AUTOUR DE LA COTE. MANQUE DE CONNAISSANCES TOPOGRAPHIQUES, — FLORE
JJ ES ILES* — VOYAGEURS OUHLlÉS, — - SUPERSTITIONS ET CROYANCES» ■ — CROQUIS D'HISTOIRE*
par les Japonais sur les eôtes de Corée, on connaît mal encore les nombreuses îles
récifs qui font de ses bords la terreur de tous les marins.
Jusqu’au voyage de Y Alceste et de la Lyre en 1861, la position de ces groupes détachés d’îlots rocheux n était marquée sur aucune des cartes japonaises ou chinoises de l’époque. Dans la carte de l’empire préparée par les jésuites à Pékin, au dix-septième siècle, 1 espace à présent occupé
et archipels, les bancs et les
FETICHES, PRÈS DE SEOUL
couvert par un éléphant
par l’archipel coréen était
dessi
me
signe conventionnel d’ignorance usité par les
cartographes d’alors. Dans les vieilles cartes du pays, la terre ferme comprenait des groupes d’îles, car la plus médiocre connaissance de la configuration physique de leurs côtes régnait parmi les Coréens. A une date tout à fait récente, le gouvernement coréen a toutefois reconnu ce fait, et au commencement de l’année 1903 il a demandé au gouvernement japonais de lever le plan complet du Royaume Ermite. Ce travail est maintenant en cours d’exécution, et le tracé des côtes est déjà achevé.
La côte de Corée est remarquable par le nombre de ports spacieux qu’elle offre. A l’ouest et au sud, des vestiges de la période volcanique, que le pa} r s a en partie traversée, se montrent à la fréquence des groupes d’iles. Rien que d’un pic situé sur l’une des petites îles en face de la côte sud-ouest, on peut compter jusqu’à cent trente-cinq îlots, s’étendant au nord et au sud, et servant de rendez-vous aux oiseaux de mer; îlots désolés et presque inhabités. Nombre d’îles parmi le& plus importantes sont cultivées et fournissent un abri et un solitaire séjour à de petits groupes de pêcheurs.
La navigation dans ces parages est particulièrement dangereuse. Beaucoup de ces îles sont submergées par les grandes marées, et la violence de la mer fait qu’on ne peut reconnaître la direction des chenaux. En l’absence de cartes marines et terrestres, ces rivages bordés d’îles ont été le théâtre de nombreux naufrages ; les navires hollandais, américains, français et anglais se suivant dans une lugubre et silencieuse procession vers un but commun : la captivité à terre ou la mort dans les flots.
Certains de ces infortunés marins ont survécu à leurs épreuves, laissant, à la façon de Hendrik Hamel, le subrécargue de la frégate hollandaise Sparwehr , qui
échoua à la hauteur de Quelpart en 1653, des souvenirs et des récits de leurs aventures à la postérité incrédule. ^ . La plupart des îles qui bordent la côte sont boisées.; Gomme elles sont très belles d’aspect et très dangereuses d’approche, on les considère avec un sentiment mêlé de respect et de crainte superstitieuse, différant peu, dans son expression, de la crainte qu’éprouvaient les anciens ‘:; à l’égard de Charybde et de Scylla. De plus, leur isolement en fait le centre d’un grand commerce de contrebande entre la Chine et la Corée ; par leur situation sans défense elles sont une proie facile pour tout pirate qui a l’envie de les ravager.
Les îles qui bordent la côte sud-ouest sont le réfuge de nombreux animaux. Les phoques jouent et folâtrent à l’aise parmi les rochers. Les cimes boisées sont riches en gibier : sarcelles, grues, courlis, cailles, s’y reproduisent. La côte est un lâche terrain de chasse pour lès naturalistes, et on trouve dans tout l’archipel une grande variété de poissons. On peut recueillir un grand nombre d’éponges très diverses, et les bancs de corail avec leurs couleurs vives et leurs tons délicats, composent un jardin de mer d’une splendeur et d’une, richesse de teintes sans égale. La flore de ces îles présente un aspect non moins caractéristique du paysage d’été. Les lis ronges, éclatants et gigantesques, les marguerites, les asters, de nombreuses variétés de
cactus poussent à côté de curieuses fougères, de palmiers et de plantes grimpantes, presque tropicaux dans leur caractère et leur profusion, et qui supportent cependant la froide température de l’automne et de l’hiver, pour renaître au printemps avec une beauté nouvelle. L’air vibre du chant et du bourdonnement des insectes, le jour limpide se pare de l’éclat des papillons. Des
hérons d’une blancheur de neige se tiennent sur les écueils. Des cormorans, des oiseaux plongeurs et des canards peuplent les récifs et s’élèvent en troupes avec un grand vacarme lorsqu’on envahit leurs retraites. Dans les eaux profondes, les poissons pullulent ; en passant d’un groupe d’îles à un autre, le long de la côte, on voit des troupes de baleines, lançant en l’air des colonnes d’eau ou bien dormant à la surface.
La côte de Corée est parsemée de noms de navigateurs étrangers, qui, dans les siècles passés, tentèrent de visiter la terre de la Splendeur du Matin. Sauf de rares exceptions, ces visiteurs furent chassés. Quelques-uns furent faits prisonniers et torturés ; beaucoup reçurent l’ordre de partir immédiatement; peu furent admis. Pas un ne fut invité à faire un séjour quelconque sur cette terre nouvelle, ou ne reçut la permission de visiter ses merveilles et ses curiosités. En dehors des Japonais, ceux qui parvinrent à franchir la muraille d’isolement, si soigneusement élevée autour du pays et si rigoureusement maintenue, furent généralement escortés à l’intérieur comme prisonniers, victimes inconscientes de quelque heureux stratagème. La façon dont ils furent traités est révélée par les noms curieux dont ces pionniers de la navigation ont'étiqueté les caps et les promontoires, les îles et les récifs qu’ils eurent la chance de relever ou dont ils furent assez heureux pour éviter les dangers. Beaucoup de ces noms ont cessé d’exister. Le temps écoulé les a fait effacer par les hydrographes européens des cartes représentant les terres et les mers où leurs auteurs avaient couru de tels risques. En beaucoup d’endroits de la côte, pourtant, spécialement à l’ouest, le long des rivages de la province de Chyung-chyong, ces noms d’origine se sont conservés. Ils constituent aujourd’hui