‹ En Europe [microforme]Chapitre 13 sur 59 · A LYON · texte numérisé non relu

A LYON

Vendredi, 25 janvier. (1). — Hier soir je descendis à l’HÔtel de l'Univers, presque en face de la gare, Ce matin je me réveillai tard et je n’en suis pas fâché. En:voyage, bien manger, bien dormir, ne pas aller trop vite, c'est la santé, sans compter que c’est le plaisir et l'instruction,

A 11 heures, après avoir pris un café au lait, je me rendis au Bureau des Missions Catholiques. Je n’ai besoin de personne pour me conduire dans une ville étrangère, ma carte me suffit, M. Morel, à qui j'ai affaire, partais pour aller diner avec un évêque, et il m'a donné rendez-vous pour 3 heures, En attendant je visiterai la ville, sans me presser,

Tout près des Missions Etrangères se trouve l’église d’Ainay. J'y suis et vous écris, assis sur une chaise en face de l'autel. Il ine fait plaisir que vous visitiez Lyon avec moi; et ma chère mère, vous êtes la dame de mes pensées, qui me suivez comme il en était pour les chevaliers du moyen-âge.

Cette église est la plus ancienne de Lyon, bâtie sur un vieux temple payen, élevé en l'honneur d’Auguste. Elle a cinq nefs, les trois principales voûtées en berceau, Comme toutes les églises de France elle est en pierre, jusqu’à la voûte, ouvrage qui brave les siècles, mais qui a quelque chose de- sévère, de sombre ; l’église de St-Lin est bien plus fraîche et plus gaie. Cependant cette église-ci, vieille de plusieurs centaines d’années, sera encore jeune, quand notre église sera chose du passé —c'est bien, allons plus loin.

Passant par la place Bellecour, j'ai gravi la sainte colline de Fourvières dans un ascenseur, et j'ai pas-é ici des heures délicieuses à lire, à visiter et à prier. J'ai gravi les trois cent seize marches, qui conduisent au sommet de l’église: quelle vue

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@) Il faut remarquer ici que M. Proulx, par une de ces distractions dont il n’est pas coutumier, a perdu une journée, prenant le 96 de janvier pourle 25. 11 ne s’aperçut de $on erreur qu'à Rome ; le lundi il s’arrêtait à St Jean-de-Maurienne dans les Alpes, pour y dire sa messe, pensant que c'était le dimanche.—J. G. Payette. |

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splendide nous avons du haut de cet observatoive. Je ne vous écris aucun détail sur cette chapelle, préférant vous envoyer les opuscules que j'ai sous la main. Je vous souhaite autant de plaisir à les lire que j'en ai éprouvé moi-même. J’y ajoute deux images, une pour ma chère mère, l’autre pour mon bon ami. Vite, descendons, car il arrive trois heures, et. l'abbé Morel m'attend.

Les affaires sont faites. L'abbé m'’invite pour diner demain, et rencontrer M. Légaré, le président du Bureau de la propagation de la Foi.—“Merci, je pars demain matin, au retour ce plaisir, si je passe par Lyon.” Ce m'aurait été très-agréable de faire cette connaissance, de même que de visiter l’église de Saint-Pothin et de Sainte-Philomène, et quelques autres monuments de Lyon, que je suis obligé de laisser de côté. Mais n'importe, je ne veux pas manquer à la résolution que j'ai prise avant de partir, et qui est la plus raisonnable, de ne m'arrêter en route que pour les affaires indispensables. J’offre le sacrifice de ma curiosité pour le succès de ma: mission, et j'espère que Dieu le bénira. Dans tous les cas, si je ne réussis pas, ce ne sera pas manque de persévérance tranquille et longue ; ils vont voir à Rome ce que c’est qu’une tête dure de Canayen.

Au sortir de chez l’abbé Morel, je gagnai l’église St-Jean, la cathédrale, monument remarquable par l'élégance et la pureté de ses lignes, sombre comme toutes les églises gothiques, avec vitreaux en couleurs chargées. Cela a son beau côté, je préfere le clair, le lumineux des églises italiennes; c’est pourquoi mes chassis de couleurs sont si légers, sans compter qu’ils coûtent moins cher, considération qui entre en ligne de compte quand on n’a pas d'argent,

De là, je gagnai la grande paroisse de Lyon, Saint-Nizier, quia été bâtie pas longtemps après la cathédrale, au 15ième siècle, et qui a avec elle un grand air de parenté, Comme elle, l'intérieur a trois nefs, avec transept et chapelles latérales. J’y

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à expliquer ici; au retour, et de vive voix, les explications détaillées.

De là, je pris une course à la diable, passant devant l’Hôtel de ville, qui n’est pas plus joli que celui de Montréal, devant le théâtre, devant le paluis de justice à l'aspect imposant, et, suivant les quais du Rhône jusqu’au cours du midi, où se trouve mon hôtel, je jetai un coup d’œil à gauche sur le Lycée, sur le marché couvert, sur la gendarmerie, sur l’Hôtel-Dieu, sur la Poste, sur l’Hospice de la charité, sur la mairie, sur l’école de commerce, et sur la manufacture des tabacs, qui, en France, appartiennent à l'Etat.

Je suis content de ma journée. Je connais mon Lyon,comme mon Montréal, à l'extérieur, j'entends. La ville est bâtie sur uu delta de terre basse au confluent de la Saône et du Rhône, à droite sur le plateau abrupt au-delà de la Saône où se trouve Fourvières, et à gauche sur un terrain qui s'élève en amphithéâtre, au delà du Rhône.

Lyon date de 500 ans avant Jésus-Christ fondée qu’elle fut par les Grecs; mais les Romains lui donnèrent une importance considérable en en faisant la capitale de la Gaule Celtique. Trajan y bâtit sur le plateau, le Forum vetus (l’ancien forum }) d’où par corruption vient le mot français Fourvières. Plus tard la partie principale de la ville se construisit sur le delta.

Voici la beauté principale de Lyon : deux rivières, assez larges, pas trop larges, la traversent, ayant sur chacune de ses rives des boulevards bordés d'arbres et d’une rangée de hautes maisons superbes. Vous voyez de St-Lin quel aspect magnifique présentent ces deux rangées de palais qui se regardent, ces deux rues, ces deux boulevards ombragés, séparés par un cours d’eau rapide, surtout le soir, quand l’ensemble vous apparaît mystétérieux et féerique à la lumière des gaz.

Je ne connais personne à Lyon. Ceperdant je puis dire à première vue, que jy aime l’aspect général de la population. En certaine autre ville que je ne nommerai pas,tout est mondain, surfait, et le bon, par la force même des choses, doit y prendre un air évaporé. Lyon est ville catholique, et les indifférents,

trempés malgré eux de catholicisme, s’y présentent avec des manières chrétiennes et raisonnables. Enfin ici le français me paraît, non-seulement joli, fascinant, mais aimable.

Bonsoir, ma chère mère. Croyez que ce m’est un plaisir de converser avec vous. Je veux vous le prouver par ce journal que je n'ai pas omis encore de tenir un seul jour depuis mon départ. Si je vis si souvent loin de vous, en mission au Manitoba, en voyages apostoliques à la Baie-d'Hudson, en pension à Montréal, en courses en Europe, ce n’est pas par plaisir, c'est pour obéir à la volonté de Dieu qui se manifeste par les ordres ou les désirs de mes supérieurs ecclésiastiques. Je vous aime b'aucoup, je dois aimer encore davantage l'appel de Dieu. L'un ne contredit pas l'autre, Je vous sais assez chrétienne, assez résignce pour accepter ces absences avec patience, avec conformité à la volonté divine, Pour ce qui dépend de moi, je veux vous prouver par ces correspondances multipliées que je ne vous oublie pas et que votre souvenir me suit partout, L'amour de ma mère se confond avec l'amour de mon Dieu.

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