THE AMERICAN MUSEUM
of -l NATURAL HISTORY
// u élé tiré de cet ouvrage six exenti>lnircs sur Japon.
Imprinerle LKgeoda
Henri Poncclct
Rue irt tUrlM**. si. LMga
Joseph HALKIN
Churtc^ de court k l'UnLviriLl^ de Ll«ie
s-JJi'fOl. )
Récit et notes de voyage.
Ceyian. Jdvk. Slam. [ndo-Chlne. Ile de Haï-nan. Chine. Japon. Corée. Sibérie,
^^ggipff^. ^cCé^ '■
Kn novembre kjoo. Monsieur le Ministre de Vlntérieur et de V Instruction publique de Belgique voulut bien nous charger d*une mission en H^xtrcme-O rient. De notes prises au cours de notre voyuge, nous avons composé le livre que nous publions aujourdliui.
Ce livre est un récit de voyage dans lequel sont naturellement venues s*insérer de courtes études ethnograi)hiques dont les éléments ont été recueillis sur place^ ainsi que de brèves notices sur des institutions scientifiques, telles que la Société des Arts et des Sciences de Batavia, le Jardin botanique de Buitenzorg, V Ecole française d'Extrême-Orient à Saigon, rjnstitut oriental de Vladivostok. L'importance croissante des intérêts belges en Extrême-Orient nous invitait à donner une attention particulière au projet de création d'une Ecole d'interprètes belges pour la Chine, projet actuellement à l'étude,
Xous esj)érons avoir quelque jour l'occasion d'utiliser des matériaux rassemblés pendant notre voyage pour une étude de caractère jdus exclusivement scientifique sur r Extrême-Orient.
Que tous ceux qui nous ont aidé de leurs conseils, qui nous ont fourni des indications, qui nous ont prêté leur concours sous une forme quelconque, veuillent bien trouver ici l'expression de notre vive gratitude.
Liège, septembre iqo3.
L' Extrême-Orient
L'Extrême-Orient
L\. masse continentale qui porte le nom d'Asie et tlont rEuroi)e ne semble être qu'une -- presqu'île assez étendue et très dentelée, peut être physiquement divisée en plusieurs partics dont l'une est ce que nous avons appelé l'Extréme-Oi-ient.
lît d'abord ee terme est-il l)îen choisi 7 Nous appelons Orient les pays riverains de la cûte orientale do la Méditerranée : la Palestine, la Syrie. l'Asie mineure; et l'on peut comprendre eneore sous ce ternie la Perse, l'Afghanistan, le Beloutchistau. voire même los Indes anglaises.
Plus vers Test, en Indo- Chine, par exemple, nous sommes en Extrême-Orient; i)lus à Test encore, au Japon, c'est toujours la région que nous dénommons Extrême-Orient; plus loin enfin, ce n'est plus l'Extrême-Orient, c'est le continent américain.
Or, l'Amérique, voilà le pays auquel, en réalité, nous devrions donner le nom d'Extrême-Orient ; le Nouveau Monde, que l'on désigne parfois sous l'appellation d'Indes Occidentales, n'est pas à sa place exacte quand, sur nos planisphères et nos cartes à la projection de Mercator, on lui assigne une position tout proche de l'Europe ; la ligne de séparation doit i)asser par l'Océan Atlantique, et l'Amérique ne peut être séi)arée ni de l'Asie, ni de la Polynésie.
En effet, l'homme partant de son lieu d'origine, s'est propagé dans tous les sens et, petit à petit, a occupé toutes les contrées auxquelles il pouvait avoir accès. Si nous déterminons, au xv*" siècle, les terres habitées, nous voyons que toute la Polynésie est colonisée, que toutes les îles qui émergent de l'Océan Pacifique comptent déjà une population assez dense ; que sur tous les rivages de cet Océan, l'homme s'est établi, que les immensités de l'Amérique enfin sont loin d'être désertes; d'autre part, les îles qui s'égrènent le long des côtes ouest de l'Europe et de l'Afrique, sont encore toutes inhabitées, telles par exemple, les A(,»ores, les îles Madère, les îles du Cap Vert, les îles Sainte-Hélène, Ascension, Tristan d'Acunha.
Les Fâroë ne furent peuplées qu'au viir siècle, rislande qu'au ix®, Madère et les Açores étaient désertes lorsqu'on les découvrit ; Annobon ne reçut ses premiers habitants que vers 1471» et les îles du Cap Vert à peu près à la même époque ; quant aux petites îles plus éloignées de la côte, elles étaient encore désertes au commencement du xvr siècle.
Il n'existait alors, avant les magnifiques découvertes de Christophe Colomb, aucune communication entre l'Europe et l'Afrique d'une part, et l'Amérique d'autre part, au moins dans les zones tropicale et tempérées, tandis qu'entre l'Asie et l'Amérique, entre l'Océanie et l'Amérique, on constate certaines relations. Les habitants de l'Amérique, les Amerind, ne sont pas proches parents des Africains ou des Européens, mais bien des Polynésiens et des Asiatiques.
La limite occidentale de l'aire de propagation de l'homme avant la fin du xv** siècle, est la côte ouest de l'Europe et de l'Afrique et la limite orientale est la côte est de l'Amérique. L'Océan Atlantique a été j)endant très longtemps la grande vallée qui a séparé les enfants d'une même famille partis dans des directions opposées à la conquête du monde.
L'Extrême-Orient, donc, aux points de vue ethnographique et anthropogéograi)hique est l'Amérique et non la Chine. Mais de même que rexi)ression Nouveau Monde subsiste i)our désigner le continent américain — ce continent n'était nouveau que pour les Européens — de
même l'expression Extrême-Orient restera pour désigner l'Orient extrême de l'Asie (i).
Cette région forme au triple point de vue géographique, ethnographique et religieux, un ensemble, un tout bien déterminé. Au point de vue politique, l'Extrême-Orient, autrefois, ne reconnaissait qu'un seul chef, l'empereur de Chine.
Sa limite, à l'ouest et au nord, est formée par une chaîne de montagnes, entrecoupée de hauts plateaux et de plaines désertiques, qui partant de l'extrémité sud de la presqu'île de Malacca se dirige vers le nord jusque près de l'Himalaya, passe à la source des grands fleuves chinois, atteint presque le lac Baïkal, le contourne vers l'est et, suivant presque une ligne droite, va atteindre les rivages de la mer d'Okhotsk.
A l'est et au sud-est, la limite est nettement établie par l'Océan Pacifique et les nombreuses mers qui en dépendent, mer Jaune, mer de Chine, golfes du Pé-tchili, du Tonkin et du Siam. Cependant l'Extrême-Orîent ne comprend i)as seulement cette masse continentale, mais aussi une partie insulaire : c'est ce cordon d'îles qui court le long de la côte orientale d'Asie depuis la presqu'île du Kamtschatka jusque l'île de Ilaï-nan en passant par les Kouriles, Sakhaline, les îles japonaises : Yeso, Nippon, Sikok, Kiou-Siou, l'archipel Riou-Kiou, l'île Formose.
(i) F. Ratzel, AnthropogeographiCy volume II : Die geographische Verbreitung des Menschen, pp. 20-3<).
De la limite occidentale se détachent plusieurs chaînes de montagnes de direction sud ou de direction est, séparant les bassins des grands fleuves. Au Siam, le Ménam; en Indo-Chine, le Mékong; au Tonkin, le Song-koi; en Chine, le Si-kiang qui amène à Hong-Kong et à Canton les produits du Yunnan, le Yang-tsé-kiang, le plus majestueux des fleuves qui traverse tout Tempire du Fils du Ciel et le Hoang-ho, ou fleuve Jaune, qui change quelquefois de lit au grand détriment des populations riveraines ; enfin, au nord, TAmour et ses affluents.
Tout ce pays, plus grand que TEurope et peuplé de plus de 5oo millions d'habitants regarde vers Test et présente de Touest à Test une pente presque régulière depuis les hauts plateaux du Tibet jusciu'aux plaines du golfe de Pé-tchili ou des environs de Schang-hai.
Au point de vue ethnographique, TExtrême- Orient est habité, i^eut-on dire, par une seule variété humaine, la variété mongole, ce que Ton appelle ordinairement la race jaune, avec ses nombreuses subdivisions (i). De ci de là, on trouve,
(i) Au lieu (remployer comme on Ta fait souvent jusqu4ci, le terme race pour nommer les divisions anthropologiques do la population du globe, nous nous servinms du terme variété humaine qui seul convient. Vax effet le mot race a, d'une part, une acce])tion toute spéciale; il supi)Ose une sélection : nous i)arlons de races ovines, de races bovines, de races de gallinacés, etc., et i>ensons en employant ce terme que ces races ont été fixées par suite d'un choix ou qu'elles sont le produit de la <lomestication. Nous ne ])Ourrions parler dans le même sens de races humaines : elles ne sont pas le produit d'une sélection ou
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il est vrai, de petites peuplades qui autrefois, avant l'arrivée des Mongols, étaient les seuls occupants du sol, par exemple les Miao-tse dans la Chine méridionale, les Lolos et d'autres dans rindo-Chine, les Loi ou Li dans Tile de Haï-nan, les Aïnos dans Tîle de Yeso, mais partout rinfluence chinoise a pénétré et ce ne sont que des Mongoloïdes que Ton rencontre depuis le cap Saint- Jacques, presqu'à l'extrémité de la Cocliinchine, jusque Nicolaïewsk, depuis la source du Yang-tsé jusqu'à l'embouchure du Hoang-ho.
Les Mongoloïdes s'étendent en dehors de l'Extrême-Orient ; ainsi Ton rattache à cette variété les Samoyèdes et les Finnois, mais la vraie patrie des Mongoloïdes est l'Extrême- Orient dont ils sont les seuls maîtres. Ainsi les Siamois, descendants d'une ancienne population Thai, mais fortement mélangés de Chinois, puis les peuples de Tlndo-Chine : Annamites, Cambodgiens, Laotiens, Tonkinois; puis les Chinois eux-mêmes, les plus nombreux, ensuite les Japonais, les Coréens, les Mongols proprement dits et les Mandchoux.
(riiii élcvago voulus, mais elles se sont formées librement, et à la suite (le causes qui sont encore inconnues ou du moins imparfaitement connues. Le sens du mot race, d'autre part, est tellement vajîue que les anthropologues ([ui ont employé ce mot ])our désigner les variétés humaines n'ont encore pu se mettre d'accord sur leur nombre ; les uns divisent l'humanité en quatre races, plusieurs en dix ou en douze et même certains admettent plus de cinquante races différentes. — Lorsque i)our établir des divisions, on se sert des caractères ethnographiques (m(L'urs et coutumes, langue, etc.), l'espèce humaine se i)artuge en groupes ethniques.
Comme traits caractéristiques de toutes ces peuplades et plus spécialement de celles qui sont restées pures de tout mélange avec les Malais, les Dravidiens ou les Polynésiens, on cite la taille en général peu élevée, la brachycéphalie, les pommettes saillantes, la couleur jaune de la peau, la couleur noire des cheveux, et plus particulièrement la forme spéciale de Tœil : il est posé obliquement de sorte que son angle externe se trouve plus haut que son angle interne.
Ces caractères ne sont pas les seuls qui soient communs aux peuples de TExtrême- Orient ; ceux-ci ont encore des ressemblances aux points de vue linguistique et sociologique. Certes il y a des différences, mais dans tout TExtrême-Orient, les mœurs et les coutumes portent l'empreinte profonde des caractères qui apparaissent accentués chez les Chinois, la population mongoloïde la plus dense. Plus on se dirige vers le sud, plus rinfluence indoue se fait sentir; si, au Tonkin et en Annam, les coutumes chinoises sont observées dans leur i)ureté presque absolue, au Cambodge et au Siam, elles exercent une action beaucoup plus superficielle ; analogues , mais peut-être moins marquées, sont les différences entre les coutumes japonaises et les coutumes coréennes ou chinoises.
Au point de vue religieux, TExtreme-Orient forme aussi un tout, car c'est le Bouddhisme qui est la religion dcmiinante. Que nous aillions au Siam, en Indo-Chine, en Chine ou au Japon,
partout nous rencontrons le Bouddhisme avec des millions d'adeptes ; d'autres systèmes religieux ou philosophiques coexistent : au Japon le Shintoïsme, en Cliine le Confucianisme et le Taoïsme, un i^eu jmrtout des restes de religions l)lus anciennes.
Trois philosophies ou trois systèmes religieux existent d'une façon concommitante dans TEml)ire du Milieu :
Le Taoïsme fondé par Lao-tse au vi""' siècle avant le Christ ; il a i)erdu sa grandeur première : Lao-tse enseignait qu'il faut rechercher la vérité i^ure et commander à ses passions pour obtenir ai^rès la mort une récompense et éviter le châtiment de métemjjsy choses successives ; ses prêtres actuels, peu nombreux d'ailleurs, ne sont plus que des magiciens et des diseurs de bonne aventure.
Le Confucianisme est le système établi i^ar Con-fou-tse qui se préoccupa surtout de faire res- I)ecter les usages qui constituaient chez les anciens le culte des morts.
Le Bouddhisme, ou système philosophique i)rcché par Bouddha dans l'Inde, s'introduisit dans l'empire chinois il y a 2200 ans environ, mais n'y conquit droit de cité qu'au vr siècle de notre ère et encore dut-il modifier sa doctrine, accei)ter toutes les croyances poimlaires, de sorte (lue le Bouddhisme chinois est assez différent du Bouddhisme singhalais ou indou.
On nous pardonnera cet exposé un i^eu détaillé des doctrines religieuses de la Chine; elles ont
pour les Belges un intérêt spécial : la Chine est le seul pays de tout l'Extrême-Orient, où des missionnaires belges sortis de Sclieut font œuvre de régénération morale, sociale et religieuse au prix de souffrances nombreuses, souvent couronnées par le martyre.
C'est aussi que je voudrais réfuter Taccusation que de nombreux journaux et de nombreux publicistes ont formulée contre les missionnaires catholiques, à savoir qu'ils auraient causé la révolte des Boxeurs par leur intolérance, leur maladresse, leur immixtion indiscrète dans les affaires chinoises et autres méfaits de ce genre.
Et d'abord, une simpl-e constatation suffirait à prouver que les actes des missionnaires ne doivent pas être invoqués comme cause principale du mouvement boxeur : sur aucune des bannières ou affiches de ces révoltés, on n'a lu « Mort aux catholiques, Mort aux missionnaires », mais toujours : « AFort aux étrangers ». Une deuxième constatation qu'il importe de faire, c'est que la révolte des Boxeurs n'a pas commencé par la destruction des églises ou par le meurtre des chrétiens, mais par la destruction d'une voie ferrée et par le meurtre d'ingénieurs.
Si dans la suite les missionnaires et les chrétiens ont été attaqués, c'est parce que la liberté de religion n'existe pas en Chine, (juoi qu'en aient dit certains auteurs.
Un précepte de Confucius porte : « Découragez, proscrivez les doctrines étrangères; ainsi l'emportera la doctrine correcte ». Or, le confucianisme
est la religion officielle de l'Etat, la religion des lettrés et des mandarins de tout degré, et les anciens écrits abondent en conseils d'intolérance à regard des sectes et des religions étrangères. Un sage chinois n'a-t-il pas écrit : « Ceux qui gouvernent le peuple doivent rechercher d'un accord unanime l'orthodoxie du peuple. Et si ce désir l'emporte chez eux, ils ne peuvent pas négliger de bannir même les plus petites hérésies ».
Suivant la logique chinoise et la doctrine immuable de Confucius, le gouvernement chinois doit détruire toute doctrine religieuse qui n'est pas mentionnée dans les classiques ou que ceuxci condanuient.
Les lois portées contre l'hérésie sont nombreuses et elles ont été renouvelées jusqu'en ces derniers temps ; les peines sont très fortes, depuis la strangulation et le découpage en morceaux jusqu'au bannissement, en imssant par les coups de fouets ou de bambou. Plusieurs sectes furent, par ces moyens, anéanties à toutes les époques, notamment celles du Lotus blanc et de Mingtsun.
Le Bouddhisme lui-même eut à souffrir de cette intolérance, et, en 1788 encore, un édit ordonna, entre autres, la destruction par les flammes des livres bouddhiques et la défense de suivre les préceptes de Bouddha. Le Taoïsme, plus rapproché du Confucianisme, fut moins inquiété, mais cependant son monachisme dut disparaître.
Cependant, dira-t-on, l'empereur entretient à ses frais des temples et des moines bouddhistes
et, par toute la Chine, les pagodes et les monastères se dressent.
Il faut d'abord constater que le nombre des « bonzeries » ou monastères est déterminé par la loi, qu'aucun Chinois ne peut devenir bonze ou moine de Bouddha sans Tautorisation de l'empereur, et que des mesures ont été prises pour empêcher cette religion de prendre trop d'expansion. Si le gouvernement ne l'abolit pas complètement et ne la chasse pas du pays, c'est qu'il risquerait en agissant ainsi et en appliquant à la lettre les édits et les préceptes des anciens, de faire naître un mouvement populaire contre lui.
Ceux qui ont lu des ouvrages sur la Chine savent ce qu'il faut entendre par le Feng-choui. Le Feng-choui est un ensemble de pratiques, un système philosoi)hique qui tire ses origines du Confucianisme ou qui, du moins, ne lui est pas étranger ; il enseigne que la félicité d'une région, d'une ville, d'un village, d'une maison, déi)end de la configuration des collines environnantes, du pays, du cours des fleuves et des rivières et que les hommes peuvent se rendre favorable la nature plus spécialement par la construction, à certains endroits, de monuments dans lesquels on abrite et on vénère des statues de dieux et de héros.
Ce système religieux et cette croyance à l'influence de l'homme sur les esprits des lieux, provoqua la construction d'un grand nombre de temples et de pagodes bouddhiques que le gouvernement n'oserait détruire, car tous les
malheurs qui fondraient sur la région seraient attribués par le i)eui)le à cette destruction. Bien plus, les empereurs des dynasties les i)lus intolérantes ont fait édifier dans les environs de Pékin et dans la capitale même, des temples bouddhiques pour la i)rotection du palais, de Tempire et de la famille impériale. D'autre part la population mongole est toute dévouée au grand lama, chef de la religion bouddhique réformée, et un ordre de ce lama suffirait pour soulever tous les Mongols. Aussi les empereurs se voient-ils obligés de protéger le lamaïsme : la dynastie actuelle a dû faire édifier deux temi)les pour les lamas au nord de Pékin.
L'intolérance du gouvernement chinois visà-vis des sectes religieuses s'attaque également au Christianisme ; de nombreux édits sont là pour rétablir et même, après que les puissances eurent obligé le Fils du Ciel à accorder la liberté de religion , les lettrés imbus des idées de Confucius continuèrent encore à exciter les populations contre les chrétiens.
La cause des persécutions récentes dont ont été victimes les chrétiens, ne doit pas être cherchée dans leurs prétendus crimes ou dans la conduite impolitique des missionnaires, mais dans l'intolérance aveugle de la classe dirigeante de la nation chinoise (i).
(i) J. J. M. De Groot, Is there religions liberty in China? (Mittheiluiip:eu du Séminaire pour Tétude des langues orientales (le Berlin, i<)02, p]). io3-i5i). — Idkm, Sectarianism and religions persécution in China, t. I, ic|o3 (Mémoires de l'Académie d'Ams-
Au point de vue politique, rExtrême-Orîent formait autrefois un seul Etat dont le chef suprême était l'empereur de Chine.
Les Chinois arrivèrent de Touest à une époque très reculée où les plaines du centre de TAsie n'étaient pas encore des déserts ; l'humidité qui y régnait, rendait ce plateau central plus habitable et plus productif. De ce plateau, ils descendirent par la vallée du Iloang-ho ou fleuve Jaune vers les x>laines basses où ils trouvèrent un sol très riche et très fertile; ils s'y établirent et de là rayonnèrent de toutes parts, les accidents orographiques, comme les Nan-chan, ne pouvant empêcher leur diffusion. Dès avant le commencement de l'ère chrétienne, ils étaient maîtres de toute la Chine méridionale, avaient conquis le Yunnan, le Kwang-tung, le Kwang-si et commençaient la colonisation de l'île de Haï-nan ; puis ils étendirent leur domination sur la Mandchourie, la Corée au nord, sur les îles côtières à l'est, sur la i)resqu'île indo-chinoise au sud, sur le Tibet à l'ouest. Tout l'Extrême-Orient était réuni en un seul empire autocratique auquel commandait l'empereur de Chine.
L'Extrême-Orient formait donc, encore il y a quelques siècles, un tout compact, tant au point de vue géograi)hique et etlinographique que religieux et i)olitique ; sa civilisation était à son
terdam, classe des lettres). — L. dk la Vai.lkk Poussin, Ln politique religietiHe du Gouvernement chinois (Moiivomenl sociolojîiqiie, KjoT^, pp. 71-8GJ.
apogée et dépassait de beaucoup celle dont jouissait l'Europe à la même époque.
Quelles furent les causes qui contribuèrent le plus puissamment à la création de cette civilisation ? La cause principale doit résider dans le sol et les phénomènes qui en dépendent directement.
D'abord la nature du sol, très fertile surtout dans les plaines du Hoang-ho et du Yang-tsékiang, fertilité rendue plus grande encore par la périodicité des- pluies qui amènent des inondations et un dépôt de limon excellent pour la culture. Les Chinois, lorsqu'ils occupèrent ces plaines, trouvèrent le riz croissant à l'état naturel dans les parties submergées tandis qu'une nourriture animale assez abondante leur était fournie dans les poissons faciles à saisir après le retrait des eaux. La culture du riz est rémunératrice, mais demande de grands soins ; de là une propriété très divisée, un état social spécial basé sur une forte constitution de la famille et du village.
En fait, la Chine est le pays le plus décentralisé du monde. La population accorde très peu d'attention aux mandarins ; tout ce qu'on leur demande c'est de ne pas intervenir dans les affaires locales que les intéressés entendent traiter eux-mêmes et directement. Chaque village est dirigé par un chef élu et par un Conseil composé des hommes les plus influents. Au-dessous de l'Etat, du district, du village, à la base même de la société, est la famille très autonome, à organisation patriarcale.
A la nature du sol vient s'ajouter sa configuration. D'une part les côtes ne présentent presque pas de golfes ou de baies et leur déveloi)pement par rapport à la masse continentale qu'elles délimitent est très petit ; mais des fleuves larges et profonds rendent l'accès de l'intérieur facile et jouent le môme rôle que les Méditerranée et les Baltique de l'Europe. D'autre part, tout l'Extrême-Orient est incliné vers Test et la marche des i)euplades qui l'envahirent se fit dans une direction est et sud-est. Ainsi la séparation entre la civilisation extrême-orientale et la civilisation occidentale asiatique, d'où est sortie la nôtre, se marqua de i)lus en i^lus, car l'attrait des pays riclies de l'est entraînait les habitants des hautes vallées de l'Asie orientale loin des masses montagneuses et des déserts qui les séi)araient de leurs frères d'Occident.
L'Extrême-Orient est alors un des deux centres civilisés du monde, i)ossédant une civilisation supérieure et absolument différente de celle de nos ancêtres parce que sans contact avec elle.
Pendant que l'Extrême-Orient reste stationnaire, se complaît dans l'immobilité, la civilisation occidentale fait des progrès immenses et les deux centres commencent à se connaître i)ar des explorations telles que celles de Ruysbroek et de Marco Polo, par des missions religieuses telles que celles établies par les Pères de la Société de Jésus.
Le contact des deux civilisations devient chaque jour plus intime, mais le Chinois n'en
reste pas moins figé dans sun immobilité, ne voulant rien voir, rien entendre, les yeux tournés vers le fameux Confucius. les oreilles ouvertes aux paroles des livres sacrés.
La décadence arrive alors ; les provinces éloignées se détachent peu à peu pour devenir indépendantes ou pour passer sous la domination des puissances européennes. Ainsi toute la rive gauche de l'Amour est placée sous le sceptre des Tzars; le Japon, en peu d'années, constitue une puissance redoutable dans les eaux du Pacifique; la Corée toujours tributaire en droit est ballottée entre l'influence russe et l'influence japonaise ; à l'ouest le Turkestan se détache de l'empire chinois ; au sud la Birmanie passe sous le protectorat anglais, le Siam est indépendant et la France met la main sur les pays indo-chinois et le Tonkin.
L'Extrême-Orient se morcelle, mais le centre reste entier ; cependant on l'attaque de tous les côtés à la fois.
Les Anglais qui lui avaient déjà pris Hongkong et y avaient fondé le port de Victoria, obtiennent des concessions à Canton, à Schanghaï, à Han-kow et à Tien-tsin, puis s'emparent de Wei-hai-weï et du territoire de Kowloun en face de Victoria, enfin prétendent à une espèce de protectorat sur la vallée inférieure du Yang-tsé.
Les Russes s'avancent le long de la mer, de Nicolaîewsk vers le sud, fondent Vladivostok, menacent la Corée, puis s'établissent à Port- Arthur et tout récemment occupent la Mand-
chourie tandis que de grands avantages leur sont accordés au Tibet.
La France étend ses possessions d'Indo-Cliine, établit solidement sa puissance au Tonkin, la renforce en Annam, au Cambodge, dans le Laos, menace le Siam d'une part et le Yunnan d'autre part, obtient des concessions à Canton, à Schanghaï, à Ilan-kow et à Tien-tsin, se fait donner à bail Quan-chow-wan et se réserve des droits sur la Chine méridionale.
Les Allemands accourent à leur tour, obtiennent d'abord des concessions à Han-kow et à Tien-tsin, i>uîs plantant Vaigle du Kaiser à Tsintau, établissent leur protectorat sur presque tout le Chan-toung.
Les Japonais combattent et détruisent les armées chinoises, et, malgré eux, doivent se contenter de Formose et de droits sur le Foh-kien.
On est alors bien près d'un partage de l'Extrême-Orient, car chaque grande puissance y possède un petit domaine qu'elle désire agrandir. Des difficultés nombreuses surgissent ; la révolte des Boxeurs n'a cependant pas pour résultat la désagrégation complète de cette contrée : la Chine ne sera pas partagée, mais les puissances européennes luttent toujours i^our posséder la suprématie à Pékin.
Les deux pôles de la civilisation sont reliés : par le sud, de nombreuses lignes de steamers assurent des communications assez rapides entre l'Extrême-Orient et l'Europe, et les Russes viennent de terminer dans le nord une immense
voie ferrée qui met Pékin à quinze jours de Paris.
La compénétration des deux civilisations se fait
de plus en plus, très fortement sur les côtes, , moins dans l'intérieur. La Chine commence à
évoluer, lentement il est vrai, mais elle sort , cependant de son immobilité : dans les grands
i ports sur les côtes, à Ilankow, à Canton, à Pékin,
ï le blanc n'est plus un inconnu ; les i)roduits euro-
] péens arrivent dans l'intérieur, en même temps
î que les missionnaires régénèrent la vieille Chine.
i Quel sera le résultat de la compénétration de
ces deux civilisations si hétérogènes ? Il serait
difficile de le prévoir exactement ; toutefois on
i peut croire que la civilisation jaune se modifiera
î et se rapprochera peu à peu de la nôtre qui, plus
I avancée, supérieure, doit l'emporter.
Pour pouvoir lutter contre nous avec quelque chance de succès, la Chine possède deux moyens qu'on a résumé sous le titre de i)éril jaune, péril économique et i)éril militaire, mais ni l'un ni l'autre ne sont à craindre.
Le Chinois abhorre l'armée qu'il considère comme une institution de troisième ordre; jamais la Chine ne fera une grande puissance militaire. Certes à Wutchang, par exemi>le, de nombreux Chinois sont exercés à l'européenne; là et dans d'autres endroits, nous les avons vus manœuvrer avec une correction digne d'éloges, mais il est douteux qu'ils puissent résister à une armée I européenne. En tout cas, il leur faudra des dé-
I cades pour arriver à pouvoir mettre en lignes
d'excellentes armées, bien aguerries, conscientes de- leur devoir et conduites au feu par des chefs expérimentés. D'ici là, la Chine aura appris à connaître mieux l'Europe, elle aura abandonné ses anciens errements. Et déjà elle commence à graviter dans l'orbite de la civilisation européenne et à se transformer à son image.
Il ne faut pas perdre de vue que le peuple chinois est progressiste, plus que son cousin le japonais.
Le péril économique n'est guère plus sérieux. Si la grande industrie se développe en Chine, elle n'arrivera que dans de nombreuses années à pouvoir lancer sur le marché mondial tous les produits qui, actuellement, sont importés chez elle ; et alors il est certain qu'elle aura de nouveaux besoins qu'il faudra satisfaire. On fait souvent état du salaire dérisoire payé aux ouvriers jaunes, mais ce salaire s'élèvera ainsi que cela se voit déjà à Schang-haï ou sur la ligne du chemin de fer Pékin-IIaiikow ; l'ouvrier gagnera plus, dépensera plus, se créera de nouveaux besoins. L'exemple du Japon, d'ailleurs, n'est-il pas i)robant ? Dans ce pays, la main-d'œuvre était autrefois à aussi bon marché qu'en Chine; aujourd'hui les salaires sont presque aussi élevés qu'en Europe et les importations n'ont pas diminué.
Le péril économique n'est pas à redouter ni maintenant, ni dans l'avenir, ce qui ne veut pas dire que nous devions nous désintéresser de ce qui se passe en Extrême-Orient. Au contraire. Nous voyons les Etats euroi)éens chercher partout des
débouchés pour leurs produits : rAllemagne s'est créé un empire colonial, la France augmente le