CHAPITRE SEPTIEME Du 20 MARS AU 2 AVRIL
Jeudi, 20 mars. — Depuis six jours il ne fait que pleuvoir. Temps humide, maussade, cru, désagréable ; j'en suis henreux. Mon patriotisme commençait à être jaloux du climat de Rome ; ces agaceries de température me reconcilient avec les inconvénients de par chez-nous. Je ne voudrais pas trouver les autres pays trop supérieurs à notre cher Canada.
La station a lieu aujourd’hui à S. Sylvestre in capite, j'y arrêtei. Pour la circonstance, sur l’autel dans une châsse est exposée la tête de saint Jean-Baptiste. Je lu fixai. Il me semblait qu’elle me regardait avec ses deux grands yeux caves. Je restai longtemps en méditation devant ce crâne. Et il y avait de quoi méditer devant le chef de celui qui fut le précurseur, qui baptisa Jésus, que Jésus appelait le plus grand des enfants des hommes, qui donna sa vie pour la vérité, Je lus tont entier le troisième chapitre de saint Luc, et les paroles de Jean arrivaient à mon âme comme si elles eussent sorti de cette bouche que je voyais entr'ouverte, “ Préparez les voies du Seigneur, redressez ses sentiers. faites de dignes fruits de pénitence… Je baptise dans l’eau, mais après moi il en viendra un plus puissant, dont îïe ne suis pas digne de détacher les cordons de ses souliers : il vous baptisera dans le ‘“ Saint-Esprit et dans le feu.” Je vous souhaite ce feu du Saint-Esprit, qui n’est autre chose que la grâce et l'amour qu’il allume dans nos cœurs. Bonne nuit / et dormez bien sous le regard de vos anges.
Vendredi, 21 mars. — Toute ma méditation d’hier portait à fausse adresse, J'étais devant la tête de S, Sylvestre, Celle de S. Jean-Baptiste était dans un autre reliquaire. Elle n’existe
pas toute entière, on n’en passède que des fragments. N’im- #1
porte, ce qui est écrit est écrit, comme ce qui est pensé est pensé. Qu'elle soit de Sylvestre ou de Jean, la tête ne m'en a pas moins fortement impressionné,
Cet après-midi étant rendu par affaire à la Place de Vénise, je me décidai à faire le pèlerinage de la Chiesa Nuova, l’église de St-Philippe. Elle était fermée. J'allai voir, en attendant que les portes fussent ouvertes, un pen plus loin, St-Jean des Florentins, sur le Tibre, près du Ponte di Ferrato. Au-dessus du maître autel est un groupe en marbre représentant Saint Jean-Baptiste baptisant Notre Seigneur. Je revins à la Chiesa. Voyons, trouvez-la sur la carte, le Corso Victor Emmanuel passe devant. De chez moi à St-Philippe, pour y arriver, je n’ai qu’à suivre la plus grand artère qui traverse Rome de l'Est à l'Ouest, C’est le chemin le plus court pour se rendre au Vatican. Y êtes-vous ?
De Bleser va me sauver bien de l'écriture ; mais il ne vous dira pas qu’en arrivant j'ai trouvé un sacristain qui m'a couduit à la sacristie et aux chambres de St Philippe ; ni avec quelle vénération j'ai examiné chacun des objets que le guide énumère ; que j'ai sonné la clochette qui servait à la messe du saint ; ni pour qui, assis au centre de l’église, sous la lumière, qui tombait éblouissaute du dôme, dans le recueillement de ce sanctuaire pieux, je récitai non bréviaire. Que St Philippe nous donne à tous son mépris des vanités Gu monde, son zèle pour le salut des âmes et sa facilité de s'absorber en Dieu. Bonsoir!
Vendredi, 22 mars.— J'arrive de chez le dentiste ‘où j'ai fait réparer un accident. Car je ne conte pas au fur et à mesure, les mauvais coups que je fais. Mardi j’échappai mon dentier, mon palais sur la brique, et le fêlai, de sorte qu’il ne tenait plus que par un cheveu, 1mpossible de m'en servir pour manger, je le gardai pour parler, Pendant quatre jours je fus rédnit à la bouillie, à la soupe au pain, et autres mets qui auraient pu servir à de petits poulets.
À une demi-heure d’ici se trouve M. Atler, dentiste américain. Je w’empressai de m'y rendre, Il logeau OÙd England.
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Sa pratique est composée, en bonne partie, de lords anglais. J'attendis quelque temps dans de beaux.salons des plus fasionables. Eufin M. Atler, qui mène ici grand train, parut.
“ Monsieur, j'ai besoin d’un palais, quels sont vos prix ?— Nous en avons de plusieurs sortes, depuis cent piastres à deux cents piastres ; nous ne descendons pas plus bas que cent piastres,
—— Monsieur, si vous n'êtes pas américain, vous méritez de l'être. —— Pourquoi ?
Parce que vous êtes assez coquin pour cela. “Le compliment parut lui faire plaisir. “ Vous trouvez cela trop cher ?—Oh ! non ; mais bonjour !—Arrêtez, Monsieur, il y a palais et pa. lais. (Combien voulez-vous donner ? Vingt piastres, pas un sou de plus.”——Je me dirigeais vers la porte. Le garcon disait à son père : “Papa, ne le laisse pas partir, c'est un prêtre, fais-lui du bon. Je vais le faire son dentier, moi, hein, veux-tu ?” Il jouait la comédie. Je suppose qu’il avait répété ce rôle cent fois déjà, “C’est bien, dit il, revenez. Que mon fils fasse ce qu’il voudra ; Je ne veux rien avoir à faire à ce prix-là.——Ah ! monsieur, je ne suis pas fier, j'aime autant votre fils que vous. Je m'assis sur la chaise hante. Il me met une pelletée de plâtre dans la bouche. Il prépare son moule. “C'est bien, Monsieur, revenez vendredi à 9 heures, Je dois vous dire que la coutume ici est de payer d’avance-— La coutume chez nous est de payer quand on livre l’ouvrage— Ah ! monsieur...mais... vous comprenez.— —Je comprends que vous vous défiez de moi——Oh ! non,—Oh! oui, et vous faites bien, Moi je me défie de vous. Alors partageons notre défiance par la moitié, et pour aujourd’hui veuillez vous contenter de ces dix piastres.” Le père mit le nez à la porte. “Si cela continue, Monsieur, nous allons être obligés de faire votre dentier pour rien.” —— Je retournai hier. Tout allait bien. J’allai le chercher aujourd’hui. Il est superbe, plus solide que l’ancien, avec des dents plus longues. Ainsi, gare à qui m'attaquera.
De là je me rendis à la Chiesa Nova, où j'avais laissé hier
un reliquaire, sur la promesse que m'avait faite le Père sacristain de me donner des reliques de St. Philippe. J’apporte un morceau de toile teinte de son sang et un morceau de sa barrette. Le Père m'a invité d'y aller dire la messe mardi à 7 heures.=-ÆEn attendant, bonsoir.
Dimanche, 23 mars.— Pour la peine, j'ai le cœur comme un rocher, Le chagrin tombe sur mon âme comme la goutte d’eau sur la pierre, il glisse. Pour la joie ? j'ai le cœur comme une éponge ; ilboit le plaisir, la satisfaction, comme le pain se sature d’un miel délicieux, ( que font les bonnes abeilles ).
J'ai été affecté à midi par une bonne nouvelle, et à neuf heures du soir l’impression n’en était pas encore passée. C’est vous dire que l’après-midi a été belle. Mgr X, l’homme de mon affaire, le nœud gordien de la difficulté, ayant appris de différentes sources que j'étais à Rome avec des dispositions pacifiques mais énergiques, sans que j'aie encore risqué aucune démarche directe, me fait savoir qu’il désire me voir. Pour celui qui connait la manière de faire de la diplomatie romaine, cela veut dire que la cause est à moitié gagnée, même avant tout plaidoyer, Dire qu’il n’y a pas eu plaidoyer jusqu'ici sur la quatrième question, serait en deça du vrai ; mais enfin il n’y a pas eu de plaidoyer de front. L’invitation arrive au moment psychologique. Mon mémoire est prêt dans toutes ses parties ; il n’a pas recu sa rédaction définitive, ce qui me permet d'en ployer la disposition et les termes au besoin de l’impression que l’on sent être dans les limites de son pouvoir de produire. Je ne sais pas si vous saisissez bien ma pensée, si
vous comprenez le secret. Dans tous les cas, les plaideurs le connaissent fort bien.
Je me rendis aux apôtres, No .39 sur la carte, une de ces églises bien éclairées, où les chefs-d’œuvre ne sont pas pâtés par les ombres et les obscurités, Et sous un rayon de lumiè-
‘re, enveloppé de soleil, image du contentement qui ‘ayonnait dans mon intérieur,je récitai mon breviaire. 1I y a longtemps que je le sens, Dieu m'attire à lui par les bienfaits, la reconnaissan-
ell cie
ici eur enfin il Ru MmOtes ses me pere l’imoir de gée, sl eurs le
de ces
gâtés lumièonnait hps que haissan-
aie 15 — ce me jette dans ses bras. La douleur me rétrécit le cœur, contracte mon amour, Il me faut du luit, Les croix me rebutent. Le chemin du ciel doit m'être aplani, et les roses doivent couvrir les épines, Des épines, il n’y en a pas ; où sontelles ? cela me fait trembler. Est-il possible qu'on arrive an ciel en carosse à deux chevaux ! Pourtant il est impossible que je sois dans la voie de la perdition. Qui sait ? J'ai peut-être mes croix ; mais Dieu les double tellement de velours qne mon épaule ne les sent pas. Oui, j'en ai une, ma bonne mère, c'est d’être éloigué de vous. Mais ce n'est que pour un temps, nous nous reverrons bientôt ; déjà cette pensée en allège le fardeau de moitié ; et l’idée que cet éloignement fait que vous p'iez pour moi plus souvent, soulève la moivié de l'a itre moitié. Que va-t-il rester ? Ce que Divu fait, est bien fait. Nous faisons notre possible, c’est rien, Et Dieu ostensiblement paraît ne rien faire, et c'est tout. Oh qu'il est bon! que nous devons l’aimer ! Oui, je le sais, vous l’aimez. Nous l’aimons, et nous l’aimerons toujours, Nous l’aimons pour devenir saints, et devenus saints, nous l’aimerons parce que nous serons saints. La sainteté c’est l'amour divin, et l’amour fait la sainteté. Amour, sainteté, c’est tout un. La sainteté aime et l'amour sanctifie, Je m’arrête. Que le saiut nom de Dieu soit béni !
Lundi, 24 mars.— Je n'ai pas laissé tomber à terre le désir de Mgr X. Cependant je sais fort bien qu’il n'aimerait pas que l’on sût en certains quartiers qu’il m'avait invité à aller le voir, je voulus lui donner un document du contraire. Je lui écrivis cette lettre... de portai la lettre après-diner. Le portier me rapporta cette réponse : domani, cinque ora. Donc demain à cinq heures.
Si je suis bien demain, j'irai dire la messe à St Philippe ; et je le charge de mener à bien cette entrevue avec l’homme que je considère comme devant être le plus utile dans le règlement de cette quatrième question.
Je me félicite chaque jour d’avoir pris ma pension dans cette
maison. J’aime la société, mais pas trop longtemps ; je préfère la solitude de ma chambre, le travail tranquille de la plume, la douce méditation avec un bon livre, la lecture agréable, et le repos en retombant sur soi-même, Maintenant que je connais le raccordement des omnibus, pour le centre de la ville, ce n'est qu’une différence d’un quart d'heure, Quand il fait beau, et que je ne suis pas pressé pour arriver à certaines heures fixées c'est un plaisir de faire le trajet à pied ; et ça se trouve autant de fait sur mon exercice journalier.
Bonsoir ! bonne nuit !
Murdi, 25 mars.— Ce matin, à 64 heures, je prenais le chemin de la Chièsa nova. Je dis la messe sur le tombeau de St- Philippe. L'assistance était nombreuse comme c'était un jour de fête. Je rapportai deux reliques nouvelles du trésor oratvrien, une du Bienheureux Valqué, que je ne connaîs pas, et l’autre du Bienheureux J. B, Ancina, que je connaîs depuis qué j'ai assisté aux fêtes de la béatification.
A midi je dînais chez M. Captier, en compagnie du Rév. Père Tissot, supérieur des Salésiens, qui prêche le carême à St- Louis des Français, et que j'ai eu le plaisir d'entendre un certain dimanche après-midi: orateur, non à la grande envergure, mais d’un intérêt tout à fait attachant.
A cinque ora j'étais chez Mgr X. Je ne pus entrer qu’à six. C’est un homme excessivement intelligent et perspicace. Je suis on ne peut plus content de ma visite. Il m'a demandé le résumé de mes mémoires. J'irai les lui porter demain. Je me doutais bien qu’il me les demanderait, mais je les laissai sur ma table, afin d’avoir une occasion naturelle de lui écrire, pour insister sur les points faibles ou obscurs que la conversation ferait ‘argir. Maintenant je puis tirer au clair mes deux mémoires : j'ai l'étoile pour diriger ma course. Je vois le but. Je me pré. pare à faire imprimer au premier mot qu'on me € as ce sens, Je suis décidé dans tous les cas à faire impr. x la mémoire qui a eu une réponse favorable, De retour au Uanad«. il me faudra convenablement en envoyer une copie à tous les
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La terrière a mordu dans le bois ; maintenant il faut qu'elle entre. 11 s'agit de donner un tour de vis à propos. Priez Dieu pour moi, faites prier. Vous avez le temps de gagner ma cause. Les grandes réponses ne pourront se donuer qu'après la Quasimodo, Bonsoir ! St Joseph m'a protégé chez le Cardinal Simeoni, et la Sainte Vierge, en son Annonciation, m'a introduit chez Mgr X. J'ai deux bons auxiliaires.
Mercredi, 26 mars. — Avant-midi, j'étais à écrire à Mgr Jacobini, et voyez si c'était beau 1...
J'en étais [à quand une sœur entrant me remit deux lettres, venant de Saint- Lin, l’une de M. Payette, l’autre de vous, mère. Que faire ? Les lire ? cela va me donner de telles distractions, que je ne pourrai me tenir dans la disposition d'esprit calme et lucide, nécessaire pour terminer cette lettre importante ; et il faut pourtant la remettre cet après-midi. Je fis un acte héroïque, Je cachai, le plus loin de ma vue possible, les deux messagères de St-Lin, et je continuai tranquillement mon travail.
Quand je posai la signature, ma ruontre marquait midi moins dix minutes. Dix minutes pour savourer deux morceaux aussi délicieux, c'est trop court. Et je me suis mis à lire Ja gazette. Là, je ne faisais plus un acte de vertu, mais bien un acte de sensualité. Mon instinct ne me trompait pas. Rarement deux lettres m'ont causé autant de plaisir ; elles étaient pleines de bonnes nouvelles et de bonnes choses. C'est celle du 13 mars, dans laquelle vous me dîtes que Madame Leclerc est mieux d’une maladie qu’elle a faite, Vous m’annoncez des lettres de Xet Y. Je ne les ai pas reçues. Vous remercierez bien M. C. de sa bonne réponse et de ses pieuses prières. Vos prières, à tous, aplanissent les voies, comblent les vallées, abaissent es montagnes. Je ne puis dire dans une lettre et confier au apier les facilités que la Providence ménage à ma mission. Je ‘ous conterai cela un jour. Il y a là un agent supérieur à ma petite diplomatie ; il y a la main de la Providence, et cette main est fléchie et dirigée par la force de la supplication.
J'envoiev sous ce pli trois images, nne pour Caroline, une pour Alphonsine, une pour Moïse. (Ça me tait plaisir, quand je pense que sous mon toit Dieu est servi comme il faut. Deux prêtres, saints ; une mère bonne ; deux filles pieuses ; et un garcon qui le deviendra.——Bonsoir ! que Dieu veille sur vous et vous conserve,
Je ne reconnaîtrai plus mon église, quand je retournerai. Tout va être si beau, si luisant, si fini ! Vous voyez, mon cher ami, que je réponds à votre lettre du 13 courant. 600 pâques à cette époque ne sont ps mal. Les chemins seront beaux jusqu’à la fin du »noïis, et les gens préfèrent faire leurs dévotions dans la semaine sainte, 130 piastres de supplément au 13 mars, est beau ; le reste viendra avec Pâques, ou...ne viendra pas. Je vous félicite sur le cours d'instructions, que vous donnez, il est bien choisi et rationnel. J'apprends d'autres sources que l’auditoire va toujours croissant. C’est le thermomètre de l'intérêt qu’on y trouve. Je rexercie les Dames de Ste Anne de la messe qu’elles ont fait chanter en l'honneur de St. Joseph pour le succès de mes affaires. C’est l’homme, entre les mains duquel il faut les confier ; et par un accord frappant, j'ai tenu à entrer en cour romaine la plus épineuse de mes questions précisément le jour de St. Joseph. Ç'a meilleure mine que plusieurs croient Ceci entre aous.— Vous m'avez Y'air à vouloir rester encore dans la sacristie inférieure. Faites comme vous voudrez,.—Les commissaires d'école sont désar:pointés et moi je suis surpris d’avoir reçu de l'argent cette année ; je ne m'attendais pas qn’on serait écouté si tôt. Ce n'est pas une petite affaire que d’avoir le pied dans l'étrier. Maintenant avec un peu d’habilité on montera bien le cheval. Merci pour les renseignements généalogiques ; en passant en France, j'irai voir tous mes cousins de deux cents ans passés. — Je vous envoie la Géographie, où vous trouverez des articles intéressants sur Mgr. Labelle, qui fait du bruit. M. Cousineau ne vous oublie pas, nous parlons souvent de vous, Mes saluts à M. Oabana, qui m'écrie régulièrement toutes les semaines.
sur vne enveloppe de Iettre, Au revoir |
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Es 157 —
Jeudi, 27 mars.— Reprenons notre jasette,. Je viens de porter une lettre au Cardinal Siméoni, où on lit ces paroles...
Je file mon petit bonhomme de chemin, comme si tout le monde était content, Personne ne peut m'en vouloir personnellement ; mes intentions sont trop pures, trop larges, mes moyens trop loyaux. Pius une œuvre est grande, plus elle doit être éprouvée par les tribulations. Dites-moi si les œuvres de Mgr Bourget n’ont pas été ballottées pür les tempêtes : cependant, toutes, elles sont arrivées au port du succès.
Un comble ; j'ai reçu la semaine dernière un numéro d’un journal qui s'oppose au bill, qui est scandalisé, parce qu'on a retranché ‘ne clause qui soumettait l’école au contrôle légal de l'évéque. Un a sans doute eu tort de le faire ; mais ce n’est pas là la question. “O scandale, dit-il, l'école r’est plus qu’une université laïque l”’Et qu'était-elle autre chose depuis 40 ans ? et cependant il la soutenait, et il ne veut pas qu’elle amende sa charte. O logique, où es-tu dans les discussions de parti ?
Les dissidents de Laval ont peur que je sacrifie les droits de l'Université. Les dissidents de l'Ecole prétendent que je vais anéantir les droité de leur Alma Mater. Messieurs, accordez vos violons, Laissons faire, cette bourrasque passera. et le ciel n’en sera que plus pur. Bonsoir ! cela ne m'empêchera pas de dormir sur mes deux oreilles, Dieu, mon angc et mon évéque m'approuvent. Je me passerai bien du reste,
Vendredi, 28 mars.—Une belle visite, cinq lettres de St-Lin à la fois. Elles sont du 9 et du 11 mars. Comment se fait-il qu’elles ne soient arrivées qu'après celles du 13? Peu importe, je les tiens, c’est le principal.
“ Hommes de peu de foi, pourquoi craignez-vous ?” disait Notre Seigneur à ses apôsres. Quoi! votre 11 en ma fidélité n’est pas plus forte, | Quand, pendant ceux mois, j'ai écrit tous les jours sans en manquer un seul, s'il srrive que la poste italhe.ne soit lente (et si elle n’était pas lente, elle ne serait pas italienne ), ou que les vents retardent le bateau, ou que les
neiges bloquent les train, de suite, vous doutez! Et moi done s:
LR ;
Ses. 7 ln
qui ai attendu des semaines sans me plaindre ! aussi mon espérance n’a pas été confondue. J'ai été payé par un déluge, une avalanche, un torrent, non, non, je veux dire une musique, un concert de paroles aimables,
Ne vous peinez pas de l'opposition que fon peut me faire. Ce n’est pas à moi personnellement qu’on s'attaque ; du reste, serait-ce à inoi, ces coups ne me font pas de mal. Le temps du martyre est passé ! Le succès m'a généralement été assez fidèle, et je n’assurerais pas que je ne suis pas sur la voie du plus grand succès de ma vie. Il faut bien recevoir, par ci, par là, quelques tapins. Ne vous affligez pas pour rien, je n’a jamais été plus calme et plus heureux,
Oui, les oreilles me tintené quelquefois terriblement. Je croyais que c'était l'effet des cloches du Sacré-Cœur, qui sonnent vingt fois par jour, sur la rue voisine, J’ignorais que cela était dû à l'écho prolongé de deux timbres amis qui résonnent dans le salon de St-Lin. .
Il me fait plaisir d'apprendre que maman « reçu une nombreuse visite. Je serais curieux de savoir le nombre de mots qui se sont prononcés pendant ces trois jours. Q’est dommage qu’il n’y ait pas de phonographe au presbytère de St-Lin, vous me l’enverriez, Heureusement que, par compensation, ily a un Mmanographe,
Samedi, 29 mars.—Aujourd’hui je sentais que j'avais besoin d’une longue promenade. La station du carêne était à St- Jean devant la Porte Latine. Après une bonne avant-midi de travail, je pris le tramway qui me déposa à St-Jean de Latran ; là je chargeai mes jambes de me rendre à la Porte Latine par la via Ferratella, la via di S. Sebastiano, et la via di Porta Latina. Cette église est peu curieuse ; elle ne renferme, en fait de richesse, que 14 colonnes de marbre antique. J’y vénérai les chaînes, qui lièrent S.-Jean dans sa captivité. Tout près, je visitai la chapelle ronde où l’on prétend que se trouvait la chaudière, instrument de torture de cet évangéliste. J’arrêtai à St-Césarée, et à St-Nérée, que vous pouvez voir sur la carte
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besoin
à Stt-midi de La- Latine Porta en fait érai les t près, rait la arrêtai a carte
dans le voisinage. L’imagination, qui est la folle du logis, me:
rappelle la Nérée de Ste.Thérèse,qui faisait le chemin de la croix, en se contentant de dire, à chaque station ; “ Bonjour, Jésus- Christ.”
Je revins tout d’un trait, par la via di Porta Latina, la via di Porta $S. Sebastiano, la via S. Gregorio, la via di Coliseo et la via Cuvour, une heure et quart de marche. Je vous laisse à la gare, car je suppose qu’au-delà vous pouvez vous rendre à ma pension tout seuls. Pour moi, maintenant, je circule dans Rome, comme daas Montréal.
Hier je faisais une station à St-Etienne-le-rond, avant-hier à St-Marcel au Corso, (trouvez-le) églises dont je vous ai déjà parlé. Si un homme de science suivait ici mes pas, il m'appelerait barbare. Je n'ai pas encore visité un seul musée de peinture, de statues, d’antiquités, Je ne suis pas pour faire un peintre, ni un sculpteur ; et cela ne m'intéresse guère. Mais j'ai besoin de secours pour réussir dans mes entreprises diffciles ; j'ai besoin de grâces pour mener à bonne fin l’entreprise encore plus importante de mon salut ; et j'ai la confiance de trouver cela aux pieds des autels de ces pieux sanctuaires. Saus compter qu'on y trouve de quoi satisfaire sa curiosité et son amour du Beau. Souvent les musées étalent des choses que des regards quelque peu réservés n'aiment pas à rencontrer. Cependant je ne quitterai pas Rome sans y faire quelques visites. Le principal d’abord, ensuite les accessoires. Quand chaque chose est à sa place, c’est le règne de l’ordre au dehors et au dedans.
Demain je dînerai en ville. En eutrant je trouvai sur ma table ce petit mot du père supérieur des Oblats : “Le P. Augier présente ses respectuenx hommages à M. le Vice-Recteur de l'Université de Montréal, et le prie de vouloir bien venir demain à midi et demi partager notre dîner de communauté. I] y aura Mgr l’évêque de Nice.—Rome 29 mars 1890.”
Bonsoir, madame, bonsoir, monsieur. À demain.
do —
Dimanche des rameaux, 30 Mars.— Vous trouverez ci-inelus deux branches de buis, prises des rameaux que j'ai bénis ce matin pour les Religieuses : car il vous faut savoir que, depuis plus d’un mois, je dis la messe de communauté, à 64 heures, le chapelain la disant à 6 h. C’est à rendre les sœurs de St-Lin jalouses.
Je € ‘nai chez le Père Augier, frère du Provincial du Canada, qui a eu maille à partir avec le Père Paradis, en compagnie de l’évêque de Nice, Mgr Balaïn. Les oblats demeurent près de S. Pierre aux liens, dans les environs du Colisée. Je m'en revias tranquillement à travers les champs, sur les hauteurs, par la via Selle Sale. Il faisait chaud comme au mois de juin, C’est la température que nous avons depuis bientôt huit jours ; seulement les nuits sont assez fraîches. Je dis mon bréviaire à Sainte Praxède, où le saint sacrement est exposé, A cinq heures je rentrais pour reprendre la plume,
Nous commençons la grande semaine. Je sais que les prières ne me manqueront pas ; et vous pouvez compter que vous ne serez pas oubliés à Rome. Christus pro nobis factus est obediens, usque ad mortem, mortem autem crucis.
Lundi, 31 mars.—La mère supérieure du couvent de la Presentazione de la rue Milazzo veut aller vous faire une visite, et satisfaire la curiosité qu’elle suppose exister chez toutes les femmes, et que vous pourriez avoir de connaître leur costume, vû que je leur ai dit qu’il n'existait pas au Canada. Cependant les deux portraits entourés de dentelles que je vous envoie, ne sont pas la reproduction de ses traits, mais bien ceux d’une ancienne mère générale. Leur ample cornette
‘a des ailes dont l’envergure égale celle de l'aigle.’ Le rosaire de la Présentation rappelle les œuvres de charité diverses qu’elles exercent ici et là. Les trois autres iinages représentent une sœur dans soù école, une autre au chevet du malade, une autre dans l’acte de distribuer des aumônes,
J'ai passé l'après-midi chez M. Jousineau à jaser. Croyant qu’il était quatre heures, je me levai pour partir. Jugez de ma
deux comp que,
que j russe, étude, ne vo des st dernie par 8
inclus is ce lepuis res, le St-Lin
anada, nie de rès de ’en repar la V’est la jours ; riaire à A cinq
jue les ter que factus
de la ire une er chez bnnaître au Ca- Îles que s, mais ornette saire de qu'elles inf une e autre
Jroyant de ma
surprise, lorsque je constatai que la pendule avait sonné six heures. Les heures tristes paraissent des jours ; les heures gaies, des minutes. Le temps au ciel passera vite, ou plutôt, comme le ciel est éternel, il durera heureux toujours ; ou plutôt pour être théologique, il n’y aura plus de temps, mais un moment immuable qui sera le bonheur.
Demain est le premier d'avril, Vous souvenez-vous de la lettre que. Rosanna avait portée à la poste, courant le poisson d'avril et de la colère bleue qui s’en suivit ?
Bonsoir ! j'ai la tête lourde, et les yeux pesants. Je me sens plus envie de dormir que d'écrire. Les phrases ne se pressent pas, rien ne coule de source, ma plume n'est bonne qu’à faire des ratures. I1 ne faut viclenter personne, Jas même le somineil. Adieu !
Mardi, 1 avril.— Après diner, je me rendis au Pineio ; et là, rafraîchi par l'ombre et les senteurs, je passai une partie de mon après-midi à regarder, à lire la gazette, à parcourir la grammaire italienne. Je n'aurais pas cru qu’un jour je reprendrais mes classes d'éléments et de syntaxe. J’en ai vu vingt pages. Avec deux leçons comme celle-ci, j'aurai fini. Tout de même je suis surpris de voir comme déjà je sais l’italien ; et en réalité j'ai eu à peine le temps de m'en occuper. Vous aurez occasion de l’apprendre, si vous vous en sentez la disposition, car j'apporte avec moi les livres nécessaires,
Sur un banc voisin, à cinquante pieds de moi, étaient assises deux vieilles dames, dont l’une était sourde comme un pot ; sa compagne devait lui parler à tue-tête dans un cornet acoustique. En sorte que je pouvais suivre leur conversation antant que je le voulais. J’appris que celle qui parlait si fort, était russe, que son mari vint à Rome en 1835, alors qu'il faisait ses études professionnelles, qu'il était médecin et qu'il est mort, Je ne voudrais pas rappeler toute cette longue conversation sur des sujets décousus : il y a plus de son que de blé! Mais la dernière remarque que j'entendis, avant de partir, me frappa par sa vérité. “Tous nos souvenirs sont vieux, cria-t-elle ;
mais il me sumble qu’en les rappelant, nous nous réjouissons. Le présent nous est triste, l'avenir nous est somtre ; il fait bon de vivre dans un passé plus agréable.” J'avais envie de lui dire : Pensez au Paradis, et l’avenir vous paraîtra plus gai.
. Par les escaliers je descendis sur la place du peuple, et j'allai dire mon bréviaire dans l’église de Ste Marié du peuple, Je remereiai Dieu d’avoir mis tant d’arbres, de gazon, d’étangs, de fleurs, d’ombrages, de frais à notre disposition pour nous distraire, nous recréer et nous refaire, Je viens de jouir d’un beau jardin, et il ne me coûte rien, Non, je me trompe. Il me coûte un france par jour, pour les taxes que paie la mère Supérieure, ce qui fait que sa pension est plus cher qu’elle ne serait sans cela, Eh! bien, alors, puisque j'ai une part de dépense dans ce jardin, j'y reviendrai encore.
Je m'étais proposé pendant la semaine sainte d’aller faire une excursion dans le sud de l'Italie, jusqu’à Naples, et peut-être jusqu’en Sicile, Mais bernique ! je suis retenu ici par le travail du mémoire que je prépare immédiatement pour Pimprimerie. Je vais retourner avec cinq ou six grands livres, qui seront la prouve que je n’ai pas passé ici mon temps à rien faire,
Je travaille beaucoup, mais modérément, je veux dire avec règle, sans surcharge. L’avant-midi, comme je n’ai qu’une tasse de café sur la consciencé, est consacrée toute entière à la rédaction, J'ai la tête plus libre et le cerveau plus actif le matin. La soirée appartient aux correspondances et aux visites, La grande après-dîner se partage entre la promenade, le bréviaire et la lecture. Cependant il ne faudrait pas croire que l’'Université n’y ait pas ses petites entrées, Tout en marchant, au grand air, sous le soleil du bon Dieu, il est facile de penser, de combiner, de préparer, de repasser, de résumer, de calculer, de chercher des moyens, de les disposer dans l’ordre voulu, de les revê-‘ tir d'expressions : ce qui facilite énormément le labeur du lendemain, parce qu’alors l'esprit travaille sur un terrain déjà préparé.
Il n’y a qu’un terrain qui n’ait pas besoin d’être préparé,
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c'est celui de ma correspondance avec vous. Hier sor excepté,
vu que je m’endormais tant, ordinairement je n'ai qu’à ouvrir le robinet, et la pensée coule avec l'encre sous la plume. Il y a un proverbe qui dit que la bouche parle de l’abondance du cœur, et c’est le cœur qui conduit sur ce papier ma parole écrite. Les mois viennent si vite que la main ne peut suffire ; et voilà pourquoi vous avez tant de misère, je suppose, à me déchiffrer. Mais c’est un peu de votre faute. Je me rappelle que vous m'avez dit que vous aimiez mieux un millier de pattes de mouches que deux pages seuleme-”t de BELLE calligraphie. Je viens de faire un pléonasme, car toute calligraphie, venant des racines grecques CALOS, beau, et GRAPHO, écrire, est toujours belle, En littérature ordinairement, le pléonasme est un défaut ; mais en amitié, c'est toujours une qualité. Ainsi donc, ma chère mère, je vous aime avec pléonasme. è