‹ En Europe [microforme]Chapitre 26 sur 59 · RE · texte numérisé non relu

RE

bien, très bien, vous anrez l'honneur de ma visite, s’il me reste du temps. Pour me dédommager, j'arrêtai à l’église du Gesu, sur le corso Victor-Emmanuel, à MNelquee arpents de la place de Venise.

C’est une des plus riches de Rome pour le précieux des marbres et l'éclat des décorations, Les Jésuites ne sont pas hommes à rester en arrière, Je m'agenouillai devant le bel autel de $S. François Xavier, le second patron du pays, le patron de la propagation de la foi, l’œuvre de charité que j'a plus à cœur dans ma paroisse.

Tout de même j'ai pu attraper un S. Laurent, en continuant le corso Victor-Emmanuel, jusqu’à la Piazza della cancelluri, Rien de plus saisissant que lhistoire du saint. martyre

‘qui se déroule sur des toiles qui ont bien quarante pieds de long. Si M. Rioux réussit aussi bien pour mon tableau de St-Lin, sa réputation est faite.

De là, je traversai au nord, à la belle Piazza Novona, et sur maidroite j'entrai à Ste-Agnès, On y était à chanter vêpres ; ce qui ne m’empêcha pas, de ma place au centre, de lexaminer très bien. (Cette æoix grecque surmontée d’une coupole qui y répand des flots de lumière, est belle certainement ; mais pas plus belle que cette vie que je vous envoie sur des feuilles volantes.

Je me suis rappelé que Jésus, dans l’évangile d'aujourd'hui, dit: “ L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ” A 4f h,, il devait y avoir un sermon à St-Louis-des-Français ; j'en étais à quelques pas. Je traversai la place Navone et entrai dans l’église qui donne sur la Piazza S. Luigi di Francesi.

L’orgue ronflait. Une nombreuse assistance priait pieusement. Des voix françaises, prononçant le latin comme au Canada, chantaient les psaumes des vêpres. 11 y avait un petit air de chez nous, je me sentais attendri. J'y jetai un coup d'œil rapide ;: j'y retournerai. Pour aujourd'hui l’intérêt des oreilles a fait taire celui des yeux.

Le prédicateur était un missionnaire Salésien, Savoyard.

oo

e reste À Vous connaissez mon admiration, ma dévotion pour S, Fran- | Gesu, çois de Sales ; déjà je me trouvais prévenu en faveur d’un de la place ! ses enfants, Le Père Tissot, pour encourager sans doute ses auditeurs à suivre fidèlement jusqu’au bout le cours de ses | ux des | instructions pendant tout le carême, a développé ces deux ont pas À idées : la parole de Dieu nourrit l'esprit, elle réjouit la mémoi- à ; le bel re. Son style est imagé, mais simple et sobre ; sa phrase est » pays, le 4 * nourrie, sa manière intéressante ; il connaît le LS Fe du | que jai cœur, Il a parlé de patrie lointaine, de souvenirs d'enfance, HE de tendresse maternelle ; je faisais un retour sur moi-même, | atinuant bref j'ai pleuré ! | ancella- Je dois cette jouissance de l'esprit ét ce délassement du martyre | cœur à un de mes compagnons de pension, dont je vous ai, pieds de ! déjà parlé, M. Belnoue, qui a bien voulu aujourd’hui être mon CE bleau de. cicerone à travers le dédale de Rome. On gagne toujours à parler avec un savant, on n’y perd jamais à voyager avec un vona, et 1 homme qui connaît les lieux. Impossible d’être plus aimable inter vê- que ce monsieur ; et, si je le voulais, je pourrais user et abuntre, de |! ser de ses services, uti et abuti. te d’une A Rome, à raison de la grippe qui fait des ravages, le gras certaine- 1 est permis tous les jours du carême. Mais pas plus qu'ails envoie leurs nous ne sommes exempts de méditer ces paroles dé S$, Paul : “ Voici un temps favorable, voici des jours de salut, ourd'hui, ! Soyez patients dans les tribulations ; soyez chastes et purs. de toute Que votre charité ne soit pas feinte, Vivez comme devant devait y 1 ‘mourir bientôt, et possédez comme si les biens de ce monde ne à quel- | vous appartenaient pas. ” En effet quelle folie de s'attacher is l’église à des choses qui passent si vite. Dieu seul demeure, qu’il soit notre seul bien. — Pardounez-moi ce petit bout de sert pieuse- mon ; je trouve cela singulier de ne pas donner mes deux ou omme au ! trois instructions tous les dimanches. — Bonsoir et à demain | avait un À jetai un Lundi, 24 février. — Cet avant-midi, M. le Dr Desjardins, hui linté- | qui est revenu de Naples, a passé une heure avec moi, Il

donne un dîner demain soir, auquel il m'a invité, Savoyard. ! À trois heures cet après-midi, je portais une nouvelle lettre

au cardinal Simeoni. Comme vous le voyez, tout en attendant le retour de Mgr Jacobini aux affaires et tout en préparant mes grosses batteries, je ne reste pas inactif. Réellement je pense que ma troisième question n’est pas loin d’être mûre. Le moment va se présenter bientôt, je crois, de porter la lan-

cette dans l’abcès. Je suis sûr de la réponse, comme si je j l'avais dans ma poche. Restera la quatrième question, l’im- b portante, la compliquée. Dans tous les cas, quand elle arri- le vera, je ne puis pas dire que je ne serai pas préparé. Toutes +

mes pièces sont déjà rangées en ordre comme des soldats en ligne de bataille ; mes canons sont chargés jusqu’à la gueule. ; du J'ai apporté ici toutes mes batteries, que je n’avais pas eu le

loisir de monter dans le tourbillon qui compose ma vie Mont- |! à réalaise, A Rome, j'ai le temps pour calculer mes moyens, et Q préparer mes attaques. J’ouvrirai le feu, je crois, d'ici à une + quinzaine de jours ; et cette question gagnée, ou perdue, ilne | pr me restera plus rien à faire ici. Je reprendrai le chemin du

Canada et de St-Lin, où se trouvent le foyer de mes affa res M et le centre de mes pensées. Je ferai ce qui dépend de moi ; . à à Dieu le reste, Il en arrivera ce que le bon Maître voudra. vo

Dans tous les cas, n’apporterai-je que le résultat obtenu jus- | bic qu’à, maintenant, le voyage sera loin d’avoir été inutile, ‘ Priez

pour moi, Quand vous recevrez cette lettre je serai au plus bA fort des explications de ma dernière question. Ne ménagez j'a pas les-Ave Maria. Faites prier les enfants avec un redou- ds blement de ferveur. Pas long, mais bien. Rien ne résiste à la prière. Le but que je poursuis me semble bon. Je suis Er Vo certain de l'intention, Oh! que le résultat soit un trésor de tie paix, de conciliation et d’apaisement, Je ne veux le triom- | dis phe d'aucun parti, seulement celui de la vérité. Que Dieu le règne sur nous et sur notre enseignement. Ainsi soit-il. sol:

Je revins par St-Pierre-aux-liens, la station du carême. Ce ho n’était pas directement sur mon chemin ; mais tout chemin

ens mène à Rome, surtout quand on y est. Le Corso me mena à féli la place de Venise, la via Nationale à la place Magnanonoli ; dnt

la via del Grillo et la via For di Conti me menèrent à la via

tten- IT

TÉpa- Cavour, et celle-ci à l’escalier qui me monta à. St-Pierre-auxment liens. Fa mûre . Les religieux entraient pour chanter Matines, Je récitai ' Jan- mon bréviaire aux douces et mélancoliques modulations de leur Et 24 chant, aux soupirs et aux ronflements de l'orgue. L'âme se l'im- berce et s’enivre dans la prière. Au chant des litanies, tout Lubhsé le chœur, croix en tête, fit la procession autour de la basilique : loutes upe vision du paradis, un écho du ciel. ts en Avant de sortir je jetai encore un coup d'œil sur le Moïse ueule. de Michel-Ange, monstrueux et merveilleux œuvre d'art ; eu le et je m'agenouillai devant les chaînes de St-Pierre, qu'on ex- Mont- pose aujourd’hui dans la confession à la vénération des fidèles, ens, et Que des chaînes d'amour nous attachent à Dieu, Nous auà As rons bien perdu notre temps, si nous nous attachons à autre e, il ne chose. Tout le reste passe si vite, et nous appartient si peu, ain du Hier je recevais trois lettres du presbytère, M. C...…. et affa br M. St-G...…. me les ont apportées après le dîner, Bientôt > moi; | vous mw'arriverez directement à ma villa de la via Milazzo. Je oudra. vois bien que je ne changerai pas de domicile, Quand on est CA ar bien, on y reste. Ilne faut pus chercher de médailles sans Friez revers. Le mieux est l'ennemi du bien, Il n’y a ici qu'un u plus revers, c'est l'éloignement du centre. Encore en est-ce un ? nénagez j'ai par là, le repos. Je vous souhaite le repos de l’âme et du redou- cœur, Adieu ! au revoir !

Ésiste à Donc j'ai reçu votre lettre du 9 courant, pleine de nouvelles, a; sus Vos photographies ne sont pas encore arrivées, Ce retard. ssor de vient peut-être de leur enrégistrement à St-Lin, ou de leur triom- distribution à Montréal, Les lettres passent toujours avant e Dieu les paquets, Vous avez bien fait de fermer les chassis au L. soleil, Je ne crains pas que vous cassiez les cordons de la ne. Ce bourse, de manière à ce que je ne puisse mettre les deux bouts « chemin | ensembie, Faites pour le mieux et tout ira bien. Je vous neue. à félicite, ou plutôt je nous félicite d'avoir obtenu une subvention EN annelle de $500.00 pour la construction de notre futur collè- ; via

ge. Je dis nous, car j'ai écrit, pendant la traversée, une lettre crès pressante à M, Mercier. Sous quelle forme cet octroi

viendra-t.il ? qui en assurera la prolongation indéfinie ? ce sont des détails auxquels on pourra voir plus tard. (C’est déjà beaucoup que d’avoir le pied dans l'étriller. Vous en présenterez mes compliments à mes collègues, les commissaires, à M. le Maire, et à M. Gauthier, représentant du comté. Maintenant il ne faut pas laisser tomber la poire à l’eau. , Il faut saisir la balle au oond. Il importe de commencer de suite à préparer l'opinion publique à faire un sacrifice pour la construction de cette maison. Le plus tôt on commencera le mieux ce sera. Il faut d’abord y aller avec prudence, Contentezvous, dans l’occasion, d'appuyer sur le principe, et de démoutrer les avantages d’un collèg:. Laissez les gens venir de l'avant et fixer eux-mêmes la somme de leurs sacrifices. Voici venir l'octroi des licences d’auberge. J'espère qu'on n’en augmentera pas le nombre. Ce serait ouvrir une porte au désordre ; s’il est nécessaire, voyez à cet effet le maire et les conseillers, en particulier. Où est l'affaire de M. Moody ? pense-t-il toujours à transporter ses boutiques à St-Lin ? Au revoir, mon cher ami et croyez à l'affection avec laquelle, je suis.

Mardi, 25 février. — Douce besogne. Je me suis levé ce matin avec un gros mal de tête. J'ai essayé le travail. Le crâne m'ouvrait. Je me mis à copier, ouvrage machinal ; après deux pages, jé voyais du feu. “ C’est bien, me dis-je ; quand le bon Dieu veut une chose, il faut la faire, c'est-à-dire aujourd’hui se rien faire.” Je me contentai de Lire un peu d'histoire romaine, sous forme de délassement, de feuilleter

, quelques pages de grammaire italienne, et de parcourir mon journal italien. *

Car je deviens italien. Pour celui qui sait le latin, l'italien est facile. Pour l’apprendre parfaitement, il suffit de manger trois fois par jour du macaroni ; au bout de deux semaines, on Bit; au bout d’un mois on parle. (Comme je ne puis m'’astreindre à ce régime, mon instruction va plus lentement. Tout de même, si ça continue, quand je partirai, je lirai l'italien comme le français.

æ déjà sen à: M.

ntefaut te à cons- \ieux ntezmouir de Voici | augdésorpnseili3e-t-1l r, mon

is levé il, Le ! après quand ire auun peu uilleter ir mon

l'italien manger ines, on is m'ast. Tout l'italien

Après dîner, pour prendre l'air, je me rendis à la porte Pia, au nord ; c'est par là que les Piémontais sont entrés dans Rome le vingt septembre 1870, lorsqu'ils sont venus dépouiller le pape de ses Etats, . Je revins par la Via de Venti Sep. tembre et la Piazza di Termini, arrêtant à Notre-Dame des Anges. On ne se fatigue pas de revenir à cette église. Les tableaux sont si beaux, si grands et exposés dans un jour si favorable. Pour un moment je me trouvai seul dans cet immense édifice ; je me sentis près de Dieu. J'aurais pu me mettre à chanter de bonheur et d'enthousiasme.

A six heures, je me rendis chez M. Desjardins, 36 via del Tritone. Et je soupai avec Mgr F..., prélat romain, employé à la bibliothèque du Vatican, et recteur de Ste-Marie-des- Anges, dont je viens de vous parler ; et avec l'abbé V... Madame Desjardins est enchantée de son voyage. Ils arrivent de Naples, où ils ont été quatre jours. Ils quitteront Rome, mardi le 4 de mars ; mais, s'amusant en France, ils ne rentreront pas au pays avant la fin d'avril.

Mercredi, 26 février, — Après la pluie, le beau temps. Je me suis levé tout refait, frais, dispos. (Ça vaut la peine d’être malade pour goûter tout le prix et la saveur de la santé. Un beau soleil entre dans ma chambre, assainit l'atmosphère, réchauffe les tiédeurs, danse sur les chaises, dore les tapis et fait briller le blanc immaculé de mes rideaux de lit. C’est un plaisir de travailler. Le travail alors n'est plus un fardeau, un châtiment ; c’est un devoir doux et facile. Donc travaillons ; mais pas comme vous, ma bonne mère, plus que nos forces, jusqu’à être rendus ; mais tranquillement, modérément, sachant nous arrêter à temps ; c’est le moyen de vivre vieux. Je vous l'ai toujours dit que vous feriez une jolie vieille ! Mais, pour cela, reposez-vous. Quand les deux filles ne pourront suffire à l’ouvrage, prenez une femme de journée. Ne vous gênez pas de ce côté-là. Il y a de l'argent ; et quand il n'y en aura plus, il y en aura encore,

À une heure j'étais au collège canadien, attiré par un pressentiment qui me trompe rarement. Je trouvai sur la table de M. C... les images annoncées, un paquet de journaux, une lettre de M, Archambeault et la vôtre du 13 courant. Merci. Elle n’était pas longue, mais elle était bonne. Pour les nouvelles de chez nous, je suis comme un enfant, je ne m'accoutume pas au plaisir qu’elles me ‘causent ; l'impression est toujours aussi agréable, (C’est comme de coucher sous la tente, dans un bois, au bord d’un lac.

Je revins par la place de St-Bernard et je récitai mon bréviaire à Notre-Dame des Victoires, une des trois églises, qui ont la façade sur cette place. Elle donne son titre cardinalice à l'archevêque de Québec. Je priai pour lui et pour moi.

A cinq heures je soupais, et me mettais en route pour la Propagande, J’eus une longue entrevue avec le cardinal Simeoni. Une heure durant, je lui donnai des explications sur l'objet de ma troisième question. Déjà le terrain avait été préparé par deux lettres antécédentes, que je lui avais adressées. Il finit par me demander un mémoire court. Ce qui vient à dire : Je vous répondrai, Je vais faire le mémoire, mais pas de suite, Par le journal du 13, je vois que M. Hingston rencontre de l'opposition au Parlement de la part des dissidents. Je n’en suis pas surpris. Je vais attendre l'issue de la lutte, La couleur de mes preuves dépendra du résultat.

Comme vous voyez, ça va bien. Pourquoi briser mes lunettes couleur de rose ? J'aime mieux être optimiste que pessimiste. Il y a toujours assez de sombre dans la vie, sans se mettre à boire de l'encre. Prenons les choses du bon côté. Réjouissez-vous, dit St-Paul, mais réjouissez-vous dans le Seigneur, Bonheur ! bonsoir ! — Ah! ah! vous savez l'italien, vous m'appelez Padre ; moi aussi, à mes heures, j'italianise. Buon giorno, mia madre. Come sta Ella. I o sto benone. La regrazio della sua lettera, Spero di rivedere a presto.. Ora pro me.

Jeudi, 27 février. — À 11 heures A. M, j'entrais à la

prestable une Kerci.

8, qui nalice

our la

al Si-

ns sur

ait été

adres- Ce qui emoire, ue M.

art des l'issue ésultat.

nes luue pessans se 6, Réle Seil'italien, alianise.

benone.

o. Ora

his à la

Propagande ; de là je gagnais le Vatican. Je dînai à un restaurant près Ge la place St-Pierre, J'arrêtai chez M. Desjardins à la via del Tritone. Je rentrai à 4 heures, travail jusqu'à 7 h. Puis avant de me coucher, la correspondance, laquelle n’est pas un travail, quand c’est avec vous. Voilà ma journée.

J'ai marché au moins deux heures. Il en est de même presque chaque jour. Quelquefois la marche se prolonge jusqu'à trois heures. Cet exercice sauve ma santé contre les malignités d’un climat étranger, conserve la vigueur de mon jarret, la vivacité de mon appétit, l’aisance de ma digestion, la lucidité de ma tête, la bonne humeur de mon cœur et la placidité de mon âme. Quand le foie est malade ou paresseux, la bile monte au cerveau, et des vapeurs sombres s'étendent sur la vie et le caractère.

En m'en revenant du Vatican, à quelques pas de chez M. Desjardins, sur la Piazza S. Claudio, presque à la jonction de la via del Tritone et du Corso, j'airêtai dire mon bréviaire à l'église St-Claude. C’est une des moins remarquables de Rome. Bedeker n’en dit rien, et de Bléser, peu de chose. Muis elle renferme une richesse dont bien peu. d'églises peuvent se vanter, un privilège supérieur à tout autre, celui. de posséder le saint sacrement exposé jour et nuit du commencement à la fin de l’année.

J'y priai pour ma paroisse, pour les malades de St-Lin, pour moi, pour vous. Que Dieu a été bon de nous donner la prière, Elle rafraîchit les sentiments du cœur, et répand la sérénité dans l’âme ; elle donne du goût et du charme au travail et elle assaisonne de plaisir nos devoirs même les plus pénibles. Je traverse un temps de douceur sereine, qui, je le sais, ne durera pas toujours. La mer a ses tempêtes et ses flots tumultueux ; la vie a ses revers et ses fluctuations douloureuses. Mais n'importe, c'est autant de l'existence passée sans abattement stérile ; ce sont autant de pas allègres de faits vers les délices sans retour d’amertume, vers des joies immuables, Travaillons chacun de notre côté pour y arriver par les voies

souvent diverses, que Dieu nous a tracées ; et dans cette réunion de la félicité, il n’y aura plus d’éloignement ni d’absence ; présence inséparable dans le sein de la Divinité,

J'ai reçu, en bon ordre, les photographies que vous m'avez euvoyées, trois paquets. Merci. Je vous envoie un journal, celui d'aujourd'hui, où vous trouverez une belle lettre latine, en style cicéronien, ou plutôt en style supérieur à celui de Marcus Tullius, qui ne connaissuit pas la majesté sereine de l'Eglise, laquelle domine de cent coudées la majesté dure du senatus populusque romanus. Mes souvenirs classiques se réveillent, se dressent à chaque pas devant moi. Depuis le De Viris, passant par Ovide, Virgile, Horace, Tacite, jusqu’au pro Milone, on nous a tant parlé de la ville aux sept collines, puis à mon tour professeur, j'en ai tant parlé aux autres, que maiutenant je ne puis pas faire un pas sans m’accrocher le pied dans quelque sommet historique ou légendaire. Ici c’est le Capitole, où je me réfugie avec les Romains vaincus par les grands-pères de nos grands-pères ; où bien j'y monte en triomphe avec César ou Trajan. Là c’est le Palatin, le berceau, le noyau de la cité romaine, où vécurent plus tard Crassus, Cicéron et Catilina, Auguste et Néron. A côté, séparé par le Forum, s'élève le Quirinal, où s’établirent les Sabins après l’enlèvement de leurs filles, sur la hauteur qu'habite le roi Humbert dans un palais volé par la révolution. En face l’Esquilin, où avait son palais, le protecteur des lettres, Mécènes, que Horace, dans sa première ode, par nous apprise par cœur en Belles- Lettres, appelle :

Moecenas, atuvis edite regibus, O et praesidium et dulce decus meum.

I] ne faut pas oublier le Viminal, où Dioclétien bâtit ses Thermes immenses, ni l’Aventin, qui vit naître et mourir Alexis, ni le Coelius, couvert de chênes querquetunalus,

Et me direz-vous, que faites-vous du Janicule ? Ce qu’en:

firent les Romains dès les premiers temps, je l’admettrai dans

exi not pag ren!

Sac env j'en dier à u port Ji veni pour les 8 ne l’ et ta A

a pre yeux pour donn étinc:

nous

réu-

nce ;

avez rnal, tine, i de e de e du es se is le qu'au lines, , que er le c'est ar les riomau, le sg, Cibar le 8 l’en- Humquilin, pb, que tr en

it ses M ourir alus, qu’en

dans

nous nous regardâmes longtemps, eufin ébloui je dus baisser la

la ville, bien qu’il soit de l'autre côté du Tibre. Il y a une huitième merveille du monde, pourquoi Rome n’anÿait-elle une huitième colline ? C’est sur ses contreforts que sont bâtis St- Pierre et le Vatican : .ou plutôt le Vatican forme un autre incit à part.

Sur quelle colline habitez-vous ? — Sur le Viminal, dans le voisinage des Thermes de Dioclétien, sur l'emplacement de l’ancien camp prétorien, où résidait cette milice formidable, qui nommait et destituait à son gré les Césars.

A Demoiselle O. C., — Ma chère enfant, j'ai reçu'la lettre du 11 courant, elle me donne douze nouvelles bien comptées. Pas trop mal. Une lettre est d'autant plus précieuse à un exilé qu’elle lui apprend plus de choses du pays. Parmi ces nouvelles il en est une qui m'a peiné : la maladie de ta campagne Z... J’espe. que le bon Dieu la conservera à ses parents, Aujourd’hui, en passant dans une église, où le Saint Sacrement est toujours exposé, j'ai bien prié pour elle, je lui envoie deux anges, pour la garder à la vie, à la mort; à toi, j'envoie un Pape. Je ne lui di pas encore demandé mon audience, bien que j'aie déjà traité avec lui par écrit. Je l'ai vu à un service funèbre, qui a eu lieu le jeur anniversaire de Pie IX. Ilest bien vieux, mais sa voix est forte, et sa figure porte l'empreinte de l'énergie.

Je suis à acheter pour mes paroissiens de St-Lin, des souvenirs de toutes soites, que je ferai bénir par le pape, j'en aurai pour tous les goûts. La pensée de St-Lin me suit dans tous les sanctuaires. Je suis attaché aux Zaurentides plus que je ne l’aurais cru : aussi j'y ai rencontré tant de zèle, tant de foi

. et tant de bonne volonté.

A St-Paul-hors-les-murs, il y a un médaillon de St-Lin, qui a près de cinq pieds de haut ; et l’on s’est servi pour faire les yeux du saint de deux diamants qu'une dame avait donnés pour avoir été sauvée d’une maladie grave. Quand le soleil donne, vous diriez que le portrait fixe sur vous ses regards étincelants. Le soleil donnait, je le regardai, il me regarda,

vue le premier ; et il me semblait que d’en haut du ciel saint Lin regardait en moi tous ses protégés du Canada:ici représentés.

Tu salneras bien pour moi ton père, ta mére, ton frère et tes sœurs. Au revoir ! car je retournerai à St- Lin, avant que tu partes pour Hochelaga” As-tu commencé à faire ton petit bonnet de postulante ? Je demeure...

Vendredi, 28 février. — Bon avant-midi pour tracer son silion, pauvres bêtes de somme que nous sommes ! Cet aprèsmidi, je partais lorsqu’arriva, pour me faire visite le Père Tenaillon, le supérieur des Pères du Saint-Sacrement. (C’est le grand ami de Mademoiselle de la Risselière, Il m'a invité pour aller dîner chez lui dimanche.

A 3 heures, par le tramway je me rendis à la place de Venise, par l’omnibus au Ponte Garibaldi. De là sur mes jambes je visitai l’église de S. Chrysogone en face du pont, temple assez commun où l’on voit le tombeau de Marie Taigi, la célèbre voyante que Pie IX a déclaré vénérab:e le 8 janvier

Puis passant par les rues di S. | Chrysogono, di Genevosi et di S. Cecilia, j'arrivai au but principal de mon voyage, Sainte Cécile. J'y ai joui. Si vous voulez avoir quelques détails, je vous renverrai aux élèves du couvent. A elles la primeur des parfums qui émanent du sanctuaire de cette jeune vierge.

Suivant les rues dè S. Cecilia, di Genevosi, della luce et

LDungarettu, je revins par Sainte-Marie au Transtevère, une des belles églises de Rome pour la richesse de son pavé, de sa voûte et de ses colonnes. Comme vous l’expliquera le commode de Bléser, il jaillit ici une source d’huil:. L'huile est le symbole de l’ouction. Je demandai à la Sainte Vierge une parole, non pas éloquente { l'éloquence charme mais ne convertit pas ) mais onctueuse pour aller droit au cœur, et aussi ne pas blesser les vreilles délicates par des queee trop longs et des eeest trop su3pendus,.

Assez pour ce soir, je deviens raisounable, un peu. J'ai ais de vous,

saint ntés.

tes Le tu petit

son prèse Teest le invité

e Ve- \r mes | pont, Taigi, janvier

yosè et Sainte détails, Jrimeur vierge.

Luce et une des voûte ode de ymbole ole, non 8) mais isser les Op SU3-

ai pitié

Les élèves du Couvent de St Lin, Laurentides. — Mes chères enfants, je vous dois une lettre, Je sais combien vons priez pour moi, pour le succès de mes affaires, J'ai été tonché de votre bon vouloir et de votre persévérance, Je vous renouvelle aujourd’hui directement l'expression de mon remerciment, que je vous ai déjà fait parvenir par l'entremise de votre révérende Supérieure. Veuillez continuer votre œuvre de haute charité, Dieu vous écoute. Je trouve ici bien des portes ouvertes sans que j'aie besoin de me servir de clef, et des grâces nombreuses m’arrivent sans que j'aie songé à les demander. Vous n'êtes pas les seules à mettre la main à la roue, mais je crois que vous y avez votre bonne part de travail] et de succès. Serait-ce trop que de vous demander de communier à mon intention le jour de Saint-Joseph, si ma lettre arrive à temps. De mon côté je dirai ce jour-là la messe pour le couvent de St-Lin, pour toutes celles qui l’habitent ou le fréquentent. . Partout des deux bouts du monde, nous nous trouverons réunis dans le cœur de Jésus. Seulement je m'y trouverai rendu cinq heures avant vous, Laquelle d’entre vous peut me dire pourquoi ?

Croyez, mes chères enfants, que je pense souvent à ‘vous quad je visite les pieux sanctuaires de Rome, surtout ceux qui vous parlent de saintes et de saints, jeunes et purs, comme Saint Stanislas, Saint Louis de Gonzague, Sainte Agnès, Sainte Lucie, Sainte Cécile. Pas plus tard qu'aujourd'hui, pour vous, je visitais l'église de Sainte Cécile au Transtevère. Afin de m'épargner de l'écriture, je vous envoie sur des feuilles imprimées, la description de cette église et le récit abrégé de la vie de cette charmante petite sainte. Ecoutez-en bien la lecture. Votre âme sera embaumée comme de parfums célestes. Qu'elle fasse naître en vous des désirs de piété, de pureté, de générosité, de sainteté et j'ajouterai de vocation religieuse. T] y en a parmi vous que Dieu appelle à une vie plus parfaite ; qu’elles ne soient pas sourdes à sa voix, Dites-lui : est-ce moi, Seigneur, est-ce moi ? Fiancées du Christ, soyez bonnes, soyez sages. Ne

laissez pas se perdre dans la boue de ce monde la plus belle perle de votre couronne.

Un religieux me conduisit dans la salle de bain, où fut martyrisée la sainte, Le marbre sur lequel elle est tombée et qu’elle a arrosé de son sang, sert de pierre d’autel. Je le baisai. La statue, couchée sous le maître autel, représente Cécile telle qu'on l’a trouvée dans son tombeau 1370 ans après sa mort ; elle est belle à ravir. On ne peut se rassasier de la regarder. Je descendis l’escalier qui conduit à la Crypte, et je le parcourus une bougie à la main, frissonnant d’un saint tressaillement en pensant que Cécile avait passé ici une partie de sa vis, qu’elle y avait prié, qu’elle y avait catéchisé les pauvres. Les os de Tiburce, de Valérien, de Maxime semblaient prendre la parole pour me raconter leur merveilleuse légende,

N'oubliez pas que-sainte Cécile est la patronne de la musique. Si vous avez de la voix, rappelez vous de ne faire servir ces dons qu’à la gloire de Dieu, jamais à la vanité et aux frivolités dangereuses pour ne pas dire coupables, Ce qui fait le mérite d’une femme, c’est l’ordre, c’est le travail, c’est l’économie, c’est la propreté, c'est'la modestie, c'est la piété. Oui, soyez pieuses, et le reste, avec un peu d'attention, viendra comme tout naturellement.

Allons, assez pour une lettre, Remettons la partie, de vive voix, au couvent, dans la grande salle. J'ai bien des choses à vous conter. Je vous vois, là, pressées en cercle, le cou allongé, les yeux flamboyants, et la langue en arrêt !…. allons, laissons tranquille la langue des petites filles. Si elle sert à caqueter, elle sert à prier aussi ; et priez pour moi qui suis — Votre tout dévoué père en Jésus Christ,

Inar.ée et aisai.

telle nort ; arder.

Arcouement a vie,

Les dre l&

musi-

servir

1x frifait le 'écono- Oui,

rendra

e vive 10868 à le cou allons, sert à suis —

Page 1