CHAPITRE ONZIÈME DU 8 AU 19 MaI
Jeudi, 8 mai, — Voilà qui est original, je suis devenu chapelain à Rome. M. l'abbé Morlot, chapelain de ce couvent, vint me trouver la semaine dernière, et me dit : “ J'aimerais à aller faire une promenade d’un mois à Paris, dans ma famille, Au temps des vacances, il n’y aura peut-être plus de prêtres pensionnaires ici, vû les chalenrs, et il sera difficile, de me trouver un remplaçant, Pourriez-vous dire la messe à ma place chaque matin et chanter le salut deux fois par semaine, ” “ Je le ferai avec plaisir tant que je serai ici, mais si mes affaires m’appellent ailleurs, ou si je suis prêt à partir avant votre retour, je ne m'engage à rien. ” — “ C’est bien, dit-il, risquons. ” Et, hier à neuf heures, il prenait le train pour Paris.
Depuis un mois, je disais la messe à 7 heures, je vais maintenant reprendre 64 h., cela m'arrange mieux. L’avant-midi se trouve plus longue, et c’est le temps du travail fructueux. Ce soir à 64 h., j'ai donné ma première bénédiction du Saint Sacrement, comme chapelain, Ce ne m'est aucun dérangement, car j'avais coutume d'y assister, quand j'étais dans la maison. C’est assez tôt que j'ai amplement le temps de me rendre à la Propagande, lorsque j'y aurai affaire, vû que les audiences là ne commencent qu’à 7 heures, Je souperai à six, et tout se suivra comme par enchantement,
Le chapelain du couvent ici n’est pas le confesseur ; dn reste je n’aurais pas voulu me charger de cette besogne. Le confesseur est un Père Dominicain qui vient faire son apparition chaque samedi après-midi, tous les quiuze jours, j'en profite, Je vais profiter du sommeil qui s’appesantit sur mes
paupières pour passer: une bonne nuit de repos. Bon soir !
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Vendredi, 9 mai, — J'ai omis de vous dire que hier j'ai été à une audience du pape, Il recevait dans la salle du trône un pèlerinage allemand, j'ai obtenu un billet, et pour une heure j'ai été allemand d’yeux et d'oreilles,
Le pape était frais, dispos, jeune plus que je ne l’avais jamais vu, Sa voix était forte et distincte, ses gestes larges et vastes, Debout il avait un air de majesté qui impose. C'était enlevant que de l’entendre exprimer ses grandes idées dans un latin majestueux et superbe, comme vous pouvez en avoir une idée par la Voce que je vous envoie,
Mon billet me donnait droit à la messe papale ce matin ; mais il n’y a pas moyen de jouir de toutes les bonnes choses, il faut savoir se borner, Je restai à la Villa pour travailler, bénissant Dieu d’avoir tant d’occasions de voir le Saint-Père,
Samedi, 10 mai. — J'ai passé la journée à travailler mon troisième mémoire, Je terminai la rédaction définitive de la première partie, Si rien ne vient me déranger, la dernière sera complète avec la semaine prochaine, Puis on fera imprimer de suite. Celui-ci est presque aussi long que celui que je vous ai déjà envoyé ; son titre est Mémoire sur les Ressources à créer pour la Succursale.
Dimanche, 11 mai. — J'ai été dîner au Collège Canadien, puis j'ai passé l'après-midi à jaser et à m'amuser avec les jeunes gens.
Je suis rentré pour le salut à 6 heures, pour mon salut de chapelain.
Je vous envoie mon Mémoire sur l’Union. Il y a longtemps qu’il a été présenté à la Propagande, et que j'ai obtenu une réponse, laquelle est tout à fait favorable ; mais il est bon de l'avoir imprimé, pour le laisser dans les archives de la Propagande. Pendant que j'ai été malade, comme je ne pouvais faire grand chose, je l'envoyai à l'imprimerie ; et, comme les épreuves ne peuvent me corriger, je passai mon temps à corriger des épreuves,
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Mes nouvelles de St-Lin vont au 27 avril. Je suis bien. J'avais perdu de l'embonpoint, je le reprends chaque jour. Priez pour moi, je le fais pour vous souvent, et surtout aujourd’hui où il est dit à la messe : “ Tout ce que vous demanderez à Dieu en mon nom, il Vous l’accordera. ” Au revoir ! que Dieu vous console, qu’il vous soutienne dans les misères et les contradictions de cette pauvre vie ; qu'il vous donne un cœur joyeux, qui prenne tout du bon côté, sans impatience, sans inquiétude, sachant que tout ce qui nous arrive est pour le mieux,
Les petits intérêts mesquins s’agitent, tant dans l’un que dans l’autre camp. C’est un mal qui doit arriver pour un plus grand bien, C’est l’écume qui passe. Quand toutes les idées étroi : 3 seront usées, alors sur leurs cendres s'élèvera l'édifice large ue la concorde et du progrès universitaire, Tout cela fortifie mon espérance et donne de la vie à mon action. ‘©ontinuez par votre dévouement et votre esprit d'ordre à me rendre tranquille sur ma paroisse, et vous aurez fait une bonne œuvre, même au point de vue universitaire, Pour mille raisons, je dois rester curé, ne serait-ce que pour avoir l'autorité extérieure que donne ce titre au Canada ; mais je ne pourrais garder une cure, si je n’en savais la desserte parfaitement remplie. Merci, et croyez que pour ce service je vous aime deux fois.
Vous me demandez si, pour placer le tableau de St-Lin, vous devez m’attendre, Non, Si vous trouvez le tableau beau, ou au moins convenable, s’il embellit l’église, ou au moins ne la dépare pas ; si vous avez raison de croire que je l’accepterais, ce dont je n’ai aucun doute ; dans ces hypothèses, placez le tableau,
Il reste toujours assez à faire, il ne faut pas remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui. À mon retour, nous aurons la consécration de l’église, sans compter l’intronisation de nos reliques. Je viens de m'en procurer encore treize nouvelles,
Vous pourrez faire une fête, annoncée d'avance, afin d’attirer un concours. Il y aurait diacre et sous-diacre. Le tableau serait voilé jusqu’à l’évangile, à ce moment le rideau tomberait,
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La chair retentirait d’un beau sermon sur $. Lin. Puis suivrait une quête, dont une part raisonnable servirait à payer le p'édicateur, que ce prédicateur fut Rouleau, ou vous, ou un autre, Si tout était prêt, la St-Pierre serait un beau jour pour une telle fête. Vous pourriez avoir des secours de Ste-Thèrèse à cette époque,
Quant à l'homme qui posera le cadre, je ne puis avoir d’opinion à cette distance, Seulement, comme il faudrait peut-être tailler un peu dans la corniche il ne faudrait pas fournir occasion à M. Pauzé de se plaindre que son ouvrage a été gâté ; et à ce point de vue, s’il peut faire le travail aussi bien, il serait peut-être préférable de le lui donner, Voyez.
Lundi, 12 mai, — Je me suis remis à l'ouvrage pour de bon. A la fin de cette semaine, j'aurai fini le plus important de mes mémoires. J'ai copié quatre fois de ma main le mémoire sur les comptes ; et celui qui est actuellement sur le métier, je le rabotte pour la cinquième fois, S'il n’est pas mieux fait, c’est que je n’en suis pas capable.
Le Père Paradis est tombé iei comme une bombe, et il parta comme un pétard ; je crains fort qu'il ne fasse long feu, Ah! s’il y avait moyen d’arranger cela à l'amiable, quel sujet de scandale on enlèverait ! Je voudrais voir le Père Augier ici, je m'offrirais comme entremetteur,
Mardi, 13 mai. — Je vous écris après onze heures du soir, Mgr Labelle et le Père Paradis sortent d'ici. Ils m'ont tellement réveillé que je ne puis me mettre au lit. J'avais recu cet après-midi la visite de M, C. qui est un grand Seignour du reste bien modeste et bien ecclésiastique. Je vous envoie sa carte,
Mercredi 14 Mai.—-Quand partirai-je du Hâvre ou de Liverpool, très probablement dans la dernière semaine de juillet, Dans tous les cas je ferai l'impossible pour arriver pour la retraite des curés. J'aimerais à avoir une quinzaine de jours en France,
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Ainsi continuez de m'écrire et souvent, à Rome, Deux mois après la réception de cette lettre, vous pourrez dire que je ne serai pas loin de St-Lin,
Merci, mon cher ami, pour l'état de comptes que vous me
donnez dans votre dernière lettre. Nos affaires ne sont pas si
mauvaises après tout.
Voulez-vous que je vous donne un aperçu d’un de nos dîners Vous allez voir si nous sommesz Français, et si nous avons l’esprit en taillant de rasoir.
1o Un coup de dent aux chanoïnes Centum oves faciunt ovile ; trigenta porci faciunt gregeim ; decem boves faciunt armentum ; et quo majores sunt bestine, er minor requirituo nuimerus ; ideo tres canoneci faciunt capitülum.
20 Traduction de $. P. Q. R. le fameux senatus populus que Tomanus.
Sono pigrissimi questi Romani, Sono veut dire sont et questi, sce.
30 Autre application, qu’un prélat faisait à un Pape, S.P.Q.R.
Sancia Pater Quare rides ! Le Pape répondit en reprenant les lettres au rebours :
Rideo quia papa sum.
4o On disait que le Cardinal Bona ne serait jamais pape parce que son nom était féminin ; passe encore s’il s'appelait Bonus. Aussitôt un malin répliqua par ce distique :
Vana Solicismi non conturbet imago :
Esset papa Bonus, sû Bona papa foret.
5o Autre distique sur le marin Ruiter, Hollandais, qui défit si souvent les Anglais, les Français et les Espagnols.
Terruit Hispanos Ruiter, ter terruit Anglos, Terruit et Gallos, territ us ipse ruit,
60 Quelle serait la plus belle église du monde ?
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