SLE PASSAGE DU CORTEGE DE L’EMPEREUR. — UNE POMPE IMPERIALE
Le cortège de l’empereur sortit un jour du palais impérial, qui est contigu à la muraille sud de la Légation anglaise, pour se rendre au Temple des Ancêtres, nouvellement construit, et dont la muraille marque la limite du jardin de la Légation. Ce n’était nullement là une fête publique ; cependant telle était là splendeur du cortège, qui sortit de la porte sud du palais pour rentrer- par ; la porte est, que ce voyage de moins de huit cents mètres coûta plus de cinquante mille francs. Les Sujets de Sa Ma- . jesté n’avaient pas été prévenus des intentions impériales. Juste avant le moment de soii départ, toutefois, l’empereur exprima l’espoir que le ministre anglais et moimême trouverions de l’intérêt au spectacle, et nous in- -vitâ à le voir se dérouler du terrain de la Légation. La nouvelle de la sortie de la cour s’ébruita naturellement. La foule se .massa autour de l’enceinte du palais et du itemple, attirée par les efforts que faisaient les- soldats pour établir un cordon autour du lieu de la scène. Des
centaines de soldats furent désignés pour garder les .approches du temple. Un bataillon d’infanterie fut ins-
tallé dans le terrain des Douanes impériales coréennes, un autre occupa les portes et le jardin de la Légation anglaise.
Bien que la route suivie par la procession s’étendît entre les hautes murailles d’un passage particulier, large d’environ huit mètres et conduisant des bureaux des Douanes au jardin de la Légation, auquel on acccède, du palais, par une poterne, et qu’aucun Coréen n’a le droit de traverser, des soldats étaient rangés, à un pas d’intervalle et se faisaient face, de chaque côté du chemin. Le public, qui ne voyait rien de la cérémonie, se consolait de son mieux en contemplant les troupes d’infanterie massées sur la place du palais. Il apercevait aussi, par instants, des officiers du palais, et les tonitruantes dissonances d’un chant triomphal, par lequel les musiciens privés de l’empereur saluèrent son arrivée et le passage de la cour, arrivaient faiblement aux oreilles tendues. Les Coréens sont fiers malgré cela du privilège de payer ces promenades de la cour, S’ils ne pouvaient voir à cette occasion l’auguste mine de Sa Majesté, il est à espérer qu’ils trouvaient une compensation aux lourds impôts qui les accablent dans le spectacle martial des uniformes tout battant neufs des troupes. Les plumets, les galons d’or et les épées des officiers, les fusils et les baïonnettes des soldats auraient fasciné n’importe quelle foule. Jusqu’au moment du départ, les soldats étaient restés étendus sur la chaussée, dormant dans la poussière, ou accroupis à l’ombre sur les marches des édifices, prenant part au déjeuner — un amas en décomposition de poisson cru et séché au soleil et de riz qui exhalait une odeur horrible, mais qu’ils dévoraient de bon appétit, en tirant des morceaux avec leurs doigts. Parfois un généreux citoyen leur apportait de l’eau ou
EN CORKl
leur faisait passer une pipe promener son doigt sur le bt la surface d’une tunique.
\j empereur sortait ainsi en grande pompe pour rendre hommage aux tablettes de ses ancêtres à l’occasion de
saisissant J occasion i d’une baïonnette ou
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se concentre, à un tel moment, autour du souverain ordinairement reclus, tournait à la glorification d’une dynastie qui occupe le trône de Corée depuis plus de cinq siècles. Aussi pittoresque et grandiose que fut le tableau, la splendeur d’un mo} r en âge barbare apparaît mieux dans les processions d’un caractère plus public.
La procession partit du palais vers dix heures du matin. Elle offrait des éléments étranges où se mêlaient la farce, t la fiction et les gaietés d’une pantomime. L’infanterie
coréenne en uniforme bleu formait la tête du cortège à la , ' °
! sortie du palais, sa tenue moderne et son allure pimpante
; formant le seul lien entre le moyen âge et le vingtième
’ siècle, auquel sa fonction puisse prétendre. Après elle,
I courant, trébuchant, causant br^mmment, passa tout un
peuple de serviteurs du palais, avec des chapeaux fan- | tastiques et des costumes plus Ou moins éclatants, de
t longues robes de soie bleue, verte, jaune, rouge et
i orange, portant des baguettes autour desquelles s’en-
roulaient des banderoles brodées et des rubans de couleur. Un rang de porte-étendards suivit portant des drapeaux de soie rouge avec des caractères bleus, se hâtant et se bousculant ; ensuite passa une file de flûtes et de tambours, les hommes en robes jaunes avec des lueurs d’or sur eux, les flûtes ornées de banderoles flottantes et les tambours de rubans. Des hommes portant des flèches dans des étuis de cuir et des drapeaux verts, rouges et jaunes vinrent après. Des soldats dans l’ancien costume, étonnants à voir, des hommes avec des clochettes et des cymbales sonnantes, des flûtes et des éventails, des eunuques du palais en costume de cour, des détachements de cavalerie à pied, les chevaux ne paraissant pas, mais les hommes habillés de chemises bouffantes, leurs chapeaux couverts de plumes et por-
LE PÀLJJtoUtX DE LF.UP£fttln S EHGAGEAMT SUD l.E PÜST UE SEOUL
tant de hautes bottes, passèrent rapidement, d’aspect aimable et grotesque.
La procession qui précédait le passage de 1’enipereur semblait interminable. A chaque moment l’océan de couleurs refluait en vagues de toutes les teintes imaginables, à mesuré qu’une foule bigarrée de gens de la suite, de serviteurs, de musiciens et de fonctionnaires faisait place à une autre.
D’importants et imposants fonctionnaires en chapeaux à haute calotte, ornés de glands cramoisis, rehaussés d’une touffe de plumes et attachés sous le menton par Un cordon de grains d’ambre, s’avançaient silencieux et faibles. Leur costume était une éblouissante combinaison de rouge, de bleu et d’orange; ils •étaient soutenus par des hommes vêtus de gaze verte et suivis par d’autres signes de la grandeur coréenne, de nouveaux étendards et porte-étendards, des drapeaux •décorés de plumes, des domestiques portant des rafraîchissements, des petites tables, des pipes et du feu. D’autres leur succédèrent, tout aussi imposants à voir; leurs magnifiques robes étaient ornées, devant et derrière, de carrés de satin, portant brodés, suivant la mode chinoise, les symboles de leurs charges — des ■oiseaux polir les civils, des tigres pour les militaires.
Des hommes d’Etat en tenue de cérémonie firent
place à d’autres en chapeaux à ailes ou en hautes mitres, Reluisantes de clinquant. Le commandeur en chef, coût vert de décorations japonaises, chinoises et coréennes -étincelant au soleil sur son uniforme moderne, passa, •suivi de Son état-major en tuniques rouges surchargées de galons d’or, et avec des coiffures surmontées d’aigrettes blanches, marchant fièrement à la tête de la garde du corps impériale. Le dernier flot de couleurs fit voir des gen-
tilshommes en gaze de soie bleue et verte; des dômestiques impériaux en robe de soie jaune, des rosettes à leurs chapeaux; d’autres costumes du moyen âge de cou-
leur originale et de pittoresque conception; une plus grande multitude de drapeaux flottants; un groupe de
porte-étendards vêtus de soie portant le drapeau impérial
de soie jaune, le parasol impérial et d’autres insignes encore. Alors un dernier roulement de tambour frénétique,
un horrible tinta-
marre de cl oches, les
cris affreux des fin-
tes, un tumulte aux
violentes dissonan-
ces ou