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CHAPITRE II DE MARSEILLE A CASTRE

Mardi, 15 juillet, — Je vous écris entre Marseille et Arles, La campagne est triste : ici rochers sauvages, là plaine stérile, plus loin côteaux dénudés, Cette terre blanche, partout ailleurs qu’en France, ne vaudrait absolument rien ; mais la main fran. çaise est si industrieuse, Elle réussit, par canaux d'irrigation, par plantations, à amener la vie et la verdure dans ce pauvre pays. Quel contraste avec les environs de Nice !

Ce matin, à 4? heures, le garçon frappait à ma porte ; à 54 heures je partais pour la gare, A 6 heures et 10 minutes le train se mettait en mouvement, Jusqu'ici, je n'ai pour compagnons qu’une famille composée du père, de la mère et d’une petite fille de 8 ans, gens paisibles et tout à fait bien. La femme et l'enfant dorment, L'homme lit. Moi, je lis, je regarde, je pense et j'écris. Savez-vous à quoi je pense ? Devinez.

Je m'endors, En me réveillant, démenti à ce que je viens d'écrire, je me trouve au sein d’une vraie foret d'arbres fruitiers de toutes sortes, treillis de verdure, du sein desquels les maisons émergent comme des nids dans le feuillage, :

Déjeuner sur mes genoux, tout comme sur les rivages de la Baie d'Hudson : pain, jambon, eruchon ; seulement le cruchon renferme autre chose que l’eau des lacs.

C'est ennuyeux, il faut changer de train d’abord à Arles, puis à Lunel, puis à Montpellier, enfin me voici sur la route de Paulhan. En lisant la géographie du département de l’Hérault, je vois qu’il existe un autre St-Pons que celui de Thomière, vers lequel je me dirige, et qu'on appelle St-Pons de

Mauchiens, c'est-à-dire, mauvais chiens, Je passe à la porte. |

Donc je descends à St-Pargoire, Le dépot est une maison dans

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le champ. Une ferume tient le Bureau. ‘“ Madame, quel est ce village, perché sur le sommet de cette colline, — Monsieur, c’est St-Pons de Mauchiens. — A quelle heure repassent les trains pour Paulhan ! — A 4,27 heures ou à 7.07 heures. — Voulez-vous vous charger de garder mes valises d'ici à ce soir ? — Volontiers, ”

Il est midi, Je monte une dehi-lieue. J'arrive à un ancien village du moyen-âge, nid d’'aigles fortifié, maisons en pierre très hautes, rues tortueuses et étroites. Je grimpe à l'église, petite, en pierre, très propre, avec autel et balustre en marbre. Deux femmes prient. Je dis à l’une : “ Où demeure M. le Curé ? — M. le Curé est absent, aux eaux, il ne revien-

.dra que vendredi, Si vous voulez voir sa sœur ? — Non, où

demeure M. le Maire ? — Je vais vous y conduire. ” Toutes les têtes sont aux fenêtres pour voit passer un chapeau de castor. Le Maire ne viendra que dans une demi-heure. ‘“ Je veux dîner, où est le restaurant ? ” -— La fille du Maire, 20 ans, me conduit au café. Je lui remets pour son père tous mes papiers. J’attendais que mon dîner fut prêt, en’ lisant l’Eclair, lorsque le Maire arrive. Tous mes titres l'avaient renversé. De suite, nous gagnons la mairie. Les régistres parlent de 1539 à 1599, puis ils sautent à 1681 laissant une lacune de 82 ans dans laquelle tombe 1621, qu’il me faut, Je reviens manger mon dîner. Lorsque je veux payer mon écot, l’hotesse refuse de prendre l'argent. dJ'insiste ; refus inflexible, ‘“ M. le Maire l’a dit,” Tout ce que je pus faire, ce fut de donner cinq sous à la petite fille. Je gagnai la maison du Maire. Réception cordiale à son salon, politesse le Madame et des deux filles de la maison, Evidemment, j'étais reçu aux frais de l'Etat, O aimable simplicité ! Cette famille est tout à fait chrétienne ; cela perce dans toutes ses paroles ; le maire vient me reconduire jusqu’à la petite gare et nous nous séparâmes amis, Le vin ici ue coute que 5 sous la bouteille et il est excellent. Je vais voir ce qu’il coûtera de transport et de douane, et je ne dis pas que M. Albiel Legnadier, maire de St-Pons de Mauchiens ne deviendra pas mon fournisseur.

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La maladie, appelée Philoxera a détruit complètement tous les vignobles. Ils sont à se reconstituer, par des plants de vignes américaines sur lesquelles on presse des vignes françaises, Encore un point sur lequel le salut vient d'Amérique,

À 44 heures, je me rembarque, un quart d'heure plus tard je débarque à Paulhan dans une plaine insignifiante, À 5 hrs je m’assieds de nouveau dans le wagon, pour me lever et descendre à 64 hr: à Bédarieux. Je n’en partirai qu’à 94 hrs pour St-Pons, où je serai vers 11 heures,

En attendant, je soupe dehors, au frais, sous les grands arbres, regardant passer la population qui revient du champ et qui a l'air tout à fait intéressante, Je vais faire un tour dans la ville, très-propre, qui s'étend comme Ste-Geneviève sur une seule rue, (ans une vallée étroite dont un côté est bordé par des collines abruptes et l’autre par des côteaux s’étageant en

amphithéâtre, Et je vous écris, partit Aujourd’hui, j'aurai changé de train 7 fois : Arles, Lunel ment Montpellier, St-Pons de Mauchieus, Paulhan, Bédarieux, et St- | : nelle Pons de Thomière, Le sauvage ne s’écarte jamais dans les trois, bois ; un peu, le même instinct me conduit dans le labyrinthe LA des chemins de fer et dans le dédale des rues au sein d’une disser grande ville. Avant de me mettre en route j'étudie l’indicateur rives des chemins de fer; et de suite la voie la plus rapideetla 4 abbay moins couteuse se présente à mon esprit. Dans lo train, j'exa- thédra mine le plan de la ville où je vais descendre, et immédiatement A XVII je vois l’endroit favorable pour prendre pension. Jamais je XVIe n'engage de guide et je circule dans les quartiers les plus com- formai pliqués comme je le ferais à Montréal. Evidemment, j'ai la : de boi vocation du voyage. gne — Qu’ Mercredi, 16 juillet. — A 7 heures j'ouvris les yeux à la Pont d lumière, Depuis 114 heures que je ronflais. Où étais-je ? je fique.. l'ignorais. J'ouvre la fenêtre, Je lis l'enseigne : Café-Gau. jette di Ah ! Ah! Je suis chez M. Gau. En face, de l’autre côté de Ce n’es

Un vallon

la rue, s’allénge le flanc de l’église, Très bien, je n'ai pas loin pour aller à la messe ; ce que je fis à 74 heures. J'y tenais

vu que c’est aujourd'hui la fête de Notre-Dame du Mont Carmel. Au sortir de l’église je pris une tasse de café. Puis j'allai voir le Curé. Je n’y fus que trois minutes, il partait pour aller rencontrer son évêque qui confirme dans une paroisse voisine, Je visitai la ville. A 10 heures j’allai à la mairie, et Je me fis apporter les vieux régistres de 1625 à 1635 et je recherchai l’acte de baptême de François Fleury. Je ue l'ai pas trouvé, 11 a pu être baptisé ailleurs ; il a pu être baptisé ici, et il est possible que j'aie sauté par-dessus l'acte, Toujours est-il qu’il était de St-Pons, puisque au mariage de sa fille, il s’est dit de cette place ; or il devait le savoir.

Et qui est-ce que François Fleury ? me direz-vous ; ma chère mère, c’est le père de Marie Fleury, l'épouse de Jean Proulx, mon aïeule à la sixième génération et la vôtre à la cinquième, puisque votre mère était une Proulx, et que, à partir de mon grand père Clément et de votre mère aussi Clément, nous avons la même lignée, moi paternelle, vous maternelle ; car, ma tonne mère, nous sommes cousins du deux au trois, votre mère était ma grande tante,

“ St-Pons de Thomière, 3,562 habitants, chef-lieu d’arrondissement à 316 mètres au-dessus de la mer, sur les deux rives et près de la source du Jaur, dit M. Joanne ; ancienne abbaye, érigée en évêché en 1318 ( supprimé en 1801 ).—Cathédrale du XIÏe siècle, voutée en berceau brisé ; façade du X VIIle siècle —- Maison du gouverneur —- Tour crenelée du X VIe siècle, sur le plateau qui domine une magnifique source, formant lac — Chapelle du XIVe siècle ; aujourd’hui magasin de bois, et dont la tradition attribue la fondation à Charlemagne—Grotte du Pontil ( fossiles et antiquités ). ”

Qu'est-ce que le Jaur ? ‘“ Le Jaur nait au signal de Saint- Pont de Thomière où il se grossit des eaux d’une source magnifique...... et après avoir décrit quelques courts méandres, se jette dans l’Orb. Cours 25 kilomètres ” c-à-d, environ 6 lieues, Ce n’est pas l’Ottawa, pas même l’Achigan.

Un col étroit entre deux hautes montagnes, aboutissant à un vallon circulaire, entouré de sommets ; une rue longue au fond

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