CHAPITRE VII
PORTRAIT Pi; M. MG LE AV Y BROAYN. — LA QUESTION DES DOUANES.
l'emprunt PROPOSÉ.
Il est sans doute curieux queFhomme qui a joué un rôle prépondérant en Corée, pendant ces dernières années, soit un Anglais, l’un de ces rejetons de l’Empire, dont la génération présente contemple l’œuvre avec satisfaction, Ï1 y a environ trente ans que M. McLeavy Brown fît sa première apparition en Chine. Parmi les Anglais dont la réputation est associée aux problèmes et à la politique de F Extrême-Orient, son nom apparaît presque aussi en vue que celui de son collègue, Sir Robert Hart, l’inspecteur général des Douanes impériales maritimes chinoises. Appuyé par lès Douanes chinoises pour un
service spécial,. M. McLeavy Brown a consacré de nombreuses années de sa vie aux difficultés financières qui assiègent la Corée, occupant tout d’abord la double
situation de trésorier général et de commissaire en chef des Douanes. Dans les dernières années, l’activité de M. McLeavy Brown s’est restreinte à l’administration du service des Douanes, où, bien que dépossédé de la position unique et prépondérante qu’il occupait comme con-
seiller financier de l’empereur, il a réussi à réaliser une œuvre inestimable pour le pays.
Un homme peut être jugé d’après le caractère de
ceux qui l’entourent, et quand, fatigué des petitesses et
des chicanes qui prévalent à Séoul, on se tourne vers le service que M. McLeavy Brown administre, on trouve ses collègues animés par un tranquille enthousiasme, un esprit de généreux dévouement, et de fidélité à ses priilr cipes et à sa politique. Malheureusement ceux qui le soutiennent ne sont pas dans la capitale, et il ne peut tirer aucun encouragement de leur sympathie. Leur sphère d’activité se borne aux ports à traité, mais il lui suffit de . demeurer à Séoul pour combattre sans trêve, en un farouche et stoïque silence, les stupides extravagances de la .cour et la honteuse corruption des fonctionnaires. Tant qu’il persévérera dans l’accomplissement de son devoir, on ne cessera, de tous côtés, de lui mettre des bâtons dans les roues. L’opposition même qu’il rencontre témoigne puissamment, toutefois, en faveur de l’œuvre de valeur exceptionnelle qu’il a déjà, accomplie, en face de tous les obstacles au progrès méthodique et à la réforme, que l’astuce et la ruse de l’adminis- . tration peuvent inventer.
L ? hostilité qui règne contre M. McLeaV}^ Brown cause aux étrangers qui arrivent à Séoul pour la première fois un sentiment d’étonnement profond et d’épouvante, mais lorsque ce premier sentiment d’étrangeté s’est effacé et qu’on arrive à embrasser la variété complexe et particulière du peuple qui se trouve réuni dans la capitale du Rojmume Ermite, les causes qui ont engendré une telle opinion apparaissent très clairement. En dehors des légations, il y a peu d’étrangers, en comprenant même la très riche variété de missionnaires américains, qui ne
sont pas venus à Séoul pour des motifs intéressés, pouvant les amener en- conflit direct ou indirect avec le commissaire -en . chef des Douanes dans ses fonctions . officielles. S’jin’est plus le conseiller financier du gouvernement, on recherche son avis à l’occasion ; et quoique son avis? ne soit pas nécessairement suivi, il arrive fréquemment que l’influence du commissaire en chef des Douanes devienne le facteur prépondérant dans les négociations passées entre une ...cour tracassée par les ennuis d’argent et un importun solliciteur de concessions. De plus, le cas peut se présenter, qu’un sentiment de .
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droiture et de considération pour les intérêts du fo} r aume oblige M. McLeav} 7 Brown a pousser au rejet des propositions qui ne sont pas venues par le canal de sa fonction. Une semblable violation des méthodes orthodoxes "de présenter une demande, peut se produire n’importe quand, à Séoul. Si, d’une part, cette tentative d’exercice d’un pouvoir de veto ne le rend pas cher à ceux qui recherchent les considérations ministérielles, l’esprit impersonnel selon lequel il s’acquitte des devoirs de sa •charge, rachète les interventions exceptionnelles qu’il estime nécessaires. Une grande part du ressentiment des étrangers et des fonctionnaires contre M. McLeavy Brown est, par conséquent, basé sur une méconnaissance irréfléchie des faits élémentaires dans la position très délicate qu’il occupe. On ne suggère rien naturellement contre son honneur. Dans une société habituée à l’apostasie financière, qui semble être l’inévitable prélude de toute concession, le promoteur d’une politique d’économie et' de droiture provoque toujours la forte animosité de ceux qui l’entourent.
Un homme plus facile à émouvoir que le commissaire en chef se serait fatigué du rôle ingrat qu’il est forcé de
jouer. Des années laborieuses et l’habitude qu’il a contractée, dans l’isolement où il vit, de concentrer toutes ses énergies vers le sujet qui est devant lui, lui permettent de se cuirasser contre les épreuves de sa situation. Il agit envers chacun avec une . infaillible franchise et rectitude, mais les instincts de bonté qui éclairent sa vie privée sont submergés par les soucis et les ennuis de sa position officielle. Pendant les heures consacrées aux affaires, il devient un froid et insensible rouage de l’Etat; toute son imagination et son talent sont concentrés vers la nécessité de faire échec à ceux qui voudraient amener leur souverain à des actes contraires aux principes de rectitude financière que M. McLeavy Brown voudrait bien voir encouragés.
Ceux qui connaissent bien la Corée peuvent seuls apprécier pleinement la fertilité d’esprit des fonctionnaires coréens, dans l’invention de nouveaux projets destinés à s’approprier, pour leur usage personnel, l’argent public. Si l’état des finances n’avait pas déjà rendu l’économie impérieusement nécessaire, cette tendance justifierait la détermination de refuser aux fonctionnaires les moyens de concussion. M. McLeavy Brown a donc mis d’accord la nécessité de l’économie, qui est la base de l’existence des douanes, avec les principes du s} r stème d’après lesquels il administre le service. .Pour ce qui est du personnel étranger des Douanes coréennes; il est impossible que les fonctionnaires coréens se formalisent du taux des appointements qui rétribuent les services de ces. étrangers. Si cette universelle réduction'des dépenses rend un emploi aux Douanes coréennes très peu satisfaisant pour les petits employés étrangers, il y a néanmoins une raison évidente à ce bas paiement, qui est la marge très étroite existant entre le total des
revenus et le total des dépenses. En outre, le commis saire en chef est le premier à en souffrir.
M. McLeavy Brown est apparu longtemps à Séoul comme une énigme. Bien que la diversité de ses talents et sa nature hospitalière fassent de lui un important élément de la vie de la capitale, peu de gens se donnent la peine d’étudier l’homme et ses actions d’une manière intelligente . M. McLeavy Brown a des sautes d’humeur; et l’isolement dans lequel il se trouve, par l’absence de toute sympathie entre lui et les gens parmi lesquels il vit, rend sa situa-* tion presque pathétique. Quand il refusa, en 1896, tout salaire pour la fonction onéreuse et- sans espoir de contrôleur financier du trésor impérial, la colonie étrangère de Séoul s’étonna. Ce refus d’obérer encore plus les ressources d’un pays épuisé est toutefois l’indice des principes qui guident son existence. Il n’y a nulle hypocrisie dans ses transactions. Quoiqu’il puisse adoucir un refus par des promesses, il maintient la fermeté de sa décision, et il s’efforce de réaliser avec indépendance et honnêteté tout ce à quoi il s’est engagé. Il est infatigable au travail ; indomptable dans sa persévérance, armé de sang-froid et de résolution. Avocat de profession, il se consacre aux petits détails de son service avec une attention qui révèle son expérience juridique. 11 se trompe rarement dans ses jugements sur les gens et sur les choses.
Dans sa vie publique, il représente un type d’Anglais qui est en train de rapidement disparaître de nos services d’Etat. Sa vie privée révèle la culture et le charme d’une personnalité attrayante. On dit, à Séoul, que M. McLeav} r Brown est plus habile comme diplomate que comme administrateur; et ses brillantes facultés de causeur donnent un certain relief à cette assertion. A