‹ En CoréeChapitre 22 sur 56 · IL. AA. II. Li: PRINCE HERITIER ET SA FEMME · texte numérisé non relu

IL. AA. II. Li: PRINCE HERITIER ET SA FEMME

officiers criant des

commandements se

mêlent aux jurons

des eunuques, et en-

fin, dans un ëblouis-

sementde lu mière jaune quis’epand, apparut l’avant-garde du cortège impérial, au milieu dim soudain silence où on peut entendre les battements du cœur de son voisin.

s voix s’éteignirent; ou n’entendit plus qu’un piétinement pressé lorsque la chaise impériale, recouverte d’un baldaquin de soie jaune orné de riches glands, protégée par de fins rideaux de soie de la même couleur et flanquée

ri .

d’ailes pour garantir du soleil, passa rapidement et

doucement emportée. Trente-deux coureurs impériaux,

vêtus de jaune, avec une douille mitre sur la tête, por-

taient sur leurs épaules la personne auguste et sacrée de Sa Majesté Impériale, l’Empereur, au lieu du sacrifice et du culte dans le temple de ses ancêtres.

L’événement du jour allait alors se dérouler. Bientôt les porteurs de l’empereur s’arrêtèrent, et il descendit à l’entrée d’une tente de soie jaune qui avait été élevée à l’angle des murs du palais et de la Légation, à l’ombre même des arbres du jardin de la Légation. G’èst de cet endroit que Sa Majesté nous avait permis d’assister’ au passage de la cour. Ce fut là qu’un instant après; le cortège du prince héritier, dont la chaise de soie rouge était portée sur les épaules, de seize porteurs, s’arrêta pour déposer son fardeau princier. L’empereur et le prince héritier pénétrèrent sous la tente, . échangèrent leurs robes impériales de cour jaunes et cramoisies, dans lesquelles ils avaient d’abord paru, contre la soie jaune des sacrifices, et ressortirent un peu plus tard pour se prosterner au passage des tablettes de leurs ancêtres. Le caractère de la procession alors se modifia. Les soldats et les hommes de cour, les nobles et les dignitaires cédèrent la place à des prêtres revêtus de la robe jaune des sacrifices et chantant d’une voix grave les paroles de bénédiction. Les cris des flûtes reprirent avec une nouvelle* vigueur, s’élevant et s’abaissant en une aigre cadence jusqu’à ce que l’air retentît de dissonances. Lès hommes, de visage grave, leurs jupes jaunes agitées par leurs mouvements frénétiques, passèrent devant le trône, et une vagué de chant leur montait aux lèvres, exprimant le désespoir et les plaintes passionnées qui remplissaient (ou qui auraient dû remplir) leur âme. Ils disparurent et l’écho moqueur les poursuivit pendant que leurs pas s’éloignaient. De nouveau, la musique des prêtres éclata en accords triomphaux, annonçant la présence des douze

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tablettes ancestrales, chacune portée par huit hommes sur des chaises de la couleur jaune des sacrifices, qui réclamaient l’hommage des deux personnages impériaux dans l’attente. L’une s’approcha, d’un mouvement lent, pendant qu’éclatait un chant solennel. L’empereur, le prince héritier son fils, et l’enfant princier, rejeton de Lady Om, tombèrent à terre. Ils demeurèrent pendant un • moment les genoux fléchis, les bras croisés, dans une attitude de respect, leurs têtes fières inclinées dans la poussière devant les objets dorés reposant sur les chaises sacrées. Elles passèrent douze fois devant le groupe impérial, et douze fois chacun des princes s’humilia, le groupe des nobles de la suite et des serviteurs eunuques les assistant.

C’était la première apparition du petit prince. Encore trop petit pour marcher, il était nécessairement assisté dans ses dévotions par le chef des eunuques, qui le faisait s’agenouiller, lui posait la main sur la tête et sur l’épaule, pour le faire s’incliner. Le bébé suivait tout cela avec d’innocents yeux grands ouverts, gagné par la fatigue et par l’agitation avant que la cérémonie ne fût terminée. L’attitude de l’empereur et de son fils était empreinte de toutes les marques du respect et de la dévotion. L’absolue sincérité de leur humiliation remplissait d’étonnement les spectateurs de la scène. L’émotion de l’empereur était visible; il avait pâli et tout son être était concentré sur les objets de sa vénération.

Lorsque la cérémonie fut terminée, les douze chaises se dirigèrent vers le Temple des Ancêtres et, pendant que l’empereur se replaçait dans sa chaise jaune de gala, et que le prince héritier, suivant l’exemple de son père, remontait sur son siège de soie rouge, le petit prince enfourcha le dos du chef des eunuques, en poussant des

"cris de joie comme un enfant. De nouveau la fanfare des i* musiciens, le bruit des tambours, les cris des fifres et

; . des flûtes retentirent. .La procession se remettait en

marche, prêtres et nobles, courtisans et serviteurs du i v . palais marchant à la suite de l’empereur.

Le cortège de l’empereur se hâta vers le temple, les tablettes s’arrêtant devant le Temple des Ancêtres, tandis ; ■ que l’empereur et les deux princes se dirigeaient vers la

; ’ salle des sacrifices, où des moutons vivants furent brûlés en offrande, et des paniers de fruits et de fleurs offerts devant l’autel. Les esprits des morts illustres étant ainsi rendus propices, l’empereur revint vers les chaises sacrées, faisant de nouveau ses dévotions devant les tablettes. Une par une, elles furent transportées de leur chaise au réceptacle préparé pour qu’elles y reposent à l’avenir. Des rideaux de soie jaune les voilaient; il n’était K. permis à aucun œil de les regarder, à aucune main de

les toucher, pendant que chacune, enveloppée dans sa sainteté inviolée de soie jaune, passait de la chaise au ■ lieu saint qu’elle devait occuper. Les prêtres les accom-

pagnaient, l’empereur marchait sur leurs pas, toute la cour, les plus hauts nobles et hommes d’Etat du pays ,V- s’inclinaient devant elles. Une atmosphère à la fois pieuse : - et filiale régnait, car le culte des ancêtres résume les

plus hautes aspirations des Coréens. Il gouverne la : . conduite du père envers l’enfant; il règle la conduite de

l’enfant envers ses parents.

. La cérémonie achevée," le spectacle à l’intérieur du ; temple devint plus brillant. Des dames du palais appa-

: rurent. Des gâteaux et du vin furent apportés, l’empe-

K ‘ - reur et le prince héritier reprirent leurs robes de cour*

, après avoir mis de côté leurs vêtements de sacrifice.

; Lady Om vint présenter ses compliments à l’empereur,.

suivie d’un cortège de femmes et d’esclaves du palais, splendidement vêtues, leurs chevelures relevées haut, leur jupe de soie brillante traînant en plis gracieux autour d’elles. Les musiciens de la Cour jouèrent; ;les chanteurs de la cour chantèrent et les plus jolies femmes se balancèrent dans une danse joyeuse. Dans les appartements privés du souverain, il y avait fête et réjouissance. Sa Majesté redevint elle-même. Le monde qu’il nous avait montré, et qui nous avait tellement intéressés, changea rapidement. En considérant le désordre tumultueux du retour, la scène qui s’était déroulée devant nous apparaissait comme un rêve. Cependant nous avions vécu, durant quelques heures, dans l’ombre du moyen âge.

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