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criait, se démenait et ne disait pas grand’chose. — Addio let buona notte !
Ma lettre aux vers latins est partie ce matin, je recois la vô. tre du 27 février à midi, Ayant quelques minutes devant moi, ne sachant pas si j'en aurai dans trois jours, je réponds de suite, Vous ne sauriez croire comme ‘vous me faites plaisir avec vos petites missives. Le décousn en fait le charme. Je n’ai pas besoin d’amplifications, mais d’énumération de choses pas pareil. les. A propos de vin de messe, dont vous parlez, ne manquez pas de faire mettre en bouteille une vingtaine de gallons, de suite, avant le mois d'avril, ne laissant en banl que ce que vous pouvez consommer d'ici à la fin de mai au plus tard. Sans cela il y a danger qu'il s'acide, Je compte sur vous pour faire embouteiller immédiatement après la réception de cette lettre. S'il n’y a pas assez de bouteilles à la maison, achetez-en chez les marchands, ou à Montréal. Servez vous de bouchons neufs. Vous trouverez dans les armoires un pousse-bouchons. Laissez dans la bouteille toute la hauteur du goulot vide, pour les besoins du gaz.
M. Cousineau sort d’ici. Je lui ai lu votre lettre ; elle lui a fait grand plaisir, Il me dit que j'ai un desservant bien différent de celui de M. X. ; il a été quatre mois sans lui écrire. Merci des nouvelles que vous me donnez des travaux, et des aventures de cette pauvre mère, mouillée, enneigée et enrhumée. I1 me fait plaisir d'apprendre que la prière du carême est bien suivie. Il ne pouvait en être autrement. Je sais que l’un et l’autre vous préparez bien vos instructions ; et quand le pain de la parole de Dieu est bien distribué, le peuple ne demande pas mieux que de s’en nourrir, Si cela peut vous être agréable, je vous dirai que je suis content de la manière dont ma paroisse est desservie. Dans tous les cas, ça vaut toujours mieux que des reproches. Bien déraisonnable serait celui qui vous en ferait. Je ne vous parle pas sous l’impression du moment ; je vous dis le fond de mon âme ; et je crois que vous en êtes convaincu. La vie est si pleine de tribulations et d’inquiétudes, il est bon de rencontrer quelqu’nn ou quelques-uns sur qui on
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peut se reposer, Excusez ce galimatias, ma plume est toujours au trot ou au galop, sans regarder où elle met les pattes ; aussi
pattes de mouche est le mot qui convient à la course ou aux lignes qu’elle trace,
Vendredi, 14 mars. — L'omnibus me transporte à St-Laurent in Lucina sur le Corso, église de la Station pour aujourd'hui, J’y vénérai le gril sur lequel fut rôti le martyr. A pieds, je descendis le Corso jusqu’à la place du Peuple, puis montai à gauche aux beaux jardins publics qu'on appelle Pincio. La chaleur était douce ; assis à l’ombre, ayant devant moi déroulé le panorama de Rome, je lus les actes de S. Nemesius et de Ste Lucille. L'âme d'elle-même s'élevait vers le Seigneur. Le soleil versait des flots de lumière pure. Benedicite, sol et luna, Domino. L'air tiède étendait les nerfs et réchauffait le sang. Benedicite, ignis et aestus, Domino. La colline était ombragée de pins résineux, de cèdres, d’oliviers, de maintes essences forestières. Benedicite, montes et colles, Domino. Les herbes exbalaient d’âcres arômes. Benedicite germinentia, Domino. Les fontaines faisaient jouer les caprices de leur jet d’eau. Benedicite fontes, Domino.— Les petits oiseaux chantaient leurs ramages dans les rameaux verts. Benedicite volucres cœli, Domino. Les équipages roulaient sur le chemin ; les piétons se promeuaient lentement dans les allées ; les rires et les caquets m'’arrivaient à travers les haies vives. Benedicite filii hominum, Domino. Y en avait-il là un grand nombre qui pensaient à Dieu ? Moi du moins j'avais le cœur gros d'émotion, de douceur, de reconnaissance. Je lisais. Je m'arrêtais. Je regardais. Je humais. Je jouissais. Benedicite sacerdotes Domini, Domino. Je rentrai à cinq heures, pour reprendre l'ouvrage, pour reprendre la plume, comme le laboureur reprend sa charrue,
Samedi, 15 mars. — A midi, on me remet lettres de Monseigneur Fabre, de M. Colin, de M. Ethier, etc., etc., et trois de vous, en tout huit lettres du Canada. Les vôtres, je suppose, ont été arrêtées en chemin par la tempête, du moins les pre-
mières, ce qui explique comment elles sont arrivées de compu-
gnie ; la dernière est du trois mars. Elle a fair une traversée très rapide, Ro Voulez-vous savoir le plaisir que ces lettres me causent ? de multipliez la vôtre à la réception des miennes, par quatre, et s'a vous en aurez une idée, La raison en est bien siniple. Vous sel vivez de la vie ordinaire, entourés de personnes connues, Je Je suis isolé, et suivant un sentier glissant où il faut marcher avec de précaution, Je pris une partie de l’après-dîner à lire cette cor. Ste respondance, et à préparer dans ma tête certaines réponses, der dont quelques-unes sont très importantes. J’allai à confesse, sait au confesseur des religieuses, un père Dominicain, comme une qui bonne nonne. Il était six heures. Je fis avant souper mon bre heure de promenade, longeant les murs au nord-est et au nord don de la ville en revenant par la viæ Veneto. Vous avez ina tin journée. mai Pour répondre à vos questions, ma santé est bonne, excel- J lente, Les sœurs me traitent comme un enfant gâté. La supé- lero rieure est une vieille mère de soixante ans passés, qui n’a pas les : froid aux yeux, et qui a été à la guerre dans le service des hô- % pitaux. Ma chambre est propre comme une chapelle, mon lit ne blanc comme des rideaux d'église, mon linge en ordre. Comme par mes visites chez les cardinaux demandent souvent que je Les prenne mon souper à pait des autres, je trouve tout le monde sk 1e affable pour se prêter à ce dérangement. On me donne du thé, J'ai quand j'en demande. Enfin je me loue d’être descendu ici, et pee je bénis le bon Dieu qui m’y a conduit. de D’un côté de ma chambre, j'ai accolé au mur un plan de a : Rome, de l’autre une carte d'Italie, et en face de moi attaché à par quatre épingles une carte de la province de Québec, avec in les tracés des chemins de fer, même celui de St Lin. Ilnese Æ k passe pas de jour que je n’y fasse un voyage’ par le regard de He à l'imagination. En attendant, vivons contents du sort que Dieu d'une nous a fait, et faisons notre devoir, qu'il soit doux, qu’il soit ché
pénible.
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Dimanche, 16 mars. — Jour de pluie. Après diner je prends l’omnibus pour Ste Croix de Jérusalem, tout.à-fait à l’est de Rome. Un couple français de Paris, le portrait l’un et l’autre de M. et Madame H. P... du village, arrivé hier à Rome, s'attache à moi. Ils ont noms M. et Madame Oache, et paraissent de très-bon monde, Leur fils malade est resté à l'hôtel, Je pris plaisir à me faire leur cicerone à Ste Croix, à St Jean
de Latran, au baptistère de Constantin, à la Scala Sancta, à Ste Marie Majeure, à Ste Praxède, qui est tout près de cette dernière église. Je voyais que je faisais plaisir. Cela m'amusait, me récréait. Il y avait donc dans Rome quelques-uns à qui je n'étais pas tout-à-fait, indifférent, Je revins dire mon breviaire à Ste Marie des Anges, où un prédicateur était à donner un sermon, en style pas très-éloquent, mais lent et distinct. Je restai très-étonné, je comprenais tout. Et je me demandais : où donc ai-je appris l’Italien ? enfin je comprenais.
Je vous envoie la notice de Bléser sur Ste Croix de Jérusalem, laquelle est très-intéressante. Mon livre commence à avoir les flancs minces. |
Vous me parlez d'opposition à l'union. Je le prévoyais. Cela ne m'occupe aucunement. Les bonnes œuvres doivent passer par le creuset des tribulations. Je me soucie seulement de semer une bonne graine ; la rosée et le soleil de Dieu fera le reste et la moisson viendra en son temps. On a tué le bill d’abord. J'ai envoyé télégrammes, lettres, j'ai fait envoyer télégramme par le cardinal Simeoni. On a ressuscité le bill le 26 février.
‘Voilà la dernière nouvelle que j'ai reçue. Mâiaterant passera. t-il, ne passera-t-il pas ? Vous devez le savoir. Pour moi, j'ignore encore le résultat. Quoi qù’il arrive, peu m'importe. Je suis aussi certain du résaltat final, que s'il était arrivé. Du calme, de la patience, de la douceur ferme, et il faut que toita la partie saine de la population, et c’est la massé, en vienne au bon sens. À vez-vous remarqué ‘une ‘chose ? Les... sont... d’une violence qui n’est pas scrupuleuse : ils’ frappent à gauche et à droite sur amis et ennemis ; il suffit de vouloir l'union 30 ?
pour recevoir force coups, Or s’il y a un homme qui les contrecarre et qui leur donne du fil à retordre, c'est bien le Vice. Recteur, qui fait une partie de la besogne, et au nom de qui se fait l’autre partie. Cependant il est, à peu près, le seul respecté dans tout ce dévergondage de paroles et d’écrits. Dieu veille sur les siens, et ceux qu’il garde, sont bien gardés. Du reste je ne crains pas les coups de bâton, et au basoin je sais en administrer de bons. Cependant, je l’avouerai franchement, je préfère les voies de douceur. Bienheuteux les doux, car L ils possèderont la terre.
Je ne me fais pas de reproches du temps que je prends pour écrire ces pages. Ce doux passe-temps refait mon esprit. Tant de personnes passent des heures à fumer, cela les délas. se ; je n’y trouve rien à dire. Ecrire vaut bier fumer, Dans tous les cas, mes scrupules, si j’en avais eu, auraient été levés ces jours derniers, quand on a vu le pape, qui a tant de travaux, de sollicitudes et de responsabilités, faire des vers latins à l’occasion de la mort de son frère, Il était guidé par l’amour fraternel ; je suis guidé par l’amour filial : mon mobile est supérieur. J’envoie l'original de cette touchante poésie à M. Payette ; en voici la traduction: