‹ En courant le monde: Canada, États-Unis, Corée, Japon, MexiqueChapitre 24 sur 24 · MEXICO · texte numérisé non relu

MEXICO

Mexico, la capitale, la ville moderne bâtie sur Tancienne, ou plutôt à coté, conservant avec soin les reliques du temps passé. « Voir Naples et mourir », dit-on en Italie. La devise des Mexicains est : H Voir Mexico et vivre. ) Et ils ont raison, leur ville est délicieuse à habiter, originale, curieuse par ses souvenirs, ses églises, ses monuments, ses coutumes, agrémentée par les améliorations, le confort d'une ville moderne, avec un climat invariablement beau, grande, belle, aux rues parallèles et perpendiculaires, très

propres, sillonnées de tramways électriques, égayées par les chapeaux pointus à larges bords et les rebo^os des femmes, châles gracieux posés sur les épaules ou sur les cheveux noirs. Mexico a un grand charme, un charme discret qui vous prend peu à peu. qui captive lentement, profondément. Sous le soleil ardent, dans cette atmosphère si pure, on aime cà se promener, à regarder toute chose, sur la place, sous les arcades, où grouille une foule pittoresque : femmes accroupies près de leurs tas d'oranges, leurs cheveux noirs séparés en deux nattes sur le milieu de la tète, péons fainéants qui se promènent, leur couverture rouge sur l'épaule.

Sur la place, d'un côté, l'antique et majestueuse cathédrale, de l'autre, le palais

du gouvernement, puis celui du conseil municipal. On passe et repasse dans ces rues baignées de soleil, bordées de maisons aux couleurs gaies, de boutiques surmontées de noms ronflants, de titres prétentieux. Dans les rues plus étroites, dans les quartiers plus pauvres, cette même foule nonchalante circule, foule blanche tachée de rouge, stationne au coin des rues devant les pulquerias où se débite ce liquide laiteux, \e pulque, boisson aigre et fermentée dont les indigènes ont fait la boisson nationale.

La rue principale, la rue élégante, c'est la rue San Francisco, la grande artère qui va presque en ligne droite de la place de la cathédrale au château de Chapultepec par TAlameida et l'avenue de la Réforme.

Pas de bousculade sur les trottoirs ; on se promène ici. On croise, on coudoie de paisibles tlàneurs, des groupes de jeunes Mexicaines, un peu petites, mais si gracieuses avec leurs grands yeux noirs et leur jolie coiffure : les cheveux relevés, roulés sur le front et les côtés et tombant en arrière, serrés en une courte natte très lâche.

Beaucoup d'équipages très bien tenus, très bien attelés, vont et viennenl, puis filent vers le joli parc de Chapullepec, la résidence d'été du président. C'est une des plus agréables parmi tant (h* charmantes excursions dans les environs de Mexico : Guadalupe avec sa beUe église où l'on vénère la Vierge miraculeuse, où se pressent chaque année des milliers do |»rlerins. puis le canal de la Viga, Sîuila Anita,

Xochimilco et ses jardins flottants. Et toujours comme fond les cimes neigeuses du Popocatepetl et de l'Ixtarzihuatl, qui semblent dominer, protéger le Mexique tout entier.

MERIDA

Au bout du Mexique, sur une péninsule, au milieu d'une plaine rocailleuse, une petite ville charmante, pleine de vie. de gaieté, IVIérida, la capitale de l'Etat du Yucatan, jadis le plus pauvre et maintenant l'un des plus riches de la République. — Malgré les ruines admirables qui y foisonnent, vestiges de Tantique civilisation maya, malgré la vitalité nouvelle du pays, touristes et commerçants craignent d'y venir, effrayés par son mauvais renom.

Les Mexicains eux-mêmes en détournent les plus hardis, appellent le Yucatan le

pays de la fièvre jaune, représentent Mérida comme un lieu d'infection, un cloaque. Sans doute, pendant de longues années, la terrible épidémie régnait en maîtresse dans toute la péninsule, et, pendant la saison des pluies, les rues de la capitale devenaient impraticables. Mais, grâce à la culture du henequen, dont la fibre est très rechercliée aux Etats-Unis i)Our la fabrication de cordages, le pays est devenu ricbe, s'est amélioré rapidement et, depuis quatre ans, depuis que le Yucatan a trouvé la direction qui lui manquait, depuis que Don Olegario Molina a été élu gouverneur, l'état des cboses a changé.

Par son énergie et sa persévérance, aidé par les citoyens les plus fortunés cl les plus importants, il a transformé cette ville sale,

malsaine, en une délicieuse petite capitale, fraîche et pimpante. Toutes les rues sont asphaltées, de larges avenues ont été ouvertes, de magnifiques bâtiments érigés dont seraient fières de plus grandes villes. En même temps, une active campagne était menée contre la fièvre jaune et dans la cité maintenant propre, bien aérée, les cas sont devenus fort rares. Que l'on ait pu accomplir cette transformation en si peu de temps dans ce pays désolé qui ne produit que de l'henequen, où il faut tout importer, c'est admirable !

D'abord surpris par leur fortune si soudaine, les Yucatèques savent très vite en faire un usage moins inconsidéré, dépensent largement pour l'amélioration du pays, dans l'intérêt général. De splendides et

vastes demeures sont construites, charmantes maisons des tropiques avec la cour intérieure plantée d'arbres et de fleurs, le patio, avec des galeries et des arcades. Pendant l'été, lorsque la chaleur devient insupportable, la plupart quittent leur pays, vont à l'étranger pour s'amuser, voir, étudier, apprendre, tandis que leurs enfants font leur éducation en France et en Angleterre. Aussi, larges d'idées, intelligents, ont-ils acquis rapidement ce qui manque toujours aux nations nouvelles, nées trop vite à l'opulence, le raffinement et le bon goût, et su former à Mérida une société hospitalière, charmante et cultivée.

Les classes inférieures, \es ineatizos et les pèo7V6, les fiers descendants des anciens Mayas vivent simplement, mais largement,

dans de vastes huttes en pierres couvertes de chaume. Ils sont d'un naturel très doux, polis, fidèles, remarquablement honnêtes; vêtus de blanc, coifles d'un panama ordinaire, ils sont d'une propreté irréprochable. Les femmes portent les cheveux tirés en arrière, attachés en un chignon noué par un ruban de couleur. Par-dessus le jupon en toile blanche, elles ont simplement un long peplumblancàmanches courtes, ouvert en carré sur la gorge, bordé par un ruban de toile avec des fleurs imprimées, parfois brodées. Le bas est bordé de même, souvent orné de dentelles, découvrant leurs pieds nus chaussés de petits souliers en cuir ou en satin bleu ou rouge avec des broderies.

FETES PRESIDENTIELLES

Je l'ai retrouvée toute rajeunie cette année, la jolie petite capitale, fraîchement repeinte, remise à neuf, frémissante d'activité dans l'apprêt des fêtes présidentielles. Dans un unanime et profond sentiment de reconnaissance, le peuple yucatèque avait réélu son gouverneur pour un autre terme et, sur qu'il n'y avait plus de danger, Don Olegario avait invité le président, le général Don PorfirioDiaz, à inaugurer les nouveaux bâtiments, à consacrer solennellement, par sa présence, le nouveau Mérida, le Mérida moderne.

Cette visite du président Diaz signifiait davantage pour les Yucatèques. Les Mexicains de rintérieur avaient toujours tenu la petite péninsule en suspicion, ils la considéraient comme peu fidèle à la république et désireuse de regagner son indépendance perdue depuis plus d'un demi-siècle. Les Yucatèques, il est vrai, diffèrent des autres Mexicains, ils sont d'un type différent, d'une race spéciale, la race maya; ils sont fiers de leur petite patrie, mais, en même temps, ils sont attachés, et profondément, à la grande patrie, à cette patrie puissante et prospère formée par le général Diaz.

Pour ces raisons, la visite du général était pour eux d'une grande importance.

C'était la première fois qu'un présideni vi-

sitait leur état et c'était une occasion pour eux de témoigner de leur loyauté, de montrer à quel point leur pays avait été calomnié. Aussi n'avait-on rien épargné pour rendre ces fêtes magnifiques, chacun se mettant à l'ouvrage, dépensant sans compter, travaillant avec enthousiasme, presque avec orgueil.

Le président arriva à une station construite au bout du Paseo Montejo, et fit son entrée dans la cité de Mérida, par ce magnifique boulevard, en passantsous des arcs nombreux élevés par la ville et les colonies étrangères. Comme pour toutes les fêtes officielles, il y eut des banquets, des inaugurations, des discours, des feux d'artifice et une procession représentant les différentes phases du Yucatan, l'époque des an-

ciens Mayas, la conquête par les Espagnols et enfin l'ère de liberté et de paix.

La troisième journée fut toute de pittoresque, réservée à la visite d'une hacienda de henequen, « Chuncliucmil », appartenant à Don Raphaël Péon. Le trajet de la gare à l'hacienda se fit en petits tramways traînés par des mules sur une voie Decauville. Sur tout le parcours, chaque exploitation avait construit des arcs avec des oranges, des ballots de henequen, ornés de statues vivantes, autour desquels se tenaient tous les ouvriers agitant des drapeaux et jetant des fleurs. Après la visite en détail de l'hacienda, de la machinerie, des maisons des indigènes attachés à la propriété, un grand banquet fut servi en plein air sur une terrasse et, à la fin, un

groupe de péons vint offrir au président un album, pendant qu'un vieillard, à la bonne figure bien franche, lisait une adresse en langage maya. Puis de gracieuses mestizas, des fleurs piquées dans les cheveux noirs, le cou surchargé de longues chaînes en or auxquelles pendent des médailles et des pièces de monnaie, se rangent pour une danse du pays, le aa^ateo. Sur un rythme vif, saccadé, elles avancent et reculent, tournent avec des gestes lents des bras, tandis que les hommes, vis-à-vis, suivent les mouvements, marquent la mesure, frappent le sol de leurs pieds nus chaussés de sandales.

Le lendemain, le dernier soir, eut lieu, à Sodzil, l'hacienda du gouverneur, une « velada », soirée musicale et littéraire. Ce

fut une véritable apothéose. Le jardin tout entier étincelait, illuminé de lanternes vénitiennes, de mille feux électriques de toutes couleurs. Au bout d'une avenue couverte d'arceaux de verdure ornés d'oranges et de fleurs, était dressée une estrade pour le président et sa suite. A coté, s'élevaient des ruines, une imitation du Parlliénon, où se tenait un orchestre parmi les colonnes. Tour à tour, orateurs el poètes montaient les gradins du temple, retraçaient à grands traits l'histoire du Mexique, déclamaient des louanges adressées surtout au héros de la paix, au pacificateur de la contrée. Et, sous cette belle voûte lumineuse, dans cette atmosph<'re si douce, embaumée des tropiques, au milieu du silence de la foule enthousiaste, les paroles

montaient claires, vibrantes, vers leur idole à tous, vers le génie qui, par sa force et son habileté, sut tirer son pays du chaos et lui assurer une place dans le concert des nations.

Février 1906.

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