‹ En Europe [microforme]Chapitre 46 sur 59 · DU 17 JUIN AU 12 JUILLET · texte numérisé non relu

DU 17 JUIN AU 12 JUILLET

Dimanche 29 juin.— Saint Pierre.

Il y a de belles cérémonies à l’église St-Pierre, aujourd'hui, et je n’y vais pas; je ne suis pas malade, mais le climat me rend mou. lJ’ai encore pas mal de travail sur les bras, et je veux gaider toutes mes forces pour l'ouvrage nécessaire.

Je me contente d'assister par la pensée aux fêtes de St-Lin. Je vois tomber le voile, s'ouvrir grands les yeux des paroissiens : je vois St-Lin rayonnant au milieu des apôtres, qui protège son peuple ; j'entends la voix solennelle de M. Rouleau qui se déroule en belles pensées et en longues périodes, Joffre à Dieu le sacrifice de mon absence.

Le Pape m'avait dit : “ Je vous enverrai un souvenir-—Saint- Père, je vous demanderai de me l'envoyer pour ma mèra— C’est bien pour votre mère, c'est tout un. ” Je chargeai Mgr. Jacobini de le rappeler au Pape, s'il l’oubliait, Aujourd'hui, je reçois par Mgr Jacobini, un beau chapelet ; il est précieux. Il est en onix. Je l'ai montré à un orfève, il me dit qu'il vaut cinq piastres ; mais son plus grand prix vient du donateur. Je vois la bonne vieille mère égrèner ces beaux grains; mais, pour dire trois chapelets de suite, celui-ci pèse un peus— Je reçois une lettre de M. Belnoue que je vous envoie encore, C’est un homme charmant, Je dîne à midi chez le Père Tenaillon ; ci-inclus sa lettre d'invitation. Aujourd’hui même vous m'adressez votre dernière lettre à Rome, ç. sent la fin du voyage.

Ecrivez-moi à Paris jusqu’au 15 juillet, écrivez le 15 même. Ne craignez pas que je dérange mon départ. Le 2 août est

une date aussi inamovible que le jour de Pâques, Des images que m'annoncent M. Belnoue, je vous en expédie trois ; une vierge Marie pour maman, une vierge noire pour sœur Philippe, et la troisième pour vous. Vous recevrez, à dater du premier de juillet un journal italien “ Il Divin Salvatore ” qui paraît deux fois par semaine, 16 pages. C'est comme qui dirait “ La semain* religieuse de Rome.” Conservez m'en soigneusement la file jusqu’à mon arrivée. Il ne me reste plus qu’à m’abonner à un journal ou revue latine, c’est ce que je ferai probablement cette semaine, Et pour nous tenir au courant du mouvement religieux et politique de la France, en passant à Paris, je paierai un abonnement au journal La Croix, quelque-chose d’écrit dans un excellent esprit et de finement rédigé, Avec tout cela, nous aurons de quoi nous distraire des disputes absurdes de notre politique terre à terre.

Lundi 30 juin.— Toute la journée, j'ai travaillé à mon rapport. Les premières épr:uves m'en sont arrivées ce soir. Monseigneur Baroncini est venu me voir : grand honneur.

Mardi 1 juillet.— Je dîne au collège canadien, Trois de ces jeunes prêtres viennent me rendre visite à neuf heures. M. Bourd qui est ici depuis deux ans et qui part ce soir pour Montréal, à 11 heures, était ici pour me faire ses adieux.

Mercredi 2 juillet. — Vous m'avez suuvent dit : ‘“ Quand vous aurez de l'ouvrage, écrivez court, maïs écrivez pour que nous ne soyons pas inquiets”. Or j'ai de l'ouvrage pardessus la

tête, je vous écris pour que vous ne soyez pas inquiet, et vous voyez que je suis court. :

Je profite de la permission, me pro : de jaser #vec plus d’abondance avant longtemps. Le Pe l'euaillon, tour joyeux

m'est arrivé ce matin, avec des lettres de Montréal, annonçant l'établissement de sa communauté à Montréal, sur le plateau, pas loin, de l’église Saint Jean-Baptiste,

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Jeudi, 3 juillet.— En revenant de l'imprimerie j'arrête aux Quatre fontaines, et je dis à M. Cousineau : ‘“ je suis guénille, fatigué, j'ai quatre longues lettres à copier pour les protes ; pour riez-vous me donner un coup de main.—Oui j'irai passer l’aprèsmidi chez vous, ” à 14 heure, il était ici, Nous nous établissons un de chaque côté de la table, avec une assiettée de ceri. ses dans le milieu, et nous jouons de la plume jusqu’à 6 heures, Puis, après le souper 64 h. à 8 heures, même exercice, Je ne Gis pas que quelques paroles parlées n'aient pas remplacées quelquefois, les paroles écrites ; mais tout de même, nous avons fait de l'ouvrage, et beaucoup. Demain la dernière feuille de mon rapport sera chez M. Befani, tout le temps, il imprime, il est rendu à la moitié. Chaque soir je reçois mon faisceau d'épreuves, et le lendemain à 10 heures, quand je vais les lui porter, je corrige à son bureau la mise en page,

Vendredi 4 juillet.— J'étais bien en arrière dans ma correspondance. De retour de l'imprimerie, j'écris à Monseigneur Fabre, à M. Archambault, à M. Collin à Paris, à Mgr Labelle ; et je continuerai à répondre aux lettres dont je n’ai pu accuser réception, parce que mon temps tout entier était à la rédaction du rapport. Je veux mettre tout en ordre sous ce côté avant que de quitter Rome.

Samedi, 5 juillet.— J'ai dîné au collège canadien, faisant mes adieux à M. le Supérieur et à M. Leclerc qui partent lundi pour Paris. Le premier reviendra de là dans une quinzaine de jours. M. Leclerc continuera jusqu'au Canada, si sa santé lui permet de traverser. Nous aurons sa visite, j'espère, dans le courant de septembre. C’est un des caractères les plus sympathiques que j'ai encore rencontrés. Puis avec M. Cousineau, je suis allé prendre des informations plus précises sur l'envoi de mes malles au paquebot, “ La Champagne ” au Hâvre pour le 2 d'août, sur mes billets de chemin de fer et de traversée. J’acheterai ici mon billet du Hâvre à New-York. Si je le perds, en route je pourrai toujours m'en faire donner

un autre, Mais si je perdais mon argent, personne ne me le remplacerait. Puis japportai ici, à la ville, mes tableaux, dans une bonne caisse faite exprès. J'en ai 32, sans compter mon St-Lin que je vais ajouter, et une Cène trop grande pour ma boîte, lequel tableau j'ai confié à l'envoi de Mgr Labelle, Il nous arrivera par St-Jérome.

Dimanche, 6 juillet. — Hier m'est arrivée votre lettre du 22 de juin avec la somme des prières faites à mon intention. Merci !

Je suis allé dîner au St. Sacrement. Le Père Tenaillon et Mgr Baroncini se sont arrangés pour venir souper avec moi mercredi soir. Souper d'adieu !

Je reçois avec mes épreuves, ce mot de M. Befani : “Je suis heureux de vous pouvoir assurer que j'aurai achevé l’impression du Mémoire mercredi soir ou jeudi matin. : En travaillant dans les heures extra, et un peu plus à l’Américaine, et vous avec moi ici; nous réussirons. ’— Après que mes wémoires auront pris le train, je ne languirai pas ici.

Vous recevrez par la même malle les “ Acta Sanctae Sedis ” du mois de mai. Je me suis abonné pour le volume XXIII, qui commence avec le mois d'août, Je vous envoie celui-ci comme spécimen. Il est vraiment intéressant, Mais les autres numéros n’arriveront certainement pas avant moi. Le numéro de juin n’est pas encore paru. Tout va à Rome piano, on dit que c’est plus sano ; mais pour des Américains, c’est étrivant. J’ai de mes connaissances ici qui sont au désespoir, Pourtant personnellement, je n’ai pas à me plaindre. Je recois des félicitations de tous côtés, de ce que je puis m'en retourner après cinq inois et demi, ayant traité mes affaires jusqu'à l'oméga. — Pour eu revenir aux acta, cette publication complètera le cycle des langues qui seront lues au presbytère de St-Lin : Français, Anglais, Grec, Italien et Latin, Je vai me remettre à faire mes malles, j'aime mieux faire un mémone pour la Congrégation. Plaignez-moi, Au revoir !

secret futurs cherch canon, \ ches, 1

Mar privier des mi travail.

Mer laire at pagand ! volume sept pis

Gran premièr et M,

1e le Lundi 7 juillet.— Oh, là, là ! je viens de faire une terrible EAUX, après-midi, J'ai sué à grosses goûttes, j'avais le mal d: nerf, apter parfois je devais m’arrêter et m'asseoir, je n'en pouvais plus. pour Ah ! quel supplice ! J'ai fait mes malles. J'ai séparé ce que

belle. JR j'envoie en avant et ce que j'apporte avec moi. Comme la | plus grande partie de ce bagage est composé de livres, et que cela pèse beaucoup, je fais deux caisses séparées. Pour ne du 22 pas les acheter trop grandes, ni trop petites, j'ai cordé le long ntion. JS du mur mes effets en deux tas oblongs, et demain je ferai ve- # nir ua menuisier qui fabriquera le contenant juste sur le on et | contenu.

ce moi ex, Je dois recevoir mes dernières épreuves ce soir, Je vois arriver petit à petit le moment du départ avec une satisfaction

“Je ‘9 douce et calme.

lim- 1 J'ai mis de côté dix exemplaires de tous mes mémoires pour n tra. ! les porter, avant de quitter Rome, à certains person»: es qui ricaine, ne les ont pas vus jusqu'ici, et qui doivent être mis dans le 1e mes D secret de nos affaires, pour le succès de nos pas et démarches

futurs. La vie est un combat, c’est pourquoi il ne faut pas y Sedis ” Je chercher le repos complet. Il faut savoir dormir sur l'affût du KXITIT, canon, prendre son repos et sa récréation entre deux escarmouelui-ci D ches, le cœur gai et l'esprit libre.

ais les \ ji. Le NN Mardi, 8 Juillet. —J'ai passé une partie de ma journée à l’im-

piano, prinierie pour corriger la mise en page, aussitôt qu’elle sortait , c'est des mains des reviseuts, afin de faciliter la promptitude du espoir. travail. |

reçois |

ourner

Mercredi, 9 juillet.—Je porte à l'imprimerie une lettre circulaire aux cardinaux qui compos-ui la Congrégation de la Propagande, Elle m'est rendue ce soir. J'achète Cicéron en 6 ! volumes in folio et Tite-Live en 7 volumes in 12, le tout pour | sept piastres et cinquante centins.

Smone M Grand souper, cuisine superbe, desserts splendides, service de première classe. Mgr Baroncini, le Père Tenaillon, M, Vacher et M. Cousineau sont venus me faire leurs adieux et me

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comre de ai me

souhaiter bon voyage. Jusqu'à dix henres nous veillons dans un salon, ayant invité à notre plaisir M. le Chapelain Morlot, M. Ordeneta, l’envoyé diplomatique du Venezuela et le curé de Béthulie { Saphet) en Palestine. Une bouteille de champagne arrosa les bons souhaits,

Jeudi, 10 juillet.—La sœur Providence remplit mes deux caisses. Elle le fait avec tant d’habileté qu’il me reste de la place pour trente autres volumes.

Une chance que la Providence, sous le nom et les soins de cette bonne sœur, soit venue à mon secours, Quand l’omnibus de M. Lemon vint chercher mes trois caisses, deux de livres et d'effets, et une de tableaux, je n’en pouvais plus. Je ressentis un frisson tel que je me mis au lit, et j'y reslai tout l'après-midi, d’abord grelottant, puis suant à grosses gouttes. Les remèdes, la bonté et l’habileté de mon infirmière ont réussi à ramener la chaleur dans mes membres. Ce soir je me sens assez bien.

Vendredi, 11 juillet. — Ce matin, je me suis réveillé très bien, J’allai porter une lettre à Mgr Jacobini, payer le passage de mes valises qui sont parties pour le Havre, hier soir,

prendre mes reçus, Puis le reste du jour se passe à faire ma |

correspondance qui s’est accumulée et qui est considérable, Je pensais partir un ou deux jours plutôt que je n'avais calculé ;

mais non, il faut attendre au 13 au soir ; mais ce jour là, par

exemple, je pars. Donc au revoir,

J'ai reçu votre bonne lettre, par laquelle vous m'annoncez | que l’avoine est vendue ( et pas si mal encore ) et où vous me |

donnez la description de la fête de Saint Jean Baptiste et de la peur de Boulé,

Je quitte Rome définitivement après demain, dimanche au soir, comme c’est calculé depuis le commencement de juin, J'ai acheté à prix très réduit 43 volumes, parmi lesquels il y a une dizaine d’in-folio, et plusieurs très bien reliés en veau; tout

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cela me coûte $16.00 plus une piastre pour les voitures, plus le prix de passage qui pourra me revenir à $10,00, ce qui fait 827.00, c'est-à-dire environ 63 centins par volume ; le plus petit vaut au moins le double de cela ; et plus de dix valent au moins quatre piastres chacun, Voici les noms et le nombre de ces volumes :

Œuvres complètes de Cicéron, 6 vol. in-folio

Œuvres complètes de Tite-Live 7 — in-12

Tacite 1 — in-12 Polybe 4 — jin-12 Hérodote 3 — in-4 Justinien 2 — in folio Benoît XIV 2 — in folio Memorial de Ste-Hélène 2 — in-4 Perrone 8 — in-12 Machiavel 5 — in-12 Vie de St-Paul 3 — in-12 Silvio Pellico h — in-4

J'ai hâte de savoir, si cette ficelle a bien joué, à l’heure que M. Rouleau se préparait à faire rouler sur ses auditeurs émerveillés la rondeur de ses périodes cadencées. Je vous envoie mon Rapport, et de plus, trois exemplaires de mes dernières publications pour faire des séries complètes. Je vous envoie aussi deux notices d'Ottawa. Voyez, si cela vaut la peine de faire venir ce qu’il y aurait là à mon adresse, Dorénavant je vous écrirai au moins vae fois par semaine. 1l peut se faire que j'envoie plus souve:. mon journal, Je suis fatigué du travail que j'ai fait ici, et des chaleurs qui sont épuisantes beau-

| coup plus que les nôtres, Mais je ne suis pas malade, Je

compte que le repos et les distractions du retour me rétabliront complètement.

Samedi, 12 juillet, — Le sort en est jeté, Je pars ce soir à 93 heures. J'avais encore douze lettres en arrière, Je me mis à écrite de bon matin, A 11 heures j'étais chez Mgr 45 $

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Jacobini, M. Cousineau est venu travailler toute l'après-midi avec moi, Il a copié 5 ou 6 heures de suite, Il a adressé des mémoires pour les Cardinaux, lesquels mémoires ne devront leur être remis que le dernier juillet, afin que personne n’en envoie au Canada avant que je sois rendu, Ci-inclus la lettre circulaire aux Cardinaux, membres de la Congrégation de la Propagande, Je suis content de partir. Je pars nn jour plrs

que je n'avais calculé, ce qui me donne une petite marge de blus en Frañce, Ainsi me voilà en route, Chaans pas me rapprochera du Canada, de vous, ma chère mère. Dans un mois juste, je ne serai pas loin de Montréal. Priez pour moi. Je pars content, Je ne saurais trop remercier Dieu qui a tout applani sous mes pas. Au revoir !

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SIÈME PARTIE

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