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CHAPITRE HUITIÈME

Mercredi, 2 avril. À onze heures une bonne messagère est |

# arrivée du Canada. Elle est partie le 19 mars, Vous désirez des détails sur ma résidence. ’ j “ Votre couvent est-il grand ? ” Un peu plus long que celui

le St.-Lin, Il a quatre étages, avec plus d'espace entre les : “lanchers. La maison est bâtie avec luxe. Les plafonds sont \ veints à fresque, avec des dessins de différents patrons, Au- t ‘lessus de matête, j'ai, suspendu en peinture, un violon avec g son archet entrelacé dans les fleurs, ; E

“Y a-t-il beaucoup de pensionnaires.” o

Ce couvent ne renferme pas d'élèves, les sœurs sont d’un 8 ordrè de charité, Il y a cependant quatre petites orphelines italiennes, de huit à neuf ans, dont l’une est jolie comme un je

ange, et qui s'appelle Angelina. De plus trois grandes orphelines de quinze à vingt ans, dont deux françaises, sont employées comme servantes, Un côté de la maison est pour les hommes pensionnaires, l’autre pour les dames ; l'escalier seul est commun, De ce temps-ci, à la table des hommes prennent leur réfection : le chapelain, jeune prêtre de trente ans, français de Paris, M. Morlot, le petit cousin de l’ancien cardinal de ce nom; le Père Mortier, dominicain que les médecins ont envoyé en Italie pour sa sante ; M. Belnoue, prêtre de Chartres, qui est à Rome depuis deux ans, celui qui, depuis quelque temps, me da sert de secrétaire ; M, Oudineta, laïque, envoyé extraordinaire- fo ment du Vénézuéla auprès du S, Siége ; un ecclésiastique alle- cu mand qui relève de maladie ; un prêtre en voyage M. Chaillon:; à

un ancien militaire, qui fai soigner ses yeux M. Martilli ; et fr un canadien que vous connaissez bien. J’oubliais le plus gros Et bonnet, Mgr. Merlini Nolfi, employé de la propagande. Du | a

côté des dames, elles sont plus nombreuses, une quinzaine en À Om

viron, Je ne les connais pas toutes. Il y a une comtesse,

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maussade, capricieuse, qui ressemble à Madame R... ; une maîtresse d'école qui enseigne dans la ville ; une vieille fille, impossible, qui ne peut rester nulle part ailleurs, paraît-il ; deux demoiselles Filose des Indes, riches, qui sont à Rome depuis vingt mois, âgées de 20 et 22 ans, etc.

Le quatrième étage est un hôpital dont la population change avec les semaines et avec les jours. Les sœurs françaises sont reconnues pour leur esprit d'ordre et leur fidélité à faire remplir les prescriptions médicales. Les premiers médecins de la ville, lorsqu'ils ont des cas difficiles, qui demandent un traitement suivi et exact, envoient ici leurs patients. Il ne se passe guère de jours, sans qu’il y ait quelque opération, cataracte, pierre, ulcère, tumeur, cancer. Tous ces cas sont payants, plus ou moins. À part les sœurs, la population actuelle de la maison est cinquante-deux.

“Les sœurs sont-elles nombreuses ? ” Dix, toutes assez jeunes, excepté la supérieure, qui est dans la soixantaine,

“ Sont-elles malignes comme à St-Lin ? ” Question indiscrête. Elles sont vraiment bonnes, dévouées, attentives. Mais elles ne sont pas meilleures qu’à St-Lin.

La supérieure s'appelle la mère supérieure, l’assistante Sr Providence, la portière Sr Saint Marême, l'infirmière en chef, Sr Ste Anaïs, la sœur du réfectoire Sr Sainte Véronique, et les autres je ne sais comment.

“ Sont-elles italiennes ou françaises ? ” Toutes françaises, excepté Sr Sainte Véronique qui est moitié anglaise, moitié irlandaise, La maison mère est à Tours. D'abord cette résidence fut fondée dans le but d’y mettre trois sœurs pour avoir une procure à Rome. Puis on prit quelques pensionnaires pour aider à payer les dépenses ; puis, l'appétit venant en. mangeant, on finit par étendre l’œuvre aux proportions qu'elle a maintenant, Et cette supérieure n’a pas dit son dernier mot, la gradation est ascendante ; je crois qu’elle pense à de plus grands développements, Le fuit est qu'on est très bien ici.

Quent au costume des religieuses, comme j'ai Lu par fil ma-

gnétique que vous aviez des curiosités sur ce couvent, dès lundi, trois jours avant la réception de votre lettre, je vous lai décrit, et j'ai fait en sorte que la supérieure vous envoie diffé- ; rentes images qui vous parlent mieux qu’une description par £ écrit, <

Votre curiosité est sans doute satisfaite ! J

Jeudi, 3 avril, — A 44 heures, j'étais à St-Jean de Latran pr pour assister à Ténèbres, et entendre chanter les lamentations. Il y avait foule, pas pour emplir l’église, mais pour empêcher

d'approcher du chœur, C'était beau, Plaintes tendres, cris à douloureux, gémissements tristes, psalmodies bruyantes, ac- né cords puissants, voix sonores, sopranos argentins, vibrations en claires et limpides, harmonies délices, mélodies, symphonies, at frémissements et soupirs, C’était l'écho de la douleur qui se bio promenait sous les voûces, dans les nefs, à travers les arcades, de

C'était beau, cependant je préfère notre semaine sainte, Ici a trop de curieux. La piété est dérangée par ce va-et-vient, par P je

ce chuchottement continuel. Pas de chaises, pas de bancs pour s'asseoir ; la jambe se fatigue, et la prière aussi. Il n’y a pas ce silence, ce recueillement, cet ordre, et ce respect attentif qui règne dans nos églises. Vive Saint-Lin !

Je viens de recevoir une invitation : “ M. Palin d’Abonville, supérieur du collège canadien, invite M. le Vice-Recteur de l’Université Laval à Montréal, à dîner à 124 heures, le jour de Pâques, et lui offre ses sincères souhaits de joyeuse fête pascale.”

Ne voilà-t-il pas que le sommeil vient encore appesantir mes paupières, mes pensées et ma plume ! Notre Père ete, Je vous

salue, Marie, etc, Bonsoir ! Et dormons dans le Seigneur, le Seigneur qui nous est si bon.

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Vendredi 4 avril.—J'’ai mal à la tête. Première indisposition depuis un mois, Bien que mes mémoires pressent, je n’ai rien fait aujourd'hui, il faut bien ménager cette pauvre bête. A dix heures, je suis allé à Ste Croix de Jérusalem, et

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après le chant de la passion, je m'en suis revenu de suite. Cette après-midi, ayant écrit une lettre à Monseigneur l’archevêque de Montréal, puis une autre à M. C...,. je suis sorti au grand air avec M. Belnoue, petits pas. Ce soir je vais prendre de la magnésie, et demain matin une médecine, Voyez comme je suis raisonnable‘! Et ce qu’il y a de commode, étant dans une pension qui est à la fois un hôpital, je n’ai pas loin à courir pour trouver des infirmières.

Samedi saint 5 avril, — Médecine, bile, et à 4 heures visite à l’église des Arméniens, où l’on disait la messe, voilà ma journée. Oui, oui, la messe à quatre heures de l'après-midi; et il en est de même chez les Grecs. Et pourquoi pas, nous la disons bien à minuit, à Noël, Et notre Seigneur l’a bien dite à 6 heures du soir, lors de la sainte cène. Il est beau de voir comme l'Eglise romaine, avec ses idées et ses pratiques si larges, admet dans son sein tous les rites et toutes les coutumes légitimes, C'est pourquoi je regretterai toujours nos cantiques durant la messe,

Petdant que je rejetais ma ble, j'apprenais que la .Législature avait rejeté le bi77 de l'Ecole, Pauvre ZI, renvoyé de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, d’'Hérode à Pilate, à chaque place déchiré, blessé, enfin le voilà mort ! Requiescat in pace ! Je ne suis pour rien dans sa naissance, dans son existence mouvementée et dans son trépas. À son 6ccasion, tout ce que je voulais savoir, je l’ai su. 1o. Peut-on admettre l'Ecole dans l’université avec sa charte dûment amendée ? On m'a répondu out. 20.—Pour éviter les frottements, je désirerais que l’arrangement fut fait par les évêques de la province ecclésiastique de Montréal, quitte à être soumis ensuite au Conseil Universitaire, Réponse ; c’est bien. De plus en favorisant les démarches du Dr Desjardins, j'ai fait preuve d’un bon vouloir dont on devra bon gré mal gré, me tenir compte.

Quant au bill, il avait subi tant de transformations qu’il m'était impossible à cette distance de m’intéresser ou à sa vie ou à sa mort. Je l’ai remis entre les mains du bon Dieu, et je ne doute pas que Dieu, ait fait pour le mieux. Dieu, voyez-vous,

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