LE MINISTRE DI- S AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE COREE
. se battront bien, le manque d’initiative individuelle] de la part des -officiers russes les prive de cet élan et] de
cette adressé qui caractérisent l’esprit de l’armée japonaise. Il est assez curieux que des deux côtés on suive la tactique usitée en Europe pour l’infanterie et la cavalerie, les principes qui dominent l’instruction des Japonais montrant qu’ils suivent de près les méthodes allemandes. Ni l’un ni l’autre ne profiteront donc du degré de supériorité auquel ils ont pu atteindre. Le manteau d’hiver de l’une et de l’autre armée est presque semblable, et pour la chaleur, les Japonais et les Russes se servent également d’une blouse blanche. On a parlé de l’adoption par les Japonais de la couleur khaki ; d’autre part, la tunique du soldat russe est également blanche ou khaki. Dans la question plus importante du transport par voie de terre il pourrait sembler que le chemin de fermandchour.icn fût un triomphe assuré pour les autorités russes. Malheureusement cette immense voie ferrée, mal posée et médiocrement pourvue, imposera un effort perpétuel aux troupes russes. Si on pouvait compter sur la population du pays pour garder une bienveillante neutralité vis-à-vis des lignes télégraphiques, des traverses de la voie et des rails, des piliers et des poutres de ponts, cela diminuerait la possibilité de toute interruption sérieuse du trafic. Malheureusement pour les Russes, l’attitude et les actes des habitants du pa} r s qui, d’une façon générale, ne perdront aucune occasion de harceler leur ennemi, empêcheront certainement la coopération efficace des forces russes.
A ce sentiment instinctif d’animosité, il faut opposer la sympathie de race qu’éprouve tout Chinois envers les Japonais. En Mandchourie particulièrement, les Japonais jouissent, dans l’esprit de la populace, d’une haute
réputation, et il faut sé remémorer, par-dessus tout, cette prompte remise de toutes les obligations, durant la guerre sino-japonaise, qui distingua la politique des envahisseurs vis-à-vis des intérêts locaux. Cette bienveillance se manifesta pour la seconde fois pendant l’insurrection des Boxers, et naturellement le frappant exemple offert par les Japonais, comparé à celui des Russes, n’a pas été perdu pour les Chinois. On se souvient aujourd’hui de ces choses en Mandchourie, et on peut compter qu’elles compenseront les sentiments réactionnaires qui peuvent se manifester en Corée. Pour ce qui est du service de santé des deux belligérants, il est à peu près équivalent. Le meilleur système des Japonais est compensé par les plus grandes facilités qulapporte aux Russes la possession du chemin de fer pour le transport des blessés. Il faut toutefois remarquer que le principal service médical — la Société russe de la Croix-Rouge — est uniquement patriotique, et qu’il n’est en rien une organisation militaire. Elle peut être retirée du théâtre de la guerre à n’importe quel moment après la conclusion des principales opérations.
Il est difficile — sinon impossible — de s’avancer au delà de ces quelques observations avec quelque certitude, quoiqu’on puisse ajouter, comme remarque finale, que si le blocus de Port-Arthur par mer était réalisé d’une manière satisfaisante, et si Vladivostok était fermé par les glaces, l’estuaire des rivières Yaluet Lico permet de s’emparer d’une admirable position, d’où la situation des Russes dans la Mandchourie tout entière peut être très rapidement menacée. Les hypothèses, quant à la manière dont se déroulera la campagne sur terre, sont néanmoins absurdes, jusqu’à ce qu’on sache quelque chose du résultat des engagements sur mer par lesquels
la guerre doit s’ouvrir. En attendant, — le contribuable anglais ayant line connaissance douloureuse des frais qu’entraîne une guerre, — on s’est beaucoup oceupé de la situation financière des deux pays. Un grand financier allemand, intéressé dans la dette publique de la Russie, m’expliquait dernièrement qu’une très large part des sommes prélevées pour la construction des çhémins de fer russes reliés au Transsibérien et à la ligne deMandchourie, a été, de temps à' autre, mise de côté pour augmenter le trésor de guerre. Ces sommes, jointes à celles recueillies par le comte Mouraviefî avec l’assentiment de M. de Witte, et comprenant les fortes différences qui ont fait retour à l’Etat, par suite des économies réalisées
dans lés divers départements l’année dernière, répré-
sentent un capital approximatif de cent millions dé livressterling. En face de cette accumulation de capitaux, on dit que la position du Japon est extrêmement favorable. Il y a, je crois, à la Banque Centrale, üné réserve en numéraire qui s’élève à 113.000.000 de yens, plus 40.000.000 de yens à Londres. Néanmoins, la marge dé la banque. pour l’émission des billets est de 35.000.000 dé yens, somme qui sera dépassée après le nouvel an. Le Trésor, a trois fonds capitaux s’élevant ensemble à 50.000.000 de yens, sans compter quelques millions à Londres qui restent de la vente d’obligations de 1902.
Enfin, il y a de grandes sommes qui dorment dans toutes les banques du pays, et ôn a rendu une ordonnance qui donne un crédit illimité au gouvernement.
Les agissements récents des Russes en Mandchourie’ tendent naturellement à confirmer l’opinion que la guerre
est peut-être imminente. Néanmoins le bluff fait partie intégrante de la diplomatie russe, et il y a des raisons de croire que les intentions de la Russie en Extrême-Oriént
ne sont aucunement aussi guerrières que les préparatif^ auxquels elle se livre, et les actes des fonctionnaires russes en Mandchourie pourraient le faire supposer. La diplomatie russe dissimule toujours l’exécution de ses plans en faisant des préparatifs dans une direction contraire; et pour le moment, son occupation du territoire coréen n’est guère autre chose qu’un écran, derrière lequel elle se propose de consolider sa mainmise sur la Mandchourie. Une guerre seule la forcera d’abandonner sa position en Mandchourie ; mais si un protectorat sur le territoire coréen est de peu de valeur pour la Russie^ quel que soit le compromis qui sera fixé entre elle et le Japon, il faut s’attendre à ce qu’elle fasse un effort résolu pour imposer sa domination sur la partie basse de la . rivière Yalu. En réalité, et cela est curieux, l’estuaire de' la rivière Yalu est le véritable centre delà querelle entre les deux puissances, puisque, si la Russie parvenait jamais à dominer la rivière Yalu, elle gagnerait aussitôt cette position spéciale sur les frontières de la Corée, dont le Japon a le désir de s’emparer. En cela, le Japon ne peut compter que sur les ressources et les expédients de la diplomatie ; et quoique l’occupation par les Russes de Yong-an-po puisse être entravée, le développement d’An-timg sur l’autre côté de la rivière ne peut être empêché. Il paraît donc inévitable qu’une position dominant la rivière Yalu doit finalement lui échoir. An-tung est situé en territoire mandchourien ; la rivière Y alu forme la frontière entre la Mandchourie et la Corée, et à Yong-anpo s’est formé le noyau d’une importante colonie russe. L’avenir ne contient aucune promesse d’un arrangement immédiat de là difficulté actuelle. La situation est pour le moins embrouillée; et en même temps le fait apparaît d’une façon particulièrement claire et intelligible, que ni
la Russie n’évacuera Nèw-Ghang, ni qu elle ne sera chassée de la Mandchourie, ni qu’elle abandonnera sa position sur la rivière Yalu. La position de la Russie à New-Chang a été indiquée par des événements passés, son occupation de la Mandchourie est une vieille histoire^ et elle est pour l’instant occupée à développer rapidement ses intérêts à Àn-tung. La position de ce port lui donne des avantages tout à fait spéciaux, et l’avenir corn-
■ mercial de l’endroit peut être très grand. Il est situé à environ vingt-quatre kilomètres au-dessus dé Yong-anpo, sur l’autre rive. Pour l’instant le commerce d’exportation se borne au millet et aux cocons de vers à soie, la surproduction de ce dernier article exigeant une attentive
surveillance technique. Douze kilomètres au-dessous de An-tung, situé sur la rivé droite du fleuve, est la station de
San-tao-lân-tao, où les jonques et les radeaux doivent s’arrêter et payer les droits de régie avant d’aller plus loin. La rivière ensuite s’incline, vers le nord-est, et après ' douze autres kilomètres de cours vient Àn-tùng, sur la même rive, à un point où le cours d’eau se divise, la branche orientale étant la rivière Yalu. An-tung est de construction tout à fait récente, et des champs de millets’étendaient il y a peu d’aiinées à l’endroit qu’il occupe. Sous la direction des marchands du pa} r s, de grandes maisons d’aspect solide furent construites, on a percé de larges rues, et la ville est remarquable par son air de prospérité .
peu commune. Le mouillage .est peuplé de jonques, et le
bois de construction est entassé en vastes quantités au delà des limites de la ville. Les vapeurs du type caboteur peuvent ici opérer leur déchargement et . leur chargement, évitant ainsi le transbordement à Ta-kung-kao. .
Le commerce entre Ta-tung-kao, qui est situé , à l’ embouchure du Yalu, et Ghi-fu, est maintenant entre-
pris par de petits vapeurs de la flottille Mosquito et un navire anglais, le Hwcuig-Ho , de la Compagnie de Navigation de la Chine (MM. Butteriield et Swire), tandis que
la vaste quantité d’exportations et d’importations circule
çà et là dans les jonques chinoises. La distance à partir
de Ghi-fu est de trois cents kilomètres et le temps passé
pour le voyage vers le nord-est est vingt-deux heures*
les vapeurs mouillant au milieu du canal à une distance
de six kilomètres et demi de Ta-tung-kao. Ta-tung-kao
est une ville affairée, d’autant plus que c’est l’endroit de *
transbordement pour les importations et les exportations, dont la plupart vont vers An-tung ou en viennent, La circonstance que les vapeurs ne peuvent approcher de, Ta-kung-kao, fait de An-tung le véritable centre d’affaires de la rivière Yalu. Pour ce qui est d’ An-tung, deux cents hommes de cavalerie russe y stationnent depuis plus de
deux ans et demi. Le cantonnement est situé sur une
petite éminence, marquant au nord la limite de la ville qui n’a pas de murailles. Comme d’ordinaire, le long de la vallée du Yalu, ces soldats jouissent d’une mauvaise réputation parmi les habitants. En s’éloignant de An-tung est la a Grand’route » de Pékin qui se dirige vers Liaoyang. Au-dessus de An-tung la Rivière se divise et les hauts-fonds apparaissent, l’eau étant si basse que seules les embarcations du pa} 7 ^ • peuvent faire le trajet. Wi-ju est situé à environ seize kilomètres vers l’est, et à un point à l’ouest de Mao-kewi-shan, à six kilomètres au-dessous de An-tung, il y a le terminus de la branche du chemin de fer mandchourien, qui doit traverser la rivière. La construction de cet ouvrage commencera an printemps de l'année 1904. Les premiers cent trente kilomètres offrent peu d’obstacles, et on a l’intention de pousser l’ouvrage jusqu’à ce que sa jonction avec la
grande ligne soit opérée, La Russie ne peut donc ignorer les conséquences de sa politique en Extrême-Orient et en même temps on. ne peut s’attendre à ce qu’elle sacrifie, à la demande du Japon, ces grands intérêts qu’elle a eu tant de mal à promouvoir, Sa position est vraiment un exemple frappant de la manière dont une politique impérieuse donne le goût, quand elle n’en crée pas. la nécessité, de l’impérialisme. /
La position de la Corée vis-à-vis des questions en litige est désespérée. Malheureusement le ; gouvernement de la Corée est impuissant à empêcher le progrès de la Russie aussi bien que l’expansion continue de l’influence japonaise. Elle ne possède ni armée ni marine qui puisse lui être de quelque utilité, et elle se trouve dans la situa-, tion d’un pays incapable d’élever la voix pour lui-même.; L’armée compte quelques milliers d’hommes à qui, dans ces dernières années, on a appris à se servir des armes européennes. Ils sont armés de fusils Gras, , Murata (modèle suranné) et Martini, et de divers fusils à canon lisse et se chargeant par le bout. Ce sont des tireurs tout à fait médiocres et en outre' ils manquent, des qualités de courage et de discipline. Il n’y . a pas d’artillerie, et la cavalerie se compose uniquement de quelques centaines d’hommes qui n’ont aucune idée de l’équitation et qui ne connaissent ni leurs armes ni leur service.- A un moment de crise, fantassins et cavaliers seraient absolument démoralisés.. II y a de nombreux généraux, et la marine qui comprend, je crois, vingt-trois amiraux, se compose d’un unique transport de charbon en fer, qui appartenait, jusqu’à ces derniers temps, aune Compagnie denavigaf tion japonaise. La Corée, impuissante et malheureuse, est comme un jouet pour le caprice japonais ou la convoitise russe.
.Mon but, en écrivant les pages suivantes, a été de présenter une impartiale étude de la situation du pays. Gomme de nombreux et de plus habiles écrivains se sont déjà occupés de la situation de la Mandchourie, je me suis borné uniquement à passer en revue la Corée. J’espère qu’on ne me le reprochera pas et, dans lé but de satisfaire ceux qui pensent que mon livre devrait contenir des renseignements sur les questions de Mandchourie, j’ai essayé de donner à mon introduction les apparences d’un chapitre qui traite uniquement de ce problème. Et maintenant, en terminant mon ouvrage, il me reste un devoir à remplir, qui n’est pas- le moins agréable. Gomme complément de mes notes personnelles sur la Corée, j’ai recueilli des renseignements de beaucoup de gens — écrivains, voyageurs, savants — tous ceux qui se sont intéressés à l’histoire contemporaine du Royaume Ermite. Je m’empresse de les remercier ici et en les nommant je montrerai que je suis reconnaissant de la bonté qu’ils m’ont témoignée. A M. MacLeavy Brown, des Douanes- maritimes coréennes; .à M. Gubbins, auparavant de la Légation anglaise à Séoul; à mon distingué et savant ami,, le professeur Homer B. Hulbert, dont les notes sur la Corée . ont été pour moi d’une valeur exceptionnelle, j’exprime ma cordiale reconnaissance; envers M me Bishop, le colonel Younghusband, le révérend Griffis, le major Gould-Adams, auteurs qui ont contribué d’une manière intéressante et importante à l’étude de la Corée, je témoigne des obligagations que j’ai. A M. Bolton, de la maison Stanford, de Long-Acre, pour l’édition des cartes géographiques, je sais vraiment gré du travail patient que -lui imposèrent les nombreuses insuffisances de mes données géographiques. A sir Douglas Straight, directeur de Pall Mail
INTRODUCTION . St ■
... Gazette, -dôiit j^ai eu le plaisir de représenter le journal! pendant mon long séjour en Extrême-Orient; ù M. Nicoî Dunn, directeur du Morning Post ; à M. S. J. Prjor, dit Daily Express , je dois témoigner ma reconnaissance pour la courtoisie avec laquelle ces personnages distingués m’ont permis de reproduire les parties de mon ■