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PLUIE ET MALADIE

II est difficile, pour nous qui habitons l’Angleterre, de comprendre quelle peut être l’étendue des maux qui résultent d’un manque absolu de pluie dans des pays où la population compte sur elle pour se procurer son pain quotidien'. Lorsque les journaux annoncent brièvement le retard des moussons, cela ne donne aucun signe de l’anxiété avec laquelle des millions de gens considèrent la moisson prochaine. L’eau donne la vie aux champs de riz et la sécheresse a pour conséquence, non seulement la ruine d’une récolte, mais la famine avec ses résultats: les désordres de toute nature, la maladie et la mort. Les moyens dont dispose le gouvernement de l’Inde permettent de prévenir les soulèvements de la populace. En Extrême-Orient, où l’administration civile n’est pas en mesure.de faire face aux exigences de la situation et où la distribution méthodique dé secours est inconnue, la ruine des récoltes a pour conséquence immédiate, la décimation de la population et le bouleversement com- ; plet de l’édifice social.

Une preuve encore plus convaincante des effets néfastes de la sécheresse, là où la vie de la population dépend de la récolte du riz, est apportée par la famine de 1901 en Corée, qui fît un nombre effrayant de victimes et qui causa de graves désordres. Le pays fut frappé de ruine ; les districts de l’intérieur furent envahis par une populace désespérée. Des gens d’ordinaire pacifiques et respectueux de la loi. se réunirent pour piller les campagnes, dans l’espoir de se procurer une nourriture suffisante pour ne pas mourir de faim, eux et leurs familles . La faim chassa des populations entières des villages vers les villes, où il n’y avait pas de provisions pour eux. L’anarchie régna dans tout le pays et la population fut poussée par le besoin à des résolutions désespérées. Une armée de mendiants envahit la capitale. Les rues de Séoul devinrent peu sûres à lato mbée du jour ; dés bandits se livrèrent ouvertement au pillage dans la province de Kÿong-keui, où .est située la capitale. D’une contrée tranquille et heureuse, ensoleillée et calme, la famine fit, en peu de mois, une terre de désolation L où régnaient la misère, la pauvreté et le désordre. ■ . -

Les moyens de secours étaient tout à fait insuffisants, et bien qu’on importât, du riz, un grand nombre de gens, manquant d’argent pour èn acheter, moururent de faim. L’absence d’une organisation efficace en présence dé ces désastres augmenta la confusion. Avant qu’aucune disposition ait pu être prise en vue des secours, plusieurs milliers d’habitants moururent. Il y. avait alors à. Séoul 20. 000. indigents sur une population qui n’atteignait pas tout à fait 200.000 âmes. Les nouvelles reçues dés centres provinciaux signalaient que dans un- grand nombre de districts ruraux . régnait une absolue saûvâr gerie. La famine, la peste et la .mort régnèrent ' sans

conteste pendant des mois, et un grand nombre de gens qui n’étaient pas morts de faim, périrent dans la suite,* emportés par les maladies qui ravagèrent le pays. : On peut croire que la famine n’aùrait pas pris de telles proportions, si le gouvernement coréen avait maintenu l’embargo sur les exportations de céréales. Il n’ëst pas douteux qu’en levant cette prohibition, il contribua à diminuer la quantité de vivres à la disposition du peuple, au moment où sa misère était la plus aiguë. Le chiffre des décès concernant les territoires dévastés par la famine montrent qu’il y eut plus d’un million de victimes. La conduite du Japon, qui insista pour que l’inter-^ diction fut levée, afin de sauvegarder les intérêts d’une demi-douzaine de marchands de riz japonais, mérite la plus sévère condamnation. La responsabilité principale de cette hécatombe retombe entièrement sur le gouvernement japonais. En contraignant par la terreur le gom vernement coréen à un acte qui eut pour conséquence la mort d’un million de gens, le gouvernement japonais se co mpromit par une politique qui était contraire aux préceptes de la raison et du sens commun, et qui èn même temps outrageait tous les principes d’humanité, L’observateur impartial doit tenir la Corée pour non coupable en cette affaire. Il est vraiment déplorable que l’opposition véhémente de son gouvernement n’ait pas été respectée. Quoi qu’il en soit, cet exemple illustre l’attitude répréhensible du gouvernement japonais dans ses relations avec la Corée.

.Le caractère exceptionnel de la sécheresse prête un certain intérêt aux constatations hydrométriques concernant Chemulpo et allant de 1387 au milieu de 1901, qui furent faites par le correspondant de rObservatoire de; physique de Saint-Pétersbourg. La quantité de pluie

enregistrée se rapporte aux années 1887-1900, et à la première moitié de 1901. Le professeur H. Hülhert a fait remarquer qu’en évaluant la quantité suffisante ou insuffisante de pluie, il était nécessaire de savoir en quelle saison de l’année la pluie était tombée. Trentepouces de pluie en novembre seraient moins utiles aux champs de riz que quinze pouces en juin. Pour la culture du riz, il faut que la-pluie tombe au bon moment. Autrement elle est sans utilité, et tout en augmentant la quantité réelle de pluie tombée pendant l’année, un vrai déluge, se produisant en dehors du temps favorable, ne serait d’aucun avantage pour l’agriculture.

CONSTATATIONS HYDROMÉTRIQUES

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