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EXTASE

L'ascension de Taube baisa les hautes fenêtres quadrillées du château. Manuel perçut se roser son sommeil, et Tâme s'exalta sous ce salut de Dieu.

Quelque temps, le grand zaïmph d'orange étendu sur le ciel le garda captif, imbu de reconnaissance pour la douceur des choses et la grâce du réveil.

Aux sapins filtraient des lueurs de vitrail entre les vertes aiguilles, émaux blancs, jaunes, rouges ; les boulingrins fleuris pendaient au flanc de la colline comme une fastueuse robe d'impératrice. Au fond s'étageait Tafflux des terres vertes battant l'immuable assise du firmament.

Et les ruines de l'aile nord écroulée , débâcle de pierres, de chapitaux moussus, de cornes d'a- '*' idance et de pots à feu, offraient au nouvel

our du Christ l'holocauste de leur magnificence ntrée, par signe de définitive solitude, de leillement et d'attente.

Le visage de Taube rayonna jusqu'au zénith ; et, sur l'horizon, parut son collier d'hyacinthe.

Alors Manuel se prosterna.

Ses chairs frissonnaient. Ses genoux nus embrassèrent Tâpre fraîcheur du carreau. Ses yeux pleurèrent au bon supplice de fixer le crucifix.

Bientôt la face du Christ s'agrandit, oscillante et vaporeuse. Les cheveux roux s'épanouirent dans toute la largeur de la muraille, plus loin encore, au delà des fenêtres, jusque les rousseurs de Taube devenue elle-même la vraie chevelure de Dieu.

Les paupières mortes tremblaient : telle l'eau violette des mers nocturnes.

Les rides du front se joignirent en ellipses sidérales, où les gouttes sanglantes des épines flamboyèrent, tournèrent : soleils.

Et chaque cheveu de l'Hostie Sainte, étiré du circulus d'ellipses, s'irradiait avec la promptitude de la lumière, ondoyait dans l'espace ébloui, décrivait un cycle universel troublant les mondes, puis revenait graviter au gouffre rouge de la bouche rédemptrice, centre de l'essor des Rythmes.

De cette bouche, il s'exhalait Tindicible musique du chœur des sphères.

Spirales ascendantes des harmonies mères qui enlevaient Manuel en râles et en spasmes jusq"'* rintersection des angles infinis, des courbes st laires croisées, virant par vitesse de foudre par la poudre des nébuleuses.

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— Notre père qui êtes aux deux !

Les courbes émanaient de la bouche de Dieu.

Et leur trace dans Téther développait d'immenses aile^ de vapeur blanche : vapeur onduleuse, incurve, tantôt cave comme le ctéis, et passive de l'impulsion acquise, tantôt infrangible comme le jod, active de bonds nouveaux et productrice des forces.

, A cette double nature, Manuel connut les Anges, Jes êtres messagers porteurs de Tessence créa- ^ice aux mondes. Les Anges! Le Mouvement!

La mélodie de leur vitesse mettait Téther en Vibration, et ces vibrations, modifiant la nature de Tessence émue, leur faisaient un sillage de créatures sonores, brûlantes, lumineuses, diaprées des sept couleurs, condensées en gaz ardents, noyaux des planètes. A leur passage, les astres :.s'allumaient, les arcs-en-ciel flambaient, les nébuleuses se liquéfiaient, les soleils refroidis s'animaient de leur androgynat, antagonisme des forces actives et passives : les eaux fécondaient les rocs. ' Les Anges I Le Mouvement !

— Que votre nom soit sanctifié !

insi les courbes séraphiques parcourent les c^ es de Tinfini.

t puis elles revinrent vers la bouche du Dieu,

28fi EN DÉCOR

source attractive des Forces. Et de grandes rumeurs tournaient dans l'abîme de la source.

Les comètes partaient sur Télan des Anges'" pour des centaines de siècles.

Des nébuleuses naquirent de leur semence, de leur trace.

Elles s'allumèrent à la ride dernière d'une lointaine vibration projetée par un chéroub.

Elles brûlèrent.

Elles se rétrécirent.

Elles couvrirent leur feu intérieur d'une croûte fervente dont la chaleur condensa les gaz qui churent en pluie sur elle, la délayèrent, la fécondèrent.

Les végétaux parurent, les coquillages, les reptiles, les animaux, les hommes.

Les hordes marchèrent. Les républiques s'instituèrent. Les empires guerroyèrent. Les tyrans inventèrent des supplices. Les femmes abâtardirent les races. Les plèbes admirèrent les vainqueurs. Les martyrs saignèrent dans les cirques, dans les carrefours, dans les mansardes.

Et puis la comète revint.

Elle passa.

Attirées dans son action, les planètes, ses filles, ' y volèrent.

Une étincelle pétilla sur l'écrasement

D'autres mondes renaquirent.

— Que votre règne arrive !

; Manuel s'abîme aux splendeurs de la vision.

Heureux de palpiter à la seule harmonie dès phères courantes, des cataractes d'étoiles pleuant en musiques inconnues- : orgues et voix, loches et cris de fête, tocsins et galops des déboutes, harpes et lamentations.

Et du murmure douloureux des mondes défaillants, les suaves gerbes de prières jaillies se fondent à l'immédiate attraction d'un chéroub, à la mélodie de son vol incendiaire vite résorbé dans la bouche du Christ.

' Cependant les cheveux de flamme bondissaient en trombes par Tinfini d'ambre, et leurs effluves lumineux faisaient sourdre des mondes imbus de leur vigueur.

Or les étoiles omises par leurs spires demeuraient atones comme des corps morts, flottaient dans l'éther bleu, blêmes cadavres célestes, passifs réflecteurs des éclats de passade.

Et des autres astres, les mers levaient leurs ondes vers cette sécheresse ; et des terrasses des "temples les femmes levaient leurs oraisons à cette stérilité des lunes.

Car les terres pourvues du feu divin fleurissaient à 1 ites corolles, à toutes humanités, à toute vie. \

- Que votre volonté soit faite!

Avec le suc des plantes, la chair des bêtes, les odeurs de Tair et la douceur des eaux, le corps humain absorbait la vigueur divine incluse.

Et toutes reconnaissantes de la vie, toutes terrifiées de la mort, les races regardèrent leurs cœurs.

Elles y virent l'image de Dieu.

Les autels s'élevèrent. Les victimes s'offrirent au couteau des sacrifices.

Et dans les entrailles, les augures déchiffrèrent les présages lisibles.

L'encens fuma sur le sang.

Alors les siècles partirent à la découverte de l'Essence-Mère.

Ils la demandèrent aux pompes du ciel, à la pureté du feu, à l'ardeur du soleil, à la fécondité de la forme, à la sagesse, à la science.

Astarté brilla sur les proues des galères, Moloch dévora les fils des Carthage, Phébus parla dans les oracles, Vénus parfuma les eaux de sa naissance éternelle, Vichnou s'assit sur le lotus, Isis se voila au fond des déserts.

Or, ainsi que ces ancêtres, un pêcheur s'interrogea l'âme. Il s'aperçut qu'elle contenait l'essence de tous les dieux.

Et le Fils de l'Homme parut à sa Foi. Car rœ"'"'e conçue d'après un principe reproduit ce prir \e même.

— Donnez-nous aujourd'hui notre pain quoti- !* dien !

Manuel vivait dans sa prière toutes ces vies de peuple, tous ces désirs de siècles. 11 eut l'extase des triomphes accrue par la rigueur des luttes successives.

Des angoisses grandioses le surprirent à prévoir Tinfluence deS courbes sérapbiques approchantes et qui, d'un rythme contraire au progrès de la race élue allaient par l'espace, semant leur pollen de créatures brillantes. 11 fut, dans le corps des prophètes, Tannonciateur des ruines et des ' défaites. II chanta bien avant leur venue la chute des Sodoiïles et des Solymes. Bien avant leur venue, il prédit aux peuples les eurythmies de l'a venir, les mélodies d'efforts à atteindre. Et les peuples le lapidèrent, et les aristocratiesle vouèrent aux bêtes, et les princes des prêtres le lièrent sur les bûchers de justice. Mais les villes s'écroulèrent,

\ mais les eurythmies sonnèrent ; et les générations suivantes bénirent les noms de ses formes humaines.

11 fut aussi dans le corps du coupable, le triste jouet des chéroubim adversaires conquérants de son esprit déchu, enivré. Il connut les fautes de I tlexemple qui arrêtent des ans et des ans l'œuvre ( la race leurrée.

! îtil souffrit les tortures, l'impatience des retards

pour Télan cyclique, la tristesse des essors rompus et toute la géhenne infernale.

— Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés I

Même il rejoua la mort du péché, la débauche dispersive qui soumet aux caprices de tous les anges. Il vit mourir dans les âmes des peuples pollués la volonté créatrice qui relève à la vertu des séraphim, et retourner à la matière des feux intérieurs Tessence astrale des cheveux du Christ.

Car ce rythme divin inclus dans le temple de la forme virile, Thomme, par l'amour, le transportait au temple de la forme féminine et l'y adorait, Ty magnifiait dans Tapothéose de ses élans passionnels. Or, afin que la passion jaillit plus forte contre la résistance des antagonismes, les peuples, sous Tinfluence des vigueurs astrales, édifièrent les lois sociales qui restreignirent sa liberté.

Ce qui donna aux êtres imbus de fluide passionnel une puissance attractive énorme où durent se combiner toutes formes du désir, saisies par le flux des ondes magnétiques émises. Parfois même, chez les âmes élues, la passion, dédaigneuse des formes tangibles, cherchait en el même le Temple et Tldole : toutes contingenc abolies par sa volonté robuste, elle trouvait Di.

vivait à sa face, communiait de, son essence, dans la béatitude de la Grâce.

Ainsi armé de vertus formidables, Têtre subjuguait le passage des chéroubim en lui, leur imprimait son scel, les unissait en sa cohésion et quand le corps humain se désagrégeait aux fermentations de la mort, les rythmes maintenus par cette forme infrangible s'allaient joindre aux courbes sidérales et à la nature de Tange, avec la conscience humaine de leur splendeur et de leur immortalité.

Mais souvent la folie des races niait la puissance de TefFort vers F extase qui affranchit des nécessités vitales. A toutes les débauches, à toutes les vanités elle laissait couler et s'éperdre sa vigueur. Tant, qu'après sa mort, les rythmes désagrégés, repris par les essences génératrices, n'emportaient point avec eux le sceau de Tâme défunte et livrée à Fhorreur éternelle d'obscures métempsycoses.

Et de cette grande douleur évoquée, Manuel ressurgit vers la contemplation lumineuse , à la face oscillante et vaporeuse, aux grands cheveux roux épanouis dans l'infini, à la bouche exhalant l'indicible musique du chœur des sphères, aux ailes blanches des anges incurves envolés de leur sillage de créatures sonores, lumineuses, diaprées

s sept couleurs, condensées en ardents noyaux

métaires, semées en poussières sidérales dans

space d'ambre.

— Et ne nous laissez pas succomber à la tentation^ mais délivrez-nous du maL

La beauté du miracle, l'odeur de l'harmonie céleste suffoquaient le corps du voyant secoué comme une mer émue des approches électriques.

L'âme partait en pâmoison avec Tonde ultime d'une trace d'ange ascensionnel ; puis, à sentir de trop puissants bonheurs, défaillait la chair chétive.

Quasi mort, Manuel demeurait jusque l'instant de la voix rude :

— Maître, Maître, éveillez-vous.

Le vieux serviteur rustique le relevait, lavait le

sang des genoux écorchés par le dur carreau et le sang des ecchymoses d'extase fleuries aux mains, au front, au pieds, aux flancs.

RESORPTION

Le voyant, affaibli par les semaines du jeûne, consentait enfin à pourvoir aux besoins du corps. Rayonnant de sa blanche gloire, il ne détournait pas les yeux des grèves célestes oîi s'était promue la Vision ; et, dans le firmament clair, et sous les bandes de nuages, il cherchait encore le sillage des chéroubin et les flamboiements du Christ.

A peine entamait-il sa nourriture de solitaire fournie par la basse-cour. Le manant réussissait mal en ses instances pour lui faire boire quelque vieux vin.

— Maître, Maître, vous mourrez; que fera la Fin-du-Monde'pour lors?

[anuel souriait au géant courbé par toute une

de labour sur la glèbe. Sa longévité, TefFroi

il marquait naïvement à tous propos de voir

gir la trompette de l'Archange annonçant la

du monde, lui avaient valu ce surnom dans le

hameau, aux alentours, jusque la grande ville carillonnante.

Car Ton riait de sa petite tête noueuse juchée sur le corps ligneux, la petite tête à Toeil gauche d'azur, à Tœil droit d'émeraude, veillant les ruines du château et la garenne, et la sapinière.

— Ah! vieux dragon, la Fin-du-Monde ! Pas encore la mort, pas encore, et qu'importe à tes vieux os, la mort ?

— Bé ! si saint Pierre me ferme la porte !

— Quels crimes a commis ta conscience ?

— Bé donc : quand j'étote dragon du roi Louis XVIII.

— Ah ! vieux dragon ! Tu iras en enfer, la Findu-Monde...

— Vous aussi, Maître qui chassez ch'curé à grands coups de claquoir quand il monte ici...

— La Fin-du-Monde, la Fin-du-Monde, méfietoi : le curé est une canaille !

— Faut pas dire, Maître, faut pas dire : Madame la Mort...

— Et qu'importe la Mort!... D'abord, sache-le, la Mort n'existe pas ; c'est une fable inventée pour la terreur des âmes simples. La vie n'est qu'une perte de temps dans la marche à l'infini ; qu'une perte d'efforts dérobés par la néce animale; car l'espace, le temps, formes de la

ne sont que des quantifications de l'effort c volonté se mesure elle-même.

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Au paysan bouche bée, Manuel continue son prêche, insoucieux de savoir si comprend Tauditeur.

Pour lui-même, pour Texaltation de son âme à l'Essence première, il chevauche les beaux principes de sa métaphysique. Et le discours ne s'achève point, qu'il reste auprès de l'âtre à restaurer sa faiblesse, ou qu'il descende dans la plaine à la proue de la charrue.

Quand midi imposait au château une radieuse couronne de soleil, et que les sapins lumineux dardaient des ombres aiguës sur la pelouse, Manuel aimait, contre Tincandescence des lueurs célestes, rétablir le décor de l'existence morte, les oripeaux de vanité et la misère des amours, afin que leur tristesse rehaussât la splendeur de la béatitude présente.

Tel que Texpérimentateur novice, ravi de surprendre aux arêtes du prisme la décomposition de la lumière blanche, il se revoyait féru de savoir le mystère de la vie sensitive, inlassable évocateur d'arcs-en-ciel amoureux et de prestiges. Toutes nuances conceptibles à sa nature, il les avait mises à Tépreuve et à Fusage. Au prisme de sa ^'Mie, il avait soumis le monde ; et le monde xpré en ses éléments lui était apparu sans ilité constitutive, simple ensemble des signes nventionnels du langage échangé entre les es incapables de bannir les apparences.

L'homme au spectacle de la >ie, semble le portant du théâtre éclairé de toutes les lumières passantes : la carcasse à jour où ventent les essences a5itrale>. qu'elles imprèsnent un instant de leurs vertus si l'àme est capable de les subir, à qui elles enlèvent toute vigueur si Tàme s'est abîmée aux déperditions mauvaises.

Et chacun, dans l'inconscience des rythmes qui l'animent, tâche à satisfaire seulement les Mots sans souci du Dieu intérieur. L'éducation dénomme vert ce que l'enfant voit écarlate par la vertu de son organisme spécial ; et pour satisfaire à Téducation, l'enfant voisin nomme vert tout ce qu'il perçoit indigo ; en sorte que ces deux êtres, dans le commerce de la vie, se leurreront, s'aimeront, se combattront pour des signes vains en eux-mêmes et^sans réalité correspondante en leurs âmes. A tous, le monde de Timagination diffère, et les hommes divers sentent diversement par des impressions adversaires.

Car les atavismes eux-mêmes influencent à Topposite du germe primitif : tel père prodigue engendre un fils avare, tel sage un fol? tel voluptueux un chaste ; phénomènes non phis extraordinaires que la parité du géniteur produit, parce que les antagonismes sont ir tiques, parce que l'affirmation ou la négatioi sont que les attitudes passagères des princi

Ainsi le philosophe avait connu l'appare^'

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monde faux et menteur à tous actes, dénué de réel et de rêve, animé de fantômes, créatures de la seule volonté, et possibilités de sensations pour elle.

Et, peu à peu, unissant les faisceaux des couleurs éparses et des nuances, il avait, par la force mystique, conquis le pouvoir de reconstituer la lumière primitive essentielle.

Maintenant, parvenu à la contemplation de Dieu, du Dieu créé par son désir humain, mais d'essence constitutive, Tœuvre conçue selon le principe divin avait reproduit le principe même. Et il s'enorgueillissait d'avoir parcouru le cycle complet de l'évolution, de vibrer intensément au bonheur de se savoir en la grâce du Christ, tout étincelant de candeur et de foi, comme la grande lumière du midi qui réduisait les camps d'ombre au bord de la sapinière et sur les boulingrins.

C'était pour lui la douceur du repos après les grands voyages, la certitude de la tâche parfaite, la confiance de l'attente à la mort rédemptrice qui joindrait sa volonté libérée enfin de contingences mortelles à la pure vertu d'un Séraphin.

Il s'endormit dans cette confiance. Il ne chercha plus les extases ; il supprima les jeûnes, les pratiques ascétiques qui amenaient à dates régules l'apothéose de son esprit, a prière de chaque aurore rappelait suffisamsnt le triomphe de la pensée sainte.

t*J* EN DÉCOR

Suivi du vieux rustre, il se reprit à parcourir les plaines, Tarme aux mains. Sa réconciliation se fit avec la terre maternelle.

Il ressentit à nouveau Tivresse de l'étendue, il se grisa de gommes arborescentes, il lutta contre les vents, la fatigue, la soif.

Les saisons hâlèrent sa face barbue.

Il reconnut Tembrassement du Christ dans la caresse des brises, dans la fraîcheur des pluies, dans le fracas des orages.

Aucune nouvelle du monde ne vint troubler sa pénitence fière. Les souhaits de fête ne surent point rendre â l'anachorète l'amour des apparences dépouilléies.

Les paysans craignirent ce maître farouche et silencieux arpentant la plaine de Taube au couchant ; et son mysticisme les terrifia comme un vice hyperphysique, une passion d'enfer, — le curé allant en tous lieux prêcher contre ITiérétique.

Seul.

Seul dans les immenses salles du château s'effritant sous les infiltrations d'hiver.

Seul dans l'océan des terres arrondies à la limite du firmament.

Seul dans sa pensée intangible et close; dans le temple de sa pensée blanche.

Il perçut s'effacer de lui les souvenirs mên des nuances vaines, et les gestes d'antan et physionomies d'antan.

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Unmatin, il apprit la mort dumonde àsa mémoire. La prière le faisait vivre uniquement, quelques instants du jour.

Mais les magnificences des extases s'atténuèrent, reculèrent.

Il ne dépensa plus de force à la méditation.

Alors il découvrit que son corps très robuste devenait brun comme le tronc d'un chêne, avec des végétations touffues à la poitrine, aux bras, |aux jambes, et une longue barbe à la ceinture.

Sous ses bardes, il portait comme un doux et chaud pelage de bête.

La terre le résorbait.

Une après-midi de langueur d'été, il voulut >arcourir encore les merveilles des temps amou- Ireux ; mais il ne retrouva point dans la mémoire [répitaphe des affections périmées.

Et il lui parut qu'il était bien sot de s'enquérir ide telles inanités.

Son rire éclata par la plaine. Des perdrix [effrayées s'envolèrent.

Manuel se leva.

Sur la courbe de la colline, la haute stature de fia Fin-du-Monde penchait contre la charrue, et le cheval tirait à tous muscles comme s'il eût voulu ;jc~'^ver la blanche muraille du ciel vers laquelle il [g .vissait.

ne grande impatience saisît Manuel de voir X relage si peu hâtif au but.

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Et les vagues des sillons lui semblaient inégales, trop obliques, mal coupées par la proue de la charrue. La fureur l'emporta : comment monter vers le ciel en des chemins si mal tracés ?

D'un brusque coup, il écarta le vieux valet, empoigna Tinstrument et poussa des cris d'assaut. La bête s'emballa, escaladant les mottes, franchissant les flaques, filant droit à travers champs.

Lui criait toujours en un délire de conquête, et il pressait Tardeur du cheval vers l'assise du firmament.

Car il entendait Tordre de la Voix.

Et la tête du Christ apparut avec la rouge chevelure du couchant : les cheveux montèrent, montèrent et flambèrent. La bouche exhala le chanl divin du chœur des sphères. Les Chéroubim croisèrent. Leurs sillages semèrent les arcs-enciel, les soleils, les planètes, les lunes.

Puis tout se fonça. La tête rédemptrice saignait à grand flots pour le rachat des hommes. Et les souillures étaient si nombreuses que tout le sang du ciel ne suffisait point à laver la misère du monde.

Or, Manuel Héri court périt sous la douche des médecins aliénistes, s'efForçant de lui restituer l'Erreur Originelle.

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