‹ En décorChapitre 16 sur 19 · EXERCICES DU SEUIL · texte numérisé non relu

EXERCICES DU SEUIL

Il quitta les parents, leur vie, et gagna ce château.

Avec un valet, il sereclut.

Et des mois, sans même lire, il se replia dans la méditation intérieure.

Alors sa volonté s'objectiva.

Il acquit cette vertu miraculeuse de voir se préciser devant son œil les images des concepts évoqués.

Ce furent d'abord de simples assimilations où les courbes de ses pensées semblèrent se fondre utilement avec les inflexions des apparences matérielles. Certain platane lui demeura longtemps le signe de la philosophie boudhiste ; et il ne le pouvait apercevoir sans que surgît aussitôt en son esprit Tensemble des maximes générales oh se concrète cette théorie.

Ainsi peupla-t-il de ses émanations intellectuel! toutes les formes ambiantes, le paysage.

;jÂi

Après un certain temps, il n'y eut plus au château, dans le parc, une console, un buisson, qui ne symbolisât quelque haute vérité métaphysique.

En sorte que la nature formait une annexe de son cerveau.

Mais comme sa science n'ignorait point sous quelles figures les anciens sages aimaient enclore le secret de leurs trouvailles, elle para bientôt tous les objets de ces figures, de cespantacles.

Siva la destructrice, Maïa Tillusoire, Moloch le dévorateur, le lumineux Osiris et Tardente Cerès paradèrent processionnellement avec leurs hiéro- \ dules, leurs bêtes sacrées et leurs cymbales.

Dès lors Manuel exista dans la communion des

dieux.

Les mystères révélés et toujours renaissants lui emplissaient l'âme d'une harmonie merveilleuse et tendre où sa volonté vagua mollement parmi les plus sublimes évocations.

Ces filles de son génie l'adulèrent, le choyèrent. Et de leur commerce incessant il engendra des conceptions nouvelles et plus hautes qui Texal- . tèrent à des magnificences spirituelles inouïes. Tel Loth engendra de ses filles.

La nuit, il s'enveloppait d'un grand manteau de 1 ne, et, les paupières closes, il s'hypnotisait sur seul point imaginatif.

Vu bout d'un temps, il lui paraissait sortir de

Tenveloppe charnelle, poussé par Tunique force du désir.

El son corps retombait inerte comme du vin épanché.

L'âme astrale saisie dans l'attraction des mondes supérieurs évoluait parmi les miracles.

Une fois il resta comme mort, toutes les heures depuis le crépuscule, dans le manteau de laine.

Page 1