Après une enquête etlmographique détaillée
visite à Tasile des Petites Sœurs des Pauvres,
où deux sœurs me furent présentées que je re-
;': connus tout de suite pour des compatriotes à
,= l'éclair de joie qui passa dans leur regard quand
! je leur parlai du pays natal. C'était le moment
du repas des vieux et je pus à l'aise les observer mangeant leur riz assaisonné de curry.
L'après-midi se passe à comi)léter la connaissance que j'avais ébauchée i)récédemment des quartiers de la ville.
Visite de quelques monuments, églises catholiques et anglicanes, mosquées, temples indous et bouddhistes, marchés et rues principales.
La chaleur devient chaque jour plus intolérable, surtout entre ii heures du matin et 3 heures de l'après-midi ; le soir, en général, notamment
quand la brise de mer se fait sentir, la température est plus agréable.
Le 21, travail à la bibliothèque du musée de Colombo et visites d'adieu.
Le 22, départ pour Polgahawela où j'arrive à 4 heures de Taprès-midi. Dans le ehar-à-bancs où je g'rimi)e, le siège est réservé au postillon et aux Euroi)éens. Le tarif de ces malle-postes est étrange : Européens, 2 roupies ; burghers, i roupie ; native gentleman, i roupie ; autres voyageurs, 7v') cents. Les voyageurs sont donc divisés en quatre classes : les Euroj^éens, qui ont le droit de s'asseoir sur le siège près du cocher, où l'on n'est guère mieux qu'ailleurs ; les burghers ou métis et les « messieurs indigènes » ou Singhalais portant sandales ou souliers — ils les cachent souvent pour se faire ranger dans la dernière catégorie et épargner 25 cents — et les autres, c'est-à-dire les Singhalais, les Tamouls, les Parsis, les ]\Ialais, les Chettys, etc.
Mais la malle ne part pas, et il faut attendre pendant i)rès d'une heure ; les indigènes ne semblent nullement pressés ; ils ne connaissent pas la valeur du temps et ne s'inquiètent guère de l'heure exacte. Je mo promène dans la seule et unique rue de Polgahawela; je dis rue, j'exagère : les trottoirs sont inconnus, de même que les rigoles et les canaux; les habitations ne sont que des maisonnettes sans étage, placées à la file le long de la route, identiques dans leur architecture primitive.
Là, un salon de coiffure : comme meubles, une natte par terre ; comme glaces, un vulgaire miroir en métal blanc poli; comme ustensiles une I)aire de ciseaux et un rasoir; comme linges, rien du tout ; ni savon, ni chaises ; du reste, le coiffeur s'assied les jambes croisées sous lui; le patient, c'est-à-dire celui qui veut se faire raser, s'assied de la même fa^*on en face, et tandis que le coiffeur fait sa besogne, l'autre passe le temps à s'admirer dans le miroir. Le travail du coiffeur n'est pas chose aisée, car il doit rafeer chacun selon sa caste, raser i^lus ou moins d'espace sur le devant de la tête, raser sous les bras et la poitrine.
Ici, un marchand de bétel, cette mixture que les Singhalais mâchent toute la journée et qui leur donne une salive rouge et abondante.
Plus loin, un jVIahométan accroui>i au centre de sa boutique, attendant le client.
De l'autre côté, le môme spectacle, et au milieu de la rue, des fenmies au torse à peu i)rès nu, des enfants sans le moindre costume.
Les nujeurs sont en général très relâchées et cela se conqn'end : toute la famille et quelquefois idusicurs familles vivent pcle-mêle dans une hutte où ils trouvent à peine la place nécessaire pour se coucher. TjCs jeunes filles restent rarement vierges et les filles mères ne sont pas rares ; ceci d'ailleurs, ne tin» i)as à conséquence, paraît-il, au point de vue de leur considération.
Enfin le coavh se met en route et le voyage dure i)rès de deux heures ; la route est magnifique
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et c'est une fête pour les yeux ; nous passons des rivières, longeons des ravins, traversons des forets et des jungles où surgissent des huttes de Singhalais et des bungalows. Nous suivons une route tortueuse à montées fortes et descentes rapides et les deux vieux chevaux qui traînent le coaeh ont encore le courage, grâce aux coups que leur administre le cocher, de courir sans désemparer.
Arrivé à Kegalle à la tombée de la nuit, je suis reçu par le révérend Père Stache, qui me conduit à la Mission, où ne tarde pas à arriver un autre compatriote, le révérend Père Neut, et la soirée se passe on ne peut i^lus agréablement ; on parle de la patrie....
Le lendemain dimanche, grand'messe en l'église catholique où de nombreux fidèles singhalais, tamouls et burghers sont réunis et chantent des prières et des cantiques on langue singhalaise. Après la mes.se, visite à riiôpital érigé sur le flanc d'une montagne i)ar le gouvernement de nie; il est i)etit, mais bien tenu. L*après-midi, promenade au village ou mi(»iix dans la i)etite ville : on nfy fait voir une maison tamoule type et une exi)loitation de thé, (luehiues objets de fabrication singhahiise conservés dans un petit musée à la maison communale : ce sont des bâtons ronds enjolivés de i)eintures rouges, jaunes et bleues, des charrues et autres ustensiles en miniature. L'excursion se termine par le tour de la ville en charrette attelée de deux Ixeufs conduits par un Tamoul.
Le lendemain 24 décembre, je quitte les bons Pères, qui m'ont libéralement donné, outre leur cordiale hospitalité, des renseignements précieux sur la contrée. Je refais très ajçréablement, grâce à la fraîcheur relative de la matinée, le trajet de Kegalle à Polgahawela d'où le train doit nie 1^ conduire à Kandy.
Ce trajet est de toute beauté ; la voie ferrée doit s'élever à près de 1200 i)ieds par des côtes |! quelquefois très rudes et en contournant des
^ ! montagnes. A environ 200 mètres en-dessous de
I ! la voie s'étendent des rizières placées en gradins
j3 et formant de véritables marécages dans lesquels
^' pataugent les coolies emi)loyés à la culture du
riz. A côté, la jungle et la forêt sauvage avec ses grands arbres, ses immenses palmiers et ses bambous géants, ses plantes grimpantes et ses arbrisseaux qui forment un fouillis inextricable, repaire de bêtes féroces et de serpents venimeux. Au loin de hautes montagnes dont la cime se
"-J perd dans les nuages ; deci, delà, une cabane
.S] de Singhalais, des rivières, des chutes d'eau. Le
1' panorama qui se déroule devant les yeux du
voyageur est imi^osant, et cette flore troi)ieale est si belle !
De temps en temps des spectacles étranges arrêtent les yeux et les détournent de l'admirable nature : dans une rivière une trentaine de buffles
j'j cherchent en s'enfonçant dans Teau un peu de
fraîcheur et un abri contre la piqûre des insectes ; une femme singhalaise qui vient de laver son pagne dans un marécage, attend i)atiemment
dans Teau que sa loque soit sécliée au soleil ; et le long de la voie des indigènes regardent avec étonnement passer le train qui roule.
A midi, j'arrive à Kandy, la capitale de lancien royaume singlialais qui dura jusqu'au commencement de ce siècle. Comme mon séjour ici sera forcément court, je i)r()fite de Taprôs-midi pour aller présenter mes lettres de recommandation au capitaine Goocli, aide de camp de S. E. sir Ridgeway, gouverneur de Vile, et pour faire visite à son Eminence le légat ai)ostolique Monseigneur Zaleski qui habite un charmant bungalow, d'où il domine le lac. M*»'"^ Zaleski qui a publié un ouvrage sur Ceylan et les Indes, m'a reçu fort aimablement : pendant i^lus d'une heure, j'ai été sous le charme de sa conversation simple et distinguée.
Pour clôturer cette i)remière journée, je vais saluer mes compatriotes, Pères de la Société de Jésus, qui ont la direction du séminaire d'Ampitiya, non loin de Kandy ; j'y fais connaissance, entré autres, du Père Van der Aa, auteur d'une série de lettres intéressantes sur l'île de Ceylan, réunies aujourd'hui en volume.
Le jour de Noël, la messe est chantée, à la Cathédrale, par M^"^ l'évêque de Kandy ; l'église est assez belle, d'une beauté simple ; la plupart des fidèles sont des burghors en costume européen, des Singlialais ou des Singhalaises en robe de toile blanche ou de soie; quel([ues Tamouls aussi plus pauvrement habillés. Dans le temide, pas de chaises ; quelques bancs seulement dont les
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indigènes ne font guère usage ; ils se mettent à genoux sur le sol recouvert d'une natte, ou bien s'assoient sur leurs talons ou, plus simplement encore, par terre. L'après-midi, nouvelle excursion à Ampitiya et visite complète du séminaire construit par les soins de M^^** Zaleski i3our la formation de prêtres tamouls et singhalaîs sous la direction de jésuites belges.
De l'ancienne capitale de l'île, je n'ai encore L^i vu, bien que j'y sois depuis près de deux jours,
que la grande voie de communication qui de la gare longe le lac et conduit vers Ampitiya. Je
i|,' réserve pour la journée du 26 décembre la visite
de la ville indigène, de ses rues peu nombreuses mais animées par une activité commerciale con-
?; sidérable, de ses larges avenues le long du beau
lac, et du célèbre temple où serait conservée,
^ : comme une insigne relique, une dent du fonda-
; teur de la religion bouddliiciue, dent que le roi
de Siam malgré toutes ses offrandes et ses cadeaux ne put voir; la partie la plus intéressante de ce temi)le est la bibliothèque où sont conservés dantiques manuscrits exceptionnellement imi)oii:ants. L'après-midi, je me rends avec le Père Staclio, au jardin botanique de Paradeniya, célèbre pour ses arbres magnifiques et soù étonnante disposition : ce n'est pas un jardin botanique créé de toutes pièces, mais une forêt vierge à travers laciuelle on a tracé des routes carossables et dont on a discipliné la luxuriante végétation.
La flore tropicale, si opulente et si variée, se
présente là dans toute sa splendeur : i)alniiers au tronc nu siu^nionte d'un gai panache, bananiers aux feuilles larges abritant de jeunes plants, bosquets de bambous dont les hautes tiges se mirent dans l'eau claire d'un petit lac, énormes ficus soutenus i)ar des racines immenses rami)ant à fleur de terre. Que sont à côté de tous ces arbres de la zone torride les plus beaux spécimens de nos régions tempérées ? Kt sous leurs frais ombrages s'épanouissent les jolies fleurs des orchidées.
A 5 heures, Lady Ilidgeway reçoit; j'eus Thonneur d'une longue conversation avec son Excellence le (Jouverneur, très entouré, qui voulut bien annoncer mon arrivée au commandant du camp où étaient retenus prisonniers cinq mille Boers. Renseignements pris au sujet du voyage projeté à Anuradjapura, j'avais en effet conclu que mieux valait le remi)lacer par une visite de Nuwara Eliya et du camp de Diatalawa.
Dès 7 heures du matin, le 27 décembre, le train quitte Kandy avec de nombriîux voyageurs et me dépose à Xanu-Oya vers une heure de l'aprèsmidi, d'où il faut i)rès d'une heure de voiture pour atteindre Xuwara Kliya, endroit charmant choisi i)ar les Anglais de Colombo ])our y passer la saison chaude; l'altitude de cette petite ville, récemment fondée, est de ^ooo mètres. Et c'est avec plaisir que l'on s'y chauffe le soir à un bon feu de bois et ([ue le lendemain matin on ai)er<;oit les prairies c(mvertes de g(»lée blanche.
Le yoyiige de Kandy à jSanu-Oya est encore
plus pittoresque que celui de Colombo à Kandy et il y a lieu d'admirer la hardiesse des ingénieurs qui ont osé accrocher une voie ferrée aux flancs de montagnes abruptes et la faire serpenter au bord de ravins i)rofonds. Peu à peu, à mesure ([u'on s'élève, les arbres des tropiques disparaissent, les bouleaux, les sapins, les chênes remplacent dans la forôt les hauts palmiers et les gigantesques bambous; les rizières se font plus
îiç! rares, et plus nombreux deviennent les estâtes
ou champs de culture du thé. Le paysage est autre, mais non moins grandiose. Malheureusement nous entrons dans les nuages que le vent
r. entasse contre les montagnes et une pluie fine
ne cesse de tomber. Triste soirée !
Mais le temi)s se rassereine le lendemain : excursionnons au parc botanique de Ilagkalla, jardin d'expériences où se retrouvent la plupart des plantes et des essences de la Belgique, car à une altitude aussi élevée, les nuits d'hiver sont souvent froides. En certains endroits, ce jardin est d'une allure superbe quoique les arbres majestueux de la plaine fassent i)resque complètement défaut ; et puis, quelle vue ravissante sur les vallées qui fuient à l'infini et les montagnes I dont la cime se cache dans les nues ! Au retour,
^1 je visite plusieurs champs de thé et m'intéresse
ci si)écialement à la cueillette faite par des femmes
i[ tamoules conduites comme des esclaves par un
gardien de leur race qui ne leur ménage pas les coups de bâton.
Le samedi 29 décenibre, départ de Niiwara Eliya, à Taube, en eompa{>*nîe du Père Staehe ; nous nous rendons à pied à la gare de Xanu-Oya (près d'une lieue et demie de marche). Le thermomètre marque à peine I 5". A Nanu-Oya, nous prenons le train pour Diatalawa et ce trajet présente plus d'intérêt encore que celui de Kandy à Nanu-Oya : la voie ferrée s'élève d'abord à i)lus de 2200 mètres au-dessus du niveau de l'océan, puis arrivée au haut des montagnes ([ui forment une ligne de faîte, elle contourne une immense cuve bosselée de montagnes plus petites et entreccmpée de vallons et de ravins. A l'extrémité opposée s'étale, mais bien bas, le canq) des Boers que de loin on est tenté de prendre pour un lac à cause du reflet de ses toits en tôle galvanisée. Le chemin de fer ne fait plus cinquante mètres en ligne droite ; je n'ai jamais vu tant de zigzags, tant de tunnels, tant de ponts dont plusieurs très longs sont en courbe au-dessus de ravins sans fond. Le canij) (jui s'apercevait au loin ne semblait plus à grande distance et cependant il faut i)lus de deux heures pour l'atteindre. Arrivés à midi à la gare de Diatalawa, nous nous acheminons, sous un soleil de plomb, vers le camp, dont les casernes, au toit entolé, étincellent au soleil. Un jKistc de garde à la première enceinte tracée i)ar un sillon nous arrête et nous recevons, peu ai)rès, un laissez-i)asser ([ui avait été déposé à la gare par le conunandant du camp en suite de Tordre lui donné par son Excellence le Gouverneur. Munis de ce laissez-i)asser, nous
franchissons la première enceinte et une grand'route nous conduit au bureau du commandant : à gauche et à droite, ce ne sont qu'échoppes en planches, bâties par des Musulmans et par des Singhalais pour vendre aux prisonniers et aux soldats qui en ont la garde, des marchandises de toutes espèces. Sur deux collines sont étagées les casernes des troupes anglaises.
Aussitôt que nous nous présentons chez le commandant, nous sommes cordialement reçus et autorisés à visiter le camp sous la conduite d'un sous-officier très aimable qui nous donne tous les renseignements désirés, mais qui, fidèle à sa consigne, ne permet pas de lier conversation avec les Boers.Nous pénétrons dans la deuxième enceinte divisée en deux parties, le camp nord et le camp sud, entourées de fils de fer armés de pointes pour empêcher les évasions.
Le camp est formé de longs baraquements ; chaque « barrack » peut contenir soixante hommes et est précédé d'une cuisine ; les prisonniers préparent eux-mêmes leur nourriture et reçoivent chacun par jour une livre et demie de viande, deux livres de i)ain, des légumes et du riz. Ils ont l'air bien portant en général ; ils paraissent de forts et solides gaillards ; mais ils sont tristes et moroses : ils soupirent après la liberté dont voilà six mois qu'ils sont privés. Parfois père, fils et petit- fil s se sont retrouvés ici, mais la mère et les sœurs sont absentes.
Nous parcourons tout le camp du nord, et c'est I)artout la tristesse morne. Le camp du sud
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est mieux aménagé ; des Boers y ont établi des échoppes et vendent des photographies, des cartes postales, de la bière, des cigares, etc. Plus loin, des tentes blanches servent de demeure aux généraux boers Olivier, Krantz et aux officiers qui dînent chaque jour avec les officiers anglais et ont souvent la permission de venir à Cohmibo ou à Kandy pour y passer quelques jours, en liberté sur parole. Plus loin, une énorme salle, servant en temps ordinaire de salle de lecture, se transforme le samedi en tliéâtre ; les prisonniers eux-mêmes jouent et chantent; quelquefois des acteurs de Colombo ou de Kandy viennent y donner des représentations. Sur un rideau de la scène, un peintre boer a dessiné la bataille de Maggersfontein et la défaite des Anglais, ifalheureusement,il n'y a pas un seul arbre dans ces camps, pas un pouce d*ombre, si ce n*est sous les toits de tôle où Ton rôtit dans la journée et où l'on gèle la nuit. Aussi les malades sont-ils nombreux; pendant le peu de temps que nous y avons l)assé, environ une dizaine de brancards ont défilé devant nous transi)oi'tant des malades à l'hôpital.
Un vaste espace est réservé aux Boers pcmr jouer au foot-ball ou ])our s'adonner à d'autres exercices ; de plus t(ms les matins ils sont conduits par i)a(iuets à la i)romenade, escortés de soldats anglais. Ils font ce qu'ils veulent, ne sont astreints à aucune besogne, si ce n'est la préparation de leurs aliments et l'entretien de la propreté dans leurs baraquements. Tout autour
(lu camp circule un chemin de ronde occupé tous les cinquante mètres par une sentinelle, la nuit ces sentinelles sont doublées et le chemin de ronde est éclairé à la lumière électrique ; en outre, sur les montagnes avoisinantes, sont établis des postes anglais avertis de l'évasion d'un prisonnier par un drapeau rouge flottant audessus du corps de garde principal.
Kentré le soir même à Nuwara Eliya. j'en repars le lendemain dimanche 3i décembre pour Kandy d'où je rayonne dans les alentours. Je tire grand profit de la rencontre de quelques Rodiyas et Veddahs civilises.
liC i'**^ janvier, retour à Colombo. Le 4, départ : mon navire a un retard de deux jours. Avis aux voyageurs pressés. J'en prof ite pour classer quelques notes.
Et en quittant Ceylan la belle, je me rappelle ces i)hrases de James E. Tennent : « il n'y a pas d'île au monde, pas même la Grande Bretagne, qui, comme Ceylan, ait attiré l'attention des auteurs à des é])oques aussi distantes et de natio- ! nali tés aussi diverses... Ceylan, de quelque côté
qu'on y aborde offre aux regards une scène d'un
charme et d'une grandeur qui ne sont , sinon riva-
I i Usés, au moins sur])assés ])ar ceux d'aucune autre
* i contrée... Le voyageur est ravi d'admiration à la
vue du si)e(*tacle merveilleux qui se déroule sous ses y(?ux. C'est l'ile (jui semble i)our lui surgir de l'océan, ce sont ses montagnes qui ai)paraissent couvertes de luxuriantes f(n'ets, ce sont ses rives qui, jus(iu'à ce qu'elles se perdent dans les ondu-
latîons des vagues, revêtent la parure d'un éternel printemps ».
L'île de Ceylan, on le sait, est située au sud de la pointe méridionale de THindoustan, dont elle est séparée par un petit détroit dit de Palk, que les navires de fort tonnage ne peuvent traverser ; un chapelet de récifs et de bancs de sable, communément appelé pont d'Adam, barre le détroit entre les îles Mannar et Kameswaram, et permet ju'esque, à mer basse, le passage du continent à l'île. Celle-ci est comprise entre le 5°53' et 9"5i' de latitude nord et 79^42' et 8i**55' de longitude est. Sa superficie est égale à celles de la Hollande et de la Belgîque réunies, soit 65.700 kilomètres carrés ; sa plus grande largeur est de 220 kilomètres et sa longueur de ^36 kilomètres.
Les côtes sont des plaines basses qui, au nord, s'étendent assez loin dans l'intérieur et ce n'est qu'au centre de l'île, un peu vers le sud, que l'on rencontre des montagnes élevées ; le plus liaut l>oint est le ^Nlont Predo (2.53o m.) ; le i)lus connu est le pic d*Adam (2.241 m.), ainsi nommé ])arce que son sommet est marqué de l'empreinte d'un pied gigantesque : pied de Bouddha, disent les Singhalais, i)ied du ])remicr homme selon d'autres. Du massif du centre, coulent des rivières qui servent surtout à arroser les rizières.
Par suite de son relief, Ceylan possède, suivant les altitudes, des climats variés ; dans la plaine
et sur les côtes, la clialeur est quelquefois très forte surtout pendant les mois de mars, d'avril et de mai ; nous y avons constaté, en décembre, 34 et 35 degrés à l'ombre ; la température moyenne à Colombo est de 3o degrés. Mais dans les montagnes Tair est beaucoup plus frais et nous avons vu, à Noël, le thermomètre descendre à près de zéro, à Nuwara Eliya.
Le climat de l'île est en général favorable à l'Européen, à la condition que pendant les grandes chaleurs il se rende dans les montagnes ; encore quelquefois la température y est-elle très élevée pendant le jour ; les nuits y sont fraîches.
Voici les principales productions de l'île : végétaux : le riz qui forme la base de la nourriture de l'indigène; les noix de coco et de palme qui produisent la première un rafraîchissant breuvage, la seconde une huile estimée; la noix d'arecq dont le Singhalais tire une liqueur ; la canelle, le café, le tabac, le quinquina, plantes dont l'introduction est due aux Européens; enfin la canne à sucre. Le règne animal est représenté par l'éléphant que l'on chasse surtout dans le sud; par les buffles, aides nécessaires du cultivateur pour la préparation des rizières, j^ar les léojiards, les ours et les serpents, par les huîtres perlières pecliées sur les côtes nord et notamment I)rès de l'île de Mannar. Parmi les minéraux, il faut citer d'abord la plombagine, puis les pierres précieuses : grenats, rubis et saphirs.
Les voies ferrées ne sont pas nombreuses à Cej^lan, leur étendue est de 297 milles anglais ;
elles sont la propriété du Gouvernement. Les lignes principales vont de Colombo à Kandy et Bandarawela, de Colombo à Galle et Matara, de Kandy à Matale, de Polgahawela à Kurunegala, lig'ne qui sera continuée vers le nord jusque Jaffna. Les routes qui traversent Tîle dans toutes les directions ont un déveloi)pement de 3,700 milles ; le Gouvernement les entretient en excellent état; il faut y ajouter i5o milles de routes municipales et environ 25, 000 milles de routes de seconde catégorie.
L'industrie j^rincipale est celle du thé.
Les villes les i)lus importantes sont : Colombo, la capitale et le meilleur port {i58,ooo habitants), Point of Galle ou Galle, Jaffnapatam ou Jaffna, Kandy, Trincomali ; cette dernière ville et la capitale sont les deux seuls ports fortifiés de la colonie.
On trouvera dans la plupart des ouvrages qui traitent de Tîle de Ceylan et notamment dans Tennent (i), des renseignements détaillés sur riiistoire de cette île; nous nous bornerons à rappeler les faits i)rincipaux.
Ceylan était déjà connue des anciens et souvent des i)euplades de Tlnde l'envahirent, mais sa colonisation ne remonte qu'au xvr siècle. Les Portugais occupèrent des i)ai'ties de son territoire de i5i8 à 1G18; puis les Hollandais s'en empa-
'!) James Emerson Tennent, Ceylon : on account of the Jsland, physical, historical and topograpincal. Londres, 18G0.
rèrent et la conservèrent jiisqu*en 1796. Sous ces
dominations, le centre de l'île resta fermé aux
î^uropéens ; c'était le royaume de Kandy dont les
I Hollandais ne purent se rendre maîtres. Leurs
j successeurs, les Anglais, parvinrent, en i8i5, à
s'en emi)arer. De ces trois dominations successives, portuj»:aîse, hollandaise et anglaise, c'est la i)remière qui jusc^u'à ce jour, a laissé le plus de traces de son influence.
Jj île de Ceylan est une colonie de la Couronne r Crown Colonie), gouvernée et administrée uniquement par les agents du gouvernement de la métropole, sans intervention aucune d'institutions électives.
En tcte, le secrétaire d'Etat pour les colonies qui exerce* son autorité sous le contrôle de la Couronne et des Chambres ; il réside à Londres. Dans la colonie, il est représenté par un gouverneur nommé ijour six ans et jouissant d'un pouvoir très étendu ; le pouvoir législatif appartient au roi et à un conseil législatif de dix-huit membres ])résidé par le gouverneur ; le pouvoir exécutif est confié au gouverneur aidé par un conseil de cinq membres.
Dans les grandes villes de Colombo, Kandy et (jalle, il existe des conseils numicipaux et dans plusieurs autres villes, il a été institué des commissions locales.
i. J/île est divisée en neuf provinces; chacune
est administrée ])ar un agent du gouvernement. Les ])rovinces se subdivisent en vingt districts dirigés par des agents et des assistants-agents ;
in
les districts sont eux-mêmes partagés en cantons auxquels les Anglais ont jjréposé des indigènes, chefs de villages.
D'après les dernières statistiques, la valeur des produits importés de Belgique à Ceylan semble vouloir diminuer, tandis que la valeur des marchandises exportées de Ceylan en Belgique augmente assez considérablement ; cette augmentation se porte surtout sur le coprah et le graphite.
Les principales matières exportées en Belgique sont : le coi^rah, le graphite, le i)oonac, la cannelle, les fibres de coir, les fibres palmyrales, riiuile et la noix de coco, le cacao et le thé. L'importation belge comprend, entre autres, tabacs et cigares, engrais, fer feuillard, clous, quincaillerie, tonneaux, ciment et verres à vitre.
Le commerce de détail est presque monopolisé par les indigènes, principalement par les Mahométans; ces derniers s'occupent de tous les genres de commerce et, s'ils ne i)ossèdent ])as un article en magasin, ils se chargent de le fournir au client, quelle que soit la nature du produit demandé.
Le grand commerce est aux mains des Anglais, mais les maisons allemandes deviennent i)lus nombreuses et plus importantes.
Le commerce de l'île se déveloi)pe de jour en jour ; alors qu'en 1897, les importations étaient estimées à près de 100 millions de roupies, elles s'élevaient, en 1900, à 122 millions ; les exportations qui étaient de 85 millions en 1897, montèrent
en 1900 à 108 TTiillîons de roupies. Les articles les plus importés sont : cotonnades, poisson salé, riz et céréales, houille et coke, spiritueux et vins ; les produits principaux exportés sont : café, cacao, quinquina, thé et plombagine.
Je n'ai pas trouvé à Ceylan de maison belge bien établie, cependant un grand nombre des produits de notre pays pourraient y être importés; il faudrait que les commer(;ants et les industriels eussent à Colombo un représentant ou un agfent qui traiterait en leur nom avec les indigènes.
L*île de Ceylan était, au i''*' mars 1901, peuplée par 3.578.000 habitants. Cette population se divise cthnographiquement de la manière suivante :
les deux tiers environ, 2.33i.o(k), sont des Singhalais parmi lesquels nous distinguons les Singhalais de la plaine, les Singhalais des montagnes ou Kandyens et les llodiyas ;
le quart environ (953,500) est tamoul, mais un
certain nombre de ces derniers, environ le tiers,
n'est <iue de ])assage et ne vient à Ceylan que
pour y travailler i)en<lant ((uelques années ; ils
; i retournent ensuite dans leur pays d'origine, le
sud de rindoustan ;
environ 228,700 Indous-Arabes, dont la dixième l)artie à peu i)rés n'est à Ceylan (^ue temporairement ;
j 2,000 Malais ;
prcsqu'autant d'Afghans, Arabes, Bengalis ,
Chinois, Caffres, Pairsîs et originaires des îles Maldives;
;i,ooo Veddalis, que nous diviserons en Veddalis civilisés, ceux ((ui habitent les côtes et s'adonnent à la culture, et Veddalis incultes, qui vivent dans les forêts ;
j),ooo Européens ;
et 24,000 Eurasiens ou Burghers, variété métis provenant d'unions entre les Européens et les Singhalais.
La situation géographique de ces variétés humaines, est celle-ci :
à IVniest et au sud de la ceinture de forets qui s'étend au nord des montagnes centrales, habitent les Singhalais de langue aryenne et de religion bouddhique ;
Au nord et à Test, les Tamouls ou Tamils de langue dravidienne et de culte brahmanique ;
les Indous-Arabes sont partout où il y ac^uelque argent à gagner :
les Veddalis occupent les i)aysbas à Test, au nord de TAnikan-aru et au sud d'une ligne ([ui va de Tami)alakaiiian à la baie de Trincoinalî ;
les Burghers se rencontrent un ])eu partout, surtout dans les villes à i)opulation singhalaise ;
les Européens habitent les jxuls et les grandes villes de Tintérieur.
iii LKS \'KI)I)AIIS.
>Jous commençons- l'étude des variétés hunuiines que Ton rencontre dans Tîle de Ceylan,
par celle des Veddahs, la variété la moins importante quant au nombre, mais aussi la plus intéressante, d'abord, parce qu'elle nous permet de connaître les mœurs d'une peuplade qui a conservé ses coutumes anciennes et n'a pas été en contact avec des variétés plus civilisées, ensuite parce que au point de vue chronologique, les Veddahs furent très i^robablement les premiers habitants de l'île (i).
Nous ferons une distinction entre les Veddahs qui habitent le centre de l'île et ceux qui peuplent les plaines orientales, ces derniers se trouvant dans un état de civilisation déjà plus avancé par suite de leurs rapports avec les Singhalais, les Tamouls et les Pluropéens.
i«> Veddahs iNCUi/rKs.
Nous appelons Veddahs. incultes ou barbares ceux qui ne i)ratiquent aucune espèce de culture et qui n'ont pour aliments que le produit de leur chasse et les plantes des bois. On les a appelés aussi Veddahs des forêts et Veddahs des rochers, soit parce qu'ils habitent les forêts pendant l'été, soit parce ciue, pendant la saison des pluies, ils prennent pour abris des grottes naturelles ou des anfractuosités horizontales des rochers.
II) Le meilleur ouvrage ])ublié sur les Veddahs est celui <lo MM. I* eiV. Sarasix, Krgebnisse mitnrwissenschaftlicher Forlil sciwngen anf Ceylon in den Juhren 188:^1886, publié à Wiesbaden
. I eu i8<)2-iS<).S, dout le troisième volume traite de : Die Weddas oon
(Ceylon und die sie uniffebendeti Vôlkentchaften. Voir aussi des arlieles ]>:irus daus le Jonrnnl of ihe royal Asiatic Society^ {Ceylon branch)^ uotarameut au tome IX.
Leur nombre est très restreint, à peine un millier, s'il faut en croire les estimations faites par les autorités de Tile ; pendant la saiscm des pluies, ils vivent en communauté, formant des clans ; mais à rappro(*he de Tété ils se séparent, chaque famille ayant son territoire de chasse dans lequel elle s'établit et cherche sa nourriture. On ne ])eut donc, en général, parler d'un village veddah, surtout pendant la saison sèche.
11 ne semble pas qu'il y ait ])armi eux des castes ; on n'y rencontre pas non plus de métis, ces Veddahs ne voulant avoir aucun rapport avec les autres populations. Nous verrons, dans la suite, que les Veddahs qui habitent la plaine ont modifié leurs coutumes et leurs mœurs et sont devenus à leur corps défendant - agriculteurs, à cause des relations qu'ils ont eu avec d'autres variétés plus civilisées.
11 faut attribuer leur petit nombre à la mcu^talité très g-rande parmi leurs enfants ; ceux-ci sont souvent atteints de la fièvre et ne résistent que difficilement à ses attaques.
Leur organisation politique est très rudimentaire; réunis ])endant la saison des pluies en clans ou g*rou])es, ils reconnaissent l'autorité d'un chef, d'un ancien ; mais dispersées dans les forêts pour la chasse, les familles forment de petits états. Actuellement, depuis (jue les Anglais sont devenus maîtres effectifs du (*entre de l'ile, ils sont soumis à des employés du (Gouvernement, souvent des Singhalais, qui n'ont g-uère d'influence sur ce peuple i)rimitif. On ne sait quelle était
leur organisation ancienne avant l'occupation de l'île par les Singhalais et les Taniouls. : Ils ne connaissent i)as resclavage et ne se font
j pas la g-uerre entre eux, cliaque famille ayant son
domaine de chasse suffisamment bien déterminé.
Les Wuldalis se distinguent par leur moralité. Cliez eux la i)()Iygamie, la débauche, le divorce sont inconnus et bien que la population masculine soit notablement supérieure en nombre à la féminine, on ne constate i)as que cette disproporti(m favorise la polyandrie, alors que chez les Singhalais, par exemple, la femme du frère aîné devient souvent la femme de tous les frères non mariés habitant sous le même toit.
Mais aussi le mari veddah est-il jaloux ; il ne l)ermct jamais à sa femme de se montrer aux Taniouls ou aux Singhalais qui seraient de passage. Vis-à-vis des Européens, il se montre moins <lcfiant.
Chez les \'eddahs, i)as d'endogamie, ni d'exogamie. Dans ciuehiucs familles existe le mariag'e entre fivrc^s et sceurs ; c'est ainsi que l'aîné épousera une de ses sieurs cadettes, mais l'union avec \uw s(i»ur i)lus Agée» ou avec une tante est regardée comme (*ontraire aux bonnes mœurs.
Les mariages s(» contractent sans grandes for-
. [ nullités. Anciennement, i>araît-il, le jeune honimo
î- ■; se i)résentait à la hntte d(^ la jinuie fille, faisait
' sa i)roi)()sition (»t si les i)arents accordaient leur
c()ns(Mit(Mnent, la fille» suivait son jn-étendant et,
l)ai* 1(» l'ait, le mariage était C(mclu, sans céré-
i monies ni fêtes. Cet usage s'est conservé dans
certains endroits ; mais dans d'autres, il y a rapt, c est-à-dirc que le jeune homme enlève sa fiancée ; et ailleurs, il y a achat : le fiancé verse aux parents une certaine somme ou l'équivalent en nature. La virginité de la future épouse est fort api)réciée, aussi les parents exercent sous ce rapport une active surveillance sur leurs filles.
La délivrance des mères a lieu non dans la hutte familiale, mais en pleine forêt, dans un endroit entouré de buissons épais.
Les morts sont enterrés à peu de profondeur, de préférence dans un terrain sablonneux et orientés du sud-est au nord-ouest. J^e Veddali croit que l'àme du mort peut revenir sur la terre, mais il ne la prie pas et ne lui fait aucun sacrifice ; toutes ses pratiques religieuses se réduisent en une danse autour d'une flèche plantée en terre avant la chasse. Pendant la nuit, lorsqu'il traverse des forêts, il accompagne sa marche de chants magiques pour se préserver des attaques des animaux sauvages. 11 porte quelquefois des talismans ou amulettes, nmis c'est i)lutot rare.
Nous avons dit que Tliabitation des Veddalis varie suivant les saisons ; pendant les pluies, ils se retirent dans des grottes naturelles formées souvent d'une excavation aUongée sous un roclier formant plafond ; i)endant la saison sèche, ils dorment au pied d'un arbre dont le tronc les garantit contre le vent. Quelquefois, lorsqu'ils craignent les bêtes sauvages, surtout les éléphants, ils s'établissent dans les branches d'un arbre. Ils ont aussi des huttes de toutes espèces,
1 mais la hutte primitive est une simple claie de
! ■ branchages qui, (Vun cote, repose sur le sol et de
I l'autre s'appuie sur deux perches mises en croix.
I ■ Poui* (lormii-, ils entourent de broussailles sèches
leur lieu de repos, afin d'être avertis de rai>j)roch(» des animaux.
Ils obtiennent du feu par «firation : ils font tourner rai)idement un morceau de bois sec dans la cavité d'une planche ou dans une branche d'arbre.
Leur n()urritur(» consiste en plantes, écorces d'arbres, fruits, feuilles et en produits de la chasse : oiseaux, reptiles, i)oissons, miel et insectes. Ils ne man}»ent pas de viande crue, ni de riz (prils ne savent pas cultiver, ne connaissent pas l'alcool, ni le bétel dont les Sinjçhalais sont si friands ; ils mâchent cependant des écorces (Varbres en f>uise de passe-temps.
Leurs (*]ieveux sont noirs et abondants ; ils ne les taillent pas et les né}»lij^ent ; les hommes p()rt(»nt la barbe et la moustache, mais toutes deux sont peu fournies; la barl)e grandit surtout au menton.
Xaj^uère, semble-t-il, les hommes et les femmes n'avaient aucun vêtement : et c'est encore le cas ])our les enfants des deux sexes, qui n'ont (ju'un j cordon serré autour (l(»s retins. Les rapports plus
•' j fré(iuents avec* les Sin«»halais et les Tamouls ont
I (lévelopi)é ou fait naître (*hez les Veddahs le sen-
' liment de la pudeur : ils ont ])orté une ceinture
de branchaf^es, ((u'ils rei)iennent encore dans certaines cérémonies et dans certaines danses.
Actuellement, leur costume se compose (Vune ceinture en toile serrée autour des reins, les hommes y ajoutent une autre bande qui passe entre les jambes et se rattache devant et derrière à la ceinture ; les femmes se couvrent d'une bande plus large qui, sur le devant, retombe souvent jusqu'aux genoux ; c'est le vêtement habituel de ces dernières, mais, en présence d'étrangers, elles se couvrent la poitrine d'un morceau d'étoffe. Les Veddahs n'ont jamais employé les peaux d'animaux pour se vêtir ; ils se procurent la toile dont ils ont besoin par échange avec les populations voisines, notamment avec les Veddahs civilisés.
Les Veddahs incultes ne portent de bijoux que très rarement; le lobe de l'oreille est souvent perforé; mais, même chez les femmes, il est rare qu'il serve d'attache à un ornement quelconque. Le tatouage est inconnu aussi chez eux.
Leurs armes sont la hache, l'arc, la flèche et une espèce de pieu dont la pointe a été durcie au feu. La hache ne les quitte jamais, car ils ont toujours à craindre l'attaque des bêtes féroces. Ils se servent de l'arc en le bandant soit avec les bras quand il s'agit d'abattre du petit gibier, soit avec le pied, s'ils ont affaire avec un animal de grande taille ; cette arme est de longue dimension et dépasse même parfois la taille humaine. Ils chassent surtout le lièvre, le buffle, le sanglier, l'éléphant, l'ours et les poissons.
Les Veddahs barbares se distinguent des Veddahs civilisés en ce qu'ils ne pratiquent pas
(le (MiKure ; ils vivent dn produit de leur chasse et de ee qui croit dans leurs forêts ; le seul animal doniesti<iue (juils élèvent est le eliien.
Ia*s N'eddahs sont forts, bien bâtis, mais pas j»Tas ; leur front est un i)eu fuyant ; les femmes ont le front rond et leur poitrine est ffénéralement bien dévelopi)ée. La taille moyenne des hommes est de 1 ni. 7)'^ et celle des femmes de i m. 47-
Ils ont une stature bien droite et une marche très ré<»ulîère, portant la hache sur Tépaule et capables de i)arcourir de long-ues étendues. Au repos, ils s'appuyent sur une jambe, Vautre étant ranïenée i)rès de la première ; un point d'ai)pui est i)i'is sur la hache ; en outre, s'ils sont munis de l'arc, une i)ointe de cette arme rei)0se toujours sur le sol. (^uehiuefois, ils fichent en terre un pieu et s'appuycMît dessus au moyen des mains. Ils s'acci-oui)issent souvent aussi laissant leurs bras se poser sur U*s };(»noux et les mains tombantes. Pour dormir, ils se (*ouclient sur le sol nu ou sur un lit d(» cendres. Pour ^•rimi)er, ils entourent l'arbre de leurs bras et se poussent avec lesi)ie(ls à la manièi-e des Tamouls et des Sin»çhalais qui atteignent ainsi rapidement et avec facilité la cînie de liants arbres au tronc dénudé. Ils se servent de leurs doij»ts ])our inan{»er, nmis sans aucuiK» incthod(».
L(»s soins donnés au corps sont rares : c'est ainsi (|u'ils ne se lavent i)res(iu(» jamais et ([u'ils ont p(Hir de la plui(» : ci* dcMiiicr siMitiment pourrait j»rov(Miir (le ce <[nc souviMit, s'ils sont pris dans une averse, ils yagnent la fièvre.
Les maladies les plus fréciuentes sont la fièvre, la dysenterie et les affections de la peau ; la syphilis est cependant rare chez eux.
Les Veddahs sont en fçénéral d'humeur joyeuse ; ils rient facilement, se tiennent sur la défensive, mais n'attaquent jamais ; leur intellif^ence est assez développée ; leur lang-ue, qu'il a été jusqu'ici impossible de déterminer et de classer, comprend beaucoup de mots d'origine singhalaise ; ils ne connaissent pas l'écriture.
Cette variété hunuiine tend à disparaître ; le nombre des Veddahs barbares est peu considérable et il diminue encore régulièrement.
2^ Vkddahs civilisks.
Ces Veddahs se distinguent des précédents I)ar ce qu'ils pratiquent l'agriculture ; habitants des plaines basses de l'est, ils ont été plus en rapport avec les variétés tamoule et singhalaise, ont modifié quelque peu leurs mœurs et, de i)lus, le Gouvernement anglais les a obligés à s'occuper de culture ; ils ne denuinderaient pas mieux d'ailleurs que de retourner dans leurs fcn-èts.
Ce que nous avons dit des V\Mldahs barbares s'appliciue aussi à leurs frères ])lus civilisés; nous noterons seulement ces (iuel(|ues différences : les Veddahs civilisés ont comme animaux domesti(jues le chien, le buffle, l(*s poules, le chat et le perroifuet : ils s'adojment à la culture du riz, du i)aîmier, du cocotier et du tabac; leur nourriture se comi)ose ])rincipalement de riz. Us épousent souvent des Tamoules et des
Sing-halaîses ot donnent ainsi naissance à une population métis. Ils vivent en petites communautés ; leurs huttes sont mieux bâties et leur costume moins primitif. Ils sont plus nombreux que les Veddalis barbares et ne se cantonnent pas comme eux dans les forets. J'en ai rencontré aux environs de Kandy.
bj LKS RODIVAS.
D'après certains auteurs, les Rodiyas seraient les restes d'une peuplade originaire de l'Inde qui s'est établie à Ceylan avant l'arrivée des Singlialais et des Tamouls ; en tous cas, au point de vue ethnog-rapliique, ils ne sont pas de la même variété que les Veddalis, ni probablement non plus que les Singlialais, quoique ces derniers les considèrent comme des leurs, mais d'une caste tout à fait inférieure.
On les rencontre plus ou moins groupés dans les montagncîs aux environs de Kandy, de Kadugannawa et de Badulla sur le versant est des montagnes ; eux-mêmes, ils s'appellent « gadi » et se considèrent comme les anciens propriétaires du sol, tandis que les Singlialais les nomment Kodiyas, de « i-odu » qui signifie saleté.
Cette variété dans son état actuel n'est plus l)ure : Ton y retrouve un mélange assez prononcé de sang singluilais.
Les vrais llodiyas sont encore un millier environ, vivant au milieu des montagnes, mais il n'est j)as lare d'en rencontrer des types dans les
villages sînghalais du centre, où ils se livrent à des travaux grossiers. Leurs femmes ne peuvent porter qu'une large bande d'étoffe pour se cacher la i)oitrine; sous la domination singlialaise, Taccès des villes leur était interdit.
Leurs mœurs et leurs ccmtumes se rapprochent assez de celles des Singhalais que nous allons étudier ; Tinfluence de ces derniers a été tellement iirofonde, surtout à cause de sa longue durée, qu'il serait assez difficile actuellement de retrouver les coutumes propres des Rodiyas.
c) Lks Singhalais.
La variété singlialaise forme à elle seule les deux tiers de la population de Tîle de Ceylan, mais de même que nous avons divisé les Veddahs en civilisés et non civilisés, nous devons distinguer entre Singhalais de la i)laine qui ont été pendant plus longtemps en contact avec d'autres variétés humaines (euroi)éenncs et tamoules), — ce contact a mcMue donné naissance à une variété métis, les Burghers - - et les Singhalais de Tintérieur ou habitants de Tancien royaume de Kandy qui sont restés indépendants jusqu'au commencement du siècle dernier.
Les Singhalais proviennent du Bengale et ont dû s'établir dans Tile bien avant Tére chrétienne. Ils ont trouvé à Ceylan des i)opulations aborigènes dont il ne reste plus ([ue les Veddahs et probablement aussi les Rodiyas dont nous avons jjarlé i)récédemment.
I" SlNGIIALAIS I)K l/lNTKKlKUtt.
Xous avons dit que ces Siiighalais habitent le centre de Tîle où ils sont restés indépendants et presque sans contact avec les Européens jusqu'au connnencenient du siècle dernier ; c'est en i8i5 <iue les Anglais se rendirent maîtres du royaume de Kandv.
liCS Singhalais se divisent en castes. Ces castes sont très nombreuses, mais moins bien déterminées qno celles qui dans Tlnde jouent un si grand rôle ; cependant même ici, des personnes de castes différentes ne mang-ent pas ensemble et le mariage entre elles est détendu. On n'est pas d'accord sur la hiérarchie des castes ; pour les uns, la poi)ulation se diviserait en laboureurs, chasseurs, bergers, pécheurs et parias {c'est dans ces derniers que Ton classe souvent les Rodiyas et dans (*e cas, on pourrait considérer les parias comme des vaincus) ; d'autres n'admettent (jue deux castes ]u4ncipales, laboureurs et i)cc heurs ; puis dans un ordre indéterminé, tous (*eux (]ui ont d'autres occupations, enfin au bas de ré(*helle sociale les parias chez lesquels on retrouverait aussi une division en castes.
Le chiffre de population ne semble pas diminuer ; il n'y a pas de njortalité infantile anormale. Act mollement il n'y a i)lus d'émigration de Singhalais ; on constate qu'ils se déplacent facilement, njais non par groupes ; d'autre part, ils aiment leur village natal et y reviennent lors des fêtes ou des réjouissances.
Les castes sont dirigées i^ar des chefs auxquels le gouvernenieiit de la colonie a reconnu une certaine autorité ; suivant la caste, cette autorité est héréditaire ou élective, mais souvent usuri)ée. Par contre, il existe actuellement des chefs de castes qui n'ont plus aucune autorité, mais jouissent de certains honneurs (admissions aux récei)tions officielles, chez le gouverneur, par exemple), c'est le cas pour beaucoup des descendants des anciens chefs kandyens ; ces chefs possèdent d'anciennes terres féodales qui peuvent être achetées et auxquelles des titres de noblesse sont attachés.
Pour saluer, le Singhalaîs incline la tête ou les épaules d'autant plus bas que la i)ersonne saluée est d'une caste plus élevée. Le Singhalais cède toujours le milieu du chemin à l'Européen et les gens de castes inférieures s'éloignent jusque sur le bord de la route; j'ai souvent constaté ce fait qui se reproduit aussi et d'une manière plus frappante, chez le Malais et le Javanais. Dans les voitures de poste, i)ar exemple, les voyageurs sont divisés en (catégories et l'Européen, qui i)aye le plus cher, a le droit de s'asseoir auprès du i)ostillon. Les femmes se détournent ordinairement ; les Singhalais considèrent le regard de côté comme immoral.
L'esclavage n'existe pas chez les Singhalais ; les parias, — que l'on appelle plus souvent coolies à Ceylan — sont libres, mais méprisés.
La position de l'homme dans la famille est prépondérante; le mari est le vrai maître; parlant de
sa feiiiiiie, il dira : voilà la mère de cet enfant, et n'einploiera jamais rexpression « ma femme » ou une autre équivalente. L*enfant et le jeune homme quittent facilement la maison paternelle ; le fils aîné succède au père dans tims ses droits comme chef de famille.
La jeune fille ne rec;oit ni éducation, ni instruction ; on lui laisse liberté complète jusqu'au jour où le père déclare (ju'il veut la marier. Si elle a commis une faute, il n'y a pas d'obligation pour elle de chercher son séducteur. Depuis l'occupation anglaise les enfants naturels n'ont aucun droit à riiéritafçc, mais cette règle n'est pas toujours appliquée, i)uisque l'état-civil n'existe pour ainsi dire que dans les villes.
Du fait que la jeune fille est laissée libre, il s'ensuit que la bonne conduite n'est guère appréciée: la monogamie d'ailleurs est rare; bien plus, on trouve chez les Singhalais du centre des cas de polyandrie et de polygynîe. Si l'aîné d'une famille i)rend femme et si cette dernière vient habiter dans la maison des parents de son mari, elle devient l'épouse de tous les fils de la maison ; de même, si un jeune homme épouse une fille et va habiter chez les parents de sa femme, il devient le nmri des sœurs non mariées de sa femme. Pendant longtemps cette situation a été reconnue par les Anglais, aujourd'hui la législation n'admet i)lus (lu'une femme légitime, mais en fait, polyandrie et polygamie existent encore.
IjQ mariage se fait, non par le libre choix des jeunes gens, mais par la volonté des pères qui
ne tiennent aucun compte de la façon dont les jeunes gens se sont conduits jusque là.
Le divorce est chose facile : les époux se quittent et laissent à leurs parents le soin de régler les affaires d'argent, de dot, etc. Le mari n*est pas en général jaloux de sa femme, si ce n'est peut-être quand on la lui ravit ; il la prêtera môme au voyageur.
Les veuves n'héritent d'aucun des droits du mari ; c'est le fils aîné qui remplacera le défunt ; elles ne portent i)as le deuil et se remarient facilement. Après le décès d'un membre de la famille, les parents restent un certain temps sans quitter leur maison et font quelques aumônes.
Lors de la naissance d'un enfant, la femme singlialaise n'admet le secours d'aucun aide ; elle se rend quelques jours auparavant chez sa mère ou chez une autre parente, et y attend l'événement. De nombreuses pratiques superstitieuses accompagnent l'enfantement, entre autres l'influence accordée à une boisson faite avec des herbes cueillies la nuit, à l'astrologie ou aux incantations d'un moine bouddhiste ; celui-ci fait autour de la maison plus de deux cents tours, puis exécute une danse du diable. Si la naissance se produit avant ou après, le bonze juge le cas, et s'il déclare que l'enfant sera nuilheureux, on le laisse mourir. Si l'enfant est mort-né, le nuiri tue la mère ; si l'enfant est difforme, un conseil de famille se réunit et décide s'il faut laisser vivre la mère. Ces pratiques barbares sont défendues par les lois anglaises, et l'influence de
mœurs plus civilisées tend à les faire disparaître.
Le père donne à Tenfant un i)rénom, mais le nom
i de famille n'existe pas ; on dit un tel, fils d'un
tel et scmvent un surnom tient lieu d'un nom de famille ; d'autres s'appellent aîné, cadet ; ceux qui naissent aux environs de la fête de Bahma seront appelés Rahma ; de même ceux qui ont vu le jour à l'époque de la pleine lune porteront le nom de Sandia ou fils de la lune. L'autorité des parents sur leurs enfants est limitée par la volonté de ces derniers, qui peuvent quitter, quand ils en ont envie, la maison paternelle. L'éducation est rudimentaire. On apprend aux: enfants certaines marques de respect; aussi sauront-ils rester à distance en présence d une personne de (jualité, céder le pas à un homme de caste supérieure.
Jjorsqu'une jeune fille est arrivée à l'âge où elle devient femme, il y a une i)etite fête de famille ; la blanchisseuse re<;()it à cette occasion en cadeau une somme de cinq roui^ies ; la jeune i i fille reste un certain temps sans paraître en
l)ublic.
Si un membre de la famille tombe malade, on ! sui)pose qu'il est sous l'influence d'un yak ou
mauvais g-énie ; on appelle le bonze, qui se livre quelquefois à des danses du diable.
Traversant un jour le villafî^e d'Ampitiya, non loin de Kandy, j'entendis des cris et des hurlements sortir d'une hutte singhalaise ; je m'apl)rocluii et j'ai)pris que c'étaient des bonzes et d'autres personnes qui faisaient un charivari
épouvantable pour chasser du corps (Vun moribond le mauvais esprit qui s'en était emparé.
Les morts ^ont emportés par leurs parents et enterrés quelques heures aj^rès n'importe où, et le convoi funèbre est quelquefois accompag:né de pleureuses à gages. Les bonzes et les Singhalais riches sont brûlés et leurs cendres enfouies. Pendant Tincinération , les bonzes circulent autour du bûcher en marmotant des prières en langue imli. Ordinairement, on ne fait point la toilette du cadavre et on n'y touche pas ; il n'est pas non plus veillé par crainte de l'esprit et cette crainte est telle que les parents s'éloig-nent toujours de la tombe et ne voudront jamais passer à proximité.
La religion de la majeure partie des Singhalais est le Bouddhisme de l'école du sud, dont l'enseignement, suivant l'avis de ses adhérents, est la reproduction fidèle de celui qui fut propagé au yjnie siècle avant l'ère chrétienne dans la vallée du Gange. Nous ne pouvons, dans le cadre que nous nous sommes tracé, étudier ici cette religion ou mieux cette doctrine philosophique adoptée, sous des formes diverses, par d'autres i)euples que nous avons visites ; nous dirons seulement que les Singhalais sont très superstitieux, que leurs bonzes sont toujours habillés de jaune, ont la tête rasée et nuirchent ])ieds-nus, que Kandy est un lieu de i)élcrinage très fréquenté par les Bouddhistes qui viennent y vénérer la fameuse dent de Bouddha. Un nombre assez grand de Singhalais se sont convertis au christianisme grâce
aux effort^ jamais lassés des Pères Oblats et (les Pères de la Société de Jésus.
J^'éclair et le tonnerre ne produisent pas d'impression sur les Sinj^halais ; en fait de médecine, ils connaissent les effets de certaines plantes.
J^e calendrier singhalais est différent du nôtre : le point de départ de leur ère est Tannée du déluge. Les jours sont formés de Co heures, chacune valant 24 de nos minutes ; chaque mois a 28 jours et comprend 4 lunes. L'année se compose de i3 mois. Tous les sei)t ans, on intercale une semaine entière, et tous les vingt-huit ans, deux lunes. Le siècle compte soixante ans et chaque siècle a un nom spécial. Pour compter, les Singhalais se servent du svstômc décimal.
La lang-ue singhalaise est l'un des dialectes sanscrits, le plus beau et le i)lus riche de tous.
i^es habitations sinf>:halaises sont construites en bois et en terre glaise séchée, leurs murs sont lavés périodiquement avec de la bouse de vache délayée dans de reau. Ces maisons sont indépendantes les unes des autres ; le toit est fait de feuilles de palmiers, et avance de façon à former vérandah ; (luelquefois il est enjolivé de moulinets et de bonshommes. Les Singhalais ne font ni f(»nètres, ni (*heminées, ni (*aves ; souvent la fatjade est formée de ])lanclies i)lacées les unes à côté des autres ; une <le ces planches s'enlève pendant le jour i)our donner ])assage aux habitants et aux animaux, (^uelquc^fois les maisons sont construites imi bi*i(iues séchées au soleil. On en trouve aussi en forme de carré ; dans ce cas,
chaque côté du carré est une maison (Vliabîtation et le tout sert à plusieurs familles apparentées. Ces maisons et ces huttes n'ont i)as iV étages ; les Singhalais aisés commencent à construire des maisons à Teuropéenne. Les water-closets manquent ; les maisons élevées dans les bois et les taillis sont entourées de petits jardins.
Les villages s'étendent le plus souvent le long des routes : deux rangées de maisons qui sont des boutiques dans lesquelles le Singhalais assis au milieu des marchandises étalées par terre ou sur un plan incliné, attend le client.
Les rues sont sales et mal entretenues, sauf quand Tadministration anglaise y veille.
L'ustensile le plus répandu et pour ainsi dire le seul d'origine singhalaise, que l'on trouve dans les maisons, est le tchatty, espèce de pot à imnse large, mais à col étroit, qui sert à transporter l'eau et à faire bouillir le riz, sur des bois enflammés. La dimension du tchatty est très variable.
La nourriture des indigènes se compose de riz; ils l'assaisonnent avec du curi\v, espèce de sauce épaisse et très épicée comi)osée de viande hachée de légumes et de fruits; ils se nourrissent aussi de fruits : bananes, pai)ayes, noix d'arecq ; et encore de jeunes i)()usses de bambous ou de tiges de canne à sucre. Les membres des hautes castes, officiellement du moins, ne mangent pas de viande, leur religion défendant de tuer les animaux, surtout le bœuf. Les Singhalais se servent de leurs doigts en guise de fourchette,
mais la main ne i)eut jamais être souillée. Ils font de petites boules de nourriture qu'ils se placent dans la bouche.
Les Singlialais cultivent le tabac ; au moyen des feuilles de cette plante, ils fabriquent des cifi-ares très grossiers qu'ils fument avec plaisir; par contre, ils ne connaissent ni le tabac à chiquer, ni le tabac à priser. Les femmes ne fument pas.
Ils mâchent du bétel, mixture de substances très actives : feuilles du bétel, poivre, chaux vive et noix d'arecq. Dans les villages, on rencontre souvent des marchands de bétel qui offrent, en vente, le produit sur une feuille ; ordinairement, le Singhalais porte avec lui une petite boîte contenant de la chaux ; il en prend un peu sur rindex pour le glisser dans la bouche. Cette mixture rend la salive rouge quoique les dents restent blanches à cause de la chaux. Les Siamois mâchent aussi du bétel, mais leurs dents deviennent noires.
Ils tirent du palmier et du bananier une espèce
de sucre qui, après une i)remière fermentation,
donne une boisson appelée corsak; une deuxième
fermentation produit le todi, liqueur égayante, et
] une troisième donne Taracq, dont les propriétés
sont les mémos (lue celles du genièvre. De Taracq,
les Européens tirent une espèce de vin. Les Sîn-
\\ ghalais aiment la boisson qu'ils supportent assez
bien ; quand ils en prennent trop, ils deviennent batailleurs et dangereux. 11 ne semble jms que Tabus de l'aracq produise une maladie spéciale.
Depuis la conquête de File par les Anglais, les indigènes connaissent le gin et le whisky, et quand ils prennent de ces boissons alcooliques, ils disent qu'ils boivent du feu.
IjC froment et le blé n'étant pas cultivés à Ceylan, les indigènes ne connaissent i)as le moulin ; ils ont cependant, pour préparer le curry, une espèce de meule composée d'une ])ieiTe plate qu'ils tiennent entre les genoux et d'une autre I)ierre qui écrase. La mouture du riz, soit de cette façon, soit dans un mortier fabriqué à l'aide d'une tige de bambou, est réservée à une certaine caste.
Pour s'éclairer, ils se servent d'huile de coco qu'ils placent dans une demi noix de coco ; une mèche de coton en ressort par le dessus (usage indigène) ou par le côté (usage apporté par les Portugais).
Sur les routes ou en voyage, la nuit, ils se servent d'un flambeau formé d'une branche de palmier résineux.
Les Singhalais i)rennent soin de leur corps ; il semble cependant que l'usage du savon est récent quoiqu'ils fabriquent un savon indigène composé surtout de sable fin et d'huile de coco. Ils se baignent souvent, mais toujours en plein air dans les rivières et les étangs. Leurs dents sont l'objet de soins plus minutieux et il n'est pas rare de voir Singhalais et Singhalaises se rincer la bouche sur le ])as de la ixu'te de leur maison et se curer les dents avec leurs doigts et du charbon de bois. Ils s'enduisent d'huile
(le coco les cheveux, qui sont conservés longes, aussi bien chez les hommes que chez les femmes et enroulés sur le sommet de la tête, sans peif^ne ; les hommes portent la barbe.
Les jeunes enfants courent nus ; plus tard, ils ])ortent une simple ficelle entourant les reins, à laquelle on attache dans la suite une clochette, une médaille ou une pièce de drap. Vers Vàge de 7 ou 8 ans, ils portent une chemise en forme de sac droit, et à partir de lo ou ii ans, ils se couvrent du pag-ne qui est aussi le costume des hommes, complété par le turban enroulé autour de la tête, quehiuefois avec beaucoup d'art. En général, le Singhalais n'a pas de chaussure; des sandales d'importation arabe sont portées par les « native gentlemen », c'est-à-dire par les membres des hautes classes; c'est même à ces sandales que l'on reconnaît le Sing:halais de qualité ou de caste élevée.
Les femmes sortent toujours nu-tête ; leur costume se c(nnpose d'un ])ag'ne et d'une bande de toile jetée sur la i^oitrine; depuis peu, elles portent aussi la petite jaquette blanche, d'importation euro]>éennc. Les jours de fêtes, leur accoutrement est complété par un jupon blanc. Les Singhalais n'ont pas d'habits de deuil.
Les chefs kandyens et leurs femmes ont des costumes beaucoup plus riches et plus complexes; les hommes conservcMit le pagne, mais en-dessous ils (nit 1(» pantalon; les reins sont entourés d'une large ceinture (»l, si le ventn» n'est pas assez proéminent, son volume est augmenté par un
coussin. La partie supérieure du corps est recouverte d'une jaquette et la tête coiffée d'un énorme chapeau à larges bords ; de nombreux bijoux relèvent cet habillement. Les femmes j^oilent de larges pagnes et jaquettes surchargées de bijoux. L'influence européenne s'est déjà fait sentir fortement en ce qui concerne le vêtement ; les jours de fête principalement, le Singhalais et sa femme s'affublent de toutes esi)èces de costumes et de chapeaux.
Si les chefs kandycns portent des bijoux de grande valeur, le Singhalais du peuple n'affectionne i)as moins les bagues (il en a à tous les doigts), ni les pendants d'oreille, les colliers, les brassards et les bracelets qu'il i)orte même aux jambes. Il s'attache aussi des amulettes au cou, aux bras ou aux épaules pour se préserver des influences malignes ou des maladies : souvent ces amulettes consistent en une boîte contenant une petite statue de Bouddha; d'autres fois, ce sont des objets les plus divers que le bonze a déclaré propres à protéger celui (jui les porte.
La danse la plus fréquente est la danse du diable exécutée par des bonzes spéciaux et que les indigènes imitent en s'accompagnant du tam-tam; ils ont aussi d'autres danses auxquelles les femmes ne sont pas admises et où ils n'emploient i)as le masque. Cette danse du diable n'est pas un acte du culte Ixmddhique, mais une survivan(*e de la religion des anciens habitants de l'Inde; elle i)6urrait être considérée comme une altération du culte des ancêtres. Habillés de costumes fantastiques,
les danseurs arrivent à Textase, en ingurgitant (les boissons, au son de la musique ; ils sont considérés alors comme i)0ssédôs par des esi)rits qui leur communiquent le don de guérir les malades ou de pr()i)hétiser. Parmi leurs jeux, citons les dés et les cartes, d'importation européenne.
Kn fait d'instruments de musique, nous avons vu le tambour formé de deux peaux tendues aux extrémités d'un morceau de bambou creux, la cimbale et le hautbois. Ils frappent le tambour de la main droite, tandis que la main gauche modifie le son par une pression ])lus ou moins grande sur la peau tendue à l'extrémité gauche du bambou. C'est par ce moyen (qu'ils conversent d'une montagne à l'autre et qu'autrefois les rois de Kandy transmettaient leurs ordres.
Chez beaucoui) de femmes, le lobe de l'oreille est agrandi au moyen de bouchons de liège. Les Singhalais ne connaissent pas la circoncision et leurs animaux ne sont jamais châtrés.
Pour la (*ulture du riz, ils se servent d'une charrue très primitive qui retourne à i)eine le sol ; leurs autres instruments agricoles sont la houe et la hache. Les animaux domestiques ne sont pas nombreux : le Ixeuf, la chèvre, le porc — d'une race noire et j)etitc - - et le buffle.
Quant au commeire, il a subi d'une fa(;on considérabh» l'influence des Anglais et se trouve d'ailleurs i)rcs(iue en entier entn» les mains des ilusulmans ; il n'y a i>as de spécialisation dans les métiers, un Singhahiis pouvant exer(*er plusieurs métiers soit à la fois, soit consécutivement.
ÎS
Le Singhalaîs est, en {»:éneral, bien bâti et de stature assez élevée ; son caractère est aimable et doux.
2^ SlXGHALAlS I)K I.A PLAINE.
Le Singhalais de la plaine se distinj^ue de son frère habitant le centre de Tîle par le i)eigne (ju'il porte sur le sommet de la tète. Cette variété humaine a été considérablement influencée par la civilisation européenne ; des rapjmrts fréquents et de longue durée avec les blancs ont modifié presque complètement leurs mœurs et leurs usages ; la plupart s(mt restés bouddhistes, mais beaucoui) sont devenus chrétiens et ont adopté des noms jiortugais.
(I) Les BiHdiiERs.
Du mélange des Singhalais avec les Eur()i)éens, principalement avec les Portugais, est née la variété des Burghers dite eurasienne (j^ui a adopté les coutumes euroi)éennes. Les Singhalais considèrent les Burghers comme étant d une caste supérieure à la leur et ils recherchent les mariages avec les filles des Ihirghers. Cette i)oi)ulation est très active et n'a pas les défauts que Ton reproche aux Macaïstes, autre variété métis, dont nous parlerons au chapitre relatif à Macao et à Hong-Kong.
e) Les Tamouls.
Les Tamouls proviennent du sud de Tlnde et peui)lent le nord et Test de Tîle ; leur nombre va
croissant, il ne leur faudra pas longtemps pour sii])i)lanter les Singlialais. Déjà leur langfue semble vouloir dominer et tandis que les Singlialais, en général, connaissent le tamoul, les Tamouls ignorent complètement le singlialais. Ils font partie de la variété dravidienne et sont adeptes de la religion de lîralima. Leur système de caste est moins prononcé (jue celui des Indous.
Nous n'avons pas fait une étude spéciale de la variété tanioule ; pour en étudier le type dans toute sa ])ureté, il faut aller dans le sud de rindoustan.
Une partie de la i)()pulation tamoule de Ceylan ne se fixe pas dans cette île : embauchés par des l)lanteurs de thé, ils viennent travailler quelques années à Ceylan, puis retournent dans leur pays. La plu])art de ces Tamouls sont originaires des cotes de Malabar et de Coromandel; en moyenne, on transporte par année, de Tuticorin, au sud de rindoustan, à Colombo ou dans d'autres ports de l'île, cent mille coolies laboureurs ou ouvriers d'estate : leur salaire ne dépasse pas soixante-dix centimes par jour. Les Singlialais les considèrent comme d'une race inférieure et, en fait, ce sont eux ([ui se chargent des besognes les plus difficiles et les 1)1 us répugnantes ; on les rencontre aussi dans les régions habitées par les Singlialais - ils V sont emph)vcs dans les estâtes et dans les villes où ils ont i)our ainsi dire le monoi)ole de conducteurs de pousse-pousse.
A Kegalle (entre autres), nous avons visité une maison tamoule construite sur le flanc d'une
colline, au milieu des cocotiers et des palmiers. p]lle est presque carrée; le toit de feuilles de palmiers s'avance suffisamment i)our former abri et permettre de s'y reposer ; c'est sous cet abri que la famille dort pendant l'été. La maison, toute en terre glaise, est étanc^onnée i)ar des tiges de bambous ou de palmiers. La porte d'entrée conduit dans un vestibule obscur sur lequel donnent deux chambres, les seules de toute l'habitation ; dans l'une brûle un petit feu pour cuire du riz ; dans l'autre qui sert de chambre à coucher, il n'y a ni meuble ni fenêtre.
f. Les Indois-Arahks.
Les Anglais les appellent, à Ceylan, des Moors ou Musulmans; en effet, ils suivent les préceptes du Coran. Ils sont presque tous négociants; on les rencontre dans l'île entière, aussi bien dans les villes où ils ont de grands nuigasins, que dans les villages les moins impuleux où ils ont accaparé tout le petit commerce; cette variété très travailleuse et très comm(»r(;ante tend à prendre le dessus et son influence va grandissant d'autant plus que ni Singhalais ni Tamoul ne sait ou ne veut faire le commerce. Un grand nombre de ces Indous-Arabes ne viennent dans l'île que pour y trafiquer et ne s'y établissent pas définitivement. Ils ont pour langue usuelle le tamoul et sont nés soit à Ceylan, soit dans le sud de l'Inde. Leur boutique est formée ordinairement de trois murs cachés par des rayons remplis de marchandises;
la fai^ado n'existe pas et elle ne se ferme que la nuit au moyen de planches; sur le sol enterre battue, gisent pêle-mêle des marchandises et au milieu troue le Moor attendant i^atiemment le client. Au fond, une iietite j^orte donne communi(*ation avc(* la maison du Musulman, dont TcMitiée est interdite à tout profane.
En outre, on rencontre assez souvent des Malais
nous aurons l'occasion de les étudier lorsque
nous i)arlerons de Java — des Afghans au turban
en i)ointe, adorateurs du soleil, des Arabes, des
Chinois, des Catres, des Parsis, etc.; mais toutes
(*cs variétés, à part les Malais, sont peu représ(»ntées. Les Parsis sont les descendants des fugitifs perses qui après la bataille de Nehâwand se sauvèrent devant l'Islam vainqueuretreçurent l'hospitalité dans le royaume de Gudscharat ; ils ont conservé leur culte du feu et de la lumière et sont restés fidèles disciples de Zoroastre.
Java
■ Java
M— 'Il
[F. Laos arrivé ;i CoKiniln) le 3 janvier dans la soirée, n'en part que le lonilemain après- -inidî. J'y trouve à bôrtl eiitix' avitres passagers deux Uelg'es qui vont au Ja]>on, un Père lazariste des environs de ilaostrielit qui se rend en Chine mais fera d'abord un arrêt à Java et le consul belfîe à Osaka. Le 8, nous traversons le détroit lie Malaeea et le 9 vers .i lieures du soir Sîugapore est on vue.
Singapore est la capitale des « Straits Hottlenients », colonie anglaise comprenant l'île de Singapoi'e, Penang:, la province de Wellesley et
des îles eotières; le gouverneur de cette colonie est en même temps haut commissaire des Etats fédérés nmiais : Perak, Selangor, Sembilau et Paliang. La ville même est à quelque distance du port où les navires accostent; elle comprend un quartier européen que je parcours rapidement et un quartier chinois où mon cahier de notes « chinoises » reçoit mes premières impressions sur les Célestes : deux espèces de Chinois, le coolie, homme de peine, toujours sale, soit qu'il remplisse de charbon les soutes des navires, soit ([u'il tire les nombreux pcmsse-pousse qui remplacent ici nos voitures, soit qu'il tienne un restaurant ou une auberge dans des rues infectes; le commerçant, à Tair grand seigneur, vêtu de riches habits de soie et se prélassant sur les coussins nioelknix d'une Victoria dernier genre, attelée de fringants chevaux. Chaque année, plus de 100,000 Chinois débarquent à Singapore. Ces immigrés sont le i)lus souvent des malheureux sans fortune, chassés de leur pays par les ennuis ([ue leur créent les mandarins; mais aussitôt arrivés, dédaignant les. occupations agricoles qui ne rapportent pas assez, ils s'établissent tireurs de pousse-pousse, ouvriers du port ou mineurs dans les exploitations d'étain du centre de la presqu'île malaise.
Le 10, un peu après 9 heures du matin, le steamer La Seyne, premier bateau en partance pour Java, lève l'ancre; le 11 nous laissons à droite Sunmtra, que les Hollandais n'ont pas encore soumis complètement à leur domination et où ils
dépensent beaucoup d'argent et de soldats pour mettre fin à la révolte des Atchinais, et nous côtoyons les îles Banka ; le ii, nous entrons dans riiémisphùre austral et le 12 dans la matinée, le steamer dépose ses passagers sur le quai de Tandjoek-Priok. Peu d'Européens sur le bateau: une famille hollandaise regagnant Samarang, un médecin français qui vient de terminer un séjour de six ans au Congo et va continuer ses études de botanique à Buitenzorg, un missionnaire, originaire des Pays-Bas, heureux de visiter une des plus belles colonies de sa patrie, et deux Anglais.
Tandjoek-Priok est le port de la cai^itale de Java ; c'est d'ici que part la voie ferrée qui relie les villes les i)lus importantes de l'île : Batavia, Djocjokarta, Soerakarta, Samarang et Soerabaya.
En vingt-cinq minutes, on atteint Batavia, ville aux proportions immenses, si l'on y ajoute Weltevreden où habitent in^esque tous les Européens. Une large rue bordée de maisons hollandaises et chinoises et courant le long d'un canal, le Molenvliet où vient i^rendre ses ébats la jwpulation brune, relie les deux agglomérations : Batavia la ville commerçante, fondée en i6i() sur les ruines de Jakatra, et Weltevreden, séjour de luxe : de belles villas épari)illées au milieu d'un i)arc coupé de larges avenues, de grands hôtels, dont l'un, l'hôtel des Indes, couvre une superficie de près de cinq hectares, des i)laces immenses la Koningsplein et la Waterlooplein, vastes plaines nues d'arbres, mais couvertes de
hautes herbes, à côté d'imposants édifices comme le palais du gouverneur, le musée d*ethnographie ou la cathédrale catholique.
La majeure partie de la population indigène est composée de Malais, mais on y rencontre aussi des Soendanais, des Javanais, des Chinois, voire des Arabes et des Singhalais; les indigènes habitent pour la plupart de petits villages ou kampongs dans les environs de la ville européenne.
Toute personne débarquant à Java doit demander un permis de résider dans Tîle, et si l'on veut voyager dans l'intérieur, il est nécessaire d'être porteur d'un second permis délivré par les autorités. Le consul de Belgique, M. Lauwers, auquel je réservai ma première visite après mon arrivée à riiôtel des Indes, me i)rocure le permis de résider et me donne avec beaucoup d'amabilité tous les renseignements désirables.
La chaleur est accablante, elle est rendue plus insupportable encore par Thumidité ; c'est la saison des i)luies. Les averses qui se succèdent sans interruption nrempccheront de faire quelques excursions, notamment l'ascension d'un des pics volcaniques de l'ilc, si intéressants à plus d'un titre.
Le lendemain dimanche, visite à Monseigneur révoque de Batavia et promenade en ville sur un sado ou ])etite voiture à deux roues, munies de deux banquettes i)lacécs de telle manière que les voyageurs sont i)la(*és dos-à-dos, véhicule que les luiropéens emploient au lieu du pousse-pousse en usage à Ceylan et à Singapore.
La journée du lundi est consacrée presque entièrement à la visite du musée d'ethnographie situé sur la Koningsplein, dans un bel édifice qui sert en môme tenii)s de local à la « Bataviaasch Genootschap van Kunsten en Wetenschappen». Un paragraphe spécial sera réservé ci-après à ce musée et à cette société, une des plus anciennes et des plus imi)ortantes de TExtrême-Orient.
Chaque jour, je passe plusieurs heures au musée pour étudier les objets qui y sont conservés et me livrer à des recherches dans la riche bibliothèque de la Société, dont le secrétaire M. le C Brandès se met aimablement à ma disposition. Quelques éclaircies me permettent d'excursionner dans la ville basse (Batavia) et dans les environs de Weltevreden pour voir ici les quartiers commerc^ants, les agences de maisons européennes établies dans de vieilles bâtisses immenses, Tancien port, le marché aux i)oissons, le fameux canon honoré par les indigènes et auquel ils attribuent la vertu de guérir la stérilité; et là-bas les kampongs indigènes et chinois, agglomérations de huttes groupées au milieu d'une végétation luxuriante.
Le i8 janvier, départ pour Buitenzorg, résidence habituelle du ( Gouverneur, célèbre par les pluies torrentielles qui y tombent régulièrement dans raprès-midi, même pendant la saison sèche, et j'y arrive en pleine saison des pluies ! c'est dire que pendant les trois jours que j'y séjourne, il n'est guère possible de sortir ; les heures de beau
temps furent consacrées à la visite du jardin botanique et de ses installations (nous en reparlerons), à parcourir les quelques villages malais qui se trouvent dans les environs, à présenter mes devoirs aux hauts fonctionnaires auxquels j*étais recommandé, notamment à M. le Secrétaire général, dont les bureaux sont au palais du Gouverneur.
Ce palais assez vaste est construit à Textrémîté du jardin botanique et n'en est séparé par aucune clôture ; l'allée qui y conduit est bordée de waringen ou ficus très vieux et de proportions colossales. Le Secrétaire général me fait le plus gracieux accueil et veut bien me remettre de nouvelles lettres de recommandation pour les résidents de Djocjokarta et de Soerakarta.
Ces deux villes sont les caiiitales des « Vorstenlanden», contrée qui a une superficie égale au quinzième de celle de Java. Là régnent encore deux princes javanais, le sultan de Djocja et le soessehoenan de Soerakarta, mais du pouvoir, ils n'ont i)lus que les marques extérieures; les Hollandais leur fournissent une i)ension, payent leur petite armée, nomment les principaux personnages officiels de leur cour, les tiennent scmime toute en une étroite dépendance. Les droits et devoirs de ces princes sont bien déterminés, et, s'ils sont encore maîtres absolus dans leur kraton, ils n'ont aucun pouvoir sur les Euro])éens et autres habitants non Javanais.
Heureux hasard du voyage : mardi j^rochain, il y aura grande fcte dans ces deux villes pour
célébrer la fin du mois de Ramelan. Le neuvième mois de Tannée javanaise appelé Ramadhan par les Musulmans et Ramelan i^ar les Javanais, est celui du grand carême annuel. Pendant tout ce mois, il est absolument défendu de manger, de boire, de fumer, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil : et ce précepte est suivi par tous les Javanais. En revanche, pendant la nuit, il leur est permis de manger et de s'amuser, ce qu'ils font avec entrain, dès que le soleil a disparu à l'horizon. Lorsque le trentième jour est arrivé, on annonce au moyen du tambour que le jeûne doit cesser : partout règne ah)rs la joie et la gaieté ; chacun revêt ses plus beaux habits, de grands festins réunissent les membres d'une même famille.
Aussi, le dimanche matin le train m'emi^ortait-il de Buitenzorg ; le soir, loger à Maos et le lundi 21 arrivée à Djocja.
Le voyage de Buitenzorg à Djocja est un des plus intéressants que Ton imîsse faire en chemin de fer dans l'île de Java. Au sortir de la première de ces villes, située à environ 265 mètres d'altitude, la voie ferrée s'élève graduellement pour atteindre au phiteau central en décrivant de nombreuses courbes et en franchissant des ravins profonds ; à gauche, le Gédé, imi)()sante masse volcanique que l'on voit pendant longtemps à l'horizon ; à droite, le non moins admirable Salak, dont la cime atteint 2,25!} mètres de hauteur ; le hmg de la voie, des rizières immenses, l)uis des i)lantations de thé.
Près de Tjibodak, le chemin de fer qui jusqu'ici s'est dirigé vers le sud, fait un brusque coude vers Test pour atteindre Soekaboemi, « le lieu des délices», sanatorium de Tîle. Puis c'est Tjandjoer, ancienne résidence du régent des. Préangers ; des rizières sans nombre escaladant les côtes et s'étendant dans les vallées d'un beau vert coupé, çà et là, par le sarong brun d'une indigène ; Bandoeng, chef-lieu des Préangers ; des villages moins importants cachés au milieu d'une végétation paradisiaque; Tjibatoe, d'où un embranchement se détache vers Garoet.
Ensuite, la partie la plus intéressante du voyage, la traversée d'une chaîne de volcans par une série de ponts et de viaducs jetés sur des ravins effrayants, de tranchées creusées dans le flanc des montagnes couvertes de forêts, ou de remblais pour franchir des petites gorges; enfin la plaine marécageuse de Maos, petite localité que le train ne dépasse pas et où il faut trouver un logis soit dans le pasangrahan construit par l'Etat, soit dans des cases indigènes.
De Maos à Djocjokarta, le paysage est monotone quoique beau encore : des rizières dans la plaine à gauche et surtout à droite; vers le nord les contreforts méridionaux de la chaîne des montagnes centrales de l'île.
Arrivé à Djocja, vers lo heures du matin, je descends à rilôtel Central où j'occupe une chambre donnant de plain-pied sur la rue, ce (lui me permettra d'examiner à loisir le i)euple javanais; mon i)remier soin est de faire visite au
résident pour obtenir une invitation à la tète donnée le lendemain i)ar le sultan. Ma seconde visite est pour le D** Grooneman, larehéolof^ue si distingué qui a voué sa vie à des recherches et des travaux sur les antiquités de Java. Après le déjeuner, sieste : il fait tellement chaud qu'on n'oserait se hasarder sur les routes blanches et surchauffées par un soleil ardent — ensuite, petites promenades d'orientation dans la ville.
Autrefois, des murs i)ercés de quatre portes reliées entr elles par deux grandes rues, entouraient Djocjokarta; les murs ont disparu, mais les avenues ont été conservées. L'une d'elles conduit directement à l'aloen-aloen et au palais du sultan, en passant entre le palais du résident et le llustenbourg". Ce fort, ccmstruit en 1760, est entouré de fossés, de remi)arts de pierres et de quatre bastions; à l'intérieur sont les casernes pour les soldats européens, les demeures des officiers, l'hôpital et les magasins. Sur les remparts, des canons la gueule tournée vers le kraton, rappellent au sultan qu'il lui en coûterait d'essayer de se rendre indépendant.
La fête chez le sultan ne devant commencer qu'à 9 \;2 heures, lés i)remiôres heures de la journée de mardi sont mises à profit pour faire une promenade pédestre dont le but est la visite des parties accessibles du kraton ou palais du sultan.
Une large avenue conduit à une place carrée, vaste et dénudée, bordée d'arbres en forme de « payong » ou parasol et occui)éc au centre par une esi)èce de trône en pierre ; sur la droite, la
Près de Tjibodak, le chemin de fer qui jusqu'ici s*est dirigé vers le sud, fait un bi*usque coude vers Test pour atteindre Soekaboemi, «le lieu des délices», sanatorium de Tile. Puis c'est Tjandjoer, ancienne résidence du régent des. Préangers ; des rizières sans nombre escaladant les côtes et s'étendant dans les vallées d*un beau vert coupé, ça et là, par le sarong brun d'une indigène ; Bandoeng, chef-lieu des Préangers ; des villages moins importants cachés au milieu d'une végétation i)aradisiaque; Tjibatoe, d'où un embranchement se détache vers Garoet.
Ensuite, la partie la plus intéressante du voyage, la traversée d'une chaîne de volcans par une série de ponts et de viaducs jetés sur des ravins effrayants, de tranchées creusées dans le flanc des montagnes couvertes de forêts, ou de remblais pour franchir des petites gorges; enfin la plaine marécageuse de Maos, petite localité que le train ne dépasse i)as et où il faut trouver un logis soit dans le pasangrahan constiniit par l'Etat, soit dans des cases indigènes.
De ilaos à Djoejokarta, le paysage est monotone quoique beau encore : des rizières dans la plaine à gauche et surtout à droite; vers le nord les contreforts méridionaux de la chaîne des montagnes centrales de l'île.
Arrivé à Ujocja, vers lo heures du matin, je descends à rilotel Contrai où j'occupe une chambre donnant do plain-pied sur la rue, ce qui me permettra d'examiner à loisir le peuple javanais; mon in*omier soin est de faire visite au
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résident pour obtenir une invitation à la fêt-e donnée le lendemain i)ar le sultan. Ma seconde visite est pour le D** Grooneman, rareliéolos:ue si distingué qui a voué sa vie à des recherches et des travaux sur les antiquités de Java. Après le déjeuner, sieste : il fait tellement chaud qu'on n'oserait se hasarder sur les routes blanches et surchauffées par un soleil ardent — ensuite, petites promenades d'orientation dans la ville.
Autrefois, des murs i)ercés de quatre portes reliées entr'elles par deux g-randes rues, entouraient Djocjokarta; les murs ont disparu, mais les avenues ont été conservées. L'une d'elles conduit directement à l'aloen-aloen et au palais du sultan, en passant entre le palais du résident et le Kustenbourg. Ce fort, construit en 1760, est entouré de fossés, de remparts de pierres et de quatre bastions; à l'intérieur s(mt les casernes pour les soldats européens, les demeures des officiers, riiôi)ital et les magasins. Sur les remparts, des canons la gueule tournée vers le kraton, rappellent au sultan ([u'il lui en coûterait d'essayer de se rendre indépendant.
La fête chez le sultan ne devant commencer qu'à 9 \/2 heures, lOs premières heures de la journée de mardi sont mises à ])r()fit ])our faire une promenade pédestre dont le but est la visite des parties accessibles du kraton ou palais du sultan.
Une large avenue (M)nduit à une place carrée, vaste et dénudée, bordée d'arbres en forme de « payong » ou parasol et occupée au centre par une esi)èce de trône en i)ierre ; sur la droite, la
Près de Tjibodak, le chemin de fer qui jusqu'ici s*est dirigé vers le sud, fait un brusque coude vers Test i)our atteindre Soekaboemî, «le lieu des délices», sanatorium de Tîle. Puis c'est Tjandjoer, ancienne résidence du régent des. Préangers ; des rizières sans nombre escaladant les côtes et s'étendant dans les vallées d'un beau vert coupé, çà et là, par le sarong brun d'une indigène ; Bandocng, chef-lieu des Préangers ; des villages moins importants cachés au milieu d'une végétation paradisiaque; Tjibatoe, d'où un embranchement se détache vers Garoet.
Ensuite, la partie la plus intéressante du voyage, la traversée d'une chaîne de volcans par une série de ponts et de viaducs jetés sur des ravins effrayants, de tranchées creusées dans le flanc des montagnes couvertes de forêts, ou de remblais pour franchir des petites gorges; enfin la phiine marécageuse de Maos, petite localité que le train ne dépasse pas et où il faut trouver un logis soit dans le pasangrahan construit par l'Etat, soit dans des cases indigènes.
1)0 Maos à Djocjokarta, le paysage est monotone (juoique beau encore : des rizières dans la l)hiiiie à gauche et surtout à droite; vers le nord les contreforts méridionaux de la chaîne des montagnes centrales de Tile.
Arrivé à Djocja, vers lo heures du matin, je descends à l'Ilot(»l Contrai où j'occupe une chambre donnant do i)lain-i)iod sur la rue, ce qui me permettra d'examiner à loisir le peui)le javanais; mon i)reniier soin est de faire visite au
résident pour obtenir une invitation à la fêt-e donnée le lendemain par le sultan. Ma seconde visite est pour le D** Grooneman, rareliéologue si distingué qui a voue sa vie à des recherches et des travaux sur les antiquités de Java. Après le déjeuner, sieste : il fait tellement chaud qu'on n'oserait se hasarder sur les routes blanches et surchauffées par un soleil ardent — ensuite, petites promenades d'orientation dans la ville.
Autrefois, des murs percés de quatre i)ortes reliées entr'elles par deux grandes rues, entouraient Djocjokarta; les murs ont disparu, mais les avenues ont été conservées. L'une d'elles conduit directement à l'aloen-aloen et au palais du sultan, en passant entre le palais du résident et le Rustenbourg. Ce fort, construit en 1760, est entouré de fossés, de remparts de pierres et de quatre bastions; à l'intérieur sont les casernes pour les soldats européens, les demeures des officiers, l'hôpital et les magasins. Sur les rem- I)arts, des canons la gueule tournée vers le kraton, rappellent au sultan qu'il lui en coûterait d'essayer de se rendre indépendant.
La fête chez le sultan ne devant commencer qu'à 9 »/i heures, lés premières heures de la journée de mardi sont mises à profit ])our faire une promenade pédestre dont le but est la visite des parties accessibles du kraton ou palais du sultan.
Une large avenue conduit à une place carrée, vaste et dénudée, bordée d'arbres en forme de « payong » ou parasol et occupée au centre i)ar une espèce de trône en pierre ; sur la droite, la
Près de Tjibodak, le chemin de fer qui jusqu'ici s'est dirigé vers le sud, fait un brusque coude vers Test pour atteindre Soekaboemî, «le lieu des délices », sanatorium de Tile. Puis c'est Tjandjoer, ancienne résidence du régent des. Préangers ; des rizières sans nombre escaladant les côtes et s'étendant dans les vallées d'un beau vert coupé, çà et là, par le sarong brun d'une indigène ; Bandoeng, chef-lieu des Préangers ; des villages moins importants cachés au milieu d'une végétation i)aradisiaque; Tjibatoe, d'où un embranchement se détache vers Garoet.
Ensuite, la partie la jdus intéressante du voyage, la traversée d'une chaîne de volcans i)ar une série de ponts et de viaducs jetés sur des ravins effravants, de tranchées creusées dans le flanc des montagnes couvertes de forêts, ou de remblais pour franchir des petites gorges; enfin la plaine marécageuse de Maos, petite localité que le train ne dépasse pas et où il faut trouver un logis soit dans le pasangrahan construit par l'Etat, soit dans des cases indigènes.
De Maos à Djocjokarta, le paysage est monotone quoique beau encore : des rizières dans la l)laine à gauche et surtout à droite; vers le nord les (*ontreforts méridionaux de la chaîne des montagnes centrales de l'île.
Arrivé à Djocja, vers lo heures du matin, je descends à rilôtel Central où j'occupe une chambre donnant de i)lain-pied sur la rue, ce qui me permettra d'examiner à loisir le peuple javanais; mon premier soin est de faire visite au
résident pour obtenir une invitation à la fête donnée le lendemain par le sultan. Ma seconde visite est pour le D** Grooneman, rarchéologue si distingué qui a voué sa vie à des recherches et des travaux sur les antiquités de Java. Après le déjeuner, sieste : il fait tellement chaud qu'on n'oserait se hasarder sur les routes blanches et surchauffées par un soleil ardent — ensuite, petites promenades d'orientation dans la ville.
Autrefois, des murs percés de quatre portes reliées entr elles par deux grandes rues, entouraient Djocjokarta; les murs ont disparu, mais les avenues ont été conservées. L'une d'elles conduit directement à l'aloen-alocn et au palais du sultan, en passant entre le palais du résident et le Kustenbourg. Ce fort, construit en 1760, est entouré de fossés, de remparts de pierres et de quatre bastions; à l'intérieur sont les casernes pour les soldats européens, les demeures des officiers, l'hôpital et les magasins. Sur les remimrts, des canons la gueule tournée vers le ki'aton, rappellent au sultan qu'il lui en coûterait d'essayer de se rendre indépendant.
La fête chez le sultan ne devant commencer qu'à 9 */2 heures, lOs premières heures de la journée de mardi sont mises à profit pour faire une promenade pédestre dont le but est la visite des parties accessibles du kraton ou palais du sultan.
Une large avenue conduit à une place carrée, vaste et dénudée, bordée d'arbres en forme de « payong » ou parasol et ()ccui)ée au centre i)ar une espèce de trône en pierre ; sur la droite, la
mosquée, s'rainl t'difiee carré pouvant contenir deux mille fidèles. Beaucoup de mouvement dans cet aloon-aloen : de toutes parts, arrivent des indigènes, des rég:ents, des chefs de villages et surtout des femmes du paj's dans leui" costume si pittoresque. Sous les arbres, des Javanais en masse, assis autour do marchands javanais, malais et chinois, vendant des fruits, du riz cuit et des boissons. En un coin de la plaine, un carrousel primitii : un rail unique sur lequel roulent quatre caisses bondées de Javanaises. Le long du côté oriental une vraie foire : d'abord une baraque où pour un sou. on montre aux indigènes émerveillés un enfant sans jambes, des jambes seules, une tète sans corps, etc., grossière imitation du spectacle de la tête parlante, bien connu sur nos foires ou kermesses; dans une autre, de jeunes enfants dansent à la mode javanaise, puis jouent une petite comédie, tandis qu'un ■ gamelan o ou orchestre fait entendre des bruits assourdissants ; à côté un théâtre de nmrionnettes mues par un aimant placée sous une table de verre. Plus loin un danseur javanais affublé d'un costume étincelant d'or, avec de grands pendants aux oreilles et des plumes dans les cheveux ; sa danse consiste en mouvements gracieux et lents des bras, des mains et des jambes et en poses plastiques ; enfin d'autres baraques encore, des balançoires, une roue de Paris en miniature, des nmrchands de fruits, des restaurateni-s, etc., et tout autour une affluence nombreuse d'indigènes eu sarong aux couleurs
voyantes, le torse et les pieds nus, marchant sans bruit et parlant tous bas ; ils n'osent élever la voix, habitués qu'ils sont depuis longtemps à souffrir en silence la domination du sultan.
Par la porte de Taloen-aloen arrivent de nombreux Javanais, porteurs de lances et de drapeaux ; de temps à autre, ai)paraissent des régents des Vorstenlanden et des districts voisins, coiffés d'un petit chapeau conique en taffetas blanc ou noir, le kriss à la ceinture et le long sarong relevé sur le côté et retenu avec la main ; ils sont accompagnés d'un serviteur portant le payong ou parasol signe de leur autorité, et d'un domestique qui tient sous le bras la natte sur laquelle le chef se mettra à genoux devant le sultan ; i)uis ce sont des gamelans, orchestres composés de cimbales et de tambours, des parasols encore, etc.
Peu après débouche sur la place un cortège précédé de deux régents et comi)osé d'un orchestre et de danseurs, deux portent des sabres, deux autres des drapeaux, deux enfin sont montés sur des chevaux en carton ; arrivé au milieu de l'aloen-aloen, ce cortège s'arrête, les musiciens se placent d'un côté, les indigènes se massent en cercle et au milieu, les évolutions chorégraphiques commencent. D'abord, ce ne sont que des pas lents, des marches et des contre-marches en cercles devenant toujours plus étroits, i)uis les danseurs se rencontrent, frappent leurs sabres les uns contre les autres, tandis que la foule manifeste par des cris son contentement ; les cavaliers font de même un simulacre de combat, se lancent
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Tun contre Tautre à la grande joîe des spectateurs qui aiment ces tournois non sanguinaires, puis le cortège se remet en marche pour rééditer un peu plus loin sur cette i^lace immense le même spectacle.
Mais il faut quitter cette foule toujours grossissante et me frayer, facilement du reste, grâce au respect des Javanais pour TEuropéen, un chemin jusqu'à la sortie pour aller à la résidence où Jes Européens se réunissent déjà.
Sous la vaste vérandah qui court le long de son petit xmlais, le résident reçoit les invités, tous les hauts fonctionnaires de Djocja, les officiers supérieurs, le curé de la ville, le mandarin chinois, chef de la police des Célestes, etc. A lo heures arrivent les gardes du corps suivis d'une voiture envoyée par le sultan, puis deux régents viennent présenter au résident les hommages de leur maître et lui assurer que le sultan serait heureux de recevoir les compliments de son frère aîné, si celui-ci voulait bien venir au kraton dans la voiture mise à sa disposition. Les régents s'éh)ignent et vont porter au sultan l'assurance de l'arrivée du résident.
:^ Quand on supi)()se les envoyés rentrés au kra-
ton, le résident prend place dans la voiture traînée par ((uatre chevaux et suivie du i)orteur du parasol d'or, signe de l'autorité du résident. Les invités i)rennent place dans d'autres voitures et au ])etit trot on se dirige vers le kraton entre deux rangées d'indigènes accroupis sur les deux côtés de la route dans l'attitude de la prière.
loa
A l'entrée du résident dans Taloen-aloen , les gameJans se font entendre, tandis que la foule, retenue derrière deux haies de lanciers, se niasse pour voir défiler les invités.
Arrivé à la porte du kraton, on descend de voiture pour se diriger vers l'intérieur en passant par des portes et des couloirs non couverts qui traversent les fortifications du palais du prince. Nous voici alors au «Settinggil», endroit exhaussé couvert en partie d un toit de feuilles de palmiers sous lequel on a disposé un fauteuil pour le résident et à sa droite un divan pour le sultan ; devant, des chaises, en grand nombre à droite, quelques-unes seulement à gauche. Les invités font halte ici et attendent l'arrivée du fils aîné du sultan, son héritier présomptif, qui vient inviter le résident à entrer dans le palais et lui offre le bras.
Et le cortège se remet en marche au son des gamelans, pénètre plus avant dans le kraton, traverse une nouvelle place à ciel ouvert, remonte quelques marches d'escaliers entre les troupes du sultan et arrive ainsi dans le « bangsalkentjono». Nous sommes là dans la salle du trône, salle sans murs, couverte d'un toit richement sculpté, i)eint d'or et de couleurs vives. Le sultan se tient sur un palier où quelques marches donnent accès ; il attend le résident qui lui offre ses hommages : les hauts fonctionnaires en font autant, puis tous prennent place.
Un page féminin tout fardé de jaune porte la traîne du sultan ; le prince déjà âgé et de
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• ri.
\i figure sympathique est grand et robuste. Devant
la salle du trône, un orchestre javanais joue un
jj morceau de musique, tandis que les indigènes
restent accroupis par terre, personne, sauf le I)rince héritier et les Européens, n'ayant le droit de s'asseoir, ni de rester debout devant le sultan. A droite et à gauche du trône, sont aussi accroupis des Javanais et des Javanaises qui forment la domesticité ; derrière le sultan, dans la même posture, des femmes portent les insignes de l'autorité de leur maître.
Peu d'instants après, nous passons dans les appartements privés, où le résident salue la femme légitime du sultan et les princesses au nombre d'une quinzaine environ ; dans la cour sont accroupies par terre une bonne centaine de femmes qui servent le sultan ; à gauche, dans le fond de la salle, un groupe de seize femmes qui forment le harem. Le sultan a eu jusqu'ici deux femmes légitimes qui lui ont donné quatorze enfants ; de ses concubines, il en a soixantedouze, presque toutes filles, qui forment sa cour. De là, retraversant la salle du trône et la grande cour qui la précède, nous revenons au Settinggil. Devant le sultan et le résident qui vont bras dessus, bras dessous, marchent d'abord des malheureux indigènes bien habillés, mais difformes : des bossus, des gens à tètes grotesques, d'autres aux jambes contrefaites, puis viennent douze femmes, le corps teint en jaune, portant sur des coussins les attributs royaux du sultan, ensuite les invités, et on prend place dans le Settinggil pour la revue.
Le résident y est à la gauche du sultan et les invités européens du même côté sur des chaises ; devant le sultan tous les régents disposés selon leur ordre hiérarchique et accroui)is à terre dans Tattilude de la vénération ; derrière, des régents encore et plus loin le peuple en habits de fête, mais le torse nu et les cheveux flottant sur les épaules.
L'armée du sultan se compose d'environ 200 soldats armés de vieux fusils et de lances, ils défilent en un pas de parade lent ; ils sont vêtus de costumes bizarres, mélange cocasse d'habits européens du xviir siècle et d'habits javanais. Les lanciers dansent d'une manière intéressante et un des princes royaux exécute seul une danse difficile et pittoresque. Viennent ensuite les chefs des baj'^adères, deux types grotesques au possible, puis les gamelans et enfin des monceaux de fruits, de riz, de gâteaux que l'on transporte à la mosquée où ils seront bénis, puis distribués au i>euple. Dans l'entretemps, cm sert du porto et le résident boit à la reine de Hollande, au gouverneur des Indes, au sultan et à sa famille ; le sultan répond quelques mots d'une voix à peine percei^tible et boit au résident. Tous nous retournons alors dans la salle du trône où le sultan nous fait offrir du tJié et des petits gâteaux, puis on se quitte ai)rès avoir donné une bonne poignée de mains aux princes fils du sultan. Telle est, dans sa partie officielle, la fête du Garebeg poewassa ainsi que l'appellent les Javanais; chez les Soendanais, on la connaît sous le nom de
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« lebaranpîtrah ». Beaucoup d'Européens la considèrent, à tort, comme la fête du nouvel an, ijarce qu'en ce jour les Javanais se font des visites pour exprimer leurs sentiments affectueux.
La journée du 28 janvier est consacrée à la visite de Soerakarta, capitale d'un autre Etat plus ou moins indépendant comme Djocja. Le résident m'apprend qu'il est impossible de visiter le kraton du sultan ou soeselioenan, ijarce que le lendemain de la fête officielle du Garebegpoewassa a lieu une fête tout intime et que personne, pas même le résident, n'est admis ce jourlà au palais. Solo est une ville immense composée, comme Djocja, de maisons petites et basses, bordant des routes larges, ombragées de figuiers et de cocotiers. La demeure de l'emi^ereur a l^resque la disposition de celle du sultan de Djocja, le mcMue aloen-aloen avec ses arbres taillés en forme de parasol, la mosquée à droite et le trône au milieu de la place.
Au centre de la ville, en face du kraton s'élève, comme à Djocja, le fort construit par les Hollandais pour maintenir les princes dans l'obéissance.
La matinée du lendemain, promenade dans les dépendances du kraton de Djocja, une ville javanaise d'une lieue de tour, au milieu d'une autre ville, dont elle est séparée par de hauts murs; à l'intérieur, des habitations, des jardins, des rues, des sentiers, de petits villages ou kampongs, des canaux et des étangs; la population du kraton est évaluée à quinze mille personnes environ, presque toutes ayant un enii)loi au palais.
Ensuite, visite du « Tamansari » ou Water kasteel, ancien cliâteau construit en 1758 par le sultan Amangkoe lîoewono 1'"'', sur une île artificielle, au milieu tVun lac et auquel on avait accès par un passage souterrain. Le lac a été comblé en partie par la chute des murs, mais pour arriver au bâtiment central il faut encore i)asser par un conduit souterrain qui i)ermet de franchir un étang. Cette demeure princière a dû être si)lendide si Ton en juge par les restes branlants où Ton voit encore de beaux morceaux d'architecture de style indou et javanais. Tout est abandonné à Taction dévastatrice de Texubérante végétation équatoriale, qui fait jaillir des ruines de beaux arbres dont les racines renversent les rares murs encore debout. Certaines chambres sont cependant assez bien conservées, comme la salle de repos où le sultan venait passer les heures chaudes de la journée, les petits salons de Tappartement des femmes et Timmense salle de récei)tion.
Enfin, promenade dans le quartier dit chinois, résidence de tous les étrangers de race jaune; ils sont gouvernés i)ar un cai)itaine chinois, lequel dépend directement de Tadministration hollandaise. Ce quartier est le i)lus sale et le moins intéressant de Djocja.
L'après-midi, le tramway me conduit à iMoentilang, petite localité habitée par une cohmie nombreuse de Chinois et par quelques Javanais; de là, en voiture, j'atteins Mendoet où réside le Père Hoevenaers. Partout ce ne sont que rizières
et chaiui)s de cannes à sucre avec de ci, de là, un village cacJie au milieu d'un fouillis d'arbres gigantesques, entouré d'une haie en bambou percée de ({uchiues ouvertures. La contrée est une des i)lus i)eui)lées de Java.
JiC 2;"), de très bonne heure, visite du B(nH)boedocr, temple bouddhique célèbre, un des plus beaux restes de l'architecture indoue à Java (i).
Une allée de kanaris mène au temple bâti sur les faces d'une colline équarrie et mesurant, sur chaque côté, environ cent cinquante mètres, li'édifice lui-même est en forme de pyramide à quatre pans, haute d'environ cinquante mètres. Au milieu de chacun des (luatre côtés se trouve une porte à laquelle on accède par des escaliers qui se i)oursuivent jusque la plateforme supérieure. Quatre terrasses font le tour de l'édifice à différentes hauteurs et les i)arois de ces terrasses sont en i)ierres d'une merveilleuse sculpture; là sont représentés la naissance et l'éducation de Jiouddlia, son départ de la maison paternelle, ses méditations, son instruction, son jugement, sa mort et scm entrée dans le Nirvana. Sur la i)lateforme supérieure qui est circulaire, on trouve trois nouvelles terrasses de même forme ornées de soixante-douze dagobas ou temples renfermant chacune une statue de Bouddha; au centre une dagoba plus élevée et i)lus grande où les reliques de Jiouddha ont dû être conservées.
(1) U a fait l'objet «l'une savante étude de M. Leeinnns, Bôràboedoer op het eihnul Junu, Lei<le, iH-'i.
Du liant la vue sur le monument est mafçnifique : un fouillis de clochetons, de dagobas, de sculptures, de terrasses s'étend de tous les côtés vers le bas; dans la plaine des rizières et des villages et à riiorizon le volcan Mérapi avec son panache de fumée. Le Boroboedoer malh'eureusement tombe en ruines, des i)ierres énormes se détachent de son flanc et des vandales ont mutilé des sculptures ou enlevé des pierres entières; malgré tout, ce temple n'en est pas moins imposant avec ses terrasses de plus de trois kilomètres de longueur, ses nombreux Bouddhas, ses éléi)hants de pierre, ses sculptures fines et artistiques.
Trois heures passées à* visiter ce monument s'écoulèrent comme un rêve ; le soleil qui touchait au zénith me for<;a à quitter le Boroboedoer; impossible de rester au milieu de ces pierres blanches qui renvoient la lumière solaire sans offrir un peu d'ombre. La grand'route de Mendoet plus fraîche sous les arbres immenses conduit au petit temple de ]\[endoet qui, toute i)roportion gardée est aussi joli que le Boroboedoer; c'est un édifice de forme octogonale surmonté d'une légère coupole de près de vingt mètres de haut sous laquelle un J^mddha est adoré par deux femmes. Non loin de ce temi)le est un kampong javanais que je visite et oii j'assiste à une réunion des chefs javanais du district.
Après déjeuner avec le Père Iloevenaers, qui fut pour moi un guide très ainuible, je reviens en voiture à Moentilang et de là en tramway à Djocjokarta, où je rentrai vers G heures du soir.
Le sol des environs de Djocja est imrsenié de ruines ; le Boroboedoer n'est pas le seul temple qui ait survécu à la civilisation indoue.
Le 26 janvier, je visite les ruines du Tjandi Loro Djanggrang, à Brambanam, dans la plaine, non loin d'une gare du chemin de fer Djocja-Solo, au sud du volcan Mérapi.
Le temple de la Vierge (Loro Djanggrang) est formé d'une série de petits temples complètement renversés et de six grands temples dont les i)lus beaux sont dédiés aux divinités Vislinou, Siva et Brahma. Celui de Siva est le plus élevé de tous ; il comprend quatre chapelles qui se i^artagent les quatre statues de Siva, Dourga, Ganesha et Gourou. Leur partie supérieure a été détruite par des tremblements de terre et les indigènes ont arraché i^lusieurs pierres jmur construire leurs demeures. Si, par l'imagination, on rétablit ces ruines dans leur si)lendeur première, on est en présence d'un ensemble magnifique de temples, tous ornés à profusion de sculi)tures qui, cependant, ne sont pas aussi variées que celles du Boroboedoer.
l^es ruines, dans cette i)laine qui s'étend au pied du Mérapi, sont nombreuses ; près du temple de la Vierge, deux énormes amas de pierres marquent l'emplacement de deux temi)les complètement renversés. I^'archéologue Grooneman, trop occupé par la restauration des grands édifices, n a pu encore travailler au rétablissement de ceux-ci. Non loin de là, le Tjandi Sewoe ou les Mille temi)les. 11 n'y en a pas mille, mais on peut eu
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compter actuellement deux cent quarante-six, tous à peu près en ruines ; un surtout est très grand, m^is on a enlevé beaucoup de pierres qui le couvraient et il ne renferme plus aucune statue. Au nord du ïjandi Sewoe, les ruines du Tjandi Plaosam et au-delà de la voie ferrée, celles du Tjandi Kalongan.
L'après-midi, visite du pasar Gedé, village et marché, à une lieue au sud-est de Djocja, où liabitent de nombreux orfèvres et batteurs de cuivre. Il existait dans cette localité un kraton, c'est-à-dire un château, construit par Senapati, le fondateur de Tempire de Mataram qui, en I75v5, se divisa pour former les sultanats actuels de Djocja et de Soerakarta ; il ne reste plus, des constructions qui ont dû être splendides, que des ruines, sauf cependant V <castamaï> ou cimetière des princes de Djocja. •
Les pluies diluviennes qui tombent Tai^rèsmidi et souvent aussi le matin, me forcent à abandonner le projet de faire Tascension d'un des nombreux volcans qui couvrent Tile et de pousser jusqu'à Soerabaja.ou de m'arreter au retour à Garoet ; en outre, les journaux annoncent que le choléra fait de nombreuses victimes à Singapore • et que probablement les bateaux venant de Batavia iront à Pinang et non à Singapore. Si je veux éviter un retard d'une quinzaine de jours, il est nécessaire de repartir aussitôt pour Batavia afin de ne ims manquer la malle hollandaise du 29 janvier, dans le cas où la malle fran(^*aise ne i)artirait pas le 1*'*" février.
Le 28, au soir, rentrée à Buîtenzorg où Tagent des bateaux m'assure que la malle française quittera Batavia le i*"*" février. Le 29, visites de départ, notamment aux hauts fonctionnaires qui m'avaient aidé de leurs conseils et au sympathique directeur du jardin botanique, M. le D*" Treub, et promenade dans le village malais situé au i)ied de la colline sur laquelle est construit Buitenzorg.
Le 3o, retour à Batavia, visites de départ, excursion à Meester-Cornôlis, village malais important au sud de Weltevreden ; le 3i, recherches à la bibliothèque et travail au musée d'ethnographie. Le i***" février, à 7 heures du matin, départ de Java vers Singapore.
Le jardin botanique de Buitenzorg, peut-être le plus célèbre du monde entier, fut fondé par les Hollandais en 181 7, presqu'au lendemain de la cession de Java pai les Anglais. Il occui)e environ 58 hectares de terrain à Buitenzorgmême, plus deux annexes : l'une à Tjibodas. jardin en montagne et forêt vierge d'une étendue de près de 3()0 hectares, l'autre à Tjikeumeuh, de soixante-douze hectares, jardin d'essais situé tout près de celui de Buitenzorg.
Dans le premier de ces jardins (Botanisch Tuin) toutes les ])lantes sont cataloguées, par familles, en différents endroits ; ainsi, toutes les légumineuses sont à droite de l'entrée principale
qui conduit à la belle avenue de kanaris, plantée par Teysmann ; les malvacées sont réunies à gauche de cette même avenue, etc., et de cliaque espèce on cultive deux individus, signalés tous deux par une étiquette. Ce jardin est d'une richesse inouïe et contient environ neuf mille sortes de i^lantes.
Le jardin de Tjikeumeuh sert aux essais de plantation et a surtout pour destination de procurer aux planteurs graines ou boutures d'excellente qualité ; il permet en outre, au savant, d'étudier les végétaux propres à la culture tropicale dans leur forme et leur manière de vivre.
Le parc de Tjibodas est situé dans la région appelée Préanger, à une altitude de 45oo pieds : il comprend d'abord une foret vierge dans laquelle on n'a pas môme tracé de chemins et qu'on laisse végéter librement, ensuite un jardin où l'on cultive les plantes qui ont besoin d'un climat plus tempéré.
Le «'s Lands Plantentuin» est composé de huit sections : i" l'herbarium et le musée ; 2" les laboratoires de botanique ; 3° le jardin de culture et le laboratoire de chîn)ie agricole ; 4" le laboratoire de pharmacologie ; v5" le jardin botanique à Buitenzorg et le jardin de Tjibodas ; 0" le bureau, la bibliothèque et l'atelier photographique ; 7" le laboratoire pour les recherches sur la flore forestière ; 8"* le labcu^atoire pour les recherches sur le tabac.
Les plantations sont donc complétées par des laboratoires , par une bibliothèque contenant
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tout ce qui a paru sur la botanique et les sciences auxiliaires, par un musée avec un herbier divisé en deux parties : Therbier de la flore tropicale et celui de certaines collections de la flore forestière si riche à Java.
Les publications du jardin botanique sont nombreuses : le Catalogne des plantes en culture ; les Rapports annuels (Verslag omirent den staat van \s Lands Plantcntuin) ; les Communications du Jardin national des plantes (Mededeelingen uit 's Lands Plantcntuin), les Annales du jardin botanique, dont les articles sont rédigés en allemand, en français ou en anglais ; les Petits Avis (Korte Berichten), etc.
Le directeur actuel est M. le D** Treub, qui lors de mon arrivée à Buitenzorg était en exploration dans nie avec M. le professeur Ilaekel ; j'eus cependant l'honneur d'être reçu par ce savant lors de son retour.
C'est à Buitenzorg que les botanistes belges pourront le mieux étudier les flores tropicale et équatoriale ; ils y trouveront tout ce qui leur sera nécîessaire pour faire des études api)rofondies : laboratoires, bibliothèque, arbres et plantes classés méthodiquement à Buitenzorg, cultivés sur une grande échelle à Tjikeumeuh ou grandissant à leur gré dans la forêt vierge de Tjibodas. Seulement, si le botaniste veut profiter de tout son séjour, il doit arriver à Buitenzorg muni dune connaissance approfondie de la systématique, après avoir étudié sérieusement les familles qui feront l'objet de nouvelles re-
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cherches, et préparé le mieux possible le genre d'études auquel il veut se livrer. Le jardin botanique avec ses laboratoires, musée et bibliothèque, n'est pas une université ; rétranger peut comi)ter sur l'amabilité, l'oblig-eance et la bienveillance du directeur et de tous les chefs des diverses sections ; cependant, il ne doit pas espérer y trouver des maîtres qui l'aideront de conseils journaliers ou (lui le pousseront au travail ; ces chefs, de même que le directeur, ont des occupations tellement absorbantes qu'il leur est impossible de g-uider continuellement le jeune savant dans ses recherches d'un caractère purement scientifique. Il n'en sera plus de môme, s'il veut s'adonner à l'étude de la botanique coloniale pratic^ue, but d'ailleurs presque exclusif du jardin ; il aura à sa disposition un laboratoire spécial pour l'étude du tabac et du caféier, et pourra prendre conseil des membres du personnel qui ne s'occupent que des plantes de rapport cultivées dans les régions intertropicales. Il y aurait peut-être lieu pour le (iouvernement belge, et vu rhosi)italité si large qu'offrent les Hollandais à tous les étrangers, de créer une bourse de voyage annuelle réservée aux docteurs en sciences naturelles (botanique) ; cette bourse devrait être instituée pour i)ermettre à un Belge de continuer et d'approfondir ses études à Buitenzorg ; il serait recommandé aux boursiers de s'occuper plus spécialement de botanique coloniale. Ces docteurs une fois rentrés en Belgique, le Gouvernement pourra créer dans les Universités
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(les (M)urs (le botanique coloniale dont Taecès sera accordé à tous ceux qui veulent s'établir (*omnie planteurs au Congo ou ailleurs.
J'ajoute qu'il est utile que le jeune savant se rendant à Buitenzorg sache très bien le hollandais et Tallemand et connaisse un peu de malais, langue facile qui peut s'apprendre en quelques mois ; les règles de grammaire y sont pres(iue nulles et les occasions ne manquent pas, au cours (Vun séjour à Batavia ou ailleurs, de parler avec les indigènes : enfants de la rue, domesti(iues d'hotols, marchands d'antiquités javanaises ou de produits du pays, désireux de faire la causette dans Tespérance d'écouler leur marchandise.
La Société des Arts et des Sciences de Batavia — Bataviaasch Genootschap van Kunsten en Wetenschappen — est une société privée ne recevant du Gouvernement que certains subsides, environ 16.000 francs par an, plus le local dans le(iuel elle a installé son musée et sa bibliothè(iue; elle ressemble, dans son organisation, aux sociétés d'archéologie et d'histoire que possèdent in^esque toutes nos villes belges.
Le but (]u'elle poursuivait lors de sa fondation, en 1778, était de donner une imi^ulsion à tous les arts et à toutes les sciences, i)articulièrement à l'histoire naturelle, aux sciences naturelles, à l'archéologie, à la linguisti(jue, à l'ethnographie et à l'histoire des Indes néerlandaises, et aussi
de s'întéi'esser à tout ce qui pouvait servir à Tagriculture, au commerce et au développement économique des Indes (i).
En 1818, elle a modifié son règlement et déterminé ainsi le but qu'elle s'est assigné : faire Ijrogresser la connaissance de l'archipel des Indes orientales et des pays voisins en ce qui concerne la linguistique, la géographie et l'ethnographie. Elle tâche d'arriver à ce but par des publications (rapports, bulletin périodique, ouvrages spéciaux), jmr l'acci^oissement de ses collections, par des recherches, par la mise à la disposition de tous ceux qui travaillent dans son domaine, des moyens qu'elle i)ossède et par l'échange de ses publications avec celles des sociétés similaires.
Elle se comj^ose de membres ordinaires, extraordinaires, corresjyondants et d'honneur qui reçoivent les publications ; elle est dirigée par un comité de onze membres dont trois, le secrétaire, le trésorier et le bibliothécaire rec^oivent mensuellement la somme de cent fhnins pour couvrir leurs frais de bureau. Chaque mois le comité se réunit pour décider des affaires ordinaires ; les assemblées générales ont lieu lorsque le comité le décide ou sur la demande de dix membres ; quelquefois, une conférence ou un rapi)ort est fait
(i) llct p:onootschap sleldo zirli ten doel bevonlerhi}? van aile ktiiisteii en welcnseliapijcn ; in liel bijzonder di; natuuriijku historié, de natnurknnde. de oudlieidkunde, de taalkunde. de ethnogi*a]>hie en de j;escliiedenis van deze gewesten en wel voornamelijk 00k ailes wat zou knnnen strekken tcn nuttc van den landbouw, den loop1ian<leI en de bijzondere welvaart van Xederlandsch Oost-Indie.
par un membre à ces assemblées générales. La cotisation trimestrielle des membres est de dix florins.
Le local de la Société des Arts et des Sciences de Batavia est situé sur la Koningsplein à Weltevreden ; c'est un vaste palais de style grec.
J^e musée est très important ; les collections sont groupées par catégories dont la plus riche est la section d'ethnographie. Tous les objets ayant cjuclque valeur ethnographique y ont été rassemblés et ils sont au nombre de plus de dix mille, tous recueillis dans les îles composant les Indes néerlandaises. Un catalogue en deux volumes en a été publié par M. Van der Chys (Catalogen der eihnologische Verzaineling van het liafauiuasch genooischap van Kunsien en Wetenschappen), Malheui'eusement, le classement pourrait être plus méthodique. Cette collection s'augmente chaque jour de nouveaux objets, car une loi ordonne à quiconque trouve une antiquité de la remettre au Musée contre paiement de sa valeur. L'indemnité est pour l'inventeur et non pour le propriétaire du terrain où l'objet a été découvert ; cette loi est complétée par une ordonnance défendant l'exportation des antiquités.
La deuxième section est celle de numismatique; on y a réuni tous les échantillons de monnaies en usage auti^efois et aujourd'hui dans les Indes ; elle est augmentée d'une collection de monnaies anciennes et modernes de tous les pays.
Une section non moins curieuse est celle d'arcliéologie eoniprenaut des silex, des armes en fer,
des statues de Bouddha, des i)ierres sculptées ou avec inscriptions retrouvées dans les Indes ou enlevées aux nombreux temples d'architecture indo-javanaise que l'on restaure dans le centre de Vile de Java; en outre beaucoup d'objets, dons d'explorateurs ou de fonctionnaires.
Viennent ensuite plusieurs sections moins importantes ; celle des manuscrits, assez riche (manuscrits javanais, malais, kawis et arabes) ; celle des sceaux, celle relative aux entreprises faites à l'époque de la Compagnie des Indes orientales et une dernière intitulée : varia. Chacune de ces sept sections est dirigée par un membre du comité.
La bibliothèque est bien fournie de livres de toute espèce, acquis les uns par achat, les autres par dons, la plus grande partie provenant d'échanges. La « Bataviaasch Genootschap » publie de nombreux volumes divisés en séries qui sont : les V erhandelingen (52 volumes), le Tijdsclirift ooor Indische Taal-, Land- en Volkeiikiinde (4i volumes), les Nofiilen van de algenieene en Destuiirsverffaderinffen (3g volumes) et des mémoires séparés (37 volumes).
L'île de Java est une partie des Indes néerlandaises ; celles-ci sont divisées, au point de vue politique, en pays gouvernés directement i)ar la métropole, en principautés vassales et en pays confédérés, et sont placées sous la direction d'un
gouverneur général nommé par la reîne de Hollande. Le gouverneur général est représenté dans les provinces par un résident. A Java, il y a dixsept résidents qui sont aidés dans leurs fonctions par des assistants-résidents et des contrôleurs ; le reste de la hiérarchie administrative est indigène. Mais au centre de Tîle, les Hollandais ont laissé subsister deux principautés vassales à la tête desquelles est un sultan qui ne peut rien ordonner d'important sans rassentiment du résident qui lui sert de tuteur.
Java est une des îles les plus riches que l'on rencontre en Extrême-Orient ; elle produit beauc(mi) de riz, de maïs, du sucre (766.288 tonnes), du café, du tabac (21 millions de kilogrammes), du thé (6 millions de kilogrammes), du quinquina, de l'indigo. Le commerce y est très développé. Ses villes principales sont : Batavia, la capitale, avec 115.887 habitants, dont 8.898 Européens, 77.700 Malais, 26.817 Chinois, 2.245 Arabes; Samarang, avec S^.ooo habitants et Soerabaja, avec 147.000 habitants (i).
La pojmlation actuelle de Vile de Java (28 millions 745. ()()() habitants) se divise, au i)oint de vue etlinographique, en quatre grands groupes : les Européens, les Arabes, les Chinois et les Malais;
II) Le meilleur ouvrap^e relatif à Java est P.-.I Vetii, Java, ffeog-rnphiscli^ethnologisch, hisioriscli, dont une deuxième édition revue i)ar Snki.lemax et Xikkmkyer est eu cours de publication (Ilaarlem, liolin, ler vol. iSyG, 2^ vol. 1898). Nous citerons aussi un ouvrage de grande importance i)()ur tout ce qui concerne les Indes néerlandaises : Vax dkk Lith, Encyclopaedie van Netlerlandsch ItuUë, dont trois volumes ont paru à Leide. chez Brill.
on i)ourrait encore y ajouter les Japonais, qui cependant sont très peu nombreux : environ deux mille répandus dans les grandes villes.
Au point de vue légal, la population de Java est divisée en deux classes : les Européens et les personnes leur assimilées ; les indigènes et ceux qui leur sont assimilés. Les premiers sont régis en général par les lois de la métropole ; les derniers sont soumis aux coutumes et aux institutions indigènes.
Presque tous les Européens sont Hollandais ; il y a aussi près d'un millier d'Allemands, attachés à des maisons de commerce, environ 25o Français la plupart coiffeurs ou horlogers ; quelques Anglais, des Belges et des Suisses.
Les Arabes, que Ton rencontre un peu partout en Extrême-Orient, sont à Java près d'une vingtaine de mille ; ils s'occupent spécialement de commerce de détail et d'affaires d'argent. Leurs rapports avec les indigènes sont facilités par la communauté de croyances religieuses, et, en général, leur influence est assez considérable. Les Malais ont une profonde vénération pour les hadji et les lettrés musulmans; ces derniers ne sont le plus souvent que des espèces de moines» mendiants ou i)recheurs ; ils forment, croit-on, des sociétés secrètes qui ont joué un certain rôle lors des révoltes des Javanais contre l'autorité.
Les Chinois proviennent, en majeure partie, de la Chine méridionale, d'Amoy, du Foh-kien, du
Kwaiig-tung, de Formose et aussi de Sîngapore. Leur immigration à Java date de très haut. Ils apportent avec eux leurs coutumes et leurs habitudes, mais sont étroitement surveillés par le Gouvernement. En effet, à Java, il existe un péril chinois. Venus en grand nombre, les fils de Ilan, plus commer(;ants, plus laborieux que les indigènes, eurent tôt fait d'enlever à ces derniers tout le commerce et toute Tinduslrie, lorsqu'ils furent devenus artisans et marchands. Bons laboureurs et connaissant à fond la culture du riz, ils ont fini par supplanter, dans un certain nombre d'endroits, les Malais paresseux et indolents, comme agriculteurs et i)ropriétaires de rizières. Bons comptables et banquiers, ils ont l)ris à ferme du (iouvernement certains monopoles, celui de l'opium, des jeux et d'autres. Enfin, plus économe que l'indigène, le Chinois a trouvé facilement le moyen et l'occasion de prêter des sommes d'argent à un taux fabuleux et de jouer ainsi un rôle plus considérable dans la vie sociale. Le nombre des Célestes s'est accru considérablement, on révalue à près de Soo.ooo individus, répandus un peu partout, principalement dans les villes ou dans les kampongs, comme celui de Moentilang, près du Boroboedoer, où il n'y a que des Chinois.
Mais, contrairement à ce qui existe dans la l)lupart des pays où les Chinois émigrent, les femmes chinoises sont nombreuses à Java; il y enapresqu'autant que d'hommes (i35.ooo hommes et ii3.ooo fcnmies) ; le Céleste, ordinairement.
s*înstalle dans les Indes néerlandaises sans esprit de retour, et s'il ne peut avoir comme femme une compatriote, il épouse une Javanaise ou une Malaise. Une variété métis sort de ces unions, variété qui est plutôt chinoise que malaise ou javanaise, sinon (juant aux caractères physiques, du moins quant aux coutumes, aux habitudes, à Tesprit commercial et à la manière de se vêtir. Ces métis sont connus sous le nom de « perana kan » et en général dédaignés comme travailleurs.
Presque tous les habitants de Java, 2G millions environ, sont malais, alors que les Chinois ne sont que 3(K).(K)() et les Européens une cinquantaine de mille.
La variété humaine, dénommée malaise, habite non seulement Java, mais encore la plus grande partie des îles qui se rattachent vers le nord-ouest à l'Asie, vers le sud-est à l'Australie, savoir : Flores, Sumba, Sumbava, Lombok, Uali, Madoera, Java, Bornéo, Sumatra, îles auxquelles il faut ajouter la presqu'île de Malacca. L'habitat des Malais est bien délimité, mais on ne les trouve pas purs dans toutes ces contrées; (;à et là, ils se sont mélangés soit avec des Chinois, soit avec des Indous, soit avec des Indonésiens.
La population malaise de Java se divise en trois grands groui)es : les Soendanais à l'ouest, dans les résidences de Hantam, de Batavia, de Krawang, de Chéribon, dans les régences des Préangers; les Javanais au centre et vers l'est; les Madoerais, dans l'île de ^ladoera que l'on
mttai-li(? â Java i^t dans l'est de cette deniière île (résidences de Pasoeroeaii , de Jîesoeki et de Probolîng;g:o. où l'on rencoutre cependant encore des .Javanais). On a donné, en outre, d'autres classifications, par exemple : les lîantannnais ou ]îadouJ9, vivant dans la province de lîantani, la plus occidentale de l'île ; les Tenggerais, dans la province de Pasoeroean, etc. ; mais les différences entre ces poi)ulations sont peu uoinbreuses, et, en tout cas, on peut les considérer comme formant une seule variété linniaine, car elles possèdent les mêmes caractères somatoloH'iqut's.
Que si, par contre, il fallait étudier dans leurs caractères spéciaux tous les peuples de variété inalaise. ceux qui occupent la i)res(|u'ile de Malaeca comme ceux qui peuplent les côtes de Bornéo ou l'Ile de Java, il y aurait lieu de tenir compte des influences auxquelles ces groupes ethniques ont été soumis dans les milieux très éloig-nés les uns des autres où ils se sont établis. A Java, par exemple, où les trois groupes ethniques. Javanais, Soendauaia et Madoerais, Bemblent n'avoir pas toujours existé comme groupes séparés, mais avoir formé un seul peuple, l'influence indone a été prcdoniinante sur les Javanais, notamment sur les hautes classes de la société indigène do Ujocjokarta, tandis que cette influence a été nulle ou à peu près sur les Soendanais ; dans le nord de Sumatra, les Atchinaia sont des Malais plus ou moins arabisés, tandis que vers l'est de rinsulindo, l'influence papoue ou négrito a été prépondérante.
Les villaj»es javanais établis dans des plaines où le riz est la principale culture, sont très intéressants ; de loin, ils ressemblent à de vastes oasis de forme ordinairement carrée ou rectangulaire, perdues au milieu d'immenses rizières ; de hauts arbres, palmier:s et bananiers, waringen et cocotiers, cachent dans leur ombre les maisons et les huttes des indigènes, bâties sans ordre le long- de sentiers étroits et tortueux. La « desa » ou village est entourée d'une haie en troncs de bambou entrelacés, destinée à empêcher l'évasion du bétail qui court librement dans l'enclos et à protég^er les habitants contre les attaques des voleurs ou les rapines des bètes fauves. Aux quatre coins, souvent, ou le long^ de la route qui passe près de l'agglomération , s'ouvrent des l)ortes, c'est-à-dire des issues larges de 2 ou 3 mètres, et tout aussitôt on rencontre un j^etit édifice en bois, composé de pieux fichés en terre, supportant à un mètre du sol, un plancher de poutres équarries et, à la partie supérieure, un toit de feuilles de palmiers. C'est là que la nuit se tient le veilleur ; c'est là que i)euvent se rei)oser les i)assants ; c'est là aussi que se placent les musiciens ou joueurs de gamelan quand la « dlBsa » rec^oit la visite d'un haut personnage javanais ou hollandais.
A l'intérieur de l'enclos, c'est un fouillis d'arbres, d'arbustes et de petites clôtures entre lesquelles zigzaguent de petits chemins boueux et marécageux conduisant d'une maison à l'autre ou reliant les jardinets. Souvent, l'agglomération
possède un petit temple ou « langgar », qui dans les villages ruraux remplace le « mesig-it » ou mosquée des villes ; il est d'une construction différente de celle des autres maisons, et sert à la fois de chapelle et d'école. Xon loin de ce temple, le cimetière dans lequel les indigènes sont enterrés, le plus souvent sans cercueil ; ce lieu de repos est signalé par de i)etits tertres et par des jîlants nombreux de « boenga koeboer » , une espèce d apocynée.
Les maisons javanaises sont de construction simple : des ])als ou grosses poutres placées verticalement, réunies par des pai'ois en bambous, en feuilles d'arbres ou en terre séchée, avec une seule porte et pas de fenêtre ; le tout, surmonté d'un toit au faîte très élevé et en forte pente. Nous pouvons constater ici l'influence du climat sur la manière de bâtir des indigènes; l'élévation et l'inclinaison du toit facilitent récoulement des eaux pluviales qui tombent en grandes quantités à certaines époques ile l'année.
Les maisons javanaises se composent en général de deux i)ièces dont l'une sert de chambre à coucher, l'autre de cuisine. Le mobilier est très simple : un banc dit « balébalé » recouvert d'une natte et de coussins, une table ronde avec quelques sièges, une petite lampe à pétrole, un coffre de grandes dimensions pour serrer les vêtements, quelques ustensiles de cuisine.
Dans l'ouest, les villages (kami)ongs), sont moins denses, établis sur de plus grands espaces sans clôture et composés de maisons plus vastes.
Les habitations des eliefs de villages ou de riches propriétaires sont, comme les palais dans les villes, construites en pierres ou en briques. On trouve à peu près au centre de chaque agglomération une grande place, Taloen-aloen, plantée d'arbres : elle sert de lieu de réunion.
La desa javanaise n'est pas seulement un village, mais une organisation de forme collectiviste; c'est Tunité la plus importante dans la vie sociale des Javanais, comprenant le village proprement dit et tous les terrains cultivés ou non qui Tentourent. L'étendue du territoire des desas varie suivant les contrées; on en compte environ So.ooo dans Tile de Java, ce qui donne une moyenne de (îoo habitants i)ar desa. Les membi'es d'une môme desa sont solidaires les uns des autres et des liens de solidarité unissent chaque desa aux desas voisines. A côté des biens possédés en propre par les familles les plus importantes, dont les membres sont souvent chargés de l'administration de la commune, il existe des biens communaux cultivés par le village et dont les produits sont partagés entre tous ceux qui ont pris part à la culture, au prorata de leur nombre de journées de travail. Certaines familles, celles d'artisans, ne prennent pas part à ces cultures en commun, mais gagnent leur vie en travaillant pour les i)articuliers. La desa est représentée par une espèce de majeur élu par la communauté, et par un conseil d'administration. Le maire, qui porte différents noms : « koewoe, loerali, djaro ou bekel )),est le gardien de l'ordre,
le receveur des contributions ou impots dont il doit faire la répartition, le porte-parole et le représentant de Tagglomôration. A côté de lui, certains chefs des familles les plus riches ou les plus respectées jouissent d'une situation privilégiée. Toutes les desas ne sont pas de même nature : les unes sont « midjen desa », c'està-dire doivent livrer tous leurs revenus à une I)ersonne déterminée qui en retour leur est liée I)ar certaines obligations ; d'autres sont « jmkoentjen desa » c'est-à-dire libres de toutes redevances en nature et de tout service militaire, mais doivent entretenir une mosquée ou un cimetière ; d'autres sont « kepoetian desa » et dépendent des prêtres. Ces desas sont reconnues par le gouvernement sous le nom de « i^erdikan desa », c'està-dire communautés libres.
Le costume du Malais et du Javanais est peu comi)liqué; une bande de cotonnade entourant la ceinture et descendant presque jusqu'aux j)ieds, c'est le sarong qui affecte différentes formes et différentes longueurs suivant la classe à laquelle appartient celui qui le porte. Les femmes se vêtent aussi du sarong qui, chez elles, est fixé non à la ceinture, mais au-dessus de la poitrine ; ensuite, une i)etite jaquette, aussi de cotonnade, koetoengan, peu employée dans l'ouest de l'île. En dessous du sarong, dont on distingue deux espèces, le sarong proprement dit et le kain pandjang, les hommes ont le plus souvent un tout petit caleçon de toile blanche - c'est le costume ordinaire des ouvriers au travail — et les
femmes une espèce de ceinture; dans les villes, on l'encontre quelquefois des hommes avec le long pantalon nommé seroewal. Enfin tout Javanais l)asse dans sa ceinture un kris ou poignard. Le costume de cour dans les principautés indigènes est le suivant : les cheveux tombant, mais resserrés à la nuque, le haut du corps nu, un pantalon descendant jusqu'aux chevilles. La femme javanaise complète son accoutrement par une bande de toile dite « slendang » qui lui sert à porter son enfant.
La tête est généralement couverte d'un turban, appelé iket ou oedeng, auquel les habitants des diverses provinces ou localités donnent des formes différentes, souvent très artistiques; sous ce turban sont enroulés les cheveux. Lorsqu'il pleut, ils se protègent la figure et le corps au moyen d'un énorme chapeau fabriqué à l'aide de feuilles de palmiers. Les employés javanais se reconnaissent à une casquette en feutre d'un modèle tout spécial. Les femmes nouent leurs cheveux derrière la tète et n'ont pas de couvrechef. Quant aux chaussures, elles sont inconnues chez le peuple, mais dans les classes élevées les hommes portent le soulier de fa(,*on européenne et les femmes des babcmches.
Notons encore que l'accoutrement des régents, c'est-à-dire des chefs indigènes, est plus soigné, que leur sarong est très long, qu'ils s'affublent, au-dessus de leurs vêtements indigènes, d'une veste de coupe européenne et qu'ils ont la tête coiffée d'une espèce de bonnet turc en taffetas
blanc ou noir. En outre» pour assister aux fêtes ou aux réceptions officielles, ils se font accompagner (lu « pajong » ou parasol dont la couleur et les broderies signalent le rang* ou la qualité de l'indigène, et quelquefois de plusieurs servants ou domestiques portant des armes, la boîte à bétel et d'autres menus objets.
La population de Java, depuis l'introduction de rislamisme, n'a plus fait un i)as vers un état de civilisation idus élevé; au contraire, la civilisation qu'elle possédait déjà, la littérature qui florissait dans l'île, les arts, la sculpture, la i)einture, etc., qui ont atteint chez les Javanais un degrédedéveloppement que Ton nepeut s'empêcher d'admirer dans des monuments comme ceux du Boroboedoer ou de Brambanam, tout cela a disl)aru. La population de Java, à l'exception des Badoujs, des Tenggerais et des 12.000 chrétiens, est de religion mahométane (i) ; Tlslam, ici comme ailleurs, a détruit toute poésie, tout art, toute civilisation. Et cependant le Javanais a rintelligence très développée; tous ceux qui ont eu à leur service des Javanais pour entreprendre des voyages ou des explorations à Tintérieur de l'île n'ont eu (lu'à se louer d eux sous tous rapports.
Une des fêtes les plus estimées des habitants de flava est le Wajang, spécialement le Wajang poerwa, représentation au moyen de poupées des légendes héroïciues de réi)oque indoue. Ces
il) Les Javanais ont copeiKlaiit conservé beaueonp de pratiques et «le croyances «l'un état relij;ieux antérieur: culte «les esprits et (les forces de la nature.
I)oupées, en peau de buffle, ont des bras mobiles et sont i^elntes de diverses couleurs; quelquesunes sont argentées ou dorées; leurs fi<»ures sont intéressantes quoiqu'elles n'aient presque rien d'humain.
Les grandes fêtes maliométanes, « Maulid, Id'oel fitr et Id'oel quorban », donnent lieu chez les Javanais à une série de réjouissances connues sous le nom générique de « garebeg » ; le douzième jour du troisième mois de Vannée, c'est le « garebeg moeled » pour célébrer l'anniversaire de la naissance de Mahomet ; le dixième jour du douzième mois, le « garebeg besar », réunit tous les croyants dans les mosciuées pour offrir à Allah leurs prières et leurs dons. La fête annuelle la i^lus importante est le « garebeg poewassa » à laquelle nous avons pu assister à Djocjokarta et que n(ms avons décrite précédemment; elle tombe le in^emier jour du mois dit Sawal et est attendue avec impatience par tous les Javanais qui, ce jour-là, revêtent leurs plus beaux costumes et se manifestent mutuellement leur joie par des congratulations et des souhaits.
Quoique mahométan, le Javanais est généralement monogame, i)arce qni] ne pourrait nourrir l)lusieurs femmes; chez les nobles et les riches, la polygamie est fréquente. Le mariage a lieu très tôt, vers l'âge de iT) à lii ans ptmr les gar(;ons ; les i^remiers arrangements sont pris entre les parents et en général le père du futur donne aux I)arents de la jeune fille d'abcu'd des gages, bague et bijoux, puis une certaine somme qui représente
le prix d'achat de la future. Quelques jours ai^rès, la cérémonie est célébrée dans la mosquée.
Le musée d'ethnographie de Batavia i)Ossède une belle collection d'instruments de musique, parmi lesquels le gamelan est le plus curieux. Le gamelan, que l'on rencontre dans toutes les fêtes et réceptions officielles javanaises, coml)rend toute une série d'instruments rarement au comi)let : des instruments à cordes comme le « rebab », espèce de violon; des instruments à vent, comme le soeling, esi)èce de flûte ; des tambours, puis plusieurs instruments que l'on frappe à l'aide de baguettes ou de i)etits marteaux : morceaux de verre, pièces de cuivre, gongs, etc. C'est donc un orchestre qui demande vingt-quatre musiciens. Lors du « garebeg i^oewassa », nous avons eu le plaisir d'entendre souvent des morceaux de musique exécutés par un gamelan complet; cette musique est harmonieuse, mais lente et ses thèmes sont jieu variés ; elle donne une impression monotone.
La couleur de la peau des Malais et des Javanais est brune-jaunàtre, quelquefois légèrement olivâtre; quand l'influence du sang papou ou négritos est prépondérante, le teint est plus foncé, tandis qu'il devient plus clair dans les régions où l'influence indoue est plus grande, notamment chez les membres des familles j^rincières ou nobles. Les princes des Vorstenlanden, ont la peau d'un jaune clair. Les yeux sont bruns ou noirs, les cheveux doux, longs, soyeux et quelquefois assez gros; sous ce rapport les Malais sont
classés dans la catégorie des variétés à cheveux droits ou lisses. Le Malais est imberbe; mais beaucou}) de Javanais ont une moustache qu'ils conservent avec soin.
La taille du Malais est petite ; le Javanais et le Madoerais sont en général plus grands que le Soendanais. Les traits de la figure des Javanais des hautes classes sont très distingués, nez effilé, front haut, bouche i3etite, tandis que les Malais en général ont un physique peu agréable, effet produit sans doute par la largeur des pommettes. Ce qui frappe le i)lus rp]uroi)éen nouveau venu à Java, c'est le respect de Tindigène pour le blanc, sa douceur et sa tranquillité.
Enfin, il faut citer les métis européens-malais dont le nombre est assez considérable. On i)eut les diviser en deux classes : ceux qui ont été légitimés, re(;oivent une éducation euroi)éenne et sont considérés par le Gouvernement comme Hollandais, bien qu'ils ne soient pas toujours traités comme tels; ceux qui ne sont pas légitimés, qui restent dans la société indigène, n'en sortent i)as et ne peuvent en sortir malgré leur teint ou leur type i)lus ou moins européen.
Cette variété métis ne tend plus à s'accroître d'une fa(;on extraordinaire comme autrefois : les métis restés indigènes de mœurs et de coutumes épousent des indigènes et leurs enfants sont des Malais; ceux même qui ont été légitimés ne jouissent que de i)eu de considération, ne sont l)as admis dans la société européenne et doivent
prcMulre femme parmi les indigènes; d*autre imrt, le nombre des femmes euroi)éennes nées à Java ou y venant, augmente chaque jour, de sorte que les nniriages entre Européens sont jilus fréquents. Aj(mtons cependant que le Gouvernement hollandais ne semble pas vouloir prendre des mesures pour empêcher l'augmentation du nombre des métis. Un exemple est frappant sous ce rapport : les autorités militaires admettent que le soldat européen vive à la caserne avec sa concubine indigène ; elles fournissent à cette dernière le logement et lui permettent de suivre le soldat en campagne. De ces unions naissent des enfants envers lesquels le Gouvernement a des obligations, car le soldat son temps de service terminé, laisse femme et enfants à Java.
Le Siam
Le Siam
PAiîTi ilr lîjitaviii le i"' févriiT, k* steamer Ln Sryiir arriva le diniaiiflie .'î à Singapore, où il s'en fallut île pou que ses passagers ne fussent placés en quarantaine; mais les autorités médicales et autres so montrèrent confinantes et nous jn'inics aeeoster.
Le premier départ pour lïangkok. au dire des agences, avait Heu le 7 ou le 8; c'étaient 5 ou G jours de retard à passer dans une ville cosmopolite d'un intérêt secondaire au point de vue efclmograpliique ; les Cliïnois y sont à moitié européanisés puisque certains d'entre eux n'y
portent même plus la tresse; les Malais ii*y sont, en somme, pas nombreux et ceux de Java i)résentent un tyi)e plus pur; les autres variétés humaines : Jai)onais, Indous, Philippins, Singhalais n'y comptent qu'un nombre restreint de membres. Heureusement, on attendait Tarrivée d'une malle, venant de Colombo, et qui à Saigon donnait correspondance pour Bangkok.
Deux jours au minimum restaient libres avant de i)rendre une décision sur la route à suivre ; j'en i)rofitai pour visiter de nouveau la ville, les quartiers excentriques occui)és surtout i)ar des Chinois et le jardin botanique en tout i^oint inférieur à celui de Buitenzorg. Sur ces entrefaites arrive VIndus, i)aquebot- poste français, qui ramène en Europe beaucoup de i3assagers, notamment M. Finot, directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient, en congé, et le commandant Lunel de la Jonquière qui explora l'Annam.
L'occasion était unique ])our me renseigner sur l'organisation de cette P>ole. Je trouve le directeur se i^romenant sur le i)ont de VIndns ; la conversation est vite entamée et M. Finot me donne aimablement de nombreux détails sur l'Ecole, son organisation, son but, ses résultats ; il me conseille en outre, de partir directement I)ar Saigon, afin de i)ouvoir rencontrer encore en Cochinchine M. Doumer, fondateur de l'Ecole et gouverneur général d'Indo-Chine.
Le mercredi 3 février, déi)art de Singapore et arrivée à Saigon le samedi matin. Ma première visite est pour l'Ecole française, installée dans
rancienne mairie, le long cViine large avenue ombragée ; un commis annamite s'y trouve et me fait conduire à la demeure du seul élève alors présent à Saigon, M. Pelliot, qui fit partie de la petite armée de braves défenseurs des Euroi)éens à Pékin. Amicalement re^*u, je passe la journée avec lui. Nous visitons le Musée archéologique et sa bibliothèque ; j'y admire les récentes acquisitions chinoises ; nous parcourons la ville et faisons la promenade classique des Saïgonnais en dehors de la cité européenne. Dans l'aprèsmidi, M. Doumer veut bien me recevoir : il fut pour moi d'une cordialité charmante (i).
Le lendemain dimanche, lo février, dans la matinée, je quitte Saïgon sur le Donai\ i)etit steamer de la compagnie fluviale tonkinoise; notre première escale est Poulo-Condor, petite île à l'entrée du golfe de Siam où je visite la colonie l)énitentiaire. C'est là que sont envoyés tous les malfaiteurs condamnés par les tribunaux d'indo- Chine à des peines élevées ; ils sont emj^loyés à différents travaux, notamment à la construction de routes. L'agglomération ne se compose que du bagne, du bureau des postes et d'une caserne occupée par un bataillon d'infanterie de marine. Le soir du mémo jour, li février, nouvelle escale à Poulo-Obi et le lendemain arrêt de deux heures à Ilong-chow.
Le mercredi i3, escale à Paknam, le port de la
(i) Voir ci-après le paragraphe relatif à l'Kcole française d*£xtr6we-Orient.
petite ville siamoise de Cliantabouni, occupé par un détacheinent de rarmee coloniale franc^aise. Paknani n'est qu'un petit villag:e indigène formé de quelques huttes surélevées sur des pieux, et de trois ou quatre boutiques siamoises vendant des étoffes, des graines, de la farine et quelques ustensiles. Les rares habitants sont pauvres et à peine vêtus ; leurs cases sur inlotis semblent des nids hauts perchés tandis que le dessous sert à la fois d'étable avec porc, chèvre, poules, de cuisine et de demeure pour les habitants pendant le jour ; une vieille femme au torse nu et sa fille i)lus décemment habillée y cassent du riz dans un mortier en pierre, au moyen d'une souche de bois durci.
Ce village est séi)aré des casernes militaires I)ar un arroyo ou canal et i)ar une espèce de retranchement comprenant fossé et palissade, et flanqué d'une tour carrée qui semble, au milieu (les marais, la ruine d'un château-foil moyennageux. Les casernes sont pro])res, très simples, bâties le long d'une avenue qui sert de place d'exercices. Précisément des soldats viennent de capturer une tortue de belle dimension et sont occupés à la vider. Le commandant du i)oste habite une jolie villa bâtie sur le bord de la mer dont les vagues viennent déferler au pied de sa vérandah, tandis qu'en face, à l'autre côté du golfe ou estuaire du fleuve qui arrose Chantaboum, s'élève un ftn'tin sur un monticule couvert d'arbres.
L'arrêt à Paknam étant assez long, le comman-
BANGKOK. Migiilia (ur I*
dallât de ce i)oste avancé de la France au Siam invite les passaj^-ers du Donaï — ils ne sont que trois : M. Pied, le marquis de Aiontebello et moi — à se reposer quelques instants chez lui où nous sommes présentés au consul de France à Korat qui regagne son poste par Bangkok, et au missionnaire catholique de Chantaboum.
Le soir même, départ de Paknam et le 14 février au lever du soleil, le Donaï franchit la barre du Ménam, puis remonte lentement le fleuve jusqu'en face de Téglise catholique de Bangkok. Un petit canot siamois transporte les i)assagers à rilôtel Oriental, le seul hotcl à peu près convenable de la ville - on y paie très cher et on s'y trouve très mal ; nourriture nmuvaise et pas variée, chambres peu confortables bien que spacieuses.
Chaleur intense au dehors, soleil de plomb, l)as la moindre brise; c'est le moment le plus chaud du jour pendant lequel les Européens font la sieste ou restent étendus sur une longue chaise. ^Fon séjour au Siam ne devant être que d'une quinzaine de jours à peine, le temps ne doit pas être gaspillé; malgré la temi)érature extraordinairement élevée, je lais une rapide connaissance de la ville en suivant la route (jui court parallèlement au fleuve, de Hangolem au palais royal situé i)res(ju'au centre de la ville siamoise, une large» viw avec tramway électri(iue, bordée de magasins chinois et européens, vide presque de Siamois ; à ci»tte artère principale s'amorcent à droite et à gauche quantité de rues
Une estrade a été élevée devant le palais pour le roi, qui vient y assister à des exercices acrobatiques exécutés sur la i)elouse par des Siamois, tandis qu'au loin, sur la scène d'un théâtre, une représentation religieuse a lieu. Les invités assistent à ces jeux, assis au pied de l'estrade royale. Puis, la fête terminée, un domestique apporte un grand panier remi^li de citrons que le roi s atnuse à jeter aux Siamois et aux personnes présentes. Très adroit le souverain : il vise plus spécialement le haut front d'un Chinois, très fier de cette marque d'attention, i^uis les Européens, puis les Siamois, et les citrons de i)leuvoir et les assistants de les ramasser, car ils contiennent tous une petite i)ièce d'argent ou d'or qui n'a i)as cours au Siam, mais que l'on conserve comme souvenir. Le soir, feu d'artifice et réjouissances publiques dans toute la ville siamoise.
La matinée du samedi iG est consacrée à la visite d'une i)artie de la ville siamoise et du Wat Saket, temi)le très élevé du haut duquel on jouit d'une vue superbe sur tout Bangkok : au pied du temple, le palais royal, immense, entouré d'une ceinture de murs blancs ; plus loin, le fleuve qui forme un coude très développé, plus loin encore, le Wat Chang- élevé sur la rive droite du Ménam ; vers le sud, la ville européenne avec ses belles avenues ; vers l'est, les quartiers indigènes, jmis la plaine unie sans fin, traversée par des canaux ou klong:s en nombre incalculable ; enfin tout autour, l'épaisse muraille de la cité royale, ornée de tours. Descendu du Wat Saket, je me dirige
vers un quartier siamois en dehors des murs pour y faire quelques observations etlinograpliiques, notamment sur la forme des maisons, leur construction et leur aménagement. L'après-midi, visite aux nombreux comi)atriotes résidant à Bangkok, qui tous, sauf le I)"* Reytter et M. Rolin, sont attachés au département de la justice ; ils remplissent les fonctions de conseillers auprès des cours de justice, veillent à leur marche régulière, aident les juges ; telle est leur occupation habituelle. En outre, ils préparent les nouvelles lois, des règlements i)our la police du fleuve, la i)rotection des forets, etc. ; ils codifient les lois déjà existantes, font des tournées d'inspection en province pour s'assurer si la justice y est bien rendue, visitent les prisons et font libérer ceux qui y sont détenus trop longtemps, etc. Le lendemain dimanche, après la messe dans l'église catholique, tout près de l'hôtel, visite de quelques temples très intéressants, le Wat Poh, le Wat Chang au-delà du fleuve, sur la rive droite, i)uis le Wat Prakéo ; mais la chaleur devient insupi)ortable, surtout dans les enceintes des temples, dont les i)ar()is recouvertes encore çà et là de morceaux de porcelaines renvoyent les rayons solaires avec toute leur intensité. Une promenade en bateau siamois sur les nombreux canaux de la ville termine cette journée, promenade qui révèle tout un aspect de la civilisation siamoise. Le fleuve i)résente un mouvement c(mtinuel d'embarcations, car il est la grande artère de* Hangkok, le grand boulevard,
la vraie rue eoinnierçante ; bordé de maisons bâties sur bateaux, qui toutes sont des magasins flottants, il est iiarcourii en tous sens par des Siamois et des Siamoises achetant ce qui leur est nécessaire, par des colporteurs qui vendent de menus objets, par des talapoins ou bonzes en quête d'aumônes ou de nourriture.
Derrière les maisons flottantes dont le plancher est à fleur d'eau, ou qui ont accès au fleuve par un large escalier, sont des huttes bâties sur des liais chancelants dans un terrain marécageux et couvert de détritus de toutes sortes, puis c'est l'embouchure d'un klong ou canal étroit qui conduit dans la ville et sur les bords duquel s'élèvent de nouvelles maisons aux toits recourbés vers le haut ou terminés en pointe recroquevillée ; puis encore d'autres klongs, des débarcadères en bois donnant accès à des villas dont on aperçoit les toits à travers le feuillage épais des arbres, des barques toujours, conduites par des Siamois au torse nu, debouts à l'arrière, ou par des Siamoises au large chapeau de bambou, assises pour pagayer ; des remorqueurs traînant des barges, de petits bateaux à vapeur appaii:enant aux usines de la rive droite, des steamers à l'ancre et des cuirassés formant la marine de guerre de Sa Majesté Chulalongkorn. Et partout du mouvement, tandis que les i)aisibles habitants sont assis sur les marches de l'escalier qui conduit à leur demeure ou prennent, sans souci aucun de la pudeur, leurs ébats dans l'eau boueuse de la rivière où ils puiseront tantôt le liquide qui
servira* à faire bouillir leur riz pour le repas du soir.
Le lundi après-midi, promenade extra muros, vers le parc de Dusit, oii le roi fait construire une magnifique résidence, entourée de jardins de toute beauté ; et de là à Sam-sen pour y saluer un Belfçe, Texcellent Père d'IIondt des Missions étrangères de Paris, qui administre un village chrétien et est en même temps coadjuteur de révoque de Bangkok.
Le 19, réception au ministère des affaires étrangères par le prince Dewawongsé, qui m'accorde l'autorisation de visiter le palais royal et d'aller travailler à la bibliothèque du roi, où se trouvent réunis en grand nombre les ouvrages sur le Siam. Le prince est très aimable, mais pas grand causeur ; en peu de mots, il signale les services rendus par les Belges au roi de Siam. Le prince Dewawongsé est écrasé de besogne dont la moindre n'est ])as d'éviter les occasions de conflits avec ses deux puissants voisins, la France à l'est et l'Angleterre à l'ouest : la France essaye de regagner l'influence i)erdue depuis la guerre avec le Siam, s'efforce de l'augmenter en prenant sous sa lu'otcction les Chinois qui viennent de ses i)ossessi()ns d'Indo-Chinc, et est à Taffût de la moindre difficulté i)our élargir ses possessions du Laos; rAnglctcrre veille à conserveries positions acquises et aurait, au dire de plusieurs, trouvé dans il. llolin un auxiliaire précieux.
La plus grande question, peut-être, à l'heure actuelle est, i)our le Siamois, de supprimer le
privilège de Texterritorialité que possèdent les Européens au Siam : ceux-ci ne sont justiciables que de leurs consuls. Pour que Ton puisse abolir ce droit, il est nécessaire que la législation siamoise soit perfectionnée et que les Européens prennent confiance dans l'impartialité des juges indigènes. Les Belges ont fait beaucoup dans ce sens, mais il serait difficile de dire si le Siam obtiendra jamais des Européens la suppression des traités qui les protègent.
Depuis le i)remier voyage du roi de Siam en Europe, il s'est produit dans le pays de l'éléphant blanc un mouvement civilisateur tendant à octroyer au peuple des lois plus justes, mieux en harmonie avec les coutumes euroi>éennes. En outre, une marine a été créée ainsi que de nouveaux ministères ; le roi s'est entouré de conseillers européens, a modifié le i>lan de Bangkok, a fait construire des chemins de fer et établir l'éclairage électrique dans la capitale. Depuis une vingtaine d'années, l'administration a été réformée dans le but de faire du Siam un pays civilisé. Le Siamois se compare volontiers au Jai)onais et prétend vouloir suivre l'exemple de ses congénères du soleil levant ; il a confié le soin de réformes à un certain nombre d'Européens : aux Danois, la marine ; aux Belges, la justice ; aux Allemands, les chemins de fer ; aux Anglais, la ])oste ; aux Français.... rien du tout. Et les réformes sont venues ; elles ont été introduites, mais.... le peui)le reste indifférent à tout ce mouvement et même à la cour se forme un
il'
La
parti antî-europeen qui essayera, doucement et sans heurt, d'expulser les blancs.
Le Siamois livré à lui-même pourra-t-il, comme le Japonais, continuer à poursuivre les réformes, aura-t-il assez d'énerg-ie et de persévérance pour mener à bonne fin Tœuvre commencée ? Il serait difficile de dire ce que Tavenir réserve au seul pays resté indépendant dans Tlnde, mais si Ton en juge d*après le caractère général de la population qui est mou, incapable de résistance même contre le Chinois envahisseur, il est à supposer que du jour où le Siam voudra, comme le Japon Ta fait, se i)asser de l'aide des Européens, il redescendra lentement dans rornière orientale d'où il est presque sorti, à moins qu'auparavant l'Angleterre et la France ne se soient partagé son territoire.
Dès 9 heures, le 20, l'interprète envoyé par S. E. le ministre des affaires étrangères vient me prendre à Thôtel pour me servir de guide à travers le palais royal. C'est une ville que ce palais, avec ses cours et avant-cours, ses temples, ses édifices, sa bibliothè(iue, ses écuries.
Une muraille blanche en fait le tour, ne laissant voir que les toits ou les flèches des wats (temples). Une porte massive gardée par un piquet d'infanterie donne accès à la i)remière cour où sont à droite les ministères des finances, de l'intérieur et des affaires étrangères, plus loin, les écuries pour éléphants, où quatre pachydermes d'un gris blanchâtre sont nouiTis aux frais du roi ; à gauche, un grand bâtiment, la
bibliothèque, contenant entre autres des manuscrits en pâli et en siamois ; et au bout de la cour, l'entrée du temple royal, le Wat Prakéo.
Une seconde porte, haute et lourde, surmontée d'un toit aux pointes recourbées, ouvre sur le imlais du roi ; un i^oste militaire en garde les approches et l'officier vient au devant de nous pour nous conduire. Entre cette i)orte et le imlais s'étendent de belles pelouses, plantées d'arbres de formes extravagantes ; à droite , l'ancien palais qui tombe presque en ruines ; en face, le nouveau auquel on accède i)ar un magnifique escalier d'honneur.
Le palais est de style européen, excepté le toit qui est du plus i)ur siamois. Les styles rustique, corinthien et vénitien sont superposés, mais ayant admis jusqu'au faîte exclusivement l'architecture européenne, les Siamois ont voulu conserver, dans le toit au moins, un caractère national.
On entre d'abord dans la salle du trône, très richement décorée et rehaussée encore ]}ar le trône royal et par des parasols à sept étages, insignes de la puissance du souverain. Des deux côtés de la salle du trône, de grands salons décorés d'or et de grands portraits du roi et de ses prédécesseurs de la même dynastie. Il est, lui, le cinquième de la série. Sur des colonnettes le long des murs de la i)remière salle à gauche, les bustes des souverains européens, notamment de Léopold II ; tout autour, des armoires à glace contiennent des objets d'art et des curiosités
rares, cadeaux ou achats. La seconde salle à gauclie est un magnifique salon européen, auquel ne manque pas l'inévitable crachoir siamois ; attachée à la paroi du fond, une peinture à riiuile représente le roi entouré de toute sa famille ; la reine semble très intelligente. Ici encore foisonnent les objets artistiques en or ou en argent avec incrustations de perles fines, de diamants, de brillants et de pierres in^écieuses. Le reste du palais — c'est cependant la partie qui présenterait le plus d'intérêt — n'est accessible à personne, sauf à l'entourage immédiat du souverain ; ce sont les ai)partements privés, le harem ; là habitent les nombreux princes et les mignonnes i)rincesses, les membres de la famille royale, qui tous occui)ent une fonction officielle, la nombreuse domesticité de cette cour orientale.
Outre ses temples, sa bibliothèque et de nombreux édifices dont quelques-uns menacent ruine, le palais impérial renferme un musée dont on m'avait dit merveille. La collection ethnogral)liîque, celle qui m'attire surtout, est ])resque nulle et de peu d'intérêt i)our le voyageur venant de Java; à peu près tous les objets sont javanais, dons du sultan de Djocja : des numneciuins recouverts de costumes javanais et nuilais, des spécimens de l'industrie des indigènes des Vorstenlanden, des armes, etc. Les autres sections sont i)eu nombreuses : une collection minéralogîque achetée en Europe, une collection ornithologique acquise en Angleterre et c'est tout. Lors
(le son voyage en Occident, on aura conseillé au roi l'acquisition de ces collections, en même temps qu'on lui démontrait Tutilité des musées; les collections ont été ijlacées dans un beau bâtiment, mais le nombre des visiteurs est très minime. D'objets siamois, peu ou i)oint : quelciues poteries et des vases en argent martelé; par contre, quantité de bibelots chinois et japonais. Et qu'on ne conclue pas de la i)au^Teté de ce musée, à la non-existence ou à la rareté des objets ethnographiques au Sîam; les rares voyageurs qui ont parcouru le haut Siam, le Laos et les états qui formaient autrefois le royaume Thaï, ont rai)porté de leurs expéditions des choses du l^lus haut intérêt.
L'ain'ès-mîdi, je vais travailler à la bibliothèque royale; les livres y sont en assez grand nombre : publications de tous les pays d'Europe, quoique les ouvrages anglais dominent. Si le travail y est commode dans de grandes salles vides où règne une agréable fraîcheur - au dehors il fait terriblement chaud — le service y est mal organisé : les aides bibliothécaires siamois préfèrent dormir sur les banquettes que d'aller chercher les volumes demandés. 11 faut l'énergique intervention d'un ami pour les obliger à sortir de leur torpeur et à retrouver les clefs des armoires qui semblaient égarées.
Avant le milieu du xviir siècle, la capitale du royaume Thaï était situé plus avant dans l'intérieur des terres, mais toujours sur les bords du Ménam ; c'était Ayuthia que les Birmans ont
détruite et dont il ne reste plus que des wats croulants perdus au milieu de la brousse. Cependant le village actuel (lui a remplacé Tancienne ville mérite une visite.
M. Ilenvaux, un concitoyen, s'est chargé de l'organisation du voyage: son boy chinois, bien chargé de victuailles et de boissons, nous précède pour préparera Ayuthia même un repas. M. Le Vionnois nous accomi)agiie et à 7 12 heures du matin, nous prenons le train (jui en deux heures nous conduit à Ayuthia à travers une plaine immense couverte de rizières et entrecoupée de canaux; de temps à autre, on ai)er(;oit sur la gauche le fleuve qui roule doucement son eau jaunâtre ; quelciues villages cachés à Tombre des palmiers et des bananiers, la villa royale de Bang-pa-in à rembouchure d'une i)etite rivière.
A la gare dWyuthia, nous sommes reclus par le gouverneur de la localité, au<iuel M. Ilenvaux avait annoncé notre arrivée. Un ])romenoir couvert conduit de hi gare à la grande avenue du village, à laquelle on atteint par un grand escalier. Cette avenue est le fleuve lui-même, sur lequel évoluent des centainesde canots, rnluniseboat nous est réservé et nous conduit en une vingtaine de minutes au ])alais de justice, vaste édifice avec de n()ml)reuses cours et des tribunaux larges et si)acieux. Une» salle du tronc est surtout intéressante i)ar sa proi)reté et ses sculi)tures siamoises très finement exécutées. Tout le palais est entouré d'une éi)aisse muraille surmontée de créneaux et semble un chàteau-fort au milieu
d*un village. Au centre de Venceiiite, à peu près, s*élôve une tour carrée, l'ancienne i)rison, sorte de donjon ; un escalier étroit et raide permet d'atteindre la terrasse supérieure d'où Ton jouit d'une vue sur tous les environs : le fleuve qui traverse l'agglomération, les maisons flottantes l)rès des rives du Ménam et de ses bras nombreux, la plaine cultivée, les forets vierges et au loin les ruines des temples de lancienne ville royale, notamment du Phra-Prang et du Phra- Chedi, dont la base est cachée par la jungle envahissante.
Descendus de notre observatoire, nous trouvons sur l'embarcadère oii nous avons accosté, la table servie, le couvert mis, un bon repas.... à la siamoise, que nous offre très aimablement le gouverneur : l'inévitable curry fait de riz, d'œufs, d'une cuisse de poulet et d'une sauce siamoise qui ne peut être comparée à la sauce indienne, voire môme annamite. Puis des œufs de tortue, du canard, du porc. Enfin le dessert : fruits confits, œufs mélangés de sucre, gâteaux d'un brun terreux, oranges. Et comme boisson, une eau jaunâtre, eau de i)luie disait le Siamois qui nous servait, eau du Ménam, pensions -nous. Certes le dîner qu'aurait pu nous préparer le boy chinois de M. llenvaux eût été meilleur, mais il convenait de manger un repas préparé par des Siamois, ne fût-ce que pour constater d'expérience que la nourriture des indigènes de la classe aisée est bien assaisonnée et suffisamment appétissante, llestaurés, nous reprenons notre embar-
cation pour visiter la localité : ce ne sont que maisons et magasins flottants, légers canots et lourdes barques entre lesquels nos nautoimiers se frayent facilement passage.
La plupart des i)etites embarcations ressemblent assez à des i)irogues et sont conduites par des femmes pagayant à rextrémité ; elles vont ainsi de magasin en magasin, achetant et vendant sans sortir de leur canot.
A Tautre extrémité du village est le kraal des éléi^hants ; c'est là que sont réunis ces énormes pachydermes, produit de battues qui durent plusieurs jours. Traqués de l'intérieur, les éléphants sont amenés dans un passage qui va se rétrécissant jus(j[u'au kraal ou enceinte entourée de pieux en bois de teck ; sur le coté sud s'élève la tribune royale d'où le souverain désigne les éléphants qui doivent être gardés. On les oblige ensuite à passer dans un étroit couloir où ils restent attachés jus(iu'à ce qu'ils soient devenus moins farouches, puis deux éléi)hants domestiques font leur éducation.
Iledescendant tout le fleuve au travers d'Ayuthia, nous allons visiter le Wat Phenang Cheng, temple qui n'a d'intéressant que son immense statue de Bouddha assis, de lio mètres environ de haut ; encore est-elle trop massive, (luoique plus artistiquement travaillée que celle de son frère, le Bouddha couché de Bangkok. Les mets succulents que nous avait fait servir le gouverneur siamois ne mms ont, en somme, que ravitaillés à moitié; aussi à l'ombre des palmiers, à l'entrée
IJO
cVun temple où un talapoin enseigne à de jeunes Siamois les rudiments de leur langue, faisonsnous un excellent repas des victuailles apportées et, à la tombée de la nuit, après d^autres petites excursions, nous reprenons le chemin de fer pour Bangkok.
Ce voyage d'Ayuthîa par une température très élevée, m'oblige à prendre le lendemain un repos, que je consacre à des recherches dans la bibliothèque royale et à quelques petites promenades dans la cité.
La matinée du 23 fut employée à parcourir les ruelles du quartier chinois ou sampeng. La population jaune est très considérable et ici comme à Java, les Chinois épousent des femmes indigènes ; ils ont en mains tout le commerce de détail que leur abandonne le Siamois paresseux et indolent, et, même dans les campagnes, on rencoptre de jour en jour plus d'enfants de TEmpire du Milieu. Quoi d'étonnant! La variété chinoise est très prolifique, se répand toujcmrs de i)lus en plus et tous les i)ays d'Orient en sont envahis; pas un endroit, où il y ait quelques ticaux à gagner, n'est sans représentant de cette population travailleuse et ])atiente. Les rues du sami)eng ne sont que dMnfe(*tcs ruelles, étroites, mal pavées, ou mieux rendues praticables par quelques pierres jetées cà et là dans le nuirécage qu'est le chemin. Une odeur nauséabonde s'échai)pe des maisons qui toutes sont des éclioppes sans devanture; aux carrefours, des restaurants chinois nmlpropres, ici des i)a\vnshops ou monts-de-piété i)rivés; là
des marehaiuls de fruits ou de petits bouddhas de cuivre; plus loin des articles européens, puis encore des restaurants et des magasins toujours! Au milieu de ce (juartier est un temple où les indigènes vont vénérer Tempreinte du pied de Bouddha et où des bonzes nourrissent des alligators sacrés. Et non loin de là des maisons de jeux, vastes halles où les joueurs sont accroupis autour d'une natte d'environ cinq mètres de diamètre ; les Siamois sont les plus effrénés au jeu, et leurs éi)ouses ne leur cèdent en rien; j'en vois qui y traînent toute une nichée d'enfants, et Tune d'elles joue en allaitant son dernier rejettm.
La cai)îtale du royaume de Siam, dont le nom siamois est « Krung tep mutra nakor siajutatja « c'est-à-dire : « une grande ville, inexpugnable, contre les anges », s'étend sur les rives du Ménam ; sur la rive gauche, la cité royale, les quartiers indigènes et européens ; sur la rive droite des usines et un quartier habité par des Siamois de condition inférieure : des maisons en bois et torchis aux toits en feuilles de palmiers bordent des routes larges, mais sinueuses, jusqu'en des jardins coupés de canaux et ombragés par des arbres de toute beauté entre lescjuels d'anciennes villas siamoises tombent en ruines ; des temples en nombre assez considérable, mais comme presijue tous les temples de Bangkok, dans un état (le vétusté indicible ; des usines enfin, moulins à décorti^iucr le ri/, chantiers de construction de petites baniues à vapeur, etc.
Le soir du 25, récei)tion à l'ambassade de llussie
on riionneur des officiers du cuirassé russe à Tancre dans le golfe ; j'y fais la connaissance d'aimables officiers qui me donnent des renseignements précieux sur la traversée de la Sibérie ; l'un d'eux, le lieutenant Dehn i)rit part à la défense des légations à Pékin et j'aurai le plaisir de le retrouver cinq mois plus tard à Khabarovsk, d'où nous commencerons ensemble la traversée de toute TAsie russe.
Le lendemain, alors que toutes les dispositions avaient été prises pour aller à Korat et effectuer un voyage de deux jours dans l'intérieur, arrive le Doiuiï qui doit me ramener à Saïgon, pour avoir corresi)ondance vers Hong-kong. Rapidement je fais mes visites de départ et m'embarque le 27 dans la matinée.
Le royaume de Siam est actuellement le seul état indépendant du sud de l'Asie; c'est le reste de l'ancien royaume thaï qui s'étendait autrefois entre la Chine et les principautés de l'Inde. De tous les peuples qui firent naguère partie de ce royaume et qu'on peut ethnographiquement classer dans la variété thaï, c'est le Siamois qui nous en x)vésente le type le i)lus altéré, par(*e que c'est au Siam surtout (jue s'est opéré le mélange avec d'autres variétés : Cambodgiens, Laotiens, Malais, Indous, etc.
La poinilation actuelle, évaluée à io.o()o.(m)o d'individus environ, se divise en deux parties.
les nobles ou aristocrates qui occupent les fonctions officielles ou sont attaches au service du roi et de la cour, le peuple qui est agriculteur. Pas de classe bour{»eoise. La variété siamoise tend à disparaître, principalement parce que l'immigration chinoise devient de jour en jour plus forte; le Chinois i)lus travailleur, plus économe, i)lus patient, plus commer^*ant vient faire une concurrence terrible au Siamois mou, efféminé, paresseux et joueur. Le fils de Han fonde famille au Siam en épousant une Siamoise dont les enfants ne portent plus la tresse et deviennent Siamois s'ils prennent pour femme une indigène. L'immigration des Laotiens et des Cambodgiens, quoique moins forte, celle des Birmans encore moins sensible, ont pour effet de rendre plus rare le type siamois pur. Il est à noter sous ce rapport que certaines parties de Bangkok, autrefois purement siamoises, ont disparu complètement ou ont été remplacées i)ar des quartiers chinois.
Cependant le Siamois ne change i)as facilement de résidence ; il n'éniigre pas et c'est i)eut-ètre le seul peuple qui n'ait pas de représentants dans les grands ports à population très mélangée au l)oint de vue etlin()grai)liique, comme Singapore et Hong-kong.
La monarchie siamoise (»st un gouvernement absolu et héréditaire ; le roi est sensé propriétaire de tout le sol ; de là, pas de cadastre. 11 est aidé par ses ministres, (jui sont ses proches parents, frères ou oncles ; par un conseil composé des ministres et des fonctionnaires les plus im-
l)ortants. Dans les villages, des chefs sont établis par le souverain, et le plus souvent leurs fonctions sont héréditaires.
Les Siamois ne connaissent pas le salut ; pour témoigner leur respect, ils se mettent à genoux ou s'assoient par terre lorsqu'ils parlent à un Eurol)éen ou à un supérieur. Autrefois, Tesclavage existait et même la condition d'esclave était héréditaire ; aujourd'hui elle a disparu à la suite des lois édictées sur l'initiative de notre compatriote M.llolin.Cei)endant Tesclavage pour dettes subsiste, mais il n'a rien d'inhumain.
Les coutumes siamoises tendent d'ailleurs à disparaître dans ce qu'elles ont de contraire aux mœurs européennes ; nous avons signalé les services rendus à la civilisation et aux Siamois par les Belges, qui occupent iiresque toutes les fonctions de conseiller de justice (légal adviser). En règle générale, les indigènes seuls peuvent être employés de l'Etat, mais le Gouvernement leur a adjoint des conseillers européens.
Le droit se modifie aussi, cependant quelques usages anciens subsistent encore.
En fait d'héritage, a la mort du père, les biens sont divisés en trois parts : une pour la femme, une pour les enfants et une pour les autres parents ; ceux-ci n'ont pas toujours droit à cet héritage quand il y a des enfants. Si, par contre, les enfants n'ont pas donné à leur i)ère malade les soins nécessaires, ils sont déshérités au profit des autres parents ; la part de la veuve revient, à sa mort, aux enfants et aux collatéraux.
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Quant au mariage, il se présente le plus souvent sous la forme (l*acliat, le fiancé donnant une certaine somme (sinssot) à la mère : ce sinssot ne peut jamais être réclamé. Quelquefois il y a rapt : le futur enlève la jeune fille qu'il a choisie pour son épouse, et au bout de quelques^ jours ils reviennent demander le pardon et le consentement des parents. Si celui-ci est accordé, le mariag-e est par le fait même consommé ; s*il n'est pas accordé, la jeune fille rentre chez elle. Lors du mariage, le mari remet souvent un gage à sa femme, or ou argent en barres, appelé tongman ; si la femme demande le divorce et que de l'union est né un enfant, le tongman reste la propriété de la femme ; s'il n'y a pas d'enfant, le gage doit être rendu au mari .
Le divorce est facile, surtout par consentement mutuel. Il faut noter aussi que l'état civil n'existe pas, que la polygamie n'est pas défendue, mais que les concubines ne peuvent manger à la table
— c'est une manière de parler, car les Siamois s'accroupissent par terre pour jn'endre leurs repas
— du mari et de la femme. Cependant, depuis l'arrivée des Euroi)éens et l'ouverture du Siam à la civilisation, la polygamie est assez souvent invoquée comme motif de divorce.
En cas de divorce, le partage des biens se fait de la manière suivante : si les deux parties ont apporté des biens en mariage, le mari re(;oit les deux tiers des biens ; si la femme seule a apporté quelque chose, elle re(;()it les deux tiers ; mais si elle ne possédait rien lors de son mariage, le mari
conserve toutes les propriétés et tous les biens.
Quelques coutumes judiciaires sont intéressantes ; le jugement de Dieu a existé : en certains cas, i)ar exemi)le, Taccusé devait traverser le feu, marcher sur des objets tranchants ; on employait les tortures et Ton comptait jusqu'à vingt et une punitions corporelles : fracasser la tête, y introduire un fer rouge, écorcher le criminel, le mettre en croix, le brûler vif, etc. L'emprisonnement était rare. Le supplice habituel est la décapitation par le sabre. L'empoisonnement et l'enterrement vivant sont inconnus.
La trahison est punie comme crime de lèsemajesté : le traître et tous les membres de sa famille ont la tête coupée. Une ancienne loi dit que celui qui aura fabriqué un faux aura la main droite coupée. Les blessures sont payées d'après leur gravité et d'après le rang du blessé.
Les enfants ne reçoivent aucune espèce d'éducation dans la famille ; quelques-uns vont dans les temples où des bonzes leur donnent un peu d'instruction. Les prénoms sont des dénominations quelconques choisies par les parents. A l'âge où ils sont près de devenir hommes, on coupe aux enfants la mèche de cheveux qu'on leur a laissé croître sur le sommet de la tête ; c'est la cérémonie du « Top-not » ou « Kor-chuk », rasage de la houpe, fête rituelle obligatoire pour tous et qui détermine l'entrée des jeunes garçons et des jeunes filles dans le monde des grandes personnes. Cette fête, à laquelle prennent part les talapoins ou bonzes, est accompagnée de festins,
de réjouissances plus ou moins longues suivant le degré de richesse des parents.
Les Siamois considèrent la maladie comme le résultat de Tinfluence d'une personne qui leur a jeté un sort ; pour se i)ré3erver de ces sorts, ils jiortent des amulettes. Leurs médecins croient qu'à l'intérieur du corps il y a de l'air.
Aussitôt après la mort, le corps est enfermé dans une urne : les nobles seuls sont assis ; la crémation a lieu dans la suite. Dans certains endroits, le (*orps était déposé dans une bière sans couvercle et exposé ; les corbeaux se char- ^ geaîent de l'enlèvement des chairs. Autrefois, on mettait un tical (pièce d'argent) dans la bouche du mort. Actuellement, l'incinération est quelquefois remplacée par Tenterrement. Les Siamois comme les Chinois — s'il fallait en croire l'opinion commune au Siam, les Siamois descendraient des Chinois — portent le deuil en blanc.
La religion siamoise est le l^)uddliisme du sud, mélangé de Brahmanisme; elle admet le dogme de la transmigration des Ames. Ij' Indo-Chine semble avoir d'abord été habitée par des Indous- Brahmes, qui vers le x*' siècle de notre ère furent soumis par une variété humaine d'origine mongole et venant du nord, les Thaïs; ceux-ci formèrent un em])ire puissant ayant comme capitale Sukhodaya. jmis après iHm), Ayuthia, aujourd'hui complètement en ruines et remplacée i)ar Bangkok. Le l^rahmanisme disi)arut alors, et le Bouddhisme, qui avait déjà de nombreux adeptes dans la vallée du Ménam, devint i)répondérant.
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La sorcellerie existe encore de nos jours : certaines personnes sont supposées i)osséder une I)uissance surnaturelle. En général, les sorciers ne sont pas inquiétés et les anciennes lois, pas l)lus que les nouvelles, n'édictent de peines contre eux. De plus, les Siamois croient aux mauvais esprits et les rendent, par exemi)le, responsables des cas de stérilité. Monseigneur Pallegoix cite sous ce rapport un exemple frappant de la croyance aux génies du lieu : les Siamois se figurent que sous les ruines des anciens temples sont cachés des trésors; le soir ils se couchent au pied des ruines après avoir offert aux esj^rits gardiens du lieu des bâtonnets d'encens et des fruits, puis s'endorment dans l'espérance que les esprits viendront leur révéler Tendroit où est caché le trésor.
Les in^êtres ou talapoins observent le célibat et jouissent, en ce qui touche aux mœurs, d une excellente réputation. Ils vivent des revenus des pagodes ou wats auxquels ils sont attachés et de la charité publique. Le matin, on les rencontre quêtant de maison en maison leur nourriture quotidienne. Rien n'oblige le talapoin à rester au temple; il peut quand il veut, rentrer dans le monde. Souvent chaque bonze est accompagné d'un enfant qui lui porte son parasol et lui sert de domestique; c'est en cela que consiste souvent l'éducation religieuse des futurs bonzes.
De même que les Singhalais, les Siamois ont un calendrier lunaire, avec des cvcles de 12 et de (3o ans, divisions qui sont fort inobablement
origpînaires de Tlnde. L'année siamoise comprend 12 mois de 29 et 3o jours, donc 354 j^^i^^î tous les trois ans, ils ajoutent un mois intercalaire entre le huitième et le neuvième, qu'ils appellent huitième deuxième ou huitième bis. Phi général, les mois sont désignés par Tordre numérique quoi- ([u'ils aient cependant des noms i)articuliers. Les Siamois ont adojité une nouvelle ère commen(;ant à Tavènement au trône du premier roi de la dynastie actuelle, en 1781, après la chute d'Ayuthia. Ils suivaient autrefois Tère bouddhiciue commençant en 543 avant J.-C, date de la mort de Bouddha, Tère royale qui a son point de départ Tan G38 après J.-C. et Tère (^'aka qui commençait en Tannée 78 ai)rès J.-C.
Les maisons siamoises scmt de deux espèces : Tune consiste en un bateau ou un radeau sur lequel est élevée la maison en bois, recouverte de planches (m de feuilles d'arbres bien agencées; Tautre est une construction de forme carrée ou rectangulaire soutenue par des i)ilotis en bois de teck ; les i)arois sont faites de planches et de branchages et le toit fortement incliné, avec pignon sur le devant, se termine en pointe. Ces habitations n ont pas d'étages ; elles sont autant que possible orientées et leur ccmstruction est commencée un jour i)ropice. Si, pendant la construction ou peu après, un membre de la famille tombe malade, la nuiison est abandonnée. Les enfants, c^uand ils fondent une nouvelle famille, se construisent une nouvelle demeure.
La nourriture du i)aysan siamois est rudimen-
taire : du riz avec un i>eu de sauce, quelques légumes, des feuilles de manguier et aussi des pousses de jeunes arbres et des troncs de canne à sucre; il fait deux repas par jour, lun très tôt, Tautre vers 3 ou 4 heures de raprès-midi. Le Siamois de classe élevée est plus fin g-ourmet : outre le riz qui forme toujours la base de Vali-
mentation, il se fait servir des œufs cuits ou conservés, des sucreries et des fruits confits, du poisson, et ne dédaigne pas la cuisine européenne.
En général, les Siamois sont très propres ; clia([ue jour, ils prennent un ou plusieurs bains dans la rivière, se rincent la bouche et se lavent les dents. IjCs cheveux, chez les hommes comme chez les femmes, sont coupés courts; les enfants sont rasés peu après leur naissance, et plusieurs fois encore dans la suite, mais en laissant sur le sommet de la tète un toupet qui ne sera tondu que plus tard. Quant au bonzes, ils ont la tète complètement rasée.
Leurs habits sont simples : une large bande de cotonnade, qu'ils rendent luisante et dure en la cirant, entoure la taille, puis le bout est i)assé entre les jambes et noué dans la ceinture. Le torse, les jambes et les pieds sont, le plus souvent, nus chez les hommes, sauf pour les personnes de qualité qui portent la jaquette blanche, les hauts bas noirs, les souliers à boucle et le chapeau de paille à l'imitation des Européens. Les femmes ont aussi le torse nu quand elles ont eu des enfants ; jeunes épousées et jeunes filles, elles portent souvent autour de la poitrine une bande
de toile qui leur cache les seins, mais qui n'étant pas attachée aux épaules, tombe souvent ; une de leurs occupations est de la ramener sur la poitrine. Elles connaissent les bijoux et se parent de boucles d'oreille et de bracelets. Leur écharpe est de couleur différente suivant le jour. La femme semble plus intelligente que Thomme et elle devient active commer(^*ante surtout quand elle a épousé un Chinois. Dans les campagnes, elle s'occupe aux travaux des champs. Les enfants ne portent aucun costume jusque VCige de 6 ou 7 ans et quelquefois plus tard encore ; un cordon leur entoure la ceinture et à ce cordon est attaché un ornement en forme de triangle ou de cœur.
Le tatouage existe encore parmi les Siamois. L'opération, comme en Birmanie, se i)ratique à l'aide d'une aiguille et par de petites piqûres en lignes parallèles et de couleur noire ou rouge. Le liquide que l'on verse dans ces piqûres est un mélange d'huile, de suie de lampe et de sève d'arbre. On attribue au tatouage certaines vertus : sur la cuisse, la jambe ou le bras, il augmente la beauté ; sur le crâne ou la poitrine, il donne un i)ouvoir mystérieux ou sert de i)rotection.Les dessins en sont très variés. Les Siamoises ne sont que très rarement tatouées.
On ne retrouve, parmi les coutumes siamoises, aucune trace de défense ou de permission relative a l'usage de tel ou tel mets. 11 est cependant un poisson nommé pla-si-si-ot, que beaucoup de Siamois ne mangent pas i)arce que des poissons de cette espèce auraient soutenu sur les flots un
roi de Siam naufragé. Mais il leur est défendu de tuer ou de faire mourir n'importe quel animal, et la faute est d'autant plus grande que l'animal est utile ou qu'il y a eu difficulté pour le tuer. C'est à cette défense qu'il faut attribuer le nombre d'insectes qui pullulent dans les habitations.
Les Siamois sont de taille moyenne, variant entre i'"57 et i'"69 ; le corps est bien bâti et assez fortement musclé, les épaules larges, la jmitrine développée mais le cou assez court. Les cheveux, tant chez les hommes que chez les femmes, sont coupés ras et d'un noir d ebène. La peau est jaune olivâtre, quelquefois presque brune. Le regard est assez vif, les yeux noirs, les pommettes saillantes, le nez court et un i)eu aplati, les dents toujours noires par suite de la mastication du bétel. Les nlains sont grandes, les ongles longs et rougis jmr une teinture tirée du suc d'une plante. Dans le nord du pays, les Siamois nouent leurs cheveux sur le front ; ils habitent soit dans des huttes, soit dans les branches des arbres et descendent de leurs demeures aériennes au moyen d'une liane.
L' Indo-Chine
L'indo-Chine
MON premier passage à Saïgon a été mentionné dans le chapitre précédent : vingt- (luatre heures de séjour consacrées à une visite de TEcole francjaise d'Extrême-Orient.
Le 27 février, le Doiiaï qui m'avait amené quinze jours aui)aravant au Siam, quitte Bangkok et arrive le 28 à Chantaboum où il casse trois ailes de son hélice en touchant un tronc d'arbre ensablé dans la baie de Paknam. La navigation ce jour-là est encore satisfaisante quoique plus lente; mais à partir du lendemain i***" mars, la mer devient mauvaise et nous avons
vent debout. Le 2, à l'aube, Poulo-Obî est à riiorizon; le Donaï est oblis-é de s'y réfugier et d'y rester à l'ancre toute la journée, la haute mer étant intenable pour un bateau qui n'a plus que le quart de son hélice.
liC soir, le cai)itaine décide que l'on repartira avant la nuit complète et, profitant d'un peu de vent, il fait mettre à la voile. En pleine mer, la situation devient terrible : notre bateau est le jouet des vents et des flots en furie; impossible de fermer l'œil et de se tenir étendu sur la couchette; tous les i)assagers, deux Suisses, un Allemand et moi, nous restons sur le pont ou sur la passerelle accrochés aux bastingages. La journée du 3 est affreuse et il s'en faut de peu que le capitaine ne doive mettre le cap sur Singapore. Enfin le 4, dans la matinée, Poulo-Condor est en vue et nous jetons l'ancre dans une baie déserte à l'abri du vent; des matelots sont dépêchés à terre pour chercher de la nourriture — il ne nous reste plus qu'un peu de farine, un i>eu de riz,, quelques caisses de biscuits et quelques bouteilles de vin — ils reviennent longtemps après avec quelques victuailles : canards, poules et poissons qu'ils ont pu acheter dans un village au delà des montagnes.
A la tombée de la nuit, le Donaï repart sans oser faire escale à la colonie pénitentiaire et, après une traversée meilleure, mais non exempte de roulis et de tangage, arrive le 5 mars dans la matinée en vue du cap St-Jacques et le môme jour dans la capitale de l'Indo-Chine.
Lors de mon arrêt précédent à Saigon, j'avais eu riionneur d'être re(;ii ])ar M. Doiimer, {gouverneur général ; je n'avais pas le bonheur de rencontrer le directeur intérimaire de l'Ecole franc^aise d'Extrôme-Orient, M. Foucher, alors en Annam. La bibliothèque de l'Ecole absorbe mes journées et, M. Foucher étant de retour, j'obtiens de lui des renseignements que je collationne ici avec ceux recueillis d'autre part.
Quatre jours ne sont pas suffisants pour visiter la Cochinchine, d'autant que la bibliothèque et le musée de l'Ecole fran(;aise me retiennent tous les matins. I^ne aju^ès-midi je parcours la ville presque complètement chinoise de Cholon, à quelques lieues de Saigon.
Saigon, chef-lieu de l'Indo-Chine française, ne ressemble pas du tout aux autres villes de l'Extrême-Orient; c'est une petite ville de France, avec son théâtre, ses boulevards et ses avenues, ses cafés et ses restaurants, ses concerts quotidiens sur le boulevard Charner, ses statues et ses parcs ; et. n'étaient les indigènes. Annamites en costume de lustrine noire qui courent dans les rues, ou Chinois à la longue tresse pendante sur le dos, qui servent dans les cafés et les hôtels, on se croirait quelque part dans les environs de Marseille i)ar une chaude journée d'été.
Cholon est une ville chinoise, commertjante s'il en est, mais pourvue de rues spacieuses qui laissent supposer que les Célestes ne sont ])our rien dans leur tracé. Tout y resi)ire l'aisance et la tranquillité et, au lieu des échoi)pes de
revendeurs en détail, des grands mag;asins de gros s'alignent le long des rues. Les Français ont laissé un semblant d'autorité à Tancien chef annamite dont le fils, un jeune homme d'une vingtaine d'années, vient de terminer ses études moyennes à Paris et se proi)ose d'embrasser la carrière militaire. Il m'invite à visiter la maison de son père, presc^ue un j^alais, une série interminable de jardins et d'appartements. L'un de ceux-ci, le plus luxueusement meublé, dont le plafond en bois sculpté est supporté par des colonnes de bois de teck toutes sculptées aussi, contient les autels des ancêtres ; un autre est la salle à manger, et sur la cheminée un gros Bouddha au ventre proéminent rit d'un rire grotesque en tenant d'une main un cigare et de l'autre.... une bouteille de Champagne ; plus loin, la demeure des femmes, entrée interdite aux blancs, puis la bibliothèque et les salons de réception.
Au retour de Cholon, visite d'une pagode annamite dont le bonze, grand voyageur devant Bouddha, a visité l'Inde presque entière, et s'apprête à partir iiour la Chine.
L'Ecole finançai se d'Extrême-Orient, ai)pelée jusqu'au 20 janvier 1900 « Mission archéologique d'Indo-Chine « a été créée par M. Doumer, gouverneur général de l'Indo-Chine, par arrêté en date du iv") décembre 1898.
A mon arrivée à Saigon, le 8 février 1901, mon premier soin fut de m'enquérir auprès des autorités si les Belges pouvaient suivre les cours de TEcole française. M. Finot, directeur de cette Ecole, que j'avais rencontré à Singapore, alors qu'il faisait route vers la France i)our y jouir d'un congé, m'avait donne à ce sujet les assurances les plus formelles, mais m'avait conseillé, de demander une audience à M. Doumer, afin de ne pas me heurter à la lettre du règlement qui semble exclure les Belges par ces termes : « il pourra être adjoint à la mission des i)ensionnaires français dont le nombre ne pourra dépasser trois ».
Le Gouverneur général me reçut le 9 février dans raprès-midi, et je lui exposai le but de ma visite : Savoir si des Belges peuvent être admis comme pensionnaires à TEcole ? Le cas échéant, seraient-ils admis à jouir des avantages non seulement scientifiques mais encore i)écuniaires assurés aux pensionnaires ? Très aimablement M. Doumer répondit affirmativement à mes deux questions : Si des jeunes savants, dit-il, sont envoyés de Belgique à TEcole française d'Extrême- Orient, avec une recommandation de l'Académie des Inscriptions et Belles l^ettres de Paris, ils recevront du Gouvernement de l 'Indo-Chine une bourse de voyage, soit G. 000 francs par an, avec une indemnité pour frais de déplacement s'ils sont envoyés en mission en dehors de Saïgon par le directeur de l'Ecole ou le Gouverneur général. Le Gouvernement belge aurait donc au
maximum à payer au boursier les frais de passage sur le navire et un petit subside pour frais supplémentaires. La réponse dépassait mes espérances, et je ne manquai pas d'exi)rimer à M. Doumer mes sentiments de reconnaissance pour riiospitalité si large qu'il voulait bien in*omettre à mes compatriotes.
Lors de mon second passage à Saigon, au commencement de mars, j'eus le i^laisir d'y rencontrer M. Alfred Foucher, directeur ad intérim de TEcole, qui me confirma, en ce qui pouvait le concerner, les avantages accordés aux Belges désireux de s'adonner à l'étude de la civilisation extrême-orientale et de travailler sous la direction des maîtres distingués qui se trouvent à la tète de l'Ecole.
Les conditions (jui doivent être remplies par les aspirants pensionnaires sont : i** Avoir fait des études supérieures et jouir d'une j^réparation scientifique suffisante ; 2" adresser une demande d'admission à l'Académie des Inscrii)tions et Belles Lettres de France, i)ar l'intermédiaire et avec Tai^pui du Gouvernement belge, en y joignant coi)ie des dii)lômes et autres titres.
De i)lus, en tout temps, le Gouvernement belge pourra envoyer à Saigon des jeunes savants qui recevront le plus cordial accueil des professeurs et pensionnaires de l'Ecole, et profiteront de tous les avantages dont jouissent ces derniers, sauf en ce qui concerne les subsides et frais de déplacement.
Au moment où je quittais l'Indo-Cliine, un
télégramme fut publié par les journaux annonçant que le Président de la République française avait signé le 26 février un décret relatif à la fondation de l'Ecole (i).
Ce décret confirme donc Tinstitution de TEcoIe française d'Extrême-Orient, et ne modifie les termes de Tarreté de fondation que sur quelques points de détail, et seulement dans un sens encore plus libéral et mieux approprié aux exigences des recherches scientifiques. C'est ainsi
(i) Art. i*"*". — L'Ecole française d' Extrême-Orient est placée sous rautoritc du Gouverneur général de Tlndo-Chine et sous le contrôle scientifique de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres de l'Institut de France.
Art. 2. — Elle a pour objet :
1° De travailler à l'exploration archéologique et philologique de la presqu'ile Indo-Chinoise, de favoriser par tous les moyens la connaissance de son histoire, de ses monuments, de ses idiomes;
2'> De contribuer à l'étude érudite des régions et des civilisations voisines (Indes, Chine, Japon* Malaisie, etc.).
Art. 3. — L'école a pour chef un directeur nommé par décret, sur la pi'oposition du Gouverneur général de l'Indo-Chine et la présentation de l'Académie des Inscriptions. Le directeur est nommé ])our 6 années ; son mandat est renouvelable. Il est chargé :
1° De jïrésider et de i)rendre part lui-même à l'enseignement qui doit comprendre des cours de langues sanscrites et pâlie et d'archéologie i)ratique, de former les auditeurs euro])éens ou indigènes aux bonnes méthodes de travail et les mettre en état de collaborer utilement à l'rt'uvre poursuivie ;
a° D'exercer sa direction et son contrôle sur les études et les travaux des pensionnaires dont il sera question à l'article 4 <lu présent décret.
A cet effet, il doit dans la mesure des ressources qui sont mises à sa disposition :
que le nombre des pensionnaires n'est plus obli- {fatoi renient limité à trois. La condition stricte de nationalité frantjaise est également supprimée pour eux. L'Ecole d'Extrême-Orient se trouve ainsi ouverte au même titre que celles de Rome, d'Athènes et du Caire, aux nationaux des Etats qui ont passé à ce sujet des conventions spéciales avec la France. C'est la consécration officielle des assurances que m'avait données M. Doumer.
S'entourer des réi)éliteurs européens et orientaux dont le concours est reconnu utile ;
Entretenir et dévelo])])er la bibliothèque et le musée de TKcole ;
Fonder et diriger une publication où trouvent ])lace avec les travaux émanant directement de TKcole, ceux qu'il peut recueillir ou ]>rovoquer en <1ebors, en guidant, au besoin, les auteurs de ses conseils et de son expérience.
Art. 4- — 11 est attaché à l'Ecole, sur la désignation de TAcademie des Inscriptions, des ])eusionnaires en nombre variable, suivant les circonstances et l'opportunité.
Peuvent être <lésignés : soit des jeunes gens se destinant à rétude de Tlude ou des pays d'Extrême-Orient, qui ]>araissent offrir <les garanties sérieuses de préparation scientifique, soit des savants dont les recherches rendent désirable un séjour en Orient.
Ces ])ensionnaires ou savants en mission doivent, tout en ])Oursuivant leurs travaux personnels, coojtérer À l'objet spécial de l'Ecole.
Hs sont défrayés par l'Ecole et y demeurent attachés pendant un an au moins. Ce terme jteut être ])rorogé d'année en année, sur la proposition du directeur et l'avis de l'Académie.
Un fonds s])écial est inscrit aux crédits annuels affectés à l'Ecole ])our leur être distribué en in<lemnités de séjour et de voyage, au moyen desquelles ils remplissent des missions d'étude d'une durée pro])ortionnée aux ressources dis])ouibles, dans les pays d'Orient, Indo-Chine ou autres, selon l'objet ]>articulier de leurs recherches.
Art. 5. — Chaque anuét?, Itî directeur doit adresser au (iouver-
Le but de TEcole, ainsi qu'il ressoit de rarrèté de fondation, est : i" de travailler à l'exploration areliéologique et philologique de la presqu'île indo-chinoise, de favoriser par tous les n)oyens la connaissance de son histoire, de ses monuments, de ses idiomes ; 2"* de contribuer à Tétude erudite des régions et des civilisations voisines : Inde, Chine, Jajmn, ^lalaisie, etc. Ce programme est, comme on le voit, très large; il n'embrasse
iieur général de riiidu-Chiue, un rai)])orl détaillé sur les travaux de rKcole. ses publications en cours ou j)rojetées, l'activité des pensionnaires et, généralement, sur tout ce qui intéresse les résultats et les jirogrès scientifiques de l'institution.
Ce rapport est communiqué à l'Académie des inscriptions par l'intermédiaire des Ministres des colonies et do l'instruction publique.
L'Académie correspond directement avec le directeur, toutes les fois qu'elle le juge opi)ortun, pour tout ce qui concerne la marche des travaux de l'Ecole.
Quant à la correspondance relative à l'organisation de l'Ecole et à l'orientation générale des études, elle devra, comme le rajtport annuel, être transmise ])ar l'intermédiaire des Ministres des colonies et de l'instruction publique.
Art. g. — Il jieut être adjoint à l'enseignement scientifique de l'Ecole un enseignement des langues, écritures et littératures modernes de l'Extrême-Orient.
Ain*. 7. — Les déi)enses de TEcole française d'Extrême-Orient sont inscrites au budget général de l'Indo-Cliine.
Art. 8. — Des arrêtés du (iouverneur général régleront les conditions d'application des présentes dis])ositions.
Art. <j. — Le Ministre des colonies et le Ministre de l'instruction ])ublique et des beaux-arts sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de ^e^écution du i)résent décret.
Fait à Paris, le uG février i^oi.
Emile LOUBET.
Pi'omulgué en Indo-Chiue le uo avril 1901.
pas seuleiiîont rindo-Cliine, mais tout rExtrême- Orient et, ainsi que récrit M. Finot (i), TExtrême- Orient n'est ])as seulement une expression géograpliique; c'est une réalité historique, une trame (le faits connexes qui ne se i^euvent dissocier sans en demeurer mutilés et amoindris. Non seulement, en effet, Tlndo-Chine et les îles ont été les dépendances de l'une ou l'autre des deux grandes nations civilisatrices de TExtreme-Asie, l'Inde et la Chine, mais ces deux mondes eux-mêmes, se sont constamment i^énétrés. Unifiés dans une certaine mesure par la diffusion du Bouddhisme; reliés par un va-et-vient incessant de voyageurs, de i)èlerins, d'ambassadeurs, de marchands; rattachés par la guerre et la politique, ils constituent les éléments d'un sj^stème distinct, qu'ils doivent concourir à expliquer. De plus, la philologie a été prise, avec juste raison, dans son sens le moins étroit, car suivant l'opinion des directeurs de l'Ecole, elle comprend l'histoire l)oli tique, l'histoire des institutions, des religions, des littératures, l'archéologie, la linguistique, lethnographie, en un mot tous les aspects de la vie sociale.
Ce n'est pas du jour au lendemain, que l'Ecole de Saigon pourra atteindre le but en vue duquel elle a été créée, mais il faut noter que pendant les trois ans qui nous séparent de sa fondation, elle s'est complètement organisée : elle a un directeur, ^I. Finot, ancien directeur-
(i) Bulletin de V Ecole française d'Exirême-Orient, t. I, fasc. i.
adjoint à TEcole des Hautes Etudes de Paris qui, depuis sa nomination à Saigon, a parcouru Java et étudié les monuments indous de cette île ainsi que la religion des Cliams d'après les monuments; un professeur de chinois, M. Pelliot, ancien l^ensionnaire de l'Ecole qui, de différents voyages en Chine, a rapporté de nombreux et im])ortants manuscrits chinois, thibétains et mongols; des secrétaires-bibliothécaires ; des commis annamites pour copier les documents, manuscrits, cartes et pour dessiner les monuments; des pensionnaires parmi lesiiuels nous citerons M. Parmentier qui a étudié les monuments chams de TAnnam ; M. Lavallée qui a été chargé d'une mission ethnographique et linguistique chez les tribus sauvages du Laos ; M. le capitaine Lunet de la Jonquiùre qui a étudié les peuples de la frontière sino-tonkinoise et les monuments du Cambodge ; M. Iluber qui visite les couvents bouddhiques et les bibliothèques jn'ivées de Canton et de Fou-tchéou. Elle a établi des relations régulières avec les sociétés savantes des autres contrées de l'Asie et des pays de l'Euroi^e; elle a constitué une bibliothèque comprenant déjà plusieurs milliers d'ouvrages imprimés et manuscrits ; elle a installé un Musée qui lors do mon passage était déjà très intéressant et qui s'enrichit tous les jours par des dons, des achats et par les résultats des fouilles et des recherches faites en Indo-Chine et ailleurs. Elle a provoqué, entre autres, un arrêté relatif à la conservation en Indo-Chine des monuments et objets ayant
lin intérêt liîstorîque et artistique (9 mars 1900), arrêté qui déterinine, d'après une liste dressée par ses soins, ces monuments et ces objets ; un arrêté créant une Commission des antiquités du Tonkin (3o septembre 1901) ; elle publie un/iu//e/m paraissant tous les trois mois, formant au bout de Tannée un volume de plus de 400 pages et contenant des études originales des plus intéressantes et des plus savantes, des comptes rendus de livres nouveaux, une chronique des événements scientifiques de TExtrême-Orient (i) ; elle a fait paraître quelques travaux séparés, notamment ceux intitulés : Numismatique annamite par D. Lacroix, et Instructions pour les collaborateurs de VEcole française d'Extrême-Orient.
La besogne accomplie est donc considérable et il ne manque plus pour ainsi dire que Torganisation de renseignement scientifique de l'Ecole; cours de langues sanscrite et pâlie, cours d'archéologie pratique, cours de langues, écritures et littératures modernes de l'Extrême-Orient, enseignement facultati f en partie déjà établi, M. Pelliot aj'ant été nommé professeur de chinois.
Ces commencements sont de bon augure et nous ne doutons pas que l'Ecole française ne soit bientôt très florissante; nous espérons aussi que le Gouvernement belge saura profiter de l'hospitalité que lui offre si gracieusement le Gouvernement de rindo-Chine jjour envoyer à Saigon
(i) Voir les com])tes rendus que nous avons publiés de ce Bulletin dans le Musée belge, i9oi, p. i8i et 1902, p. 4^0.
(les jeunes g^ens désireux de poursuivre leurs reeherclies sur la civilisation extrême-orientale.
Les dépenses de TEcole fran(;aise d'Extrême- Orient (i) sont inscrites, dit le décret, au budget général de Tlndo-Cliine. En 1900, ces dépenses étaient évaluées à 5o.ooo piastres, soit environ 127.500 francs.
(i) Budget lie rKcole française (VExtrême-Orient.
Personnel :
Traitement du directeur 8.333 piastres
Frais du service du directeur (Ja") »
Traitement du secrétaire-<*om]>tab]e i.Gf)7 »
Traitement des professeurs, des interprètes et
des secrétaires indigènes 7.500 »
Bourses aux pensionnaires 5.700 »
Frais de voyage du directeur, des professeurs, des
pensionnaires et des auxiliaires de la mission. 10.000 »
Frais de logement des professeurs 6;5 »