tel point que c'est l'usage local du commerce qui détermine la longueur du pied, le nombre d'onces à la livre, de sapèques à la ligature, le poids du taël, la tolérance sur !e titre de l'argeut; le fait commercial est chose purement pratique, il n'a pas d'existence légale ni juridique.

L'organisation privée du commerce suffit à tout. J'ai dît ailleurs comment les commis et apprentis sont groupés dans chaque maison autour des patrons qui ont fait le même apprentissage, passé par les mêmes degrés ; comment les patrons de chaque mélier forment une corporation qui a sa caisse commune, ses syndics à la fois administrateurs et arbitres, son culie dont les sacrifices réunissent et la corporation et les commis. La corporation est ainsi une aristocratie qui se recrute parmi la masse des gens de boutique, une oligarchie au milieu d'un peuple. Elle a pour mission de fixer les règles générales du commerce, déjuger les différends entre les membres, de défendre les intérêts communs ; et elle fait respecter ses décisions par des amendes, par le boycottage, par la grève. Celle-ci est un moyen înl'aillible ; en effet, la suspension des affaires intéresse tout le peuple, suspend sa vie ; la

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Toole inorcapée, mourant de Taiiii, s'agite bientôt, et les troubles sont la terreur au mandarin qui dispose de forces insuffisanles, qui d'ailleurs a pour deTOir d'administré!* pacifiquement, comme un père et une mère règlent leur famille, et surtout de ne pas causer d'ennuis ii ses supérieurs. Jamais les autorités ne songent à Taire ouvrir les boutiques par mesure de police, à faire distribuer les denrées alimentaires par leurs clercs et leurs valets de yameu : elles n'ignorent pas que, les malversations aidant, elles ne feraient que mettre le comble au désordre ; seulement, en temps de famine, la tradition consacre l'ouverture des greniers publics, la distribution, la mise eu vente à bas prix de leur contenu. En tout autre cas, l'opinion est contraire aux mesures impératives et, en temps de crise, l'opinion violentée se venge par des troubles. Les autorités centrales ou locales n'ont alors qu'à chercher un terrain de condliatiou. La grève et ie boycottage assurent l'indépendance de la corporation, au besoin consacrent sa tyrannie; comme elle ne sort jamais du cercle des intérêts pratiques, l'État se contente de résister autant qu'il peut à l'une, il n'a jamais songé à rogner l'autre.

Un autre genre d'associations qui marquent encore plus dans les villes chinoises, ce sont les associations provinciales, hoei-koan; les hôtels importants qu'elles possèdent et oii elles tiennent leurs réunions, les rendent familières aux habitants de Péking, et les cochers connaissent bien l'hôtel du Tche-kiang, celui du Koang-tong ; non seulement les provinces, mais un grand nombre de villes ont leurs clubs dans la capitale; j'en ai compté plus de cent cinquante dans un guide de Péking.

Il n'est pas d'ailleurs de ville qui ne ren'erme quelques clubs analogues : Yi-tchbang en a plusieurs, Tchhong-

kbing n'en compte pas moins de huit représeiitanl les provinces de Ko3Dg-long, Fou-liien, Tche-lciang, Kiang-nan, Chan-si, Chan-si, Kiang-si, Hou-peî et Hou-Dan.et leurs hôtels, renrermanl des jardins, des salles de réunioo d'usage commun ou réservées à telle ou telle section, ua temple, un théillre, sont parmi les plus somptueux monuments de la ville (1). Il ne s'agit pas là de réunions amicales ou littéraires, comme le Diner celtique, la Pomme, ou même les Félibres ; les associations provinciales chinoises ont une autre portée. Pour le Chinois, la patrie n'est pas l'Empire, mais la province, plutôt encore le district , d'où il est originaire : quelle que soil l'unité de la langue écrite et savante, de l'éducation, des principales traditions, des coutumes dans lenrslraits généraux, le f^hinois, en quittant ^a province, trouve un dialecte différent, parfois vraiment une langue différente ; les coutumes quotidiennes, les divinités, les féles traditionnelles sont autres en grande partie ; l'homme du Koang-tong que la vie amène au Chansi, y est aussi dépaysé que le Napolilaiu transplanté à Lille on à Mayence et, comme il arrive entre nations européennes diverses, le Chinois du nord n'a pas assez de moqueries pour le Man-tseu, le barbare du midi, qui le lui rend bien et l'appelle un Ta-lseu, un Tarlare. Quitter la province natale, c'est émigrer à l'étranger, dans un milieu presque toujours hostile : car le Chinois méprise et craint tout ce qu'il ne connaît pas ; le protectionnisme moral, industriel, appliqué au travail, est pour lui un dogme et s'exerce, non seulement de praviuce à province, mais de district à district. Dans une localité donnée, les étrangers (je veux dire les gens des autres provinces) que réunit la communauté d'ori-

(1) The Blackbum China Mission, II, p. 307. (, p. 45, etc.

gine, soni naLurellement amenés à se grouper pour faire Ta ce 3 la oialveillance générale ; parmi eux, les plus nombreux sont naturellement les marchands que leur professioD même fait sortir du pays ; on j rencontre aussi des artisans et beaucoup de ces gens qui, n'ayant pas d'industrie spéciale, louent leursbraspour des travaux de force; le Cbaa-tong fournil au nord de la Chine un contingent important de manœuvres exerçant des métiers faciles, pénibles, peu rétribués ; comme nos Limousins, un bon nombrerelourneaupayschaqueannéeàrépoquedu chômage hivernal, et presque tons, aprèsavoiramasséun léger pécule, yvontlinir leurs jours. Enfin, formant la tète de l'association, il y a des mandarins de tout rang : car le mandarin se rencontre partout, sauf dans sa province natale, où la loi lui interdit l'accès des charges, et partout il garde le souvenir de son origine, l'amour du sol où il est né, l'attrait pour les vrais compatriotes. Tous portent avec eux leurs goûts, leurs mets nationaux, dont ils se délectent aux jours de fête, leurs cultes, leurs amusements, leur théâtre. Péking a des troupes de diverses provinces qui jouent en dialectes provinciaux des pièces provinciales pour des publics de provinciaux.

Les gCDS d'une même origine forment ainsi, là où le sort les réunit, une petite société fermée, ou plutôt un petit monde, puisque toutes les classes de la société, saufles cultivateurs, y sont représentées. Le règlement de l'association de Han-yang à Yi-tchhang constate et tixe la situation des divers membres suivant leur condition sociale : les maisons de commerce paient 3 p. 1000 de la valeur des marchandises qui passent par elles, sur production de leurs livres ; les jonqnes appartenant aux membres sont taxées suivant leur tonnage [300 sapèques pour les plus petites), les em-

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plojrés versent 2 p. 100 de leur salaire, les o pèques par mois. Les caisses de l'association soDteacore remplies par les droits d'enlrée (1 .000 sapèques pour un ouvrier), par les droits spéciaux versés pour chaque maison qui se fonde, pour chaque succursale qui s'ouvre, pour chaque entrepHse où entre un membre. On trouve des règles analogues à Soa-tao ; de plus, nombre d'associations ont des propriétés et des revenus. Ces corps ont un but avant tout pratique : ils sont des sociétés de secours ; le grand marchand, le mandarin emploient leurs compatriotes, les recommandent, leur viennent en aide de toutes façons. Une association assez nombreuse et assez riche ne manque jamais d'élever un temple, qui est surtout un dépôt pour les cercueils : le Chinois veut, en effet, reposer dans son sot natal ; s'il meurt au loin et si les circonstances empêchent momentanément de le rapporter auprès de ses ancêtres, son cercueil restera, parfois dii ans et plus, au temple national, jusqu'à ce que les siens soient en mesure de mettre fin a son esil ou jusqu'à ce qu'un compatriote lui rende par charité le même service. C'est un temple de ce genre, dit la pagode de Ning-po, situé sur la concession française à Chang-hai, qui à plusieurs reprises a donné lieu àdes mouvements insurrectionnels assez graves(1874, 1898) et à des négociations laborieuses. L'un des objets et non le moindre, que l'on a en vue, c'est la protection mutuelle contre la rapacité des fonctionnaires et les squeezes ingénieuses inventées par eux-mêmes ou par leurs subordonnés : là où l'homme isolé serait ruiné, l'association résiste. Il est donc de l'intérêt de chacun d'en faire partie ; d'ailleurs une association n'admet pas qu'aucun homme de sa province, de sa préfecture lui échappe : diacun est tenu de feire connaître, à mesure qu'il l'apprend, l'arrivée de

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nouveaux compatrioies et reçoit, si bod rapport est le premier, une partie de leurs souscriptioDS.

Un aspect important des sociétés provinciales est le snivanl. Il est très fréquent que, par suite d'uoe aptitude spéciale, pour des raisons économiques de production ou de consommation, les gens d'une province usurpent dans telle ou telle localité un monopole commercial ou industriel. C'est ainsi qu'il Péking un bon nombre de marchands de (bé sont du Ngan-hoei, taudis que tous les porteurs d'eau viameat du Cban-toog ; la plupart des banquiers dans tout l'Empire sMtt originaires du Cban-si; le Hoei-tcheou-fou foorail des comptables et des chefs à un grand nombre de baaqçes et de mools-de-piété. Ces privilèges de fait se rencontrent dans toute la Chine, dans les grandes villes comoK d»)B les moins importantes ; ils sont dus en partie à la force de cohésion entre compatriotes, à l'aide qu'ils se donnent les uns aux autres; lorsqu'un tel monopole a pris naissance, lorsqu'il a pour lui la possession d'état si puissante en Chine, il est presque impossible h un étranger de forcer les portes de la corporation ; l'association provinciale tout entière fait cause commune avec elle. En fait, beaucoup 'd'associations provinciales sont en même temps des corporations, elles en ont la constitution, le culte, les habitudes, •\ea règles. Comme la corporation, la so<;iété provinciale «xige le secret absolu sur les délibérations, sur les décisions, prises d'habitude sous la pression de quelques membres influenlsj elle exeri'e une juridiction sur ses membres, «ert d'arbitre dans les litiges, impose des amendes, expulse, c'est-à-dire condamne à mourir de faim, les récalcitrants. Parfois, ainsi celle du Koang-tong à Fou-tcheou, elle s'arroge tm véritable droit de Justice : les délits ordinaires ) par les membres dooneot lieu d'abord à une ee-

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quéie faîte par les syndics, et sealement d'après la sentence de ceux-ci, les coupables sont remis à l'autorité officielle. Cette ilernière ferme les yeux, ayant intérêt à ménager des corps puissants par leurs capitaux, par le nombre de leurs adhérents, par le crédit des mandarins compatriotes, par les relations avec la province d'origine elles associations de même nation. Les syndics discutent avec les mandarins locaux l'assiette et la perception des taxes, l'organisation des pompiers et des milices, la levée des fonds de secours; ils jouent le rôle, dans les diverses provinces de l'Empire, des consuls, des chambres de commerce dans les États occidentnus. Des sociétés semblables se forment à l'étranger et, à Halpbong, à Saïgon, ù Singapour, les administrations étrangères tiennent souvent compte de l'opinion, de l'attitude des chefs des communautés chinoises. 1^ multiplicité de ces associations divise leurs forces et les rend moins redoutables; si elles n'attaquent pas l'unité de l'Empire, elles sont du moins l'un des signes les plus visibles de ce provincialisme vivace qui lui est directement opposé.

Le Chinois, s'attachant si fortement à ceux de qui le rapprochent les hasards du commerce ou de l'émigration, est uni par un lien bien plus solide ù ceux près desquels it est né. L'agriculteur sédentaire ne demeure pas plus isolé que le marchand établi au loin; comme Ino a sa corporation, l'autre a sa commune; et puisque la masse du peuple chinois est formée d'agriculteurs, les communes

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rurales, bien que moins importantes prises séparément, et moins visibles aussi que les corporations et les associaiions provinciales, ont duns le corps social un rAle qui n'est pas moins grand. Ces communes ont eu sans doute une vie plus longue déjà que celle des corporations : de celles-ci, en eifet, je n'ai trouvé aucune mention nn peu nette avant le XVI* siècle, tandis que les premières ont commencé de »e former au xi", sous l'impulsion de quelques-uns des philosophes de l'école des Song. Certains de ces snges, et des pluR grauâs, les rrères Tcbheng, Tcbou Hi, ont écrit des préambules pour les contrau d'union de quelques communes : car ces associations se sont formées par contrat librement consenti entre les intéressés, sans intervention de l'autorité, sans charte octroyée par un seigneur ou débattue avec lui, comme il arrivait pour nos communes occidentales; elles ne revendiquaient pas les droits appartenant à des supérieurs, elles se bo.-nuient à unir les ressources de li-urs membres. Les préambules nous les montrent principalement comme des sociétés de prévoyance et de secours mutuels, en même temps que de moralisalion ; des familles voisines se réunissent par cinq ou dis, se promettant « de s'exciter à la vertu, de reprendre muluellemenl leurs fautes, d'user des rites dans leurs rapports, de se venir en aide dans la détresse » ; on ouvre trois registres pour y inscrire les noms des membres, leurs bonnes actions, leurs fautes; on choisit des i qninteniers », des dizcniers; les associations s'agrègent par dis avec un centenier ; celles d'un même village ou de plusieurs villages voisins se forment en commune avec un syndic, qui est d'habitude un ancien fonctionnaire, un lettré, un vieillard. La commune prend pour centre une bonzerîe on un temple taoïste, dont les divinités lui servent de patrons; elle a ainsi la

-consécration du culte essentidle aux y&i\ du peuple, msiîs elle est avant tout un organisme civil, qui fait ia police de ses membres et de son territoire, qui édifie son école et son grenier publics.

Les associations de familles par cinqtnipardix sont aussi YieUles que la civilisation chinoise, mais celles de l'aoliquilé -éUiient formées par l'État, d'autorité, sans consentement dee populations et destinées uniquementft faciliter la police, la f)erceplionde l'impôt, la levée des bommes pourla corvée et l'armée; tombées en désuétude, ou au moins effacées pendant (dnsieurs siècles, un célèbre poltticien et réformateur du si° siècle, OaBgNgan-clii,tSDtaen vaindeies remettre en usage sous leurs vieilles formes et avec leurs vieilles tendances, qui n'étaient autres que celles d'un socialisme d'État. Mais Justement ù la même époque, ou peu auparavant, les philosophes les préconisaient en leur infusant un esprit nouveau, esprit de solidarité librement consentie, et là ou le polilicien échoua, les philosophes réussirent : la Chine est couverte de ces associations (tout village a la sienne, dans le aord et le centre tout au moins), qui du reste ont dévié de- ^ puis leur origine, aussi bien dans leurs rapports avec l'Ëlat ■que dans leur régime interne. Ceself-goDernmenllocal facilitait trop l'action du gouvernement pour qu'il ne tâchât pas de s'en servir; les <• quinteniers », les dkeniers de jadis se sont transformés, du moins la filiation semble bien vraisemiriable, en ces agents du sous- préfet, choisis par lui et que l'on nomme suivant les régions hiang-li, li-pao, li-fang; à «echangement,il8ontbeaucoup perdu en considération (1);

11) Il Tuai ootertouteroU que ceui delà province du Ngan-boei sont -admis à se présenter auieiamens, alors que cein des antres régions <n gÉnAral n'y sont pas autorisés.

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pris parmi les gens les plus pauvres et les moins conddérés du Tillagei ils reçoiveai ua léger salaire du yamen ei ilit le fj^rossissenl de toutes les exiorsions qu'ils peuvent faire sulrir aux familles de leur ressort. S'il se produit quelque différaid que l'entremise des notables ne parvienne pas à trancher, le li-pao joue devant le sous-préfet le rôled'uR témoin privilégié ; sa déclaration compte plus que celle d'un autre ; en cas de crime, il saisit les coupables et les mène au mandarin, de concert avec les valets du yamen, il exécute lea mandats d'amener; s'il ne réussit pas à arrêter les inculpés, y est responsable, jeté eu prisou, battu. Si quelque corvée est à exécuter pour une réparation de digue, pour le transport d'un mandarin, si le magistrat vient au village pour une enquête, avec toute sa suite de clercs et de va- It^ts, les li-pao doivent trouver les logements, rassembler les bétes de somme, fournir les hommes, satisfaire aux exigences de tous, justes ou injustes (et ces hôtes encombrants ne manquent pas de réclamer ce qui ne leur est pas dû) . C'est eux qui poursuivent les contribuables en relard : la solidarité du village pour l'impôt, admise en Annam, n'est en elfet pas reconnue par la loi chinoise ; c'est eux qui font lever les taxes communales, quand le sous-préfet prescrit à la commune de s'imposer pour un objet d'utilité générale, réparation de digues, destruction de sauterelles, ou autre; c'est encore eux, d'après le code, qui sonlpuois si les faabilants du village laissent leurs terres en friche. Les li-pao ne sont donc plus les chefs en second de la commune, mais les agents du sous-préfet auprès d'elle, situation difficile, quand la population est violente et refuse de payer l'impôt, ce qni n'est pas très rare ; l'association rurale est ainsi reconnue en fait par l'Ëiat et elle est devenue un rouage du gouvernement.

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Pour l'organisatiou interne, lu comoiune a cessé d'être une association libre ; tout habitant du village est tenu d'en faire partie, cetL:i qui en serait ciiassé ne pourrait coati— Duer de résider dan^ le village, où la vie lui serait impossible. Ce n'est pas l'autorité qui impose cette obligation, c'est la commune elle-même : elle ne peut admettre que quelqu'un se dérobe à sa quote-part des charges. L'associatioD rurale comprend donc tous les habitants du village, non seulement les chefs de famille (et nous verrons plus loin ce qu'il faut entendre par chef de famille], mais tous les adultes mâles, ne fussent-ils pas suijaris; elle comprend non seulement les cultivateurs, propriétaires comme fermiers, mais tousies hommesqui vivenld'un autre métier; elle comprend même les femmes, s'il s'en trouve, ce qui est rare, qui ne soient sous la puissance Di d'un père ni d'un mari et ne soient pas représentées par un Sis; il est vrai qu'alors la femme se borne à acquitter sa part des dépenses et n'assiste pas aux assemblées. Dans la même situation q ue les femmes, payant les taxes, jouissant de la protection de la commune, mais ne délibérant pus, se trouvent les aubains ; en eiïet, la commune n'est ouverte de droit qu'à ceux qui sont nés dans le village, ou du moins dont la famille est indigène; celui qui vient d'un autre village est comine l'aubain de notre ancien droit ; la commune ne lui doit rien, ne le connaît pas ; on refuse de lui vendre de la terre, on peut même lui refuser l'eau, c'est-à-dire l'expulser. Obtient-il de s'établir, ce n'est jamais qu'une concession précaire, dont la durée dépend du consentement tacite de tous; ce n'est qu'après vingt ans de séjour que l'administration, le tennnt pour naturalisé, accorde à ses eufants le droit d'examen (1) : il

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LES A9SOCUTION9 77

Taul plusieurs générations pour que la différence soit oubliée par les habitants eux-mêmes. On voit ici combien est enraciné le particularisme chinois et combien difficile est la situation de l'aubain, de i'homme isolé.

L'esprit de solidarité est, en effet, l'un des traits les plus saillants du caractère chinois ; nous en avons vu jusqu'ici bien des exemples, mais ses effets les plus sensibles apparaissent peut-être dans la vie communale,et,à la ville, dans les simples relations enlre voisins, car les communes sont toutes rurales (2). Tous les habitants du village, pauvres et riches, mandarins retirés et simples cultivateurs, viventdans la commune sur le pied d'une complète égalité ; il n'est pas d'autre différence que celles de l'âge, de celte inHuence personnelle |doat les causes sont aussi obscures en Chine qu'ailleurs. L'égalité ne se sépare pas de certahies| idées un peu communistes ; la fortune, les hautes situations aux yeux du vulgaire ne sont pas le résultat du travail, du mériie personnel, elles n'appartiennent pas en propre à l'individu ; celui-ci n'est qu'un dépositaire à qui le destin inexplicable, mais toujours molivé, a remis tous ces biens ; si l'on va au fond des choses, le riche usurpe sur le pauvre, et le secours qu'il lui donne, il le lui doit ; le puissant usurpe sur le faible, et l'aide qu'illuipréte,lllaluiiiott également. Telle est la morale populaire, celle par conséquent des communes rurales : aussi chacun n'hésite pas à réclamer au voisin ce qu'il tient pour son dû ; si te voisin est riche, il lui est difficile de ne pas s'exécuter. Beau-

|lj TouteCoiii, à Tchhung-kbing, le sous-préret est assisté pour cerlaiaes aBaJres d'un conseil des notables, nommé pa-c/ieng et représentant, parall-il, les intérêts des immi^nts qui ont repeuplé la ville au xvi> ou au ivii' siècle ; ces immigrants venaient de huit provinces dilTérentes pn-cheng, d'oii le Dom du conseil.

oonp d« mandarins reiirés ne reviennent jamais au villageoii ils sont nés et ou ils seraient en butte aux demandes des- Yoisins, à celte&, plus instantes, de leur famitle. La commune est ainsi, ou doit être, une grande famille; encore comme dans une famille, chaque membre croit avoir le droit, bien plus, le devoir, de surveiller les autres. La force presque irrésistible de l'exemple est une des théories chères à la psychologie chinoise; chaque homme est responsable, non seulement de ses actes, mais des exemptes qu'il donae et, par suite, dans une large mesure, des actes de Ions: lia le droit, le devoir de les surveiller, puisqu'il y a une certaine part. Cette conception, qui se relrouve hors de Chine dans les associations fondées sur un principe moral, comme est toute la société chinoise, est développée en Chine jusqu'à ses extrêmes limites. D'après les idées populaires sur le droit, non seulement le rebelle et sa famille sont anéantis, mais ses voisins partagent son sort; ils n'ont pas pu ne pas contribuer, si peu que ce soit, à créer tout au moins l'état d'esprit du coupable, .\ussi lu maison chinoise e).t fermée matériellement, on y pénètre moins que dans la maison européenne ; mais elle n'a pas d'intimité, tout ce qui s'y passe appartient au public : de quel droit mon voisin veutil rae cacher ce qui se fait chez lui ? s'il dissimule quelque chose, c'est qu'il fuit mal ; et pour ne pas 6ire soupçonné, il n'y a rien de tel que de laisser tout savoir. S'il y a des dissensions dans une famille, si une belle-mère abuse des mauvais traitements à l'égard de sa bru, la commune, les voisins sont en droit d'intervenir, de rétablir la pais ou d'y tiicher. Les intéressés les appellent eux-mêmes; les hommes, les femmes surtout sortent devant la porte, parfois montent sur le toil de la maison ; d'un ton de voix suraigu, qui est particulier à ces occasions et qui ressemble au fausset

théâtral, on appelle « les voisiDS de l'est et les Yoisins de l'onest '>, on expose les griefs, on charge l'adversaire et se» ancêtres des injures les plus grossières, on ressasse pendant des heures jusqu'à extinctionde voix. La foule s'amasse,. s'iDierpose, chacun dit son mot, départ les torts; on empéche tout au moins d'en venir aux mains et souvent on calme la qnerelld.

La juridiclion des chefs de la commune émane de cettejuridiction instÎDclive du voisinage, elle la résume et n'a pas pins d'autorité qu'elle: c'est un simple arbitrage, maisavec le pouvoir que la solidarité donne à l'opinion du groupe, cet arbitrage pèse siogulièrement sur les individus et dépasse les querelles de ménage ou de mur mitoyen. Il n'est pas jusqu'aux questions de vol et de meurtre que l'on ne tâche de régler entre soi : on y gagne tout au moins d'écarter le sons-préfet et toute sa suite. Tout cependant ne se termine pas de la sorte et II yades attaircsqni vont jusqu'aux tribunaux. La commune fait aussi la police sur son territoire, elle réglemente les conditions du pâturage; au temps 0(1 la récolte est sur pied, elle fait garder les moissons ; elle accueille ou chasse les aubains; elle arrête les vagabonds et les voleurs, les expulse, les bûtonne à son gré dans l'enceinte du temple, et s'ils meurent, l'autorité n'en a cure. Le pouvoir communal se manifeste encore par l' établissement de taxes qui sont parfois levées sur la proposition du sous-préfet, le plus souvent sur l'iniiiaiive des membres, pour faire face auxdépenses d'entretien des digues, destruction des sauterelles, construction ou réparation des temples. La bonzerie est, en effet, le centre du village ; elle sert de lieu de réunion et c'est sa cloche qui appelle à l'assemblée communale ; elle appartient, terres et bâtiments, à la commune, doDt elle est habituellement le seul patrimoine et pour qu»

elle aété construite soit à Trais communs, soit grâceaux dons de riches particuliers. Le bonze desservant, unique, sauf daas les localités d'importance, eut choisi par l'assemblée communale ; il vit du produit des champs qui forment le domaine du temple, et y joint ce qu'il reçoit d'aumdnes ; s'il jouit d'uD peu de considération, il le doit à ses qualités personnelles et nullement à son caractère religieux, qui n'en impose guère au peuple. Celui-ci n'a aucune estime pour les prêtres, mais il se sert d'eux pour obtenir la protection des bouddhas et des esprits de son temple ; ce sont ces personnages, célestes ou infernaux, qui accueillenl les âmes des morts d'humble condition, leur font accompHr le long et difficile voyage pour atteindre le paradis occidental, ou les jugent et les condamnent à des supplices terribles ; c'est encore à eux que l'on demande la fin de la sécheresse ou de la pluie, que l'on adresse les remerciements pour la récolle. 11 Faut donc ménager ces protecteurs puissants ; les prières individuelles ne leur suffisent pas ; toute commune qui n'est pas dénuée de ressources tient ù honneur de faire des processions, d'offrir à ses dieux, une ou deux fois l'an, le plaisir du théâtre, dont ils sont aussi friands que leurs fidèles.

Ces fêtes reli^euses sont la cause la pins fréquente des dissensions entre chrétiens et païens; les premiers tiennent ù rester dans la commune, y paient régulièrement les taxe»!, sauf celles qui ont trait à des pratiques superstitieuses : la conscience le leur interdit et les traités avec la France leur permettent de ne le point faire. Mais il résulte de là des querelles et des rixes, 1 incendie allumé dure pendant des années, l'intervention du sous-préfet et de ses supérieurs, même bien intentionnée et adroite, reste souvent inefficace; l'une des meilleures solutions est une demi-scission

de la commuDe, meuam pour le colle d'un côté les chrétiens, ei de l'autre les païens, élablissant la séparalion du civil et du religieux ; mais an pareil modua vivendi n'est pas facile à concevoir pour un esprit borne, surtout en Chiue, où l'Ëglise est partie intégrante de l'État ; aussi ne réussit-on pas souvent à l'établir. Les querelles religieuses ne sont d'ailleurs pas les seules causes de guerre intestine : les vendettas dans l'intérieur d'une commune, et surtout entre deux communes, sont bien plus fréquentes, et l'auloritcdusous-préfeln'apasplus d'action dans ce cas que dans le précédent. Les diflicultés se bornent souvent à des tracasseries, mais si elles tournent au tragique, la population surexcitée accueille à coups de pierres les valets du yamen ou lessoldatj chargés de rétablir l'ordre : car elle admet peu que les mandarins s'immiscent dans ce qu'elle tient pour affaires privées

Fort bien en état de tracasser les voisins, de se mutiner contre le pouvoir officiel, la commune rurale n'est pas capable d'action une et suivi .■ : sa constitution mal définie s'y oppose. Le principe du vote n'est pas connu; sans majorité ni minorité possibles, il faudrait pour agir l'unanimité, difâcile à atteindre en Chine comme ailleurs ; il y a d'habitude quelque demi-lettré, beau parleur dont la faconde domine les esprits simples des paysans; c'est une cbance, s'il est en même temps homme de bon sens ; mais si, au lieu d'un, il s'en trouve deux, les querelles sont inévitables. Les syndics de la commune, choisis sans vote, mais non sans lutte, par un accord mal défini, sont des notables désignés par leur âge, leur fortune, leur situation de lettré ou d'ancien mandarin ; simples agents exécutifs et conseillers, ils peuvent jouir d'une certaine influence, mais ils n'ont aucun pouvoir, même pas celui de Maurice Courant. — En Chine. 6

dir^r ou clore les débats. L«s délibérations sont donc confuses, ou, pour mieux dire, il n'y a pas de délibération; on exprime des avis et, sur une question simple, immédiate, ou lorsqu'il y a des précédents, on parvient à se mettre d'accord ; s'il s'agit d'innover, jamais.

Tandis que l'absence d'autorité se fait sentir dans la commune, dans la famille, au contraire, la dernière des associations que nous avons à examiner, le pouvoir paternel est le trait dominant. La famille chinoise est une communauté propriétaire d'un patrimoine, elle est aussi un Èiat et une Église ; le père en est le chef, le juge, le prêtre. En la supposant réduile aux limites les plus strictes, sans ramïGcations^ ta famille comprend essentiellement le père, les enfants, les épouses, les serviteurs : pareil cas se présente si un iiomme se trouve seul de sa race, sans agnats de degré supérieur ou égal au sien, c'est-à-dire sans père, ni ascendants paternels, ni oncle paternel, [;i frères, ni cousin.", ni collatéraux du côté paternel. Pratiquement, à celte situation équivaut celte de l'homme que son commerce, par exemple, retient isolé, éloigné du lieu de son origine. Le père étant sut juris (il nous faut prendre ici les formules du droit romain qui sont précises et exactes), les enfants entrent dans la lamille par la Gliation légitime acceptée par le père : en règle générale, les butards issus d'un commerce passager sont exclus, tandis que les enfants nés de la première épouse comme des secondes épouses sont également légitimes. Les enfants

«Aies entrent encore dans la f^nille.par l'adoption qui crée une parenté semblable h la filiation et qui ne s'applique pas aun filleti: cellea-ci changent de famille par le mariage 4|ui les Tait pasi^er sous la même puissance paternelle sous laquelle vit leur mari. Réciproquement l'adoption et le mariage sont pour la Glle et le fils detis moyens de sortir de leur famille primitive, l'un et l'autre ne sont possibles que du consentement de celui qui perd la puissance paternelle et de celui qui l'acquiert. Le mariage rituel avec ses riteS' religieux met l'épouse de premier rang sous la main du mari ; elle ne son de celte condition que par la répudiation dépendaut du mari seul, mais que depuis bien des siècles la loi interdit dans un petit nombre de cas. Pour ies épouses de second rang, il n'est pas de mariage rituel, elles sont acheiées, donc esclaves, et peuvent être vendues . Quant aux serviteurs, ceux qui sont loués et qui sont sans doute les plus nombreux aujourd'hui, ne comptent dans la famille que par extension : les serviteurs esclaves, propriété héréditaire du maître, susceptibles d'être achetés et vendus, sans doute les seuls dans la haute antiquité, font au contraire normalement partie de la famille. On voit immédiatement qu'à l'égard des trois catégories de personnes qui sont dans la famille, l'autorité du père va jusqu'à les admettre ou à les chasser à son gré.

Le pouvoir sur les personnes est encore plus étendu; le droit de vente du père ne s'arrête pas aux concubines et aux esclaves qu'il a achetés, il s'applique même à ses eafants, dont il peut se défaire soit à litre définitif, soit à réméré ; fréquentes surlout pour les filles, ces ventes fournisseut la mf^orité des esclaves, les vols denfanls procurent le reste. Ce droit du chef de famille n'atteint pas l'épouse principale; en ce qui la concerne, le code et le droit fami-

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liai inierdiseni la vente; l'înierveaiion de sa famille d'origine sert de sanction à la défense; mais, surtout dans les classes pauvres des villes, il ne manque pas d'exemples de femmes légitimes cédées ou louées pour de l'ai^en). Le mari, presque ejLCUsési, en cas de désobéissance, il châtie sa femme jusqu'à la luer, n'a cependant pas sur elle droit de vie et de mort, non plus que sur les concubines, sur les esclaves ni sur les enfants. Toutefois le code cherche ici à imposer des règles qui sont contraires au vieux droit familial. Il y a quelques années, un médecin du nomdeLieoufut trouvé mort dans une rue de la ville oii il exerçait ; lorsque le sous-ppéfei ouvrit l'enquôie, le père de la victime déclara qu'il avait lui-même châtié son fils pour son impiété filiale, les membres de la famille LJeou, appelés en témoignage, certifièrent l'insubordination habituelle du mort : le magistrat prononça aussitôt qu'il était dessaisi, reconnaissant que c'était là un cas de justice familiale et faisant l'cder le code devant le droit coulumicr. L'attitude des mandarins Varie peu en face de ces aiïaires de famille; d'ailleurs, le plus souvent, de pareils cas ne vienuent même pas devant la justice, et les intéressés savent faire en sorte que les faits ne s'ébruitent pas. Sans recourir à un châtiment aussi grave, le père peut chasser son fils, le déshériter, l'exclure des sacrifices: il possède, on le voit, comme juge, un pouvoir très grand, limité seulement par le soin de la perpétuité de la famille et par l'influence de ses fils et de ses autres agnats qui sont toujours consultés dans les cas d'importance.

Le patrimoine est tout entier dans les mains du père ; lors du mariage, la dot de la femme entre dans les biens du mari, qui en use à sa guise et qui, s'il y a répudiation, ne doit compte que des valeurs subsistantes. Les enfants,

les Bla adultes ne possèdent rien en propre ; le salaire même de leur travail appartient au père, et le code, moins opposé cependant que la coutume à l'indépendance ludividuelle, châtie ceux qui se réservent quelque bien que ce soil, saus l'assentiment paternel. Le pécule des esclaves existe toutefois et est respecté, contrairement à la stricte logique. Tous les biens sont administrés par le chef de famille, qui hypothèque, vend et dispose comme il l'entend. D'autre part, l'enFant ne possédant rien, le père est légalement tenu de ses dettes jusqu'au jour où il Tachasse; lefîlsa-t-ll trouvé à emprunter, à hypothéquer, à vendre, à l'insu du pèrC; celui-ci doit payer, ou céder le bien hypothéqué, ou exécuter le contrat. C'est que le droit d'administrer et de disposer appartient au père comme chef de la communauté plus que comme propriétaire; c'est, en effet, la collectiviié familiale qui est vraiment maîtresse des biens, et, d'habitude, le père les administre de concert avec ses fils adultes; la signature de ceux-ci est requise sur les actes concernant le patrimoine familial; l'une de ces signatures manquant, l'intéressé non contractant est, par la suite et sans prescription possible, en droit de faire annuler l'acte ou de réclamer une indemnité. De même, dans la vie quolîdîenae, on a grenier commun, bourse commune, le père et la mère distribuent la nourriture et le vêlement: mais chacun a droit à une part et seul le respect fait taire les réclamations de celui qui est lésé.

La famille enfin est une Église et célèbre un culte spécial. Les besoins du Chinois ne cessent pas avec la vie ; son esprit, après la mort, mène une existence qui est le reflet aiïaibll decclledu vivant, il lui faut encore de la nourriture, des vêtements, une habitation ; il faut à son corps, à l'âme inférieure qui y reste attachée, un tombeau pour reposer en paix. Ces

croyances, contemporaines des ori^nes de la Chine, subsistenl encore dans toutes les familles importantes et c'est à elles que se rattache immédiatement toute Emilie qui s'élève, à gui l'aisance permet de dominer les besoins dechaque jour. Un fils doit soi^n^ el nourrir ses parents vivants; il est tenu des mêmes devoirs après leur mort et il s'en acquitte en célébrant leurs funérailles, en établissant leur tombeau d'après les files, en leur offrant aux époques fisées, plusieurs fois par mois, les sacrifices, c'est-à-dire l'encens, le vin, le thé, le riz, les viandes, les fruits et gùteaux. Ainsi la mort ue rompt pas le lien, elle ne fail que le transformer; les ancêtres disparus continuent d& faire partie de la communauté familiale, ils s'intéressent ik sa vie, ils usent de leur pouvoir mystérieux pour la protéger. Mais pour des descendants impies, les dieux mûnes n'ont que du courroux et ils travaillent à leur ruine. Ce culte, qui ne doit pas périr, ne se transmet que par 1» filiation, selon la nature ou selon l'adoption, seulement aux mules; la femme joue dans les cérémonies le rôle d'un acolyte, au plus elle représente un enfant en basâge; fille, elle suit le culte de son père, femme ou veuve, celui de son mari ; elle n'a pas de culte propre, elle n'en peut pas transmettre : de là l'obligation du mariage pour avmr des enfants mâles, qui seuls sont héritiers du culte el des biens, de là les concubines pour parer à la stérilité de l'épouse principale, et l'adoption qui donne le fils que la natnre a refusé. L'adoption ne peut porter que sur un agnat, les ancêtres ne voulant qu'un prêtre qui soit de leur sang ; eu ce qui touche les fidèles, ils sont moin» exigeants, car ils admettent la femme et les concubines qui sont toujours d'un sang étranger, ils admettent le& esclaves et les serviteurs; tous ont part en leur rang an

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banqoel ritoel qui clAt le sacrifice. Le père est d'ailleurs le seul prêtre, c'est en son nom qn'est lue la prière; les fils se boraent à l'assister; après sa mort, le fils aioé prend sa place, seul il a pleinement le droit de sacriSer à son père, à son aïeul, à leurs ascendants, les cadets nont qo'un rôle accessoire; ainsi le culte conserve le privilège d'aînesse, disparu depuis des siècles de presque toutes les institutions.

1^ culte familial commun sert de consécration à la prnpriélé familiale commune ; l'éminente dignité du père, qui e^I aujourd'tiui le sacrificateur, qui sera demain le dieu, imprime à son autorité un caractère sacré. Telle est la plus primitive des associations chinoises ; peut être a-t-etle précédé la société elle-même ; c'est en elle qu'est né et que se forme à nouveau chaque jour cet instinct de solidarité dont j'ai parlé. Toutes )es autres associations se sont inspirées de cet exemple, mais aucune ne l'aé^alé, car aneune n'a pu avoir pour lien ce culte naturel des ancêtres ; ta religion qu'elles se sont donnée est extérieure à leur principe, aucun pouvoir n'a pu eu émaner, aussi ont-elles presque totaiemeol méconnu la nécessité même d'une autorité.

Fondée sur l'unité de culte, la famille est susceptible d'un accrcHSsement indéfini, chaque fils devenant chef d'une maison, qui à son toifl* se divise en branches et en ramifications. Dans la famille ainsi étendue, dans le clan, ou dans la tribu, pour mieux dire, le privilège d'ainesse, persistant dans le culte, donne la primauté à la branche aînée; jadis admis avec une force presque égale à celle dn la puissance paternelle, il avait constitué une société ;irisloeratique, le territoire était alors divisé entre un petit nombre de tribus dont les chefs étaient seuls maîtres du so), souverainsel grands prêtres. En affaiblissant ce privilège de plnsea plus, les circonstances politiques et sociales ont, dans la majeure

partie de l'Empire, fait disparailre les tribus ou ae les ont pas laissées se constituer ; c'est pourtant vers celte forme sociale que tend toujours le paysan, l'homme de toute la Chine qui est resté le plusprochedel'anliquité; chaque fois <]ue les circonstances le permettent, à Thong-lcheou depuis le xvi» siècle, en certains districtsde la province de Moukden depuis le XYii^siècIeile clan se reforme, image plus ou moins esacte de la tribu ancienne. L'indivision du patrimoine pendant quelques générations, la vie en communauté sous la présidence de l'ainé d'abord, 4 son défaut, des anciens, ne sont rares nulle part; mais ce sont surtout les provinces du sud et du centre, moins bouleversées par les invasions, qui conservent des traces de ce passé.

Les clans de plusieurs milliers de personnes, occupant des districts entiers, y sont fréquenis; ceux de quelques centaines, encore plus nombreux, détenant un village entier, marquent leur existence passée ou présente dans une multitude de noms géographiques ; ceux de quelques dizaines, comprenant les branches issues d'un même trisaïeul, sont de règle dans tout le pays. Chaque famille célèbre son culte particulier, mais la religion du progéniteur commun réunit à jours fixes toutes les familles ou tous leurs rcprcsfmiaots. Le clan, d'habitude encore plus exclusif à l'égard des aubains que la commune, n'admet pas volontiers sur son territoire des familles de nom dilTérent: il a sur ses membres un pouvoir plus étendu que l'association rurale ; c'est d'accord avec les principaux agnats, avec les chefs du clun, que le père juge on fils dissipateur ou désobéissant et, si personne ne veut répondre de lui, creuse une fosse et l'y enterre : les exemples de Cette justice familiale ne sont pas rares dans les campagnes. La terre ne reste pas en commun, chaque famille

a soQ patriiuoine fixe : mais les aEr^a^s ne permettent pas la vente à des éiraitgers et conservent toujours un droit de préemption, aussi, en cas de vente, leur signature est requise sur l'acte. La solidarité entre Tamilles issues d'une même souche se manireste par des fondations utiles, écoles, bonzeries, de la part de ceux qui s'enrichissent, par des secours cfTeilifa^à ceuxqiie la vie n'a pas favorisés et, au besoin, du c6té de ces derniers par des exigences dénotant l'idée d'un droit vérilable ; un parent pauvre traverse des provinces et va au yamen de son arrière-cousin, intendant de cercle ou vice-roi, pour lui réclamer l'aide qui lui est dne; fùt-il importun, usât-it d'injures, pas un des valets ne portera la main sur lui, le sous-préfet évitera de juger l'aBaire, le délinquant e.sl un parent, ce sont affaires de famille. De la même fiiçnn, le haut fonciiunnaire, s'il rentre dans sa patrie, y cidera le pas aux chefs du clan, qui ne sont que des lettrés, moins que cela, des laboureurs. Choisis dans chaque clan suivant des règles propres, parfois à vie, parfois pour une période déterminée, ces chefs sont les anciens des familles ; on fait en sorte que toutes les branches soient représentées à l'assemblée, qui délibère, mais remet le soin d'agir à l'un de ses membres, semblable aux syndics des communes, en ayant k peu près les charges et les pouvoirs ; tantôt ce chef de clan est désigné par les anciens, .tantôt la règle est de le prendre dans la branche afnée.

Le respect des règles et du lien familial est consolidé par l'institution des registres de famille, qui comprennent essentiellement l'arbre généalogique depuis le premier ancêtre ; on y inscrit les dates de naissance et de mort, les alliauces matrimoniales, les titres obtenus, les fonctions remplies ; une fois par génération, les registres sont trans-

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crits, mis à jour et grav^ de nouveau ; l'opéraiion est accompagrnée de cérémonies religieuses, après quoi de» exemplaires sont solennellemeat {K>rt<is du temple de l'ancêtre commun, où sont gardés les originaux, aux temples. paiiiculters des principales branches ; ri un membre tia clan va faire le commerce ou remplir on poste au loin, sa (hmille lui remet un extrait du registre familial pour établir sa filiation et faire preuve en justice. Aux renseignements généalogiques et biographiques, on ajoute souvent, m'a-t-on dit, les règles du clan ; si le fait est exact, les registres de famille fourniraient des documents ina^ipréciables pour la connaissance du droit coutumier. Ainsi constitué en un véritable État avec son territoire, ses greniers, ses écoles, ses bouzeries, ses chefs, ses lois, son histoire, ses temples, son culte patrimonial, le clan se suffit à lui-même, il veut vivre sur son propre fonds, il est résolument hostile à toute intrusion étrangère, qu'il s'agisse de Chinois d'autres districts et d'antres noms ciui désirent s'établir sur ses lerres, se glisser dans son sein, ou de « tarbares», dont les idées nouvelles, religieuses, morales, scientifiques, sont propres à le bouleverser ; et comme le clan, du moinsà un premier degré dedéveloppemeat,serenconb'e presque dans toutes les régions, à calé des communes ou dans leur sein même, on conçoit quel appui ces organismes d'origine et de forme antiques prêtent au gouvernement dans sa lutte contemporaine contre les innovations et contre les religions occidentales. !ià où le clan se présente avec tout son développement, il constitue pour l'aulorUé un grave embarras: jaloux de son indépendance, il n'hésite pas à mobiliser une véritable armée contre le mandarin coupable d'avoir violé les privilèges qu'il s'arroge e» matière de justice ou d'impôt ; il est certains clans du snà

qai, malgré rinterrenlton de la force armée, ne paient jamais plus de la moitié on des deux tiers de leurs taxes ; il en est d'autres qui, séi>arés d'un clan voisin par une inimitié héréditaire, sont dans un état de guerre perpétuelle, SMis que l'autorité officielle puisse imposer autre chose que des trêves.

Oi^nisraes ruraux l'un et l'autre, le clan, dans sa pleine extension du moins, et la commune ne peuvent coexister ; ils représentent deux différents étals de civilisation, deux, phases de l'application d'un même principe de solidarité. Anssi se partagent-ils la Chine : la commune, plus récente, abonde dans les régions septentrionales, plus souvent envahies, plus proches aussi du pouvoir central, elle aasseï de plasticité, malgré sa cohésion, pour n'en pas gêner, pour au contraire en aider l'action. Le clan, plus antique et de texture plus serrée, n'a subsisté pleinement que loin de l'autorité centrale : survivant de l'âge féodal el aristocratique, il est en lutte au moins latente avec l'Élat chinois qui empièle sur lui par l'impôt, par le tribunal, par le code ; il s'accommoderait encore bien moins d'un État de forme plus moderne, exigeant plus de soumission, plus^ d'uniformité. L'autorité qui s'y est maintenue presque anssi forte que diins la famille, en fait un corps résistant, capable d'une action prolongée toute locale ; mais il n'est susceptible que d'une croissance inlerne et lente, et sa constitution lui rend diRicile de s'unir, même passagèrement, au clan voisin. La corporation n'a pas la cohésion du clan, mais formant une élite parmi les marchands, ellereuferme elle-même une aristocratie d'anciennes maiscms ; plus forte pour l'action que la commune, elle porte son acUon plus loin que le clan ; unies, les corporations pea-

vent ébranler la province et l'Ëtat, et elles peuvent s'uDir au loin, soii dîrectemeni, soit par l'iotermédiaire des associations provinciales, qui sont l'expression même du particularisnie, mais qui sont aussi un lien entre les provinces; fondée sur le commerce, la corporation n'a pas d'antipathie, loin de là, pour l'étranger d'outre-mer ; quant à l'association provinciale, elle ne regarde peut-ôlre pas celuici de plus mauvais œil que l'étranger de Chine.

Ces associations sont les seules importantes, les seules ayant une action générale pour de longues années encore, les sociétés secrètes semblant incapables de rien fonder, les églises taoïste et bouddhiste étant alTaiblies et sans cohésion, tes communautés chrétiennes, et même musulmanes, ayant trop peu d'adhérents, étant trop dispersées. Parmi les associations que j'ai étudiées à pur), quatre, corporation, association provinciale, commune, clan, sont dans une jnéme situation en face de l'État : elles jouissent d'une indépendance complète, elles forment, en dehors du gouvernement, au besoin contre lui, des cadres oîi rentre toute la société, par là elles le minent et diviseni l'action politique et administrative. Quant à la famille, communauté trop étroite pour jouer un rôle politique, elle a une importance sociale de premier ordre ; c'est sa stabilité sans pareille qui a maintenu la société chinoise à travers les bouleversements internes et externes. L'existence de tous ces oi^anismes, les principes sur lesquels ils reposent, indépendance réciproque, solidarité dans chacun séparément, autorité issue du culte dans la famille et le clan seuls, partout ailleurs gouvernement de la masse par elle-même, sans votes, sans majorité ni minorité, avec le minimum d'ordre nécessaire pour qu'il n'y ait pas anarchie, tout cela explique, en partie seulement, la faiblesse du gouvernement

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LES ASSOCIATIONS y3

chîooU et sa leateur à se mouvoir. C'est avec ces associations que doit compter l'Etst chiaois, obligé à se moderniser par le contact avec le monde moderne ; les unes sont on principe de stabilité et d'inertie, les aulres de transformation ; les forces étaient en équilibre depuis plus de trois siècles ; aujourd'tiui que l'équilibre est rompu par les actions estérieures, nul ne peut prévoir quand ni comment il se rélablira-

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