‹ En Extrême-Orient, 1900-1901Chapitre 2 sur 7 · sien, r Angleterre vient d'agrandir ses possessions · texte numérisé non relu

sien, r Angleterre vient d'agrandir ses possessions

^ sud-africaines. Le commerce prend partout plus

Ij d'importance.

La Belgique ne doit pas rester en arrière, et, sans vouloir faire des conquêtes par les armes, il faut que nous sachions, au point de vue économique, conquérir une place digne de notre activité industrielle et commerciale. L'Extrême- Orient nous est large ouvert.

Et déjà nous y occupons une situation enviée : au Siam, un certain nombre de Belges aident le Roi à rendre la justice meilleure et sont ses conseillers en matière législative ; en Indo-Chine, nos étudiants pourront, dans des conditions très avantageuses, continuer leurs études à l'Ecole française d'Extrême-Orient créée depuis quelques années à Saïgon ; au Japon, nos produits sont 1 connus et appréciés ; en Sibérie, si nous le vou-

lons, nous ne tarderons pas à aider les Russes dans la colonisation et l'exploitation de cette vaste contrée. En Chine aussi et surtout, nous j pouvons et devons développer notre influence et

agrandir notre rôle.

L'esprit d'initiative de notre Roi, ses larges vues, nous ont valu dans l'Empire du Milieu de beaux avantages qui ne sont, espérons-le, qu'un brillant début.

Ces avantages consistent en concessions de chemin de fer : la ligne Pékin-Hankow a pour direc-

teur général un Belge, s'établit avec des capitaux belges et français, est construite en grande partie par des compatriotes. Cette ligne est appelée à un grand avenir : elle traverse un pays très peuplé et relie Pékin à la capitale commerciale de la Chine centrale, Han-kow. Elle sera continuée vers le sud par une autre ligne, de Hankow à Canton, laquelle sera presque toute entière une entreprise belge.

Ce sont aussi des Belges qui dirigent les hautsfourneaux de Han-yang, près de Han-kow, lesquels doivent fournir au Péhan les rails nécessaires.

Ce sont encore des Belges qui président à Texploitation des mines de charbon très riches de Kaï-Ping.

Ce sont des Belges, enfin, qui évangélisent la Mongolie et le Kan-sou ; ce sont les Pères de Scheut qui se dévouent et renoncent à tout pour rendre ces Mongols participants des lumières de l'Evangile, pour les introduire à une vie nouvelle et supérieure.

Au point de vue commercial, nous sommes — il faut savoir l'avouer — en retard : les maisons belges établies en Chine sont i)eu nombreuses, mais il est certain que la création d'une banque belge en Chine et l'établissement d'une marine marchande belge imprimeraient à notre commerce, dans ce pays, plus d'essor et plus d'extension.

Enfin, deux territoires ont été acquis par des Belges et deviendront i)robablement des concessions: l'un est à Tien-tsin en aval de la concession russe ; l'autre à Han-kow, tout proche de la gare maritime du chemin de fer Pékin-Hankow, et en

face de la gare du chemin de fer Hankow-Cantoii.

Tout cela, et en outre quelques concessions de mines en Mongolie, de lignes vicinales dans les environs de certaines grandes villes, etc., forme un ensemble et montre que la Belgique veille et agit.

Il est à espérer que la jeune génération saura profiter de tous ces avantages, que les enfants les plus intelligents de la Belgique n'hésiteront pas, si l'occasion s'en présente, à s'expatrier, sans craindre ni les longues traversées, ni les climats étrangers, pour étendre au loin le bon renom de leur patrie, petite mais enviée.

Ceylan

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Ceylan

PARTI de Marseille le dimanche 2 décembre 1900 à 4 heures du soir, à bord du Poly nésien, des « Messa}»eries Maritimes», je goûtai toutes les douceurs d'une navigation paisible sur la bleue Méditerranée.

Le 3, vers 11 heures, passage du détroit de Bonifacio, entre les côtes dentelées de la Sardaigne et de la Corse. Le 4» J^u matin, nous laissons à notre droite la classique Sicile et le jeudi 6 à 10 heures du soir, première escale : Poit-Saïd.

Il fait nuit. Mais la curiosité remporte, ques-

tion d'entrevoir sur un fond de soir cette ville qu'il faudra quitter demain matin dès 5 heures.

Quelle ville ! Les rues larges comme des avenues sont bordées de maisons à style uniforme et sans caractère ; une poi)ulation cosmopolite et multicolore s'y démène : c'est un bizarre mélange de toutes les variétés humaines de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe : des Arabes et des nègres, des Turcs et des Persans, des Grecs et des Italiens, d'autres encore dans les costumes les plus variés. Dans leurs mains sales, des gamins viennent m'offrir en vente des allumettes ou d'autres menus objets, et leur « Achetez, monsieur » est couvert par les nazillards « Entrez » des marchands sortis de leurs bazars. De quel- I ques cafés sortent des bouffées de musique à

déchirer les oreilles. On dirait que la population de Port-Saïd a pris, de toutes les nations européennes, asiatiques et africaines, avec lesquelles elle a été en contact ou dont elle descend, tous les vices et toutes les turpitudes.

Peut-être, de la ville, n'ai-je vu que le moins

joli ; peut-être qu'en plein jour, je l'eus trouvée

i! plus belle; elle compte, j'espère, des quartiers

plus convenables, que je n'ai pu voir; mais tel qu'il m'apparut, son visage cosmopolite était laid, d'une laideur à faire fuir.

Le lendemain soir, escale à Suez ; hélas, sans permis de descendre! Voici la mer Rouge; les voyageurs vers l'Extrême-Orient en redoutent toujours plus ou moins la traversée, mais elle s'effectue agréablement et sans incident : de

jour la chaleur est forte, mais les nuits restent fraîches.

Le II décembre, traversée du détroit de Bab-elmandeb et entrée dans TOcéan Indien. Brusquement, la chaleur augmente, la mer devient par moments mauvaise et on soupire d'impatience vers les cîmes élevées de Ceylan la belle.

Enfin, le lundi 17 décembre à 11 heures du matin, le Polynésien fait son entrée dans le 1)0^ de Colombo, par un temi^s sombre qui couvre la côte d'un voile épais : nous n'apercevons la terre qu'à proximité du rivage. A midi, je descends et me fais conduire par une de ces légères voitures ou pousse-pousse, tirée par un Tamoul, au Galle Face Ilotel, nouvellement restauié et situé près de la mer, en dehors des quartiers commerc^ants et indigènes.

Dès que la température s'est adoucie, — à 4 heures, on compte 29" à Tombre -, je loue un djiimkscha et en route pour une course d'orientation dans la ville ! Je parcours les différents quartiers ; d'abord celui des Européens dont les bungalows, enfouis sous l'ombre de grands arbres d'un vert admirable, sont disséminés le long d'avenues magnifiques ; ensuite la « Pettah » ou ville indigène aux rues étroites, aux maisons sans étage, serrées les unes contre les autres et où grcmille une i)opulation dense.

Je m'arrête quelques instants au marché, où j'ai l'occasion d'examiner les différents types

et les diverses variétés humaines qui peuplent Colombo.

Il y a les Singhalais de la plaine dont les

cheveux, ramassés en chignon au dessus de la

tête, sont retenus par un peigne en écaille de

tortue, de sorte que, vus de dos, ils ressemblent

i à des femmes ; les Singhalais de l'intérieur ne

î portent pas ce i^eigne étrange. Il y a les Tamouls,

l de stature plus petite, aux membres plus forts,

^ à la tête en partie rasée et à peine vêtus ; les

'•: femmes tamoules sont reconnaissables aux orne-

ments qu'elles i)ortent, notamment dans le nez. Il y a les «Moors» ou Mahométans, qui monopolisent, peut-on dire, le commerce de détail. Il t y a les Eurasiens ou fils de Singhalais et d'Euro-

péens au teint brun, plus clair que celui des Tamouls. Enfin, quelques Malais ; des Afghans et des Persans i)eu nombreux, mais bien caractérisés; des Chettys ou Indiens remarquables par j les lignes blanches qui traversent leur poitrine

ou rayent leur front.

Le i8, dans la matinée, après avoir ramené au navire des compagnons de voyage qui se rendent en Australie, je visite le port de Colombo qui ne sera complètement aménagé que dans cinq ans et auquel on travaille depuis plus de vingt ans ; quand les jetées seront terminées, le port aura près d'un mille carré de superficie.

L'attention y est spécialement attirée par les embarcations de Malais, qui conduisent à bord les voyageurs et les amènent à terre ; elles sont faites d'un tronc d'arbre creusé, dont la stabilité

est assurée au moyen d'un autre tronc plus petit flottant à distance et qui est attaché au premier par des traverses.

Voici une embarcation plus simple encore : ce sont trois poutres assujetties sur lesquelles une famille prend place : tous rament au moyen de planchettes ou de troncs de bambou sciés par le milieu ; arrivés près d'un navire, les Malais chantent et se précipitent à l'eau pour en retirer les pièces de monnaie qu'on leur jette.

Je vais ensuite dans le quartier commerçant retenir dans une agence de bateaux, une place sur un navire qui partira de Colombo pour Singapour vers le commencement de janvier. L'après-midi, visite au consul de Belgique : M. Redemann me donne, avec une amabilité charmante, les renseignements que je désire.

Le lendemain 19, je fus à l'archevêché pour présenter mes devoirs à Monseigneur Mélizan, auquel avait bien voulu me recommander un ami commun ; la conversation fut des plus intéressantes. L'éminent prélat m'aida à tracer un plan de voyage à l'intérieur de l'île de façon à perdre le moins de temps et à voir le plus de choses possible. Voici les étapes imncipales : le 22 à Polgahawela, le 28 à Kegalle, le 24 à Kandy, le 26 visite au gouverneur et loger à Matalé, le 27 voyage en mailcoach de Matalé à Anuradjapura, le 28 visite d'Anuradj apura, le 29 retour à Kandy, le 3o à Colombo, le 3i à Maggona et à Pointe de Galle, le i*''* janvier à Colombo et le 2 départ pour Singapour. Dans la suite, ayant

I obtenu des renseignements plus détaillés au sujet

.^ d'Anuradjapura, vu le peu de temps que j'avais

cj à ma disposition et les pluies qui étaient à

îj craindre pendant cette excursion, je biffai de

mon itinéraire ce voyage très intéressant pour Tarcliéologue, mais que je pouvais remi)lacer avantageusement au point de vue de mes études ethnograi)hiques.

jj La soirée du ly se passe à Tlnstitut Saint-

V Benoît dirigé par les Frères des Ecoles chré-

tiennes. Nosseigneurs Mélizan et Joulain, ce dernier évcciue de Jaffna, présidaient la distrii;^ bution des prix aux élèves. Ceux-ci, au nombre

* d'environ Goo, sont presque tous des burgliers ou

descendants de variétés asiatiques et d'Européens ; ils terminent leurs études moyennes à Colombo et font leurs études supérieures eu Angleterre ; ils ont le regard éveillé et intelligent, la peau brune ou basanée.

Le matin du 20 est consacré au musée de Colombo, vaste édifice en style renaissance anglaise, devant lequel s'élève la statue du gouverneur Grégory ; ce musée important est érigé dans le faubourg élégant appelé Cinnamon Gardens.

:/ Le rez-de-chaussée comprend plusieurs salles :

dans r « Antiquities Room », des pierres sculptées, dont quelques-unes très remarquables, pro-

\ venant des anciennes villes de l'île : Polonna-

ruwa et Anuradjapura ; des bronzes trouvés à Munisseram et à Kurunegala et une partie de la collection ethnographique ; dans la vérandah

occidentale des pierres avec inscription, choisies soigneusement pour montrer les variations de récriture singhalaise dej^uis le ii^' siècle de notre ère; dans la « Ceylon Products Room », des travaux d'indigènes : joyaux, poteries, instruments de musique, masques pour la danse du diable, modèles de pêcheries de perles, des objets envoyés l)ar le sultan des îles Maldives, etc., des produits de rîle, notamment de tout ce que les indigènes tirent du i)almier. Le cocotier joue un grand rôle dans la vie du Singhalais et, en général, de tous les liabitants des plaines tropicales. L'indigène de Ceylan tire de sa sève distillée une liqueur agréable ; il en a besoin encore pour la préi)aration du tt curry », plat de chaque jour; le lait extrait de la noix de coco est un breuvage rafraîchissant ; le bois et les feuilles fournissent tout ce qui est nécessaire pour construire une maison : l)outres, chaume du toit, cloisons et fenêtres ; enfin avec la fibre, on fabrique des cordes et des filets de pèche.

Dans la grande salle, ou « hall », des sculptures sur ivoire, des statues de Bouddha, des spécimens de thé, de café, de tabac, de i)addy, de riz et d'autres produits agricoles. Enfin, la salle de lecture de la bibliothèque et la bibliothèque elle-même assez bien fournie de livres ai)i)artenant au gouvernement et à la « Ceylon brancli of the royal Asiatic Society ».

La collection ethnographique gagnerait à être réunie : actuellement elle est disi>ersée en diverses salles ; loin d'être complète, elle ne présente

qu'uii intérêt médiocre. Citons cependant les masques usités dans les danses grotesques organisées pour chasser la maladie du corps d'un moribond, des instruments de musique, des modèles de chars et de bateaux fabriqués par les indigènes, des poteries en usage chez les gens de classe inférieure, des vases de Matara et des ^ terres cuites peintes de Kandy ; enfin des repré-

Vj sentations en grandeur naturelle de hauts per-

sonnages kandyens en costume d'apparat ; puis celles d'un homme et d'une femme veddahs.

^; Au premier étage, on admire la collection zoo-

V logique très riche et très intéressante,^ surtout

^1 pour l'étude des poissons et des insectes de l'île.

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