LES COURS DE
l'anglais ou le pidgin english, n'est-ce pas renoncer provisoirement aux marchés nouveaux qui nous sont ouverts, nous déclarer contents de notre situation présente, ue pas cherchera éteodre nos débouchés, laisserlaplacelibreànos concurrents? Mais bien plus, ces intermédiaires, toujours coùteus, se trouvent dans une position glissante entre deux chefs de maison, l'un Chinois, l'autre étranger, qui sont incapables de se comprendre ; il est facile au coniprador de faire ses affaires personnelles aux dépens de l'un et de l'autre, de favoriser l'une des parties, de toucher des deux mains; dans le sud, on le voit fréquemment entrer, à côté des commerçants chinois et des mandarins, dans les syndicats qui afferment la perception àuli-km, il se trouve ainsi dans une position encore plus fausse, et sonhonnêteié ne saurait qu'en souffrir. Kn fait, l'extension du commerce étranger n'a pas de pires ennemis que ces auxiliaires traditionnels. Je neparlepas de faux pasplus graves, qui sont assez rares et que l'intérêt bien entendu déconseille au comprador. De toutes façons, les négociants éirangersont avantage à ne pas être livrés pieds et poings liés à des indigènes, si honnêtes soient-ils, à pouvoir les surveiller, saisir une conversation, relire une lettre ou une facture, à entrer en rapports directs avec les mandarins pour les fournitures officielles, avec les marchands ou les producleurs des centres importants ou secondaires de l'intérieur : c'est dire que, sinon les chefs de maison, au moins quelques employés, doivent connaître les Chinois, leurs usages et leur langue. L'intelligence de cette situation, l'énergie déployée à acqucrir.ces notions nécessaires malgré des circonstances rebutantes, ont fait la force et la fortune de quelques négociants allemands, t'aut-il encore énumérer les services que sera capable de
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reajro dans tes chemins de fer, les mines, les usines, la poste (]ui doit être réorganisée, celui quiserafamilieravecles idées et le langage des indigènes ? Quelques jeunes Français sachant le chinois ont été engagés pour la ligne de Péking à Han-kheou : à brève échéance, il en faudra d'autres de tous côtés. Dans un ordre d'idées bien différent, ne seraitil pas ulile aux missionnaires catholiques qui sont en majorité français, quisont soutenus par l'œuvre française de la Propagation de la Foi, ne leur serait-il pas utile d'éludier Kvant de partir, et la langue, et les idées religieuses, et la coutume avec la loi, du pays qu'ils vont évangéliser ? Et encore, au point de vue de la science pure, ne faut-il pati développer l'étude de la langue chinoise, alors que la civilisation de la Chine nous offre des faits sociaux si curieuxî Nous ne sommes plus dans les jours des invasions mongoles, mais les conséquences économiques de la crise actuelle, les moyens qui devront être employés pouren empêcher le retour, préoccupent toutes les Puissances. Il faudra prévoir, il faudra agir; c'est dire que, plus que jamais, on aura besoin d'hommes connaissant le pays, lesmœurs, la langue, capables comme fonctionnaires, ingénieurs, m'-gociants, de servir de trait d'union entre le monde de civilisatiou chrétienne et le monde de civilisation chinoise.
Jusque vers la fin de 1899, les études relatives à l'Extrême Orient étaient en France l'apanage de trois établissements, le Collège de France, l'École des Langues orientales vivantes, l'École coloniale. Sur le premier, consacré à
des recherches de scieDce pure et où ont brillé noa plus grands sinologttes, il n'y a pas lieu d'insister ici. Le dernier, le plus jeune, est principalement consacré à la formalioDdescominissaires, magistrats, administrateurs du service colonial ; d'ailleurs, si une grande place y est faite à rindo-Chioe, les éludes chinoises y sont dans une situation eRacée : ce qui s'e\plique, puisque la Chine n'est pas une colonie. Al'Ëcoledes Langues orientales, non seulement les langues chinoise, annamite, mais aussi l'histoire et la géographie de l'Extrême-Orient sont professées par des hommes compétents; fondée en 1795, celte École a été réorganisée entre 1869 et 1H72 et s'est dès lors rapidement développée, sous l'impulsion d'un administrateur, qui, pendant plus d'un quart de siècle à partir de 1S67, en a fait un modèle pour les établissements similaires, une pépinière d'orientalistes. C'est depuis cette réorganisation quel' élude pratique des langues orientales a pris en t'rance un nouvel essor. Le cours de chinois pratique date en réalité de 1871, quand le comte Kleczkowski, précédemment interprète de la Légation de Franceà Péking, fut chargé de cet enseignement; malgré l'éclat des noms de Bazin et surtout de Stanislas Julien qui l'avaienl précédé, leurs leçons de langue vivante ne pouvaient avoir une valeur sérieuse, puisque ni l'un ni l'autre n'étaient allés en Chine, puisqu'ils n'étaient familiers qu'avec le style littéraire et avec celui des romans. Devéria, titulaire de cette chaire en 1889, ayant résidé longtemps à Péking, joignait à la connaissance des moeurs et du langage parlé une information étendue sur l'histoire et la littérature chinoises ; à la fois érudit et homme pratique, il avait ainsi les principales qualités nécessaires pour donner du recul aux faits exposés sans perdre contact avec la réalité actuelle. Mais, malgré la valeur de ta discipline qui
a formé presq ue tous les sinologues français contemporains, il ne faut pas oublier que, située à Paris, l'École des Langues orientales est avant toutdeslinùe à préparer des interprètes officiels, que les éludes n'y sauraient donc être les plus propres à l'éducation de futurs commerçants devant résider en Chine et y être en relations journalières avec des marchands, des artisans et des ouvriers chinois. La ville de Lyon, malgré ses intérêts immenses en Extrême- Orient, malgré son esprit colonisateur à la fois tenace et hardi, ne donnait aucune préparation spéciale ù ceux de ses enfants qui allaient ta représenter sur les bords de la mer de Chine, dans la vallée du Yang-tseu, dans les îles japonaises.
Cependant, à Lyon même, on avait déjà tenté d'acclimater l'étude de la laoguejapunaise ; depuis une dizaine d'années, des esprits perspicaces veillaient; dans divers milieux, l'idée était née et mûrissait d'un enseignement colonial adapté aux besoins de la région, on cherchait quelle était la meilleure forme ù donner à celle création. Finalement la Chambre de commerce de Lyon, au mois de novembre 1899, ainauguré divers cours coloniaux et, plus récemment, grâce à l'appui du gouvernement général de l'Indo-Chine, a pu y ajouter un enseignement portant sur les mœurs et la langue chinoises.
Cette création, suite naturelle de la Mission lyonnaise d'Extrême-Orient, vient à son heure, quand les entreprises en Chine sortent de celte période de (lèvre qui avait suivi la guerre sino-japonaise et la prise à bail de Kiao-tcheou, quand l'on arrive à une époque d'éludés, d'efforts sérieux et de premiers résultats, que ne saurait interrompre l'anarchie des provinces septentrionales; elle vient à son heure à tel point qu'au delà des frontières on a songé déjà à
l'imiter. Peu après le départ àe la Mission lyoniipise, l'Angleterre chargeait officiellement d'une tournée dans les ports de Chine et de Corée M. Byron Brenan, tindi" que M. Bonrne avec deux collaborateurs allait étudier sur place la question des cotonnades et celle des /f-V> ^i*' jourd'hui il est question d'organiser à Londres, au pointde vue commercial, des cours de chinois avec un pro'csseur anglais et deux répétiteurs indigènes. L'Allemagne, qui a copié il ïa une quinzaine d'années notre École des Langues orientales, qui, après Simonosélii, a envoyé une mit^sion commerciale dans les ports de la câte et du bas Yang-tseu, ne se contente pas des cours de chinois de Berlin, de ceux de l'École de commerce de Leipzig, et quelques Allemands se préoccupent de la pousser plus avant dans celte voie. Ces imitations, ces tendances prouvent avec quelle justesse l'initiative s'est appliquée au point où l'eRort est nécessaire, ofi il doit être fructueux ; elles indiquent auSHÎ avec quelle vigilance il faut développer ce germe pour lui faire porter sans retard toute la récolte qu'on est en droit d'attendre. Nous avons l'avance sur ce point, il faut la conserver; d'autant que les événements de ces derniers mois ont brutalement imposé le problème chinois à l'attention des Puissances et que partout l'intérêt pris aux choses de l'Extrême-Orient a redoublé, en Allemagne comme aux Ëtats-Unis, en Russie et au Japon.
Aussi bien te terrain est chez nous mieux préparé qu'en Angleterre pour une fondation de ce genre; l'oi^eil bri- Maurice Courait. — En Chine. 17
unniquc tient toujottrs les ftidigines (tovr des êtres ioréricurs, les écnm et dédaigne d'kpprendrs leur langage, de comprendre leurs moeurs ; il méprise tout ce qui n'est pas uglais. Si vom avei «Staire à un commerçant anglais, force vous eA de psrter sa langue, il n'en sait pas d'autre : «t de là l'extCBsion dans les grands portsd'Extréme-Orient du pidgin english, mélange bâtard d'anglais et de chinois, Jargon qui n'est parlé que dans les porla, et dans ceux-ci seulement par les gens qui sont en rapports avec les Europëens,>.'o/Rpradors,interpr«teset^i/s. Mais,daDs les ports mêmes, un bon nombre de Chinois l'ignorent; dans l'intérienr, personne n'en a connaissance; enfin si ud contrat, si une pièce quelconque doit être rédigée, jamais elle n'est écriteenpitfyin. Celte sorte de langue franque est une barrière ^tre l'Européen et l'indigène ; elle est le retranclieoent leplusfortde cesinterprèteselcompradorâ qu'il Taudrait au moins surveiller. Si les Anglais se contentent du piégin english, nous, dont le caractère est moins raide, dont l'oreille est moins rdielle, nous devons tirer avantage de noire souplesse : et comme le petit marchand, l'artisan, rhonune de l'intérieur n'apprendront pas de longtemps une Uagoe européenne, c'e^t à nous, qui voulims trafiquer avec eux, d'apprendre le chinois.
Mais, dira-t-on, la langue cliinoise a un grand nombre de dialectes dont quelques-uns sont presque des Ungues à part. Cela est vrai; mais il y a la langue commune, que parlent partout les personnages officiels et leur entourage, qui, sousdiverses formes très voisines, est la langue des trois quarts delà Chine et spécialement d'une partie du Koang-si, duVun-nan, du Seu-tchltoan, les provinces les plus proches du Timkia, telles qui sont aatureUeaKat ouvertes au développenent de notre conmerce, ée notre induré; et si celui
qui sait la langue commune ne comprend pas le cantonais par exemple, du moins les deux idiomes sont assez voisins pour qu'en peu de mois il puisse se mettre au courant du second. Il faut ajouter que partout la langue écrite est la même. Mais, dira-ton encore, le chinois, la langue écrite surtout, ne se peut apprendre, il y faut la vie d'un homme; le lettré qui se présente aux examens à soixanle-dix ans, oe la connaît pas encore ù fond. Peut-être ce leitré que l'on me cite n'esi-il pas des plus forts parmi ses pareils, car on voit des candidats heureux de vingt ans et même moins. D'ailleurs il ne s'agit pas de passer les examens en Chine, et la mullilu-ie de connaissances historiques, littéraires, prosodiques, philosophiques qu'il y faut montrer, ne serviraient de rien à nos commerçants et à nos ingénieurs; les marchands, les artisans, le peuple chinois n'en oot qu'une teinture superficielle et ils parlent, ils écrivent dans nne langue simple, nette, qui est aussi celle des lettrés et des mandarins dans la vie habiluelic, dans les questions d'iifTaires. Cette langue pratique, on en peut en deux ans de travail, à raison de peu d'heures par semaine, acquérir une connaissance suffisante, il ne faut donc pas que l'étude du chinois soit un épouvantail; bien des gens l'ont appris, el qui n'étaient pas exceptionnellement doués ; c'est par suite d'un malentendu que l'on parle ici d'impossibilité, il n'y a qu'une certaine difficulté. Le mot impossible n'est pas français ici, pas plus qu'ailleurs. Il ne faut pas qu'un pareil malentendu subsiste : car de telles erreurs paralysent les bonnes volontés el rendent plus difficiles et plus rares les initiatives fécondes comme celle dont je viens d'entretenir le lecteur.
l'édiicatiom de la cuine
et le bole que la france y doit jouer
(publié en juin 1899j
Si depuis le xviii° siècle quelque chose a changé dans la Chine à l'égard des étrangers, c'est la méfiance qui s'est accrue; mais ne pourrait-oo essayer de lui montrer qu'il y a en Occident autre chose que des missionnaires, des diplomates et des cuirassés? Les esprits curieux ne manquent sans doute pas à Péking plus aujourd'hui qu'au XVII" siècle: sur le terrain de la science désintéressécj le rapprochement demeure possible; non pas que les Chinois soient directement accessibles à la science pure; maislc:s résultats des mctiiodes scientifiques, qu'il s'agisse des découvertes d'un Pasteur ou des applications d'un Edison, sont assez frappants pour s'imposer aux esprits subtils et naïfs des mandarins. Un missionnaire américain, le Rev. G. Reid, s'eirorce de fonder à Péking un Institut international, oii chaque nation entretiendrait, de ses deniers et avec ses professeurs, un établissement scientilîque, musée, bibliothèque, laboratoire, école; la direction générale, donnée par nn Conseil où chaque établissement serait repré-
l'éducation de I.A chine. — RÔLE DE LA FRANCE 261
sente, aurait à maintenir la neutralité nationale et confesgionnelle de l'inslilut. 11 faut louer le Rev. Retd de reprendre l'idée desJésuïtesd'antan et d'avoir compris comme eus la nécessité, pour atteindre les hautesctasses chinoises, de créer un terrain neutre d'où soit bannie toute compélilion, où puisse se rencontrer une élite de Chinois et d'étrangers pour y faire connaissance, pour s'étudier et se pénétrer sans arrière-pensée. Et l'on peut espérer que, après avoir pris contact avec la science occidentale, les Chinois se rapprocheront aussi de ce qu'il y a de moral et d'intellectuel dans notre civilisation, seront à la longue pénétrés par un peu de ce qu'elle contient d'humanisme et de christianisme ; c'est ce que nous voyons se faire au Japon ; c'est sans doute l'avenir que M. Reid escompte déjà, hien que l'exposé tout pratique de son plan insiste uniquement sur le côté technique et scientifique de l'Institut.
En Chiue même, il est quelques hommes d'Ëtat qui commencent à se ren dre compte de la situation présente faiie à leur pays; ils sentent ce qu'il y a de factice dans l'isolement moral où il est resté, alors que la vapeur^ le canal de Suez, le télégraphe ont mis l'étranger à ses portes et dans son sein. L'Empereur même, l'an dernier, cherchait avec ardeur un remède et, pour centre de ses réformes, il prenait la création d'une Université, la refonte de l'instruciion publique; les langues vivantes, les sciences maihématiques, physiques el naturelles, historiques et politiques de l'Occident étaient mises dans les programmes auprès de la philosophie, de l'histoire, delà littérature nationales. On sait que, malgré l'échec des radicaux chinois et de l'P^mpereur à leur tète, l'Université a été ouverte, qu'elle est au moins tolérée par le nouveau gouvernement; il faut aussi, en vérité, que les dispositions oflîcielles à l'égard des sciences
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européennes ne soient pas trop déEavorables pour que le Rev. Iteid ait reçu du Tsong-li yamen une lettre où les ministres cfainois disent : « Nous assurons ce missionnaire que, si sou plan s'exécute, si-la réalisation cwrespond au projet, en sorte qu'il en résulte du bien et non du mal, ce Conseil, après avoir dûment examiné les choses, lui donnera de nouveaux témoignages d'approbation. » On ne pouvait attendre davanuge d'un corps officiel chinois. D'autre part, il ne faut pas oublier que, depuis cinq ou six ans, il s'est formé dans diverses provinces, an Hou-nan même, la région la plus conservatrice, un parti comprenant des commerçants avec des lettrés et qui veut introduire l'étude des sciences étrangères. Parmi les adhérents de ces nouvelles idées, on compte plusieurs hauts mandarins en charge, et leur adhésion, pour être purement privée, n'en a pas moins de signification ; c'est ainsi, par exemple, que le vice-roi Tchang Tchi-tong a écrit et répandu partout un court traité où il exhorte ses compatriotes à voyager et à s'instruire dans toutes les connaissances pratiques. Or, le vice-roi Tchang, plusieurs autres vice-rois, un gouverneur, plusieurs intendants de cercle ont déjà prouvé l'intérêt actif qu'ils prennent au projet d'Institut, en souscrivant une somme de 50.000 francs. On peut croire que beaucoup d'autres, à l'imitation du Tsong-Ii yamen, restent momentanément sur la réserve et attendent, pour se prononcer, qu'il y ail un commencement d'exécution et de succès. Aussi, bien que ce soit à la Chine, principale intéressée, que doivent, en bonne justice, incomber les frais de la fondation, le Itev. Reid a compris qu'il serait imprudent, pour les débuts, de compter uniquement sur elle et qu'il est indispensable que les étrangers apportent leur concours. Les résidants de Chine ont donc formé des co-
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mitùs et souscrit !^3.000 francs ; bon de Ghiue, plus de âoO.OOO fraocs sont déjii assurés.
Quel iniiirtîl peut engager les Occtdeutaux dans des dépenses considérables pour instruire la Chine? Je tiens à poser netiemeDi d'abord qu'il s'agit de diminuer la distance entre la Chine et l'Europe, non pas de la supprimer, l'assimilatioQ, même prévue à longue échéance, est un rêve qui ne tient pas compte des différences réelles des races et, en face des dimensions énormes de l'Empire Chinois, il faut plus que partout ailleurs écarter de pareilles illusions. Les anciens missionnaires, au moyen des sciences, cherchaieni à étendre et faire accepter te christianisme ; aujourd'hui, il s'agit de faire pénétrer discrètement (fuelquesunes des notions principales de notre civilisation. Les seuls qui aient songé ù cela dans une période récente, ce sont encore des missionnaires; en dehors d'eux, depuis plus de cinquante ans, tanlàt on a tenu les Chinois pour des brigands sans foi ni loi et l'on a traité avec eux par prises de gages ou à coups de canon; et a|)rès ces heui'es de crise, on a admis que la Chine est un Ëtat civilisé, aeceplant de bon cœur des conventions imposées, tout prél à se soumetlreànotre droit international, dont il connaît peut-être la lettre, mais que beaucoup, au Tsong-li jamen même, tiennent pour x un livre européen » ; ce n'est pas en quelques dizaines d'années <|ue des esprits non préparés par une longue hérédité peuvent saisir le sens de nos principes abstraits, résultat de toute une évolution ; mais le Chinois étant un homme, il fallait qu'il comprit, de pur le postulat de la raison universelle ; s'il ne se soumettait pas à noire évidence, c'était mauvaise volonté ou mauvaise foi. On n'a pas eu l'idée que, pour l'acheminer à agir selon nos principes, il fallait patiemment, et en débutant par ce
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qui est vraiment universel, par les vérités mathématiques elles faits physiques, t'accontumer d'abord à nos méthodes, puis lui faire apprécier les résultats. Toutefois, les coueessions de tous genres arrachées par les menaces ou prises les armes à la main, ces violences ou ces pressions morales qui se succèdent naissant l'une de l'autre depuis quelques années, le règne de la force en un mot, tout cela n'est pas de tous points satisfaisant. Jusqu'ici on n'a eu affaire qu'à un gouvernement assez faible, aux rouages mal emboîtés, dépourvus de précision et de rapidité ; mais ce gouvernement s'affaiblit encore par les succès mêmes que l'on remporte sur lui, et. le jour oii il disparaîtrait, que trouveraiton ? Des associations de toutes sortes, puissantes ou faibles, partout présentes, avec qui le contact ne tarderait pas à devenir froissement ; des populations qui ont plus d'union locale et provinciale que d'unité nationale, et dont quelques-unes, au Fou-kien, au Koang-tong, au Hou-nan, au Seu-tchhoan, sont énei^iques et n'ont qu'antipathie à l'égard des étrangers. Le jour où l'on en viendrait à ce partage de la Chine, dont les journaux japonais ont été, je crois, les premiers à parler, quelles difRcuUés ne trouverait-on pas à conquérir et à garder des régions montagneuses, peuplées de millions d'hommes, situées à des milliers de kilomètres des côtes ? Il est douteux que l'Occident puisse faire en Chine ce que les Anglais font dans l'Inde, non pas que les Chinois, instruits et encadrés par les Européens, ne puissent faire de bons soldais; mais parce que, avec de réelles diverdtés de race, ils sont cependanttrop unifiés par deux mille ans de civUisation commune pour qu'on les puisse garder les uns par tes autres. Combien alors faudrait-il d'hommes et de millions pour maintenir l'autorité occidentale î N'y eiît-il pas d'autre
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l'éducation nE la chine. — rôle de la France ger.
motif et ne fat-on pas fondé à redouter les complications européennes qui naîtraient d'une conquête et d'un partage aussi gigantesques, que cela devrait être sut^sant pour engager l'Europe à venir en aide à la Chine plutôt qu'à la dépecer. Sans doute il sera difficile de la guider avec tact et fermeté dans des voies nouvelles, de lui apprendre à garder ses instilulions fondamentales, tout en s'accommodant aux retalions qu'elle doit entretenir avec l'élranger; mais ne serait-il pas encore plus difRcile d'établir et d'assurer l'ordre dans une société construite à neuf, après avoir détruit celle qu'ont édiliée trente siècles de civilisation ? Et si cette tùclie ardue n'est pas sans utilité, elle ne sera pas sans gloire ; elle ne sera pas sans proAts non plus pour les nations qui l'entreprendront, profits qui seront d'abord une augmentation d'influence, qui se présenteront ensuite sous forme d'avantages commerciaux et industriels non moins appréciables.
Maîtres de la plus grosse partie du commerce de Cbine, les Anglais occupent ainsi une situation prépondérante qui, de longtemps, ne saurait leur être enlevée; mais ils s'appuient, d'autre part, sur des missionnaires dont l'influence n'est pas à négliger non plus. Les Missions protestantes, à l'apostolat, joignent toutes des œuvres médicales ' qui aceroisscnt le nombre de leurs clients ; dans les porls, elles ont des écoles oit l'anglais est enseigné autant et plus que le chinois ; depuis quelques années, elles ont fondé à Péking, à Thien-tsin, à Nanking des établissements d'instruction supérieure qu'elles nomment Universités : la langue anglaise, les sciences exposées en anglais et à l'anglaise, établissent entre Anglais et Chinois des liens sur les{(uels on ne saurait trop insister et qui compensent les dépenses considérables que l'Angleterre l'ail pour ses Missions.
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La France, par ses aumônes, est le principal soutien de l'Œuvre de la Propagation de la Foi; elle exerce, en Chine comme en Orient, son protectorat sur les Missions catholiques. Qu'a-t- elle à mettre en face des institutions créées par les Missions protestantes? il est d'abord quelques remarquas générales à faire : c'est le l)on marché de la propagande catholique (en toutes matières, et quoique l'on en ait, on rencontre la question d'argent] ; là oîi un missionnaire catholique, vivant pauvrement à b manière des indigènes, coûte 600 francs par an, un missionnaire protestant, avec femme et enfants, en coûte 6.000. C'est aussi la facilité que le prêtre catholique, célibataire, a de pénétrer dans rintërîeur, et c'est la répulsion que le Chinois ressent tonjours pour un prêtre marié, bien plus, et sans aucune juste raison, pour ces missionnaires qui vivent cote à côte avec de nombreuses dames missionnaires, parfois sous le même toit; c'est, enfm, l'aptitude supérieure du prêtre catholique pour l'apostolat et pour l'instruction, auxquels il se voue tout entier, sans arrière-pensée, sans soucis domestiques. Le fait est reconnu même dans les colonies anglaises.
Ces remarques ne sont pas neuves ; mais elles dominent toute la question : mieux douées que les Missions protestantes malgré des ressources moindres, les Missions catholiques obtiennent plus de résultats. Elles ont compris dans ce siècle, comme il y a deux cents ans, l'importance de l'instruction pour l'influence religieuse et nationale ; lorsque les églises de Péking furent rendues aux Lazaristes en 1860, Mgr Mouly, vicaire apostolique, conçut l'idée d'établir un collège fi-anco-chinois où l'on instruirait des jeunes gens dans la langue française et dans les sciences occidentales; se trouvant à Paris en 1801, il essaya, sans
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l'éducation de tA CHINE. — RÔLE nE LA FRANCE 267
succès, d'obtenir un appui pécuninire da gouvernement ; poursuivant, cependant, Vexécation de son plan, il se fit envoyer (186i) deux professeurs spéciaux, dont l'un, l'abbé David, s'est fait, depuis, un nom par ses travaux d'histoire nalarelle. Cette tentative ne fut pas goûtée : au bout de quelques années, le cours de français du Nan- Ihang disparut, quelques-uns de ses élèves passèrent au ThoQg-oen koan, école dépendant du Tsong-li yamcn : parmi eux se trouvait un jeune bomme qui, devenu représentant de la Chine dans divers pays étrangers, est bien connu aujourd'hui et apprécié parmi nous.
Quelques années plus tard, après 1870, Mgr Delaplacc reprit le projet de son prédécesseur : il fit construire des dortoirs, des salles d'étude et de classe; il lit venir des livres classiques, des cartes murales; mais, faute d'appui extérieur, l'œuvre ne put se développer, et ce fut encore un échec. Ces efforts réitérés étaient faits uniquement aux frais de la Mission ; or, si la Congrégation des Lazaristes esi française, il ne faut pas oublier qu'elle compte dans sou sein des Allemands, des Italiens, des Hollandais ; tous s'associaient, cependant, à l'œuvre conçue par les évèques, ne se souvenant que de leur sympathie pour la France et de la protection donnée aux intérêts catholiques.
C'est encore ii la Mission seule qu'est due une troisième tentative : à la fin de 1888, Mgr Tagliabue, qui avait une expérience personnelle des écoles chinoises, désireux, pour le collège du Nan-thang, de substituer aux vieilles routines chinoises un enseignement intelligent, s'adressa à l'un de ses missionnaires, récemment arrivé de Smyme, et lui confia la réorganisation du collège. Ce modeste prêtre, l'abbé Capy, doué d'un zèle religieux intense et d'un patriotisme non moins ardent, se mit aussitAt à l'œuvre avec
la discrëtioa nécessaire pour ne pas effaroucher les parents pur des ionovations brusques; au mois de février 1889, il commença d'enseigner ans élèves quelques mots de français pendant les récréations ; quelques jours plus tard, un peu de temps fut prélevé sur les études; puis on distribua des cahiers, des plumes; un professeur, puis deux furent adjoints au directeur. Si bien que, au mois de juin 1890, celui-ci pouvait annoncer l'existence de trois cours ayant une centaine d'élèves qui, chaque jour, ceux des cours moyen et supérieur du moins, consacraient la moitié de leur temps au françaisetla moitiéau chinois. Le français, étudié comme langue, servait de plus à renseignement de l'arithmétique, de la géographie, des éléments des sciences occidentales ; les élèves en recevaient ainsi des notions plus pratiques ; ils en venaient naturellement à le considérer comme la langue même de la civilisation européenne et, par l'habitude journalière, acquéraient, avec les phrases, quelque chose de la tournure d'esprit et de la métliode occidentales. Aux études chinoises, s'adressant purement à la mémoire suivant la routine habituelle, on availajouté quelques exercices d'explication, dont on reconnut bientôt les bons résuluts ; il avait, en effet, semblé important que les jeunes Chinois apprissent à fond leur langue naturelle, afin de ne pas devenir des étrangers pour leurs compatriotes et d'être capables de rendre des services là où la vie les placerait : trop souvent on a vu des Chinois fiers de leur connaissance des langues étrangères négliger totalement leur idiome et leur littérature d'origine et, sans acquérir les qualités des Occidentaux, perdre les vertus de leur propre race. La direction imprimée dès le début aux études montrait ainsi, dans celui qui la donnait, les qualités d'un pajchologne avisé etd'uQ homme qui con-
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l'éducation de la chine. — nÔLE DE LA FRANCE S69
nait les Orientaux. On reconnaissait le même sens de la n^alité dans la décision prise, contrairement à une coutume assez répandue en Chine, de ue pas donner un enseignement gratuit : là-bas, plus qu'ailleurs peut-être, on estime doublement ce que l'on achète et les élèves payants travaillent toujours mieux. D'ailleurs, des remises totales ou partielles, accordées sons Tonne de pensions payées par des bienfaiteurs (l'évêque et la Mission prirent à leur charge plusieurs de ces pensions), corrigeaient la rigueur du principe en faveur d'enfants bien doués et dignes d'intérêt. Enfin, l'admission d'élèves non chrétiens en grand nombre montrait la largeur de vues de la Mission qui comprenait qne l'instruction et l'éducation morale distribuées par elle, en dehors de toute prédicadon religieuse, ne ponv^ent qu'amener des prosélytes à la foi chrétienne et des amis à la France.
La rentrée de 1890-1891 fut brillante, avec plus de demandes d'admission qu'il n'y avait de places. Pour assurer son œuvre et ne pouvant distraire de l'apostolat un grand nombre de ses membres, la Mission, agissant toujours seule et sang aide, avait résolu de faire appel aux Frères Maristes comme professeurs. Les pourparlers aboutirent et, en mai 1891 , le collège, dont j'ai raconté la fondation, fut remis à ces nouveaux maîtres qui y ont aujourd'hui cent cinquante élèves. A la suite de ce premier succès, la Mission fonda à Thien-lsin, en 1895, une petite école franco-chinoise qui vient d'être agrandie en obtenant le patronage officiel de la Municipalité française : les cinquante places disponibles onl été prises dès le premier jour. Thien-lsin aaussi un collège européen oîi professent les Frères Maristes. A Changhai, ce sont encore eux qui dirigent et le collège européen et l'école municipale française; celle-ci copipte cent
quarante élèves, el le CoDseil municipal projette de la reconstruire, de l'étendre, d'y installer des cours destinés à former des interprètes connaissant à fond la langue officielle, capables de rendre des services et à nos consuls en Chine et à dos résidents au Tonkin. A Canton, enfin, une école analogue va être fondée, si ellen'est déjà ouverte(l). On le voit, si les Anglais avaient et onteucore une avance considérable, cependant, depuis dis ^s, les missionnaires que nous protégeons ont travaillé sans bruit, non sans succès; il existe aujourd'hui, en Chine, un enseignemeot primaire et secondaire donné en français. Les écoles, peu nombreuses, ont déjà produit des résultats, elles ne demandent qu'à vivre; trop longtemps, elles n'ont rencontra de la part de beaucoup de nos compatriotes d'Extrême- Orient qu'indifférence et railleries; heureusement, il n'en est plus ainsi ; les représentants de la France aussi bien que les corps élus des concessions françaises comprennent quelle œuvre patriotique la Mission des Lazaristes a inaugurée, et montj'enl pour les collèges franco-chinois un intérêt actif. Mais ce qu'il faut de plus aujourd'hui, à l'heure où la concurrence anglaise est plus vive que jamais, à l'heure oii nous voyons les Russes, qui ne s'intéressaient pas jusqu'ici eu Chine à la propagande religieuse ou nationale, faire établir par le Tsong-li yamen un collège russochinois où l'on formera des interprètes, des employés pour les chemins de fer du nord, des agents et des amis de la Russie ; ce qu'il faut, c'est fournir aus collèges existants des ressources leur permettant de se développer, d'augmenter le nombre de leurs élèves, d'appeler plus de
(1) U en eiisie aujourd'hui dans d'autres provinces méridiooales. Voir sur cette question \illcuue internalionoU de CEnseianemtnl Av. 15 mai 1901.
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l'éducation de la CHINE, — RÔLE DE LA FRANCE 271
proresseurs français ; c'est aussi fonder de nouvelles écoles. Les jeunes gens qui sont sortis des collèges francochinois ont tous trouvé place auprès des ingénieurs étrangers, dans les municipalités, dans les maisons de commerce non seulement françaises, mais même anglaises: les postes impériales qui devront être sous rinflueiicc de la France, les télégraphes qui ne sont pas anglais, mais chinois, les chemins de fer où la France, la Belgique ont une large part, la frontière du Tonkin avec les relations croissantes entre Français et Chinois, leur fourniront de larges débouchés; on peutcroire que pendant desannées la demande sera supérieure à l'oliri:. Il est donc temps qu'en France nous apprenions à connaître et à apprécier, que nous nous décidions k soutenir l'œuvre d'éducation entreprise par nos compatriotes, au moyen de notre langui-, dans l'intérêt de la grandeur nationale; il serait digne de ceuxqui comprennent l'importance de la question de Chine, et qui veulent que ta France y joue le rôle qui lui revient de droit, de se réunir et de concerter une action énergique en ce sens.
Mais ce n'est pas tout, et j'arrive maintenant à Finstruction supérieure, complément indispensable de l'in^ruction primaire et secondaire. On n'ignore pas ce que des missionnaires français ont fait depuis quinze ans à Beyrouth; comment, ik côté d'une Faculté de médecine américaine de nom, anglaise de tendances, ils en ont fondé une française, qui délivre des diplômes admis en France et dans l'Empire Ottoman, et dont les élèves diplômés, déjà au nombre de plus de cent, sont allés répéter le nom de la France dans tous les coins de l'Orient musulman. La médecine est, en effet, l'une des sciences qui présentent le plus d'utilité im* médiate et qui, sonlageant les nùsères humaines, tîrappenl
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le plus les imaginations ; en Chine comme en Syrie, les Missions protestantes se sont fait une importante clientèle par leurs œuvres médicales. Mais il s'en faut, en Estréme- Orient du moins, que la valeur professionnelle des médecins anglais soit souvent k la hauteur de leur zèle. Pourquoi quelques-uns de nos jeunes docteurs, si nombreux et à.qufîl ne manque en France que l'occasion d'employer leur activité, n'iraient-ils pas dans quelques centres chinois mettre en œuvre leur science, bien supérieure à celle de leurs confrères anglais, et répandre en même temps l'influence française t II ne s'agit pas, sans doute, pour un médecin français, d'aller tout simplement chez les Chinois chercher une clientèle qui serait peu nombreuse et surtout trop pauvre; il faudrait qu'une certaine organisation intervînt, et comme les Missions catholiques, à la différence des Missions américaines et anglaises, n'ont pas les ressources nécessaires pour s'attacher desmédecins à leurs frais, il faudrait que l'impulsion vint en France de ceux qu'intéresse à un titre quelconque noire rôle en Extrême- Orient. Je ne prétends certes pas tracer un plan, mais indiquer un ordre d'idées réalisables et fructueuses. Sans doute, les choses ne se passeraient pas du tout comme à Beyrouth. Peut-être les autorités provinciales chinoises fourniraient-elles quelque appui : dès le commencement de la guerre sino-japonaise, le vice-roi Li Hong-tchang créa à Thien-tsin unliôpital auquel étaient adjoints quelques cours fails par un médecin cantonais.un anglais et un américain; aucunmédecinfrançaisnese trouvait dès le début prêta accepterune situation de ce genre. En 1895, un de nos compatriotes, le D'" Dépasse, fut attachf^ à l'hôpital ; par sa science approfondie, par son habileté à s'entendre avec les Chinois, par Taménité de ses manières, il sut rapidement se faire une
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situation exceptionnelle dans lemoadcofiicieldeThien-tsin et même de Péking, tandis que ses collègues américain et anglais ont perdn tout crédit par leur insuffisance médicale autantque parleur raideurtout anglo-saxonnejecrois même que, depuis plus d'un an, ils ont disparu de l'hôpiul du vice-roi. N'y a-t-il pas là ud germe d'enseignement supérieur français que l'on pourrait avec quelque adresse faire fructifier? D'autre part, les Jésuites, qui ont fondé la Faculté de Beyrouth, ont aussi, dans leurs Missions de Chine, des médecins de valeur, et ils ne refuseraient pas làbas le concours qu'ils ont si efficacement donné ici à l'influence française.
Je n'ai parlé de la médecine qu'à titre d'exemple et parce qu'il existe des précédât». Mais l'aménagemeDt des cours d'eau et des mines, ta construction des chemins de fer et des ponts exigeront un personnel considérable, qui pourrait être en partie formé parmi les Chinois, sinon pour la direction, tout au moins pour l'exécution et les postes subalternes. Le développement de l'instruction supérieure et technique en Chine sera, pour qui l'entreprendra, une source assurée d'influence; nous devons nous en préoccuper sans tarder, puisque nous avons entre les mains des agents aussi dévoués, et qui ont déjà tant fait par eux-mêmes. Ce n'est pas, on peut le croire, du gouvernement chinois que viendra l'opposition contre le rôle nouveau qui serait ainsi attribué aux Missions catholiques ; il faudrait, bien entendu, que les écoles ne mêlassent pas le prosélytisme à l'enseignement ; les Missions ont déjà compris la nécessité de cette distinction. Dans ces conditions, le gouvernement de Pékîng donnerait sans doute volontiers une place ofScielle aux missionnaires protégés français, ne serait-ce que pour contrebalancer d'autres influences de plus en Maurice CouRAUT. — En Chine. 18
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plus pL-santes; peut-être ne ruut-il pas clierclii^r d'autre raison que celle-ci au dccrei impérial rccemment parvenu en Europe et qui établit une assimilation de rang, règle avec une précisiou nouvelle les relations entre les mandarins, d'une pan, les évêqoeset les missionnaires, de l'autre. Tels sont les faits acquis. lU ne sauraient être oubliés par les hommes qui sont déjà entrés ou qui entreront dans le comité national d'initiative l'onué pour donner suite, en France, au projet du Rev. Heid dont j'ai déjà parlé. C'est à aU'ermir et étendre ce que nous avons déjà, que doivent, avant tout, être consacrés notre activité et notre argent, si, comme il est à souhaiter, nous eu trouvons à dépenser pour rédncaliou de la Chine. Devons-sous, pour cela, nous tenir à l'écart de l'InstUut international? Ce serait, je crois, une erreur; le plan n'en est ni national, ni conTessionnel : il y a place pour tous dans une ceuvre aussi grande, et l'influence de chacun s'exercera en raison des services qu'il rendra, de la hauteurdevues, dudésintéressementmèniedontiirerapreuve.Loind'élreenoppositionavec les établissements français dont j'ai parlé, l'Institut projeté en est en quelque mesure le complément : les Écoles ne s'adressent qu'aux étudiants, l'instilul, sorte d'extension universitaire, veut atteindre et atteindra sans doute ceux qui n'étudient plus, les mandarins, ceux qui se bornent à des éludes élémentaires, les marchands ; le flot de provinciaux qui traverse sans cesse la capitale, prendra quelque teinture des idées européennes dans les musées de l'In^titui , dans ses bibliothèques, à ses conférences et les répandra dans tout l'Empire. On réclame le concours de la science française; la France, soucieuse de sou rôle intellectuel, de ses intérêts aussi, ne saurait le marchander. Mais, elle ne saurait non plus oublier que son premier devoir et son
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premiei' iuiér^t, c'est de sauvegarder les écoles franco-clii- Doises, de donner loui leur développement aux œuvresfondées avec tant fie patience et de dévouement par le patriotisme de quelques-uns de ses enfants.
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