‹ En Europe [microforme]Chapitre 14 sur 59 · DE LYON A ST JEAN DE MAURIEN · texte numérisé non relu

DE LYON A ST JEAN DE MAURIEN

Samedi, 25 janvier (1).-- Je pars de Lyon à 9 heures, et à 6 heures et demi je serai à St-Jean de Maurienne, dans les Alpes, pas loin de la frontière italienne. Pourquoi arrêter? pour deux raisons ; la première, afin de pouvoir dire la messe demain dimanche ; la deuxième, parce que ayant mal dormi la nuit dernière, je ne veux pas m'exposer à être malade en pasgant une nouvelle nuit sans sommeil, J’ai promis d'aller vite, mais pas plus qu'il n’est raisonnable, Ça coûte un peu plus cher, maïs la vie vaut mieux que l’argent. Voyez comme jai soin de moi; ne soyez donc pas inquiète, bonne mère. Puis à quelque chose malheur est bon; je vais me trouver à passer de jour à travers les grands paysages des Alpes. La chance me poursuit, je suis encore seul dans mon compartiment. Au départ quand il se montrait un nez à la portière, je lui faisais de gros yeux en dessous ; et il allait chercher place ailleurs,

De Lyon à Montbuel nous traversons plusieurs petits bourgs qui n’offrent pas grand intérêt, Terrain bas où coule le Rhône sur la droite à une certaine distance, et sur la gauche un long côteau, ce qui me rappelle le pays entre Lachine et Muntréal, quand on suit la ligue du Grand-Tronc.

Toujours côteaux sur la gauche, mais le terrain sur lequel nous roulons s'élève, Bonne terre, qui a valu au village que nous traversons le nom de Valbonne, c'est le contraire de notre Terrebonne, où le sol en grande partie est très pauvre. Aussi lui a-t-on ajouté, dans une de ses côtes le sobriquet de Puincourt.

Après Meximieux, on traverse l’Ain qui a l'apparence d’une rivière respectable ; et après Leyment, l'Albarine, affluent de l'Ain.

(1) C'’est-à dire, dimanche 26 janvier.

Ambérieu, au pied du Jura, buffet, J'achète une bouteille de vin, un morceau de pain, un bout de saucisse ; le-tout pour un franc, et je vais faire mon déjeuner de onze heures à bon marché. On vient de changer les chaufferettes, je suis comme un prince, Un compagnon est venu s'asseoir à l’antre portière ; il sera bien habile s’il me tire un mot de la bouche. Il fait si bon de ne s’entretenir qu'avec soi-même et ses livres.

On entre daus les montagnes du dura par la charmante vallée de l’Albarine, large detrois à quatre arpents entre de hautes montagnes, tantôt se retrécissant, tantôt s’élargissant en baies riches de gazon. Au fond du vallon court en serpentant le ruisseau d’un bleu clair,le flanc des montagnes est couvert de vignobles.

St-Rambert-en-Bugey, la vallée se retrécit, un arpent, un arpent et demi tout au ee Les aspects deviennent d’un sau-

vage grandiose.

Nous entrons dans une‘gorge sombre, Sévère et déserte, où nous longeons de petits étangs, azurés, ne voyant au-dessus de nos têtes qu’une lisière étroite de firmament bleu. Nous avons quitté l’Albarine, ÆRossillon.

Virieu-le-Grand ; évidemment nous avons fait petit à petit l’ascension du plateau ; les pics se multiplient moins hauts, et les horizons s’élargissent,

Artemare; ayant longé le mont Colombier, nous entrons dans la vallée du Rhône avec une vue splendide sur les Alpes.

Culoz, dans un vallon circulaire, entouré de quinze sominets, quelque chose comme Wemontaching dans le haut du St-Maurice moins ses belles rivières. Tel sera l’aspect de nos Laurentides, quand elles auront été habitées depuis deux mille ans, même avant cela. Ici nous changeons de chars pour l'Italie, notre premier train se dirigeant sur Genève en Suisse, 25 minutes d'arrêt. J’en profite pour me délasser les jambes. J'achète une demi-bouteille de sauterne, un franc et demi, ce qui est trèscher ici, mais aussi il faut avouer qu’il est très bon. Il a noyé mon mainise de ce matin, et me voici tout refait, aussi bien

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Chindrieux. On arrive sur les bords du lac Bourget, (nom vénéré de notre pays) qui mesure quatre lieues de long sur environ une lieue de large : nappe d’eau considérable en Europe. C’est un étang à côté de nos mers intérieures. Tout de même il est bien gentil, et nous le contournons presque en son entier, jusqu’à ce que arrivés dans une plaine tout.à-fait fertile, couverte de vignes, de peupliers et d'arbres fruitiers de de toutes sortes, nous le quittons pour gagner Aix.

“Ce lac, dit Lamartine dans Raphaël, est profondément “ encaissé du côté de la France, Du côté de la Savoie, au con- “ traire, il s’insinue sans obstacle dans des anses et dans de “ petits golfes, entre des côteaux couverts de bois, de treillis, “ de vignes hautes, de figuiers qui trempent leurs feuilles dans “ses eaux... L'abbaye de Haute-Combe, tombeau des princes “ de la maison de Savoie, s'élève sur un contrefort de granit, au “ nord, et jette l'ombre de ses vastes. cloîtres sur les eaux du “ lac. Abrité, tout le jour, du soleil par la muraille du mont “ du Chat, cet édifice rappelle, par l'obscurité qui l’environne, “ la nuit éternelle dont il est le seuil pour ces princes descen- “ das du trône dans ces caveanx. Seulement le soir, un rayon “de soleil couchant Le frappe et se reverbère un moment sur ses “ murs comme pour montrer le port de la vie aux hommes, à “ la fin du jour.”

Aix-les-Bains, 5000 habitants, station thermale, où coulent des sources sulfureuses excellentes pour la guérison des rhumatismes et des maladies de la peau. Chaque année voit ici réunis jusqu’à 12000 baigneurs. Le climat y est très doux, la situation charmante dans une plaine entourée de montagnes ; les environs sont remplis de promenades intéressantes. J'aime encore miéux St-Lin. ‘“ La vie y est moins dorée, mais on y trouve le bonheur,’

Viviers, joli vallon bien cultivé : le soleil dore des trainées de nuages légers qui se promenent lus bas que le sommet des montagnes,

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Chambéry, 20,000 habitants, ancienne capitale de la Savoie. Tout le moude aime les Savoyards. C’est un centre intellectuel

et industriel assez important. 30 minutes d’arrêt, et une demni- ” bouteille de madère. Toutes ces villes de montagnes présentent

une physionomie intéressante avéc leurs rues grimpantes, et

leurs maisons Ctagées les unes au-dessus des autres. Un pic à tré l'ouest brille sous les rayons du soleil, vu qu’il est couvert de bre neige. C’est la première neige que je vois depuis mon départ écl au Canada. Ici dans la plaine, nous avons une température de cie mali.

Partant de Chambéry, on passe près du Mont Granier, haut rie de plus de six mille pieds. En 1248, une partie s’en écroulait. mill couvrant de ruines 16 villages. C'était pire que l’éboulement du Cap L:me l'automne dernier,

Je n'oublie pas que je suis ici dans le pays de St-François 2 de Sales, ie sent de ‘a prédilection, non pas tant parcequ’il né était devenu doux d’impatient qu’il était, mais parce qu'il a pret vécu extérieurement comme tout le monde, buvant, mangeant ville ce qu’on lui servait, fréquentant les sociétés, et faisant partir le sue principe de sa sanctification de la pureté intérieure de ses motifs. FE

Tout de même, c’est très-joli: verdure au fond du vallon, L’ flanc abrupt de hautes montagnes rousses ayant çà et là des de se maisonnettes au milieu d’un bouquet d'arbres comme suspen- statu dues dans l’espace, et sommet blanc de neige immaculée. Des était flocons de nuages en promenades capricieuses s’accrochent dans les pics et les rochers. Sombre au fond du ravin, et clair ciel À

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bleu au-dessus de nos têtes ; quelque chose que nous ne connaissons pas à Montréal ou aux Laurentides. Chignin-les- Marches et Montmélian.

Depuis Culoz j'ai remarqué que tous les champs étaient inondés. À Chambéry, j'ai appris le secret. Ayant acheté un journal local, je vis que ces jours derniers il s’est déchaîné sur ces montagnes une véritable tempête. Tempête en arrière sur l'océan, tempête en avant sur la terre ferme, calme sur mon passage je joue de bonheur,

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Cruet. On traverse l'Isère dont on a remonté la vallée pendant quelque temps. Nous suivons le lit des rivières, un chemin de fer ne peut passer tout droit à travers ces montagnes.

La nuit, qui tombe vite dans ces ravins, nous surprend à l’entrée de la vallée de la Chaumière. Nous voyageons dans l’ombre géante entre deux murailles abruptes, pendant que la lune éclaire les sommets éclatants de blancheur et le bleu pâle des cieux où scintillent les étoiles.

Chamousset, Aiguebelle, Epierre, enfin St-Jean-de-Maurienne, où un omnibus me conduit à l'Hôtel de l’Europe, à un mille environ.

Dimanche, 26 janvier (1). — Bonne nuit, bon dormir! Je cours dire ma messe, avec une soutane trop petite que me prête un petit vicaire de la cathédrale ; car cette minuscule ville de 3,000 âmes est érigée en évêché. De l’évêque et de son entourage, je ne connais rien, étant trop pressé pour entreprendre à faire des connaissances.

L'église a une belle nef et renferme le tombeau de plusieurs de ses anciens évêques. Sur une place publique on voit une statue du Dr Fedéré, l'inventeur de la médécine légale, qui était natif de St-Jean.

A 8 heures, par un chemin de raccourci, le garçon portant ma valise sur son dos, je gagne la gare en route pour l'Italie.

(1) C'est-à-dire, lundi, 27 janvier.

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