PAVILLON SUR LUS FORTIFICATIONS DE SEOUL
et de la soif, nous restâmes cachés dans l’épaisseur des buissons à guetter le gibier. Pendant la première heure, aucun bruit ne vint rompre le silence de la vallée,- à
présent les cris des rabatteurs nous parvenaient, sortant des fonds ou des hauteurs environnantes. Tout d’abord
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ce ne fut qu’un gémissement lointain, comme les sanglots de l’orage parmi les arbres d’une forêt. Ces sons
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étranges semèrent l'inquiétude parmi les pigeons ra-
miers, les tourterelles roucoulantes, et les pies bavardes. Les cigognes à la gorge rouge sortirent, avec une élégance dédaigneuse, des replis de la rivière et s’envolèrent vers d’autres étangs. Les brumes de la nuit s’étaient enfuies de la vallée ; la rosée avait disparu des broussailles enchevêtrées; le soleil s’élevait; il faisait chaud. Le sang accélérait sou cours dans nos veines pendant que nos regards scrutateurs demeuraient lixes sur le côté opposé de la vallée. Les rabatteurs montaient. Leurs
cris rauques déchiraient l’air, qui résonnait de bruits destinés à effrayer les bêtes ; un hurlement spasmodique s’élevait du fond de la vallée où un rabatteur isolé se livrait à un véritable accès de vociférations. Des clameurs éclataient au-dessus de nous, et les rocs de la vallée en renvoyaient les échos. De toutes parts, la vallée retentissait de l’effort des rabatteurs qui, grimpés au sommet des crêtes, redescendaient maintenant en chassant tout devant eux. Ils approchaient rapidement, rejoints par les chasseurs du pays, qui avaient pris position sur les rochers surplombant l’endroit où nous étions dissimulés. Notre heure arrivait. Chacun prit son fusil en main et redoubla d’attention pendant que les rabatteurs, faisant un dernier effort, poussaient d’assourdissantes clameurs. Nous regardâmes et nous attendîmes... jusqu’au moment où nous acquîmes la persuasion que l’ours avait depuis longtemps passé à travers la ligné de ceux qui le poursuivaient.
La chasse en général est considérée comme une occupation servile par les Coréens, et la poursuite du cerf, de T ours et du tigre n’est pas un sport pratiqué par les jeunes gentilshommes du royaume. Les nobles, à l’exception de ceux qui appartiennent à des familles ruinées dans les provinces de l’extrême nord du royaume et de ceux qui sont réduits à ce passe-temps pour ajouter quelque chose à leurs ressources, ne s’y livrent jamais. La chasse est pourtant libre pour tous. Il n’existe aucune loi, ni interdiction de port d’armes, et il y a peu de réserves de gibier. La chasse dans tout le royaume n’est fermée à aucune époque de l’année. Le seul animal qu’il soit interdit de détruire est le faucon, que protègent les règlements les plus stricts. Les territoires de chasse sont presque entièrement limités aux districts montagneux, et
les chassèurs constituent une classe tout à fait à part dans le pa} r s. Ils parcourent sans Cesse et avec rapidité le terrain à la recherche du gibier, et ils sont nourris par les gens du village qu’ils habitent temporairement, en échange de la protection contre les bêtes sauvages que leurs prouesses assurent aux habitants de l’endroit. Leur arme principale est le fusil à pierre, qui leur vient du Japon. Le canon est orné d’incrustations d’argent et attaché au moyen de bandes minces d’argent ou de ferblànc. On charge cette arme avec des balles de fer, de là même grosseur que celles contenues dans les obus de sept livres. On y met le feu pour faire partir le coup, au moyen d’un rouleau de cordelette en paille tressée, qui reste allumé pendant toute la durée de la chasse. La monture est courte et légère. Quand le coup part, la crosse de cette arme antique et étrange s’appuie contre la pommette. Beaucoup de chasseurs, parmi ceux qui nous accompagnaient, portaient des cicatrices sous l’œil droit.
Leur costume est caractéristique et ils se distinguent aussi par leur hardiesse, leur intrépidité et leur libre allure. Leur uniforme se compose d’une chemise de toile bleue et d’un turban de coton bleu ou vert qu’ils enroulent deux fois autour de leurs cheveux et dont le bout effiloché retombe sur le front. Ils ornent leur coiffure de grains de couleur ët ont autour du cou un collier fait de grains semblables. En travers de la poitrine ils suspendent des cordons de fèves auxquels sont attachés les ingénieux instruments de leur profession. Les chasseurs imitent très habilement les cris de divers oiseaux et animaux, particulièrement celui du faisan appelant sa femelle et celui de la daine appelant ses petits. Ils imitent l’appel du faisan au moyen d’une petite rondelle de fer de la
dimension d'une pièce de cinquante centimes; clic est percée et ressemble au noyau <1 Un abricot. L’appeau employé pour le cerf est fait d’une tige de roseau fendue. 1 ' ;
Les chasseurs d’oiseaux ne tirent jamais le gibier au vol. Ils le trompent en se revêtant de peaux et de plumes et L abattent d'un endroit favorable où ils se tiennent à
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l’ûflùt. On chasse le cerf pendant les mois de juin et de juillet. Les chasseurs se réunissent en petits groupes et battent les montagnes pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que le gibier soit à portée de fusil. Les cornes sont vendues aux médecins du pays ou expédiées en Chine ou au Japon. Quand il s’agit de l’ours, les chasseurs pren-
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nent particulièrement soin de ne tirer que lorsqu’ils sont
sûrs de leur coup. Les divers quartiers de Fours se vendent un bon prix. En dehors du produit de la peau, la chair, la graisse, les tendons et le fiel de Fours, auxquels on prête certaines vertus médicinales, se vendent, leur poids d’argent. Le seul animal royal qu’on trouve en
Corée, — tel l’éléphant blanc du Siam, le dromadaire
d’Egypte, le bison des Etats-Unis, — est le tigre. Contrairement à l’espèce indienne qui se plaît dans les jungles
tropicales, le tigre coréen vit dans la neige et les forêts du nord, jusqu’au cinquantième parallèle. Dans l’esprit des Coréens, le tigre est le sjunbolé de la férocité, un emblème martial et glorieux. Lès chasseurs de tigres affectent de mépriser leur noble proie et parfois même l’attaquent, aidés de chiens dressés et n’ayant à la main qu’une lance ou une courte épée. On prend parfois les tigres àü moyen dé trous recouverts de terre et de branchages et garnis de pieux. Il est alors facile de les tuer. Les chasseurs mangent la chair et vendent la peau et les os.
Les chasseurs de tigres sont extraordinairement courageux. Le,; gouvernement a parfois recours à leurs services pour la défense de l’empire. Armés du fusil à mèche, de là lance et de l’épée, ils battirent les Français commandés par l’amiral Roze, en 1866, et résistèrent héroïquement à la marche des Américains en 1871. En 1001, on les rassembla pour défendre la frontière du nord contre les incursions des brigands de Mandchourie.