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CHAPITRE PREMIER

Du 30 janvier au 7 février 1890.

Villa della Presentazione, 13 via Milazzo, Rome.

Mon cher ami.

Jeudi, 30 junvier.—— Sautant à pieds joints par-dessus la journée perdue, j'adopte le calendrier des autres. Hier midi, je quittai mon hôtel pour aller au Coïlège Canadien, prendr là un cicerone pour me chercher une pension quelque part. ‘8 avant je voulus faire une visite à une conductrice dont je me suis toujours bien tronvé de suivre les directions, la bonne mère que nous avons au ciel.

Au bout de la rue des Quatre fontaines, y faisant face, se trouve Sainte Marie Majeure, une des plus anciennes églises de Rome, que le pape Libère bâtit sur l'invitation même de la Sainte Vierge ; elle lui était apparue, ainsi qu’au latricien Jean, leur demandant de lui élever un temple là où ils trouveraient, le lendemain matin, de la neige fraîche. Or c'était le 5 d'août, De là viennent le nom et la fête de N. D. des neiges. C’est dans cette basilique que, passant devant le Collège Canadien sans m'y arrêter, je me rendis tout droit.

Quel coup d’œil brillant et majestüeux ! quel plafond magnifique ! quelle rangée splendide de 42 colonnes en marbre et en granit, dans le style inonien ! quelle brillante chose que la chapelle sixtine ! quelle richesse d’agate et de lapis-lazuli dans la chapelle Borghèse !

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Mais pour aujourd’hui je n'étais venu voir ni l’architecture, ni les tableaux, ni les sptues ; j'étais venu prier, J’allai devant la crèche de Jésus, la vraie crèche, celle de Bethléem, qu’on a transportée ici, et je m’agenouillai, berger venant du lointain Canada. J'allai devant le tombeau renfermant le corps de St Mathieu ; j'allai surtout devant l'image miraculeuse de la Sainte Vierge, qu'on attribue à St Luc. Je la priai pour ma mission. Si c’est mieux pour le bien de la religion que je ne réussisse pas, je demande de ne pas réussir, Je priai pour ma mère, pour mes parents, pour mes amis, Je priai pour ma paroisse, pour mon couvent. Je priai pour ma conversion, Je passai, là deux heures, lisant, pensant, priant, et pourquoi ne le dirai-je pas ?.… pleurant et le temps me parut bien court.

De là je revins au Collège Canadien. M. Palin, supérieur, et M. Vacher, économe, que j'ai bien connus au Canada, voulaient me garder. Cela m'aurait coûté moins cher, mais : “ Non, leur dis-je, votre collège est un terrain neutre, maison d'études, qui ne doit froisser aucune susceptibilité. Je suis, il est vrai, un homme de paix ; mais si on me fait la gnerre, je pourrais bien riposter. Advenant un conflit, vous pourriez être embarrassés de ma présence ; et moi-même je me sentirais gêné dans mer mouvements. Je veux garder toute ma liberté d’athlète. Seulement je me donnerai le plaisir de venir vous voir souvent, vous me serez dans Rome un petit Canada.” Le moyen de résister à tant de sagesse.

M. Cousineau, prêtre du séminaire de Ste Thérèse, un ancien élève en théologie et un ami intime, me pilota. Nous allâmes à la pension Lavigne, pas de place ; dans un couvent, Piazza Berberini, pas de place, dans des maisons particulières, pas de place. Rome, en hiver, est remplie d'étrangers, de visiteurs, de curieux et de délégués qui, comme moi, viennent par affaires. Près de la Minerve, nous ‘trouvâmes une petite chambre, mais si sombre, mais si peu éclairée, mais si veuve de soleil, que j’y serais mort d’ennui : un franc par jour, moins cher qu'ici ; mais la vie vaut bien trente francs par mois. “ Au-

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